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vendredi 6 janvier 2012

Géo des Suds 04 - 01


Précédemment : Géo des Suds 14 - 12



Kinshasa, République Démocratique du Congo


Villes et citadins


  1. L'élan urbain et la structuration de l'espace continental

  1. Une urbanisation à grande vitesse

L'urbanisation est un fait récent, post-1950 mais de se développe de manière exponentielle. Il y avait déjà des villes avant la colonisation mais aujourd'hui ce sont des reliques du passé, de même que les anciennes villes coloniales n'ont pas toujours été réappropriées. Ce continent est le plus en retard en urbanisme mais c'est aussi celui qui connaît la plus grande croissance. On a donc un tiers de la population qui est urbaine mais d'ici 2050, il y a des chances que 60% de la population soit urbanisée.
L'urbanisation (population urbaine) est différente du taux d'urbanisation (vitesse de croissance de la population urbaine) qui est le plus fort de monde (+ 3% par an). En même temps, cela s'explique parce que le continent est peu urbanisé. Entre 1960 et 2010, il y a 10 fois plus de citoyens urbains et d'ici 2050 ils seront plus d'un milliard.

  1. Contexte et mécanisme de la croissance

Les migrations furent le facteur principal de la croissance urbaine, via principalement l'exode rurale. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Par contre, en parlant d'exode rurale, on ne veut pas dire que les campagnes se vident. Au contraire, les campagnes voient aussi leur population augmenter, leur population ne décroit pas vraiment. Les flux migratoires se concentrent beaucoup moins dans les grandes villes dorénavant que dans les petites villes. Ces flux viennent de citadins urbains qui fuient une grande ville en crise pour rejoindre ces petites villes. On a une urbanisation de la société par le bas.
Un épiphénomène qui agit aussi dans la croissance urbaine, ce sont les guerres et guérillas qui font fuir les réfugiés des « zones de stress » (les campagnes) en direction de zones sécurisées, les grandes villes. Au Darfour, ces dernières années, les grandes villes ont subi ce phénomène.
Les migrations internationales peu significatives internationalement se résument entre les Libanais en Afrique de l'Ouest et les Indiens en Afrique de l'Est. Ils jouent un rôle essentiel dans le commerce et sont très visible. Aujourd'hui, les Chinois prennent ce rôle avec la particularité de ne pas se concentrer dans les grandes villes seulement.

En ville, la principale source de la croissance est le solde naturel, effet peut être de la migration passée. On a donc un excédent naturel très fort qui pousse les villes à s'agrandir. Surtout qu'en général les villes s'agrandissent plus rapidement que ne croît le solde démographique. Yaoundé à un taux de croissance de plus de 7% par an. Aucun gouvernement ne parvient à contrôler ces villes en croissance. De plus, ces villes sont très jeunes et il y a un énorme effort à faire dans les services publics et les infrastructures.
En conséquence, la densité démographique est très forte dans certaines villes

  1. Les dynamiques spatiales

Les villes s'étendent donc énormément, mais en plus on constate que les villes se multiplient. Là où il y avait 200 villes de plus de 10 000 habitants en 1960, elles sont 1 000 en 2000. Au Sénégal on est passé de 4 communes en 1960 à une centaine de communes en 2010. Par endroits, les villes se sont tant multipliées qu'elles forment des desakota comme en Asie. Cela transforme les paysages, les territoires, les formes de gouvernement qui veulent agir sur ces régions, …

  1. Un ralentissement général

Dans un premier temps on a constaté que les migrations profitaient aux grandes villes, puis on a constaté que cela profita à la création des petites villes millionaires. Aujourd'hui il y a ??? de villes millionaires. En Asie, il y a des mégacities de plus de 10 millions d'habitants qui y vivent avec quelques villes millionaires. Cela est peut être une conséquence de la forme économique, celle peu efficace de l'Afrique pourrait par son économie informelle ne favoriser que des villes de quelques millions d'habitants. En Afrique, il y a trois exceptions. Lagos, 12 millions d'habitants, la ville chaos car peu organisée, peu structurée avec peu d'infrastructures, … selon un architecte. Le Gauteng en Afrique du Sud autour de Johannesburg et de Pretoria avec les banlieue minières. On y trouve 4 à 5 millions d'habitants et cela forme une vrai métropole solide. La dernière serait Kinshasa, impossible d'avoir des chiffres à cause des guerres et du manque de recensement. On pense qu'on est proche des 10 millions , sans certitude.
Mais cette croissance ralentie au profit de petites villes. On a des villes qui ont des taux de croissance négatifs (Nairobi, Addis-Adeba, …). 57% de la population urbaine africaine vit dans des villes de moins de 500 000 habitants. Il ne faut pas croire que l'Afrique n'est faite que de quelques grandes villes concentrant les pouvoirs. Ces petites villes sont essentielles mais n'apparaissent souvent pas. La croissance urbaine ralentie et diminue d'une manière générale, plus encore dans les grandes villes.

  1. Les mutations des socio-systèmes urbains

  1. Un étalement « boulimique » et incontrôlé des espaces urbanisés

En Europe, avec la croissance économique, on attire les emplois, les gens et donc les infrastrutures. En Afrique, la croissance citadine attire des logements plus ou moins prévus, des habitants qui développent leurs petits boulots en général. On a donc une urbanisation non maîtrisée fruit des individus et souvent illégale. Du coup, ces villes sont très sous-équipées.
Au final, une petite partie de l'espace urbanisé est prévue, l'autre est improvisée par les habitants eux-mêmes. Ainsi la fabrique urbaine est elle aussi informelle car la puissance publique n'a pas les moyens de l'assurer. Dakar est composé d'une ancienne ville coloniale correctement équipée, de quartiers très riches et aisés mais minoritaires, des quartiers d'immeubles sociaux qui n'ont pu être rénovés et sont très dégradés avec peu de services. Autre technique, on construit un bloc sanitaire sur une parcelle et on organise les gens autour en laissant construire comme ils le veulent. Mais même ce système est trop cher et donc une grande part de la population vit dans des quartiers désorganisés sans services. De même à Lusaka en Zambie, ville coloniale construite sur le chemin de fer Le Cap – Le Caire de manière abrupte. La ville ne jouit pas de système d'égouts et n'est pas entretenue. Les quelques quartiers riches et d'affaires côtoient des quartiers informels. Ces situations dans les grandes capitales jouissant a minima d'un quartier colonial un peu développé, sont encore pire dans les petites villes de quelques milliers d'habitants sans le profit de la vitrine coloniale.

Les villes sont inégalitaires, certains quartiers ont tout les services et d'autres rien. Le pire est l'Afrique du Sud, pays le plus inégalitaire au monde. Ainsi Le Cap est constitué d'un quartier d'affaire avec des immeubles de classe A, des maisons plus modernes et chères qu'à Paris sur une marina. A quelques kilomètres en bordure d'autoroute on a des constructions informelles. De même, par endroits, on a des constructions doublement informelles puisqu'elles sont auto-construites par les habitants mais aussi parce qu'ils l'ont construit dans les espaces verts du Cap, le petit bijou des pouvoirs publics et des habitants. Donc ils n'y resteront pas longtemps. Même chose pour Nairobi où un golf bien irrigué côtoie un bidonville sans accès à l'eau.

A Ouagadougou, on a un bourg devenue grande ville. Cependant, une politique urbaine est plus ou moins menée, électricité et téléphone sont dans les quartiers même informels. A Maputo, au Mozambique, le quartier colonial croît de 1% par an, le quartier des réfugiés croît de 2% à 3%, essentiellement par relogement interne. Enfin le quartier illégal à l'extérieur croît de 6% à 7% de manière à s'étaler. Ces quartiers nouveaux sont organisés, on trace des routes et des chemins ce qui facilitera les équipements à venir et pas encore présents. Les Allemands qui y sont très présents tentent tout de même de développer cette ville.

  1. De la ville coloniale à l'invention de la ville africaine : une réappropriation par le bas

Il s'agit surtout de ces petites villes qui pullulent dans des zones souvent transfrontalières. Ce sont des régions où les propriétaires fonciers spéculent sur les terres en attendant le front de construction. Des gens achètent le terrain en construisent progressivement leur maison. On a donc des villes, intercoupées de zones apparemment rurales mais avec des services urbains (coiffeurs, vendeur de vêtements, marchés ouverts à 18 heures, …). En fait, ces espaces intermédiaires sont habités par des gens qui ne peuvent se loger en ville mais qui travaillent dans la journée en ville. On s'adapte donc à ces modes de vie (cas de l'ouverture du marché). De même près de la côte, les gens qui y vivent remblaient le sol avec des déchets puis construisent par-dessus. Mais généralement cela s'effondre vite.
Parfois les individus se servent de leurs capacités pour créer leurs propres services. Ainsi des anciens mineurs de Maputo ont foré pour stocker de l'eau d'une nappe phréatique proche de la surface, d'abord dans leur intérêt puis sont devenus des entrepreneurs d'eau (Petits Opérateurs Privés, POP) en développant un réseau de l'eau payant.

Si parfois les équipements peuvent être amenés dans des quartiers à peu près organisés, par contre, l'État est souvent dans l'obligation de détruire pour amener eau, électricité, téléphone, … Le tout à l'égout n'est pas encore envisageable, trop cher et manque de techniques.

lundi 2 janvier 2012

Géo des Suds 14 - 12

Précédemment : Géo des Suds 07 - 12





  1. Les cultures d'exportation : une agriculture « dépendante »

A coté de l'agriculture vivrière, on trouve les grandes agricultures d'exportation. Dans le cas de la Côte d'Ivoire, on trouve trois grandes aires : zone de cultures d'exportations près de la côte, zone de cultures vivrières et locales et une aire sahélienne avec zones d'élevage et de maraichage. Au Cameroun, il y a combinaison entre systèmes vivriers et cultures d'exportations. Ce sont des cultures d'exportation paysannes donc pas de monoculture, on trouve surtout du café, de l'hévéa, des palmiers à huile et du cacao. Il y a donc mosaïque des types de cultures.

Pourtant la part de ces cultures d'exportations est en mauvais état dans l'Afrique Subsaharienne car c'est une agriculture paysanne peu modernisée qui entre en concurrence avec des régions du monde qui se sont appropriées ces cultures. Le café africain est concurrencé par le café vietnamien moins cher, respectant mieux les normes internationales. Seule l'Éthiopie respecte ces normes avec un arabica très pur. Le cacao c'est un peu la même chose (Côte d'Ivoire, Ghana, Cameroun, …) cette culture demande peu d'efforts mais cela dépend des prix commerciaux ou des situations individuelles. Ces cultures ne sont guère entretenues et les pays africains ne souhaitent pas spécialement intégrer le marché de la qualité, l'Afrique en plus ne broie pas les fèves, la valeur ajoutée qui en découle se fait en général dans le Nord.
Seul le coton est la culture fierté de l'Afrique, c'est une culture très encadrée et subventionnée. Ces dernières années par contre, avec la libéralisation, il y a eut une baisse, mais le coton africain représente encore 17% à 20% du coton mondial. Les paysans qui le cultivent, connaissent une hausse du niveau de vie et développent des fronts pionniers. Par contre, les revenus ne sont pas maximums car les USA et l'UE subventionnent leur propre coton ce qui rend celui de l'Afrique plus faible. Dans le cas d'un arrêt de la production du Nord, il y aurait une hausse de 26% des revenus des paysans africains.
L'hévéa et le palmier à huile sont des cultures en essor à fort potentiel. L'hévéa produit un caoutchouc naturel très demandé mais dans sa production, l'Afrique se fait doubler par la Malaisie, moins chère et meilleure en qualité. L'huile de palme très utilisée dans divers domaines reste aussi un espoir pour le continent.



  1. Achats de terre et land grabbing : un nouveau signe de la crise agricole africaine ?

Ce domaine de vente de terres est en plein en essor. Plusieurs pays pensent que l'Afrique est une réserve de terre. Ainsi les pays avec peu de terres mais beaucoup d'argent (Péninsule arabique, Corée du Sud, Chine, …) décident d'acheter ou plutôt de louer ces terres sécurisant leur propre réserve alimentaire. Ce sont souvent des terres vierges, non mises en valeur qui sont louées mais jamais vacantes, il y a des habitants rarement pris en compte dans les contrats. Les principales cultures réalisées sont des céréales (blé, maïs, …), du riz et un peu de cannes à sucre.
Les conditions de la transaction se font entre les deux pays, selon la position de l'État africain, sa force ou sa faiblesse, celui-ci peut plus ou moins établir des conditions. Du coup, ces contrats sont très opaques (15 à 30 hectares sur des tranches tout aussi floues). Cette tendance semble une conséquence des « émeutes de la faim » dans les pays du Sud, le directeur de la FAO, Jacques Diouf parle de néocolonialisme agraire.

Certains y voient une chance, les pays peuvent se moderniser, peuvent introduire de nouveaux engrais. D'autres plus dubitatifs y voient un saut technologique radical dangereux, mais en réalité ce seraient peut être des conséquences dans des espaces locaux. D'autres sont complètement contre, puisque ce serait accentuer l'inégalité de l'Afrique.
Plusieurs souci. Le premier c'est que ce n'est pas une exportation, le pays cultive sur une terre louée pour ses besoins. Le second souci c'est la tendance à la monoculture qui risque d'abimer les sols. C'est ici qu'il faut négocier pour éviter la salinisation de la terre, les clauses de restauration écologiques devraient être posées. Enfin troisième souci, les petits agriculteurs et les paysans ne peuvent s'imposer, leurs terres sont louées mais ils n'ont pas de propriétés foncières ce qui les rend illégitimes pour les pays investisseurs. Des ONG se sont engagées pour soutenir les communautés paysannes. D'autres ont constatées que dans une logique financière où le marché est incertain, le Nord investit dans les terres africaines.


  1. Évolution et modernisation des agricultures africaines

Face à la libéralisation qui impose des conditions aux paysans, ceux-ci ont parfois abandonné leurs cultures de départ pour se reconvertir dans d'autres domaines nouveaux comme le lait pour les populations urbaines africaines, ou encore les fleurs coupées, si on est à proximité d'une route surtout. De manière générale, les infrastructures de transports deviennent cruciales.
Ceux qui ne se reconvertissent pas, les conditions sont bien plus difficiles. La libéralisation est un atout économique mais un garde-fou est nécessaire pour éviter un accroissement des inégalités avec des îlots de modernité mais de grandes étendues non développées à coté.

  1. Contexte et trajectoire d'évolution

A. Une intensification spontanée : zones denses des Grands Lacs

Parmi ces îlots, on a la route goudronnée reliant Abidjan et Ouagadougou. Les bailleurs ont investis dans des micros barrages. Ainsi dans des périodes qu'on ne peut cultiver, avec ces barrages dorénavant c'est possible. Le problème c'est que le bétail qui a besoin de ces petits étangs ne peut plus passer et sinon traverse et détruit les cultures. La modernisation maraîchère bouleverse le système.




B. Les systèmes coton très encadrés en zone soudanienne

Autre système, le coton. Ce coton qu'on a voulu favorisé se trouve en fait à moitié cultivé par les agriculteurs. Ceux-ci font à coté une autre culture, généralement du maïs. Ainsi, ils alternent une année sur deux profitant de l'engrais qui dure plus longtemps que la culture de maïs. Les paysans face aux prix variables du coton, sécurisent leurs revenus avec ce maïs qui se vend très bien car très utile en Afrique. Du coup, au lieu de respecter l'engagement d'une culture intense, ils se développent sur deux cultures ce qui est un succès.

C. L'entrée en marginalité

Déjà dit.

  1. L'essor spectaculaire du maraîchage

A. Agriculteurs des villes et citadins des campagnes

L'essor du maraîchage tient à deux facteurs : le marché urbain demandeur de salades par exemple, et du fait de l'investissement de ces citadins que se soit financièrement ou physiquement. En effet, les urbains ont des réseaux sociaux, des contacts qui peuvent commercialiser leurs productions. Donc on fait des fruits et des légumes pour les marchés locaux et sinon des produits locaux.
Le maraîchage se fait partiellement en ville aussi

B. Un exemple : les Niayes du Cap Vert (Sénégal)

Dans les zones non-urbanisées autour de Dakar, on a des cultures rachetées par les citadins qui y développent leurs légumes et les vendent ensuite sur le marché de la ville. Souvent, ils ont des intendants qui cultivent leurs terres, surtout grâce à la téléphonie mobile (telefonic farmers). A Dakar, cela peut satisfaire une énorme partie du marché de la ville et en plus s'exporte partiellement. La ville s'immisce donc de plus en plus dans cette agriculture surtout celle maraîchère.

  1. Le rôle décisif des circuits de commercialisation

Il y a souvent des intermédiaires, souvent des citadins et en général des jeunes qui sont diplômés et qualifiés mais sans insertion sur le marché du travail. Comme de plus, ils ont souvent des origines rurales, cela leur permet de connaître leur domaine d'intervention dans ces « circuits de commercialisation ». Ces circuits par contre dépendent de la hiérarchie, certains envoient les exportations en Europe (Rengis notamment), d'autres ont un domaine d'intervention plus local, enfin tout en bas on trouve les femmes gérant très localement.


En général, on a donc à faire à des initiatives urbaines qui vont développer des îlots de modernité autour des ville (type Nairobi), on parle aussi de zone rurbaine. Plus loin, sur l'initiative d'une ethnie ou d'un village, on peut trouver des agro-districts se spécialisant sur des cultures et qui se modernisent ensuite. Mais de vastes régions sont encore enclavées, pauvres, sans modernisation, avec un système archaïque, peu productif et à intérêt local. L'État s'y est généralement désengagé et ne reste qu'une agriculture de survie. La pénétration différenciée n'est pourtant pas noire, mais elle reste très sélective dans sa modernisation agricole avec quelques lieux intermédiaires.

lundi 19 décembre 2011

Géo des Suds 07 - 12

Précédemment : Géo des Suds 30 -11

Régionalisme africain

  1. Régionalisme et régionalisation

Par régionalisme on entend qu'en support et libéralisation commerciale, on devrait créer des régions, des espaces intégrés favorisant les échanges (type UE, ALENA ou ASEAN). En facilitant l'intégration commerciale, on faciliterait les affaires. Cette politique régionaliste s'appuie sur un héritage d'organisations régionales calquées plus ou moins sur les États coloniaux.
Les luttes pour l'indépendance ont aussi laissé leur trace avec la création de l'OUA, devenue Union Africaine en 2001. Les politiques africaines voudraient les renforcer certaines fonctionnant bien (CEDEAO notamment). Il faut surtout dépasser la fragmentation des marchés africains locaux.

Cela marche globalement moyennement, que jusqu'à un certain point. Sur les questions politiques, les systèmes économiques, chaque État est en désaccord. Par exemple, les pays de coton luttent séparément contre le Nord pour établir des prix du coton à leur avantage. Leur lutte est individuelle, parfois de concert mais alors cela dure peu.

Le NEPAD, au départ initiative africaine (Afrique du Nord) qui devaient penser leurs projets puis le soumettre à l'examen des bailleurs ou investisseurs privés. L'objectif devint de financer de grands travaux d'infrastructures devant créer une intégration régionale (relier deux pays par une autoroute par exemple). Cela marche généralement bien, même si les effets restent encore très ponctuels.
L'Africain Growth and Opportunity Act (AGOA), voté par les USA pousse a un accord commercial entre le continent africain et les États-Unis qui facilite les échanges (produits détaxés en arrivant aux USA) s'il y a un réel engagement en matière des droits de l'homme et de la libéralisation de l'économie. Cet accord concerne les produits qui ne seraient pas en concurrence avec les USA dont plusieurs ressources minières, des pays encore dictatoriaux sont compris dedans.

Par régionalisation, on entend une intégration par le bas, par la population plus que par les États, c'est la théorie de Daniel Bach. En Afrique de l'Ouest par exemple cela passe par les réseaux commerciaux des Aoussa, une ethnie répartie un peu partout dans cette région, spécialisée dans les échanges commerciaux et relativement importante. Le régionalisme ne les a pas inspiré, ils font ça depuis très longtemps. Ils se servent des monnaies plus ou moins fortes et des ressources de chaque pays pour faire leur commerce (coton du Burkina revendu au Nigéria). C'est une régionalisation mais elle est contre la régionalisation étatique puisque les Assoua sont géographiquement dans la CEDEAO, pas dans la UEMOA (union sur la base monétaire). Ils se servent des différentiels des États pour faire leur commerce. Seul en Afrique du Sud cela fonctionne bien avec une étalement de supermarchés d'origine sud-africaine dans le cadre du régionalisme du Sud de l'Afrique subsaharienne.
Cette pratique crée des avantages mais aussi des problèmes, ce commerce illégal ne permet pas à l'État de le taxer et de développer des politiques sociales. De plus, l'agriculture demande beaucoup d'efforts pour un rendement faible alors que la contrebande permet pour peu d'efforts de rapporter beaucoup d'argent. Cela transforme beaucoup certaines régions avec une disparition des cultures au profit de villages de contrebande. Leur revenu reste cependant très ponctuel. Cette régionalisation contourne les règles d'une politique de régionalisme qui n'arrive pas à les faire appliquer. C'est une forme d'effondrement du circuit officiel mais cette contrebande fait vivre des gens, qui ne survivraient pas en temps normal.

Il y a donc des ilots de modernité qui permettent un certain développement par endroits. D'autres espaces sont laissés à l'abandon, mais développent un certain dynamisme économique dans l'informel en opposition avec la régionalisation. Enfin il existe d'autres espaces laissés à l'abandon et sans réel dynamisme. Du coup, tout cela a accru les inégalités entre régions, on est passé d'une Afrique pauvre à des Afriques tantôt riches, tantôt pauvres et tantôt développé par une économie informelle.






Sociétés rurales et agricultures


On a une Afrique très rurale (65% de la population en moyenne, avec des inégalités entre pays montant parfois à 80% de population rurale comme au Tchad ou au Niger). Cette population n'a pas diminuée ailleurs, au contraire elle a augmenté, c'est juste que la population des villes a augmenté plus rapidement que celle des campagnes. Donc l'agriculture doit nourrir des urbains plus nombreux, des ruraux plus nombreux et des exportations, plus nombreuses aussi. Or cette agriculture est encore peu modernisée. Cela n'est pas le néant, l'horticulture en Afrique de l'Ouest est très moderne, mais tellement ciblée sur ce vaste continent, que cela n'apparaît pas.


  1. L'image standard d'une agriculture en perdition

  1. L'agriculture africaine vivrière ou comment tirer parti de l'écologie

Comme l'agriculture africaine est très archaïque elle dépend fortement des conditions écologiques. S'il pleut une fois par an, on s'adapte. Ailleurs dans le monde, on a réussit à se rendre indépendant du climat, l'Afrique pas du tout.
Selon la FAO, les exploitations agricoles sont très petites et freinent le développement de l'Afrique. A l'inverse de l'Amérique Latine, on n'a pas de grand propriétaires latifundiaires, on a des familles qui produisent pour eux-mêmes. Les rendements sont donc assez faibles, inférieurs de deux tiers par rapport à la moyenne mondiale. La concentration d'engrais y est la plus faible, de même que les techniques d'irrigation qui sont restées circonscrites au Nord du Sahara (sauf à Madagascar du fait de ces liens historiques avec l'Asie). Mais les appareils de mesures et de comptages sont inadaptés à l'Afrique. On mesure la quantité de céréales qu'ils mangent, alors que ces céréales sont inconnues sur les marchés mondiaux et que les Africains mangent beaucoup de racines. Comment parler alors de leur consommation de blé qui est totalement marginale, alors qu'il se servent de céréales locales. De plus, les racines ne se stockent pas, elles restent en terre jusqu'à leur consommation, on a donc pas de statistiques sur les productions vitales pour les Africains.

L'agriculture vivrière est en deux temps : l'agriculture vivrière de subsistance (celle qu'on consomme) et l'agriculture vivrière marchande (celle qu'on revend). Celle de subsistance est soumise à l'agriculture archaïque, on ne trouve pas de charrues qui demanderaient des bovins et avec les tripanosomiase cela n'est pas possible. On cultive donc à la main avec des méthodes assez archaïques. Donc l'agriculture est extensive, les rendements sont faibles et de plus elle est vulnérable (invasion de criquet, épidémie, …).
Paradoxalement dans l'agriculture africaine, le facteur « terre » est un facteur abondant, le facteur « capital » pas du tout, reste le facteur « main d'œuvre » qui est aussi très faible. On a du monde en Afrique, mais beaucoup de jeunes qui ne peuvent pas travailler. Beaucoup de terres et peu de main d'œuvre cela donne une agriculture extensive (beaucoup de terres, peu de rendements) à l'inverse de l'Asie où le facteur « terre » est le plus faible (alors on a de petites terres où on cultive énormément). Là où les experts raisonnent en rendements du sol, les Africains raisonnent en quantité de sol.

Autre contrainte, l'absence de propriétés du sol. Si on ne possède pas sa terre, quel intérêt à investir dans une forme de modernisation qui ne vous servira pas toujours ? En général, ce sont des propriétés coutumières, plutôt d'ailleurs des sortes de prêts de sols.
Le tout combiné donne une économie vivrière archaïque. Les Africains vont donc essayer de mélanger leurs besoins avec les contraintes. Leur agriculture n'est pas moderne, mais ils s'adaptent à la nature et sont donc très écologiques. Ainsi au Sahel, on a une saison humide et une autre sèche avec des sols surtout sableux et d'autres plus fertiles dans des vallées mais où des simulis transmettent l'oncocercose. De plus, cultiver sur le sable est plus simple que sur une terre grasse et lourde. Enfin, les situations très vulnérables sont aussi très différentes d'une zone à l'autre, du coup, les Africains répartissent leurs cultures. Alors effectivement, on tombe toujours sur les mêmes cultures de subsistance (Zone sahélienne : Mils, Sorgho, Dolique). D'où une agriculture peu diversifiée car on fait la culture qui pousse bien et qui survit. Vers le Nord de l'Afrique subsaharienne, plus humide, on a des cultures plus diversifiée. Dans la savane, les racines des herbes empêchent un labour facile. La technique des brulis permet de vite défricher, d'avoir un engrais, mais il faut se dépêcher de cultiver avant que les racines ne repoussent (technique du billon). Là encore, les cultures sont celles qui peuvent pousser dans ces conditions.

Les cultures secondaires contiennent une partie de légumes. Dans la savane, le complément alimentaire vient surtout des arbres, de leurs fruits ou de leurs feuilles (feuilles de baobab). La baobab est l'arbre idéal, on se sert de tout (fruit, feuilles, graines pour faire de l'huile, …), mais on trouve aussi le faidherbia (fourrage pour les bêtes), le caïlcedrat, le palmier ou encore le tamarinier. Les Africains, sur des années ont su sélectionner les arbres qui leur sont utiles dans la nature. Ils ne sont pas planter, mais préserver. Là aussi leur agriculture est vulnérable mais toujours savante. Ils ont su s'adapter à la contrainte par un savoir très développé.

mardi 6 décembre 2011

Géo des Suds 30 - 11

Précédemment : Géo des Suds 23 - 11









Rénovation d'une route en Afrique









  1. Or noir et matières première : nouvelles promesses de développement ?


  1. Le boom des matières premières : un élan fragile


La croissance économique mesurée par le PIB s'est améliorée fin des années 1990 jusqu'à 2008. Cette hausse annuelle de 6% en moyenne et comme l'inflation est restée faible, cela fut visible. Seule l'Afrique de l'Ouest connu une croissance modérée car les ressources sont moins nombreuses. Cela permet d'estimer que pour sortir de la pauvreté, il faut une croissance de 7% sur quelques années, on est donc pas loin. Par contre, la question politique joue à son tour pour savoir où va l'argent. Or ce fut la conjoncture mondiale qui permit cette croissance, essentiellement la Chine à la recherche de ressources.

On a donc un augmentation des caisses de l'État qui s'est retrouvé dans des infrastructures de transports, des services énergétiques, … Bref des investissements allant de paire avec les exploitations minières, pas véritablement social.


  1. La crise de 2008 et l'Afrique Subsahrienne


On estime que si les matières premières restent élevées le développement sera accentué. Par contre avec la crise, les chutes d'achat pourraient nuire à l'Afrique. On constate des hausses spectaculaires des matières premières qui chutent, ou se stabilisent en 2008 avant de redémarrer de manière plus faible.

Or les économies africaines peu diversifiées y sont sensibles, en Zambie une vente de cuivre élevée assure des ressources mais cela peut (et d'ailleurs s'est) effondrée. Du coup, les politiques n'investissent pas dans des projets puisqu'on ne sait pas ce qui va entrer dans les caisses le lendemain. Les effets peuvent se compenser mais aujourd'hui, l'Afrique connaît une croissance réduite. Or les économies européennes ont des impacts sur l'Afrique. Les pays africains d'ailleurs pensent ne pas être touchés par la crise car trop peu mondialisés. En réalité l'impact de la crise sur l'Afrique eut bien lieu remettant en cause ce manque de mondialisation. On en a donc constaté que si l'impact des banques été faible (sauf dans quelques pays), les flux présents en Afrique ont aussi fuit avec le départ de chantiers étrangers, l'impact est indirect. De plus, les diasporas africaines à l'étranger ont réduit leurs remises envoyées à destination du pays d'origine (montant parfois à 20% des ressources extérieures de certains pays africains comme le Mali). Enfin, les débouchés des pays africains ont vus la vente de leurs produits réduites et leur valeur diminuer. Du coup, l'impact à venir pourrait peut être devenir plus dramatique qu'on ne le pense.

Le secteur informel fut aussi touché indirectement par cette crise. Les individus touchés par la crise, voient leur pouvoir d'achat se réduire et donc achètent moins, y compris dans l'économie informelle. Le continent est donc bien insérée dans la mondialisation et subi à sa manière les contrecoups de l'économie mondiale.


Dans leur étude Lions on the move, référence aux dragons asiatiques puis aux tigres asiatiques, l'institut McKinsey Global Institute croit beaucoup au développement de l'Afrique. Ils expliquent qu'il y a une répartition assez large des bénéfices économiques dans des secteurs différents (transports, agriculture, …). Dans les budgets des ménages, ils constatent que les dépenses essentielles créant peu de croissance sont stabilisées et la partie des dépenses non-essentielles augmente ainsi que la diversité d'achat des ménages aussi. Les deux tiers des dépenses des ménages en 2000 sont essentielles, et en 2008, on est à 55%, donc la moitié environ de l'argent des ménages peut être utilisé ailleurs. De fait, on a connu un accroissement sans équivalent du marché de la téléphonie mobile (multiplication des portables, passage de village sans téléphones fixes aux portables, boutiques de location de portables, cabinards, …). Internet commence à émerger mais lentement à cause des infrastructures qui devraient aller avec. A l'horizon 2020, l'institut pense qu'on peut passer sous la barre des 50% de consommation essentielle. On parle de « petite prospérité », le basculement de certains pauvres vers le bas des couches moyennes. Ainsi en Inde, des tas d'entreprises forment des téléphones peu chers, intermédiaire entre les prêteurs de téléphone et les grandes boutiques. En Afrique, cela n'a pas lieu, on a les deux extrêmes mais peut être que la petite prospérité peut amener à cela.

Grâce à l'institut, on peut alors distinguer les pays sans ressources ou très instables (Mali, République Démocratique du Congo, …), les pays pétroliers qui ne réinvestissent pas (Nigéria), les pays diversifiés avancés (Afrique du Sud) et les pays en transition apparentes par fois fragiles (Cameroun, Ghana, Tanzanie) parfois non (Zambie, Sénégal). Une grande partie de ces pays semble avoir effectué une transition vers le mieux. A voir des sceptiques attendent derrière de voir les attitudes des investisseurs.




  1. Mobilités, transports et intégrations


C'est la matérialisation physique de l'économie, puisque celle-ci favorise un développement économique. La structuration de l'espace est déterminante mais très peu avancée par les pays africains.


  1. Un continent rugueux


A. Des infrastructures archaïques


Vu que l'essentiel des exportations africaines (80%) passent par les ports, c'est le nerf de leur économie. Par contre, les cours d'eau africains sont très peu utilisés parce que les flux varient selon la saison et que des tronçons sont impraticables par bateau. Du coup, la circulation continentale se fait souvent par routes or le réseau est très très très lacunaire, ce qui ne facilite pas les flux. On parle de pénalité logistique de l'Afrique à cause des transports limités. On a des développements partiels par endroits, par intérêts des investisseurs, mais ce n'est jamais une politique complète.


Les ports importants sont Abidjan qui avec son effondrement par la guerre civile a favorisé des ports alentours (Dakar, Tema, …). On a une concentration au Nord de l'Afrique de l'Ouest des ports, après Douala (Cameroun) on a plus de ports avant Luanda (Angola), puis le suivant est Le Cap (Afrique du Sud). Ces ports sont de plus souvent mal équipés et couteux. Les ports sont souvent trop petits pour accueillir les gros cargos, on décharge en mer ce qui coûte très cher. Le coût de la cellule est 22% plus cher en Afrique qu'en Amérique du Sud et 15% plus cher qu'en Inde. L'efficacité à quai est assez lente et assez douteuse (formation faible de la main d'œuvre, salaire peu intéressant, bureaucrates locaux peu concernés, formalité longues, …). On parle de boucle logistique pour qualifier l'ensemble des acteurs lors d'un transport et en Afrique, il est le plus élevé. Mettre les containers du bateau sur le quai (dépotage) prend 3 à 4 jours en Afrique pour moins d'une journée en Europe. Du coup, les autres bateaux attendent durant 28 heures en Afrique et cela joue sur le prix des produits. A cela, la situation provoque des conflits avec les pays dépendants des ports d'autres pays. Enfin, il y a des problèmes d'insécurité dans ces ports. Des containers disparaissent mystérieusement. Dans le port de Tema, 8% à 10% de la cargaison disparaissait. Le seul pays dont le volume des containers est conséquent étant Durban (Afrique du Sud coté Asie). C'est à peu près pareil sur la côte Est de l'Afrique.


Pour les routes, on constate que le treillage s'est bien densifié mais pour des transports lents. En effet, ce sont souvent des pistes pour les gens à pied, les vélos, les voitures lentes et résistantes, … Il n'y a pas de routes bitumées, la vitesse ne suit pas le treillage. Les capitales sont rarement reliées directement par des routes bitumées alors qu'elles fonctionnent de concert dans plusieurs domaines (liens économiques, familiaux, commerciaux, …). Le projet de la Côtière prévu depuis longtemps est toujours loin d'être achevée. En moyenne 10% des routes sont revêtues en Afrique du Sud. Il n'y a pas de réseau bitumé maillé, les pistes seulement sont maillées mais elles ne sont pas adaptées. L'exigence des autres pays pour venir implanter des entreprises étant le bitumage des routes, l'urgence d'investissement devrait venir, seulement la fabrication coûte chère et l'entretien aussi, surtout que les transports abiment vite les routes.

Les chemins de fer sont aussi catastrophiques leur maillage est plus que faible et sans ramifications.




B. Des obstacles qui ne sont pas toujours ceux que l'on croit


Les difficultés des transports en Afrique ne sont pas le fruit d'obstacles physiques ni de difficultés techniques particulières. Le seul véritable obstacle est la saison de pluies avec des crues si fortes et une qualité de routes si faible que le climat détruit les infrastructures.

Or parmi les conditions déterminantes, on a ensuite l'insécurité. On évite les circulations la nuit, on évite de voyager seul et on se déplace en convoi. Cela fait les bénéfices des villes étapes avec les marchés, les hôtels, les restaurants, …

La guerre redéfinit les flux et les lieux de développement. Ainsi la guerre en Côte d'Ivoire a donné son élan aux ports voisins d'Abidjan et aux réseaux évitant le pays en guerre.


Les réseaux d'avions sont aussi très peu nombreux. Les grands aéroports sont limités et rarement en bon état. De plus, les hubs principaux sont pour l'Afrique de l'Ouest, Roissy Charles de Gaulle, et pour l'Afrique de l'Ouest, c'est Heathrow. Le trajet est souvent long mais l'avion reste peu dans ces pays : on part de jours et pour des raisons de coût de stationnement, d'insécurité, de qualité d'essence, … et on rentre vite de nuit. L'Air Africa, surnommée Air « ça m'est égal » est devenu Air Sénégal, devenu Air « Peut-être » . Il reste Kenya Airways, Ethiopian Airways et ??? Airways qui sont fiables.


  1. Les efforts de modernisation lents et sélectifs accroissant les disparités spatiales


Des transporteurs restent présents en Afrique et investissent dans des projets qui deviennent souvent privés par la suite. Bolloré investit notamment en Afrique de l'Ouest. Le projet NEPAD, grand projet de dirigeants africains pour moderniser les infrastructures africaines, on trouve un lien de Dakar à N'Djamena et la Cotière de Dakar à Lagos. Qui va entretenir ces routes ? Des investisseurs privés certainement qui mettraient des péages pas forcément efficaces.


Enfin il existe les projet de corridors : désenclaver quatre pays d'Afrique Australe via des trajets en différents transports. Le premier part vers l'Atlantique, le second vers l'Indien. Au nouveau des douanes, il n'y a plus de taxes. Ce genre de corridors est très bien entretenu car il est privatisé et payant. Mais ce genre d'initiatives ne sert pas les individus habitant aux alentours, c'est à destination des grandes entreprises en générale.

Ce genre d'initiatives accroit les différences régionales entre des régions développées et efficaces et d'autres toujours en retard sur la modernité des réseaux.

samedi 26 novembre 2011

Géo des Suds 23 - 11

Précédemment Géo des Suds 16 - 11





La vente informelle d'essence (frelatée)





  1. Pauvreté et économie informelle


Les sociétés ont trouvé des modes de survie de type économie informelle. On retrouve cela à la campagne, mais aussi en ville. Jusqu'au milieu des années 2000, la vision macroéconomique semble catastrophique. Pourtant ces sociétés ont une énergie réelle pas vraiment formelle.


A. Une pauvreté généralisée


D'après une carte du seuil de pauvreté par pays, on constate un recul de l'Afrique sur d'autres pays. En prenant un ménage moyen et en regardant le panier monétaire des biens essentiels (nourriture avec un seuil calorique, frais de santé, transports, frais de logement, frais de scolarité, frais d'habillage, …). Une fois cela fait, on obtient une carte où les deux tiers des pays africains à l'échelle nationale sont sous le seuil de pauvreté, alors même que la définition est très restrictive.

Un autre indicateur est celui du taux de population vivant avec moins de 1,25 $ par jour ou moins de 2$ par jour. Quoiqu'il en soit, l'Afrique ressort encore clairement comme majoritairement pauvre, puisque souvent plus de 80% de la population vit avec moins que cette somme. Cette mesure économique fut contestée.


Avec l'IDH (espérance de vie, alphabétisation et ), plus pertinent on constate que les 20 dernières places internationales sont 20 pays africains. Il y a tout de même des exceptions notamment le sud de l'Afrique.

De même, dans le classement des PMA, 50 pays sont recensés, essentiellement africains. Depuis la création de ce statut vers 1970, le seul pays africain qui a quitté ce statut est le Botswana.

Enfin en se limitant au taux d'alphabétisme des populations de plus de 15 ans, on constate qu'en général 50% à 80% de la population des pays africains n'ont pas appris à écrire ou même à lire. C'est peut être un des handicaps majeurs de ces pays africains.


Pour s'en sortir dans les années 1960 – 1970, on a donné des subventions pour aider les paysans, les industries, les populations, … En Côte d'Ivoire, au Ghana cela eut un certain succès. Mais au tournant des années 1980, on est revenu sur ces projets aux bilans mitigés. La pauvreté a alors connu un nouveau regain énorme, les pauvres le sont devenus encore plus, les classes moyennes ont quasiment disparu. L'idée cachée derrière cette vision est celle du trickle down, ou théorie des miettes. Nous ne pouvons faire vivre des populations au-dessus de leurs moyens, pour avoir des politiques sociales, il faut en amont avoir des recettes. Il faudrait en réalité augmenter la richesse collective pour qu'il y ait des retombées naturelles sur les pauvres, un jour. Cela n'a pas marché évidemment, la richesse ne se partage pas spontanément, il faut l'y aider. Dans les premières années, aucune richesse n'apparaissait, puis dans les années 1990, on a remis des mécanismes de régulation qui ont relancé la richesse économiques mais pas son partage. Depuis la fin des années 1990, on a donc rétabli de nouvelles politiques sociales fixées sous condition de résultats.


B. Informalisation et transgression : des stratégies de survie ?


La survie des sociétés africaines passe par la survie en-dehors des institutions africaines. Traduit de l'anglais informal, en français l'équivalent est décontracté, sans suivre les règles strictes. En Afrique, l'économie n'est pas stricte comme on peut y avoir droit en Europe. Cela n'est pas calqué sur la corruption, il y a des techniques illégales ou amorales, mais ce n'est pas tout, on trouve surtout des économies informelles du type de la vente de ses surplus sur le pas de sa porte.


C'est donc un ensemble d'activités hétérogènes à haute intensité de main d'œuvre (par opposition à l'officielle, qui est une activité à haute intensité capitalistique avec de gros investissements mais peu de main d'œuvre). Elle requiert peu voire pas de qualification. On a aussi une économie de l'apprentissage, on fournit par les apprentis une main d'œuvre gratuite, qui est en contrepartie formée à un métier en plus du fait d'être hébergé.


C. Productions illicites des campagnes et des villes


Presque tout le monde fait fonctionner cette économie : couches populaires et couches moyennes voire parfois des couches élevées. Elle est donc très présente dans plein de domaines. Les ventes de biens comme celle de l'essence faite de multiples illégalités : essence venue du Nigéria à monnaie faible, esquive de la douane et revente dans un pays à monnaie forte, en plus on la mélange à de l'huile en les revendant sur un point de vente non payé. Malgré tout cela bénéficie aux acheteurs qui y trouvent leur utilité. La vente de nourriture souvent faite sur le pas des portes se fait au détail, on peut acheter des demis ou des quarts de légumes. C'est une forme d'adaptation au pouvoir d'achat des gens, souvent des personnes vivant au jour le jour. Alors certes l'achat au micro détail vaut bien plus cher à la fin du mois que l'achat en gros. Mais cela permet d'éviter l'endettement qui est perçu par la population comme la pire des solutions. Pareil dans les marchés, économie moins informelle mais où on trouve des vendeurs à très petites unités. Les transports aussi sont dans cette économie informelle (à pied, charrettes à bras, minibus indépendants, …). Cela provoque des congestions phénoménales avec des politiques très particulières (sectionnement des lignes). Enfin les services sont aussi dans l'économie informelle (coiffeurs, réparateurs de montres, de mobylettes, d'ordinateurs, de circuits du froid, …). Le meilleur de ces secteurs informels est le textile avec de nombreux tailleurs (qui cousent les vêtements) et les brodeurs (finition et détails). L'artisanat fonctionne auprès des touristes aussi.


Ces activités échappent au cadre légal, ne sont pas recensées et ne payent donc pas d'impôts (que ce soit sur le lieu d'emplacement, la masse salariale, …). Ils échappent aussi au code du travail forcément. Ses petites activités se limitent souvent avec deux personnes et demi (le demi pour la famille ou l'apprenti). Le taux de rotation est donc extrêmement élevé et ils sont durs à recenser, l'échec du Burkina Faso le montre. Cela représente toujours plus de 20% des activités, en moyenne 70% à 80%.


D. Une mondialisation par le bas ?


C'est un jeu entre l'informel et l'État. Cette économie est nécessaire et donc l'État tolère ou ferme les yeux. Cela fluctue cependant selon les politiques. On a des phases de « nettoyage » de ces activités puis d'inaction (surtout à l'approche d'élections).


A l'international, dans les années 1970 – 1980, on dénonçait ce système archaïque, peu fructueux et illégal. On a donc tenté de construire un espace commercial plus organisé, de financer des programmes pour devenir entrepreneur, … Cela n'a jamais marché.

Le tournant des années 1980, réalise alors que ce sont des formes entrepreunariales très dynamiques et qu'on peut les pousser à devenir des petites PME. On a donc dit aux États de ne rien faire et de les favoriser. Les subventions qui leur furent fournies, furent investies, dans des transports et des terres. Les Africains sachant que la pauvreté fluctue ont eut l'intuition qu'en augmentant leurs prix (pour de nouveaux coûts, pour de la qualité, …) ils seraient éjectés du marché africain. Ils investissent donc dans d'autres domaines pour en tirer des bénéfices complémentaires, pas pour se développer.


Pour les optimistes, cette économie informelle est preuve du dynamisme africain plus que notre regard européen qui y voit de l'illégalité. Effectivement, cette économie est très inventive mais elle empêche de sortir de la pauvreté malgré tout. Il n'y a pas de profonde évolution de cette économie. L'invention et l'innovation reste inscrite dans un contexte de pauvreté qui bloque toute évolution. D'autant qu'échappant aux impôts étatiques, cette économie ne finance pas les biens publics qui devraient assurer les bases du développement du pays.

Pour les pessimistes, les Africains font de l'économie informelle car ils ne veulent pas payer d'impôts. C'est bien évidemment faux puisque les cadres ne sont pas appropriés à un développement d'entrepreneurs, de plus en échappant aux taxes, les Africains s'assurent un revenu et la pérennité de leur activité. Ce n'est pas culturellement dans leurs gènes.


Il existe cependant des milieux plus fortement illégaux, de véritables trafics : revente de drogues, de médicaments sans boîtes, sans conditionnement, … Cela ne rentre pas cependant dans l'économie informel. La crise des années 1980, des gens dans l'économie informelle ont pu basculé dans les activités illicites, les trafics de toutes sortes (enfants, prostitution, drogues, contrebande, …). Le seul contre lequel le Nord luttent véritablement ce sont les trafics de contrefaçons qui vont à l'encontre de leurs intérêts. Du coup, la culture de plantes à drogues traditionnellement au Maroc s'est répandue puisque 10 ares de cannabis rapportent autant que 30 hectares de cacao. De même avec le khat (type de coca appelée thé d'Abyssinie) en Éthiopie, autrefois bien maîtrisé et qui sous l'effet de la demande extérieure croît considérablement et se propage en Afrique. Notons aussi l'importance croissante des trafics d'hommes comme les enfants-esclaves.

samedi 19 novembre 2011

Géo des Suds 16 - 11

Précédemment : Géo des Suds 09 - 11









  1. La place du religieux


La religion musulmane est très présente sur le Nord de la Côte Ouest africaine, sur la corne et dans le Nord des pays situés sur le Sahara. Les pratiques animistes sont très présentes dans tout les pays et compatibles avec les religions classiques. Les chrétiens sont très présents dans le Sud et le centre de l'Afrique, cette religion a été importée par les colonisateurs, pas la religion musulmane.


Les grandes religions ont aujourd'hui un rôle ambigu. Elles sont des relais de la mondialisation avec l'investissement de grands pays religieux dans les pays où leur religion est fortement représentée (Arabie Saoudite dans les pays du Nord de l'Afrique subsaharienne). Les pays du Nord moins religieux pas

sent pour soutenir les pays d'Afrique par des communautés religieuses très présentes. Pourtant la religion n'a pas de rôle politique déterminant dans les pays d'Afrique, si c'est très fort à l'échelle individuelle, ça ne l'est pas à l'échelle étatique. De plus, on constate une individualisation de la religion. En effet, les religions n'ont pas de solutions aux grands problèmes des Africains. Ces grandes religions perdent du terrain en matière d'influence sur les fidèles au profit des religions pantecotistes. Il y a bien eut des tentatives pour reprendre le contrôle des fidèles en adaptant ces réponses aux préoccupations africaines, par la base, la hiérarchie le refuse.

Les Eglises pantecotistes se réclament davantage dans la proximité avec les fidèles, on se parle, on échange, on quête, on danse, … De plus ces églises ont deux réponse à deux questions principales des Africains : que faire face à la maladie (le mal) ? L'Église évangélique propose de l'exorcisme. Que faire face de l'enrichissement d'une élite urbaine minoritaire : l'Église classique propose de redistribuer, l'Église néoévangélique signale que c'est le profit personnel donc pas besoin de redistribuer aux plus pauvres. On a donc des jeunes entrepreneurs qui réclament un rigueur morale, un fondamentalisme religieux mais ouvert à la réussite personnelle. Au Bénin, plus de 300 Eg

lises néoévangéliques existent, plus de 1000 au ???. Ces nouvelles Églises arrivent à combiner les traits culturels de la religion et le contexte mondial d'autre part. Souvent les fondateurs de ces Églises sont produites par des chefs d'État africain et sont même parfois source de conflits religieux et s'exprime partiellement dans les guerres qui peuvent avoir lieu. De même pour les grandes religions comme au Nigéria depuis 1999 et en 2010 plus de 500 morts eurent lieu dans ce conflit. Pourtant tout n'est pas à cause des religions, c'est aussi un conflit économique entre les éleveurs qui sont mobiles et les paysans fixés sur des terres, un conflit tribal, … Probablement que diverses raisons s'emboitent. Sur le plan politique, les grandes églises perdent du terrain aussi. Surtout depuis que le protestantisme pris part au régime d'apartheid. Le catholicisme ne prend jamais parti dans le débat politique et prône la démocratisation africaine. Dans le pire des cas, des représentants de cet Église sont pris dans la politique du ventre mou.


Le problème est surtout qu'il n'y a pas

dans ces États africains (sauf l'Afrique du Sud), de mode d'organisation des individus permettant de dépasser les clivages communautaires. Cette défaillance d'encadrement à l'échelle nationale (et surtout professionnelle avec des syndicats). La raison de cette absence vient du fait que la classe ouvrière est minoritaire en Afrique, on a surtout des paysans dispersés avec des intérêts divergents. La société civile africaine est trop peu structurée et organisée. Difficile de trouver un interlocuteur local.

L'autre raison est que tout ces encadrements, de la famille aux religions, pratiquent une confusion des systèmes avec un mélange des cadres économiques, politiques, sociaux, … Ce chevauchement des milieux est visible à tout les étages de la société, de l'État au chef d'ethnie ou au chef de famille. En tentant de décentraliser le pouvoir de l'État vers les villages, les familles ou les ethnies, alors on retrouve le même système. Il faut donc réformer l'État et la société en les laissant entre autre évoluer d'eux-mêmes.







L'Afrique dans la mondialisation




Le propos tenu est très général mais exclu l'Afrique du Sud qui s'approche surtout des pays émergents. Les autres pays étant ceux qui ont raté le tournant économique et sont restés des importateurs de matière première. Il y a une opposition entre ce continent pauvre alors qu'il regorge de ressources notamment minières, convoitées par les marchés. L'économie africaine a connu une stagnation de la productivité dans les dernières années. L'économie est peu intensive et gagne peu en productivité avec la même quantité de capitaux investis. Cette économie est très fragile car les matières premières dépendent des tendances des marchés et peuvent donc entrer en crise sur le bon vouloir de celui-ci. Mais les matières brutes ne sont pas la seule ressource, on a des embryons d'industrie qui ont eut lieu mais avec la libération commerciale, la concurrence des produits asiatiques les ont fait échouer (l'industrie textile de Côte d'Ivoire). Le continent sans compétitivité à été marginalisé économiquement. Enfin c'est une économie de rentes.


  1. Un continent en perdition ?


  1. La crise macroéconomique


A. L'économie des rentes


Cette économie de rentes fonctionne sur la seule base des revenus du capital fixe installé. On fonctionne sur une seule ressource. L'argent récupéré des profits qui sont fait ne cherchent pas à consolider l'entreprise, ou la moderniser, ou la diversifier, … L'argent issu des bénéfices assure juste la continuité et les excédents sont mis dans les rapports sociaux tels les enterrements, les mariages, les baptêmes de la communauté. On transforme donc les profits supplémentaires pour obtenir du cash dans ces objectifs. Les programmes d'aide voulant aider ces entreprises à devenir des PME et leur fournissant de l'argent l'investissaient dans les rapports sociaux.

Le contexte vulnérable de l'économie empêche les entrepreneurs d'investir dans une entreprise qui peut s'écrouler à tout instant et donc faire perdre l'argent accumulé. En Afrique, on investit dans les terres qui sont fixes ou dans les transports, mais rarement dans les machines ou les infrastructures. Toute l'économie africaine entre dans ce système.


A cause de ces caractéristiques, les pays africains n'arrivent pas à sortir réellement des trappes de pauvreté. L'argent circule énormément mais pas dans les entreprises ou les activités économiques jugés trop fragiles.

A cela s'ajoute depuis les années 1960, le PIB de l'Afrique subsaharienne a atteint des taux très bas avec une remontée rapide mais aléatoire et fragile. Ainsi sur la décennie 2000, la croissance du PIB est plus faible qu'en Asie, mais en plus elle s'effondre très vite en 2008. Le PIB moyen par habitant et alors de loin le plus faible dans les pays d'Afrique subsaharienne, sauf quelques pays pétroliers un peu au-dessus des autres (Nigeria, Gabon, …). Si l'État gabonais est plus riche que la Zambie, les habitants ne le sont pas forcément davantage. Botswana, Afrique du Sud, Ile Maurice, sont bien au-dessus du lot, on a donc clairement à faire à des pays émergents.


On a donc essayé rapidement de les sortir de leur endettement. Leur dette entre 2000 et 2009 n'a pas diminué, mais elle passe de 60% du PIB en moyenne à 20% en général. Plus de la moitié des prix de leurs exportations servent au remboursement de la dette (56% des bénéfices). Il ne reste donc que peu de choses pour payer les fonctionnaires et encore moins pour développer un programme social et un développement efficace. Autre chose, on leur a conseillé de démanteler leurs appareils douaniers ce qui a détruit leur économie industrielle mais a augmenté les richesses du pays dans la vente des matières premières. On avait donc une stratégie industrielle de substitution aux importations, c'est à dire une industrie locale qui utilise les ressources du pays (des pagnes et des camisoles prenant appuie sur le coton régional). Cela convenait si le marché intérieur est moins cher que le marché extérieur. Le protectionnisme africain favorisait cela, mais avec la libéralisation, ce n'est plus possible, il est moins cher d'acheter ce qui vient de l'étranger. En effet, le coût du travail en Afrique est élevé d'autant que le franc CFA est lié à l'euro et donc plus élevé que les monnaies asiatiques.


L'idéal serait aussi d'avoir plus de gouvernance. Pourtant quand l'État s'est renforcé pour mieux contrôler ces entreprises publics, les instances internationales ont forcé à stopper cette technique pour faire intervenir un partenariat avec des acteurs privés qui ont demandé de reconfigurer l'État en général, cela a décentralisé le pouvoir politique et économique. Ainsi, on leur a imposé de créer des directions régionales ou des agences doivent gérer un domaine particulier avec des représentants et des acteurs de tout bords.


B. Les déséquilibres sectoriels


Pendant les réformes, on a assisté à un appauvrissement, le temps de s'habituer, puis un décollage rapide eut lieu avant de retomber aussi rapidement. On en a conclu qu'on a pas assez travaillé secteur par secteur. On constate donc que l'essentiel de la croissance africaine vient des ressources minières en plein essor, mais ça ne va pas développer le pays. De plus, l'agriculture semble aller mal, elle ne représente pas un point de croissance économique alors que la population travaille pour l'essentiel dans ce secteur. Cela ne produit que peu de richesses. C'est donc les services qui semblent devenir le nouveau secteur, sauf que c'est du service informel (donc pas quaternaire, aide aux entreprises), type coiffeurs, … C'est surtout, comme l'agriculture, un moyen de survie. Seule l'Afrique du Sud est une réelle croissance industrielle.


L'industrie est donc un problème car sa croissance est aux mains d'entreprises étrangères. L'industrie extractive est un avenir avec des ressources très variées et intéressantes. On a donc des entreprises étrangères très séduites. Mais en développement, ce n'est guère le cas. Les chinois très présent au Congo pour extraire de tout, ont fuit le terrain après l'effondrement du marché en ne laissant que des machines et des routes. Aux pays africains de forcer les entreprises à investir dans des projets de développement et de recycler de manière plus adéquat les richesses africaines.


L'agriculture c'est différent. Le continent qui possède de nombreuses terres arables fait des locations de terres arables pour d'autres pays (du Golfe) : le land-rabbing. C'est un immense potentiel mais l'agriculture africaine est archaïque, elle ne connaît pas l'irrigation, n'est pas modernisée, … Elle ne peut donc suffire au développement d'un pays, sauf dans de rares cas, et suffit parfois tout juste aux familles. De plus peu de crédits, d'énergies leur sont fournis.


Les services il y a un vrai terreau, mais pour être producteur de richesses, il faudrait des compétences plus forte, ce qui est difficile quand la population est encore très analphabète. Il faut donc miser sur le long terme : éducation et qualification. On en est loin.


C. Une marginalisation économique inquiétante


Contrairement à nos espoirs, l'Afrique est encore plus marginale dans le commerce économique qu'elle l'était il y a 30 ans. Passant de plus de 6% d'exportations africaines dans le commerce mondial en 1980, puis ensuite chute jusque dans les années 2000 où bénéficiant des investissements chinois, l'Afrique connaît une légère remontée pour atteindre 3% aujourd'hui. C'est donc plutôt une régression. Par ailleurs, la composition des ventes africaines sont essentiellement de matières premières (mais le bénéfice tient aux traitements de ces matières où on trouve la valeur ajoutée et cela se fait dans le Nord) comme le pétrole brut, les cosses de cacao, … Cela représente 70% des exportations. L'Afrique reste une pourvoyeuse de matières premières en arrière-cour pour l'ensemble du monde, comme aux temps coloniaux. C'est donc assez terrible.

Il reste de petites industries (automobiles au Nigéria, …) éparses et marginales.


En sortant de la colonisation, la très grande part des exportations se fait vers l'Amérique du Nord (les deux tiers). Aujourd'hui l'Europe ne représente plus que 40%, l'Amérique du Nord est montée à 24% (surtout du pétrole par les accords AGOA, permettant aux USA sous réserve de démocratisation des États africains d'accéder par des tarifs douaniers avantageux sur le marché africain) et l'Asie entre à 20% avec la Chine qui est le premier partenaire de ces pays. On a donc une diversification des partenaires mais aussi une limite dans le système d'importation et d'exportation du continent qui n'enclenche guère de développement.


On mise enfin sur les investissements étrangers (les IDE) pour développer le continent africain, vu que les pays eux-mêmes ne le peuvent pas. Cela se limite à 2% des flux d'IDE mondiaux par an. C'est donc insignifiant. De plus, si on regarde la répartition de ces IDE sur l'Afrique subsaharienne cela touche essentiellement les pays pétroliers (Nigéria, Soudan, Angola, Gabon, Namibie (gaz), Botswana (diamant), Zambie (cuivre)…). Donc on tourne en rond.

Notons la participation de l'Afrique du Sud vers les pays d'Afrique, solution qui se diffuse toujours dans les ressources minières mais montre les échanges au sein de l'Afrique.

dimanche 13 novembre 2011

Géo des Suds 09 - 11

Précédemment : Géo des Suds 02 - 11












  1. La village : deuxième niveau d'encadrement


Le village est un mythe de la géographie tropicale française peut être sous l'influence des villages ruraux français. En Afrique subsaharienne, c'est une concentration spatiale avec des groupes de parenté qui s'organisent pour cultiver en commun un terroir. Cette forme en réalité se trouve en Afrique de l'Ouest mais pas vraiment en Afrique orientale et centrale. Les formes d'occupation de l'espace ont une certaine incidence sur le groupement ou la dispersion. Idem pour les régions forestières, comme au Congo, à cause des jachères forestières.

Les systèmes d'héritage ont aussi leur influence. Les systèmes patrilinéaires où l'on hérite de pères en fils ainé, et d'autres matrilinéaires où les fils héritent de leur oncle maternel. La première version pousse l'ainé à travailler et entretenir pour son avenir les terres. Cela favorise aussi la reproduction au sein du village. Avec le système matrilinéaire, on est sur que la terre reste dans le clan de la mère, dans le même sang. Mais de tels systèmes ne sont pas favorables au village, puisque le fils ainé cultive les terres de son père jusqu'à la mort de son oncle. Du coup, cela crée de nombreux conflits entre les enfants pour savoir qui obtiendra la terre. Cette concurrence favorise l'entreprenariat compétitif et les départs en ville pour les plus jeunes qui ne peuvent acquérir ces terres. Donc l'habitat est dispersé.

Dans les zones musulmanes l'habitat est davantage groupé car l'Islam est très liée au commerce, pratique la grande prière du vendredi, tout cela a favorisé l'habitat groupé. De même pour les administrations coloniales et post-coloniales qui préfèrent les habitats groupés et auraient eut du mal à développer les villages. Nyerere en Tanzanie voulait des micro-assemblées dans les villages, mais ce type d'encadrements fut peu efficace.


  1. L'ethnie : entre ethnicité et ethnisme


L'ethnicité est un terme descriptif, sentiment d'appartenance à une ethnie particulière. Ethnisme est un terme scientifique qui dénonce la manipulation du terme ethnie en politique. Chez nous, le mot tribu autrefois employé et chargé de sens colonial, se transforma pour un terme venu de la Grande-Bretagne, ethnie. Pourtant, ce mot a tendance à devenir un mot d'emploi courant et peu pertinent. Au départ ethnie c'est l'idée qu'un groupe se construit une identité autour d'un ancêtre commun, ce groupe voulant partager une identité et une culture (langage proche, lignage proche, …).


Pour plusieurs géographes, l'ethnie est une construction européenne qui n'avait pas cours en Afrique. Pour les géographes africains, peu importe qu'elles furent construites, aujourd'hui elles existent et ont un fort impact (guerres ethniques, présentation ethniques).

Les ethnies seraient un héritage du passé qui parasitent la vie politique empêchent le développement de l'Afrique. C'est partiellement une erreur, les ethnies se modèlent et se transforment voire se forment toujours aujourd'hui. Il s'agit certainement de manipulations permanentes qui fondent une nouvelle donne ethnique (changement de population, reconnaissance de telle ou telle ethnie).

Ces ethnies ont longtemps été manipulées par les coloniaux et furent donc entâchées, à tels point que certains veulent s'en départir. En effet, les colonisateurs voulaient d'abord tracer des frontières pour partager le territoire, de maîtriser ce territoire et de civiliser les peuples. On a donc identifier et classer les peuplades grâce aux missionnaires notamment. Ils ont donc d'abord classer selon ce qu'ils voyaient, puis selon les modes de vie (forestiers, pêcheurs, montagnards, …) puis les systèmes de parenté (patrilinéaire, matrilinéaire), les cultes et aussi les langues. Pour convertir il fallait connaître leurs langues et ainsi les missionnaires ont classer les langues en formant des groupes. Certains groupes proches furent scindés, d'autres éloignés furent réunis. Bref toujours est-il que ses reproches à posteriori ne sont pas pertinent, les missionnaires ont fait comme ils ont pu, sur le moment.

En revanche, les colons voulaient hiérarchiser les groupes pour civiliser les plus civilisables (les évolués / les non-civilisables). Une fois défini, il fallait les classer pour les civiliser. Les colons peu nombreux, voulaient ainsi recevoir l'aide des peuples. Les Belges ont distingué les Tsuti comme aristocratie, les Outou plutôt la populace limitée intellectuellement (peut être sur une base de caractères négroïde).


A cela, il fallait aussi cartographier les zones. Les groupes qui existaient probablement n'avaient pas de notion de frontières, seulement des espaces avec des marches. Les colonisateurs voulant figer les séparations, on a regroupé des groupes éloignés et diviser des groupes proches. Cette fixation supposée des ethnies était certainement loin de la réalité. Au Kenya, on a tenté de respecter les ethnies en leur donnant des territoires, mais celles-ci se sont remises à les dépasser et l'Angleterre n'a pu les contrôler. Au contraire, le régime d'apartheid instaura le Grand Apartheid, des territoires d'Afrique du Sud blanche avec des noirs dans d'autres territoires (homeland, bantoustans), qui viendrait comme migrants travailleurs dans les territoires blancs. Il a fallut alors reclasser les groupes selon la mixité et les caractères supposés des races. Au total on recensa 9 bantoustans, avec leur culture, leur gouvernement, … Mais l'entreprise échoua, heureusement.

Enfin les colonisateurs ont cherchés des interlocuteurs locaux en prenant des chefs qui devenaient chefs d'ethnies et intermédiaires officiels. Là où les chefs n'étaient pas clairement définis, cela provoqua des tensions énormes et aboutirent aujourd'hui encore à des créations ethniques. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans la structuration coloniale, forment leur propre ethnie plus légitime et authentique.


Cet héritage plombe la notion d'ethnie. Aucun État africain n'a décidé de supprimer les ethnies après leur indépendance, préférant laisser à chacun son héritage sans balayer le substrat ethnique. En conséquence, jamais les ethnies ne furent aussi vivaces qu'aujourd'hui. On voit en effet, que tout africain se réclame d'une identité ethnique avec ses coutumes, ses langues, … Le problème c'est qu'il existe en conséquence des territoires ethniques pour les rituels, les lieux de pèlerinage, ceux de réunion, … Au Congo, on avait au départ, un conflit entre deux individus qui soulevèrent chacun une ethnie. L'un des deux dut avoir à faire à un groupe ethnique qui en fait était composé de trois ethnies différentes dans un même territoire, avec des revendications similaires. Ainsi ce leader les regroupa par achronisme sous le nom de Nibolek). Pareil au Kenya avec le président Arap Moi qui créa géographiquement les Kalenjin. On parle alors d'ethnisme quand il y a une instrumentalisation volontaire des ethnies. Les élections ont plus que jamais ravivé les clivages. La décentralisation a aggravé aussi ces ethnies avec une lutte pour l'accès au pouvoir. En culture, en guerre, … les ethnies reviennent toujours, elles ont donc une réalité certaine aujourd'hui indépendamment des erreurs et manipulations des colonisateurs. Elle est incontestablement une force d'encadrement, plus que le village qui n'en est pas une.


  1. Les structures d'encadrement « traditionnelles » à l'épreuve de la ville


Tout ces encadrements traditionnels s'adaptent en ville : famille, lignage ou ethnie. En effet, ils investissent la ville et s'y modernisent. Les chefferies ne donnent plus les terres demandées gratuitement à un nouvel arrivant, mais il légitime la possession d'un territoire, ce que l'État ne reconnait pas. C'est légitime, pas légal.

En ville la concession familiale principale finit par s'agrandir, pas par l'ajout de bâtiments adjacents mais par l'achat au gré des opportunités des habitations. C'est un éclatement spatial mais certainement pas familial. Le groupe familial continue à fonctionner de manière très centralisée. Un membre du village qui arrive est logé par sa famille après décision groupée. On voit ainsi des pratiques de confiage et d'autres de délestage d'individus vers d'autres portions de la famille, mais toujours de manière centralisée.


La crise éprouve fortement cette situation. La mobilité est donc accrue dans ces organisations et une forme d'individualisation devient de plus en plus monnaie courante. Quand les ressources familiales ne sont plus avérées, alors l'individu délaisse le groupe et se rebelle. C'est donc une remise en cause des formes de solidarité obligées au profit de formes de solidarités contractualistes et surtout choisies. Mais les solidarités contraintes existent toujours. Aujourd'hui les solidarités urbaines actives sont essentiellement devenues des solidarités religieuses.



  1. La place du religieux


La religion musulmane est très présente sur le Nord de la Côte Ouest africaine, sur la corne et dans le Nord des pays situés sur le Sahara. Les pratiques animistes sont très présentes dans tout les pays et compatibles avec les religions classiques. Les chrétiens sont très présents dans le Sud et le centre de l'Afrique, cette religion a été importée par les colonisateurs, pas la religion musulmane.


Les grandes religions ont aujourd'hui un rôle ambigu. Elles sont des relais de la mondialisation avec l'investissement de grands pays religieux dans les pays où leur religion est fortement représentée (Arabie Saoudite dans les pays du Nord de l'Afrique subsaharienne). Les pays du Nord moins religieux passent pour soutenir les pays d'Afrique par des communautés religieuses très présentes. Pourtant la religion n'a pas de rôle politique déterminant dans les pays d'Afrique, si c'est très fort à l'échelle individuelle, ça ne l'est pas à l'échelle étatique. De plus, on constate une individualisation de la religion. En effet, les religions n'ont pas de solutions aux grands problèmes des Africains. Ces grandes religions perdent du terrain en matière d'influence sur les fidèles au profit des religions pantecotistes. Il y a bien eut des tentatives pour reprendre le contrôle des fidèles en adaptant ces réponses aux préoccupations africaines, par la base, la hiérarchie le refuse.

Les Eglises pantecotistes se réclament davantage dans la proximité avec les fidèles, on se parle, on échange, on quête, on danse, … De plus ces églises ont deux réponse à deux questions principales des Africains : que faire face à la maladie (le mal) ? L'Église évangélique propose de l'exorcisme. Que faire face de l'enrichissement d'une élite urbaine minoritaire : l'Église classique propose de redistribuer, l'Église néoévangélique signale que c'est le profit personnel donc pas besoin de redistribuer aux plus pauvres. On a donc des jeunes entrepreneurs qui réclament un rigueur morale, un fondamentalisme religieux mais ouvert à la réussite personnelle. Au Bénin, plus de 300 Eglises néoévangéliques existent, plus de 1000 au ???. Ces nouvelles Églises arrivent à combiner les traits culturels de la religion et le contexte mondial d'autre part.