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mardi 15 mai 2012

Sociologie politique - CM - Chapitre 5


Chapitre 5 – Le phénomène électoral : les explications du vote.

On va se demander qui vote et pour qui. Le vote, encore une fois, a une fonction centrale dans la démocratie : permet de sélectionner les représentants et de leur donner une légitimité en fonction du nombre de voix qu’ils emportent.
Le vote a une place centrale dans la sociologie politique mais aussi la sociologie électorale a aussi une place centrale dans les stratégies des partis politiques. Il y a des cellules dans les partis politiques qui sont consacrées à ça. Cela a un rôle dans le parachutage et aussi dans le redécoupage des circonscriptions.

C’est le domaine de la sociologie politique qui est le plus riche financièrement.

Voir le CEVIPOF.

La question est de savoir si il ya des grands déterminants sociologiques qui permet de déterminer le vote, prédisposant à certains comportements électoraux. On va aussi se poser la question de l’influence des campagnes électorales et se demander quel est l’influence du contexte et des enjeux électoraux.

Il y a deux grands types d’approches :
=> L’approche déterministe, une approche par les variables lourdes. Elle s’intéresse l’influence des groupes d’appartenance dans le comportement électoral.
=> L’approche individualiste : c’est un modèle d’avantage économique avec un électeur rationnel qui fait des calculs en fonction de ses attentes et de l’offre électoral.

I – Les approches déterministes/écologiques.

Ecologique car on s’intéresse à l’environnement social des électeurs.

A-     Les modèles contextuels.


1-      Le facteur géographique (SIEGFRIED)


SIEGFRIED est le père de la géographie électorale avec  le tableau politique de la France de l’Ouest sous la IIIe République.
Il remarque que certaines zones votent durablement à gauche et d’autres durablement à droite, quel que soit les candidats qui se présentent. Il y a une distribution spatiale des votes qui est durable. Il en conclut qu’il y a des tempéraments politiques spatialement répartis.
Là où il y a du granit, l’habitat est dispersé, c’est de la ruralité avec de grandes propriétés foncières et cela donne de l’influence aux notables et à l’Eglise. Comme il y a une dépendance à l’égard de ces deux figures amenant un vote plutôt conservateur. Les zones calcaires donnent un habitat plus resserré, des petites propriétés et une distribution spatiale plus urbaine (petites villes) où la petite bourgeoisie a plus d’influence. Cela produit des relations plus égalitaires et déchristianisés.

La morphologie de l’habitat et la répartition de la propriété foncière vont déterminés les relations entre les groupes sociaux, influençant ainsi les valeurs qui prédominent.

Quels sont les limites ?
On lui a reproché d’avoir mis en place un modèle efficace pour la Vendée et moins pour d’autres zones géographiques. On lui aussi reprochés d’avoir donné trop d’importance à la géographie plutôt qu’a l’histoire, notamment avec le rôle de la Révolution Française.

2-      Le facteur social  (école de Colombia)

C’est le début de la méthodologie des sondages par questionnaire à questions fermées permettant de relancer les études des sondages électoraux.

En 1940, Lazarsfeld observe l’élection entre Roosevelt et Wilkie et grâce à sa méthode par sondage, il peut rendre compte des évolutions d’opinion. En 1944, il publia The People Choice. Il y a trois conclusions à cette enquête
=> Si on connait les groupes sociaux auxquels les individus appartiennent, on peut prédire leur vote. Il y a donc une influence du milieu de socialisation. « Une personne pense politiquement comme elle est socialement ». Si le vote est un acte individuel, ce n’est pas un acte isolé.
=> La campagne électoral a une influence très limitée sur les électeurs. Un meeting n’a que peu d’effet sur la campagne, surtout sur les individus très politisés. Par contre, les moins politisés, qui sont plus nombreux que ce à quoi s’attendaient les enquêteurs, ne suivent pas la campagne et donc ne sont pas influencés non plus.
=> Si les médias ont un rôle qui n’est pas si déterminants que ça, ce qui joue beaucoup sont les leaders d’opinion. Ce sont des personnes politisés mais qui ne sont pas des professionnels de la politique, que l’on retrouve dans tous les milieux sociaux. Ces individus vont chercher à convaincre leurs proches de voter pour tel ou tel homme politique. L’enquête de l’école de Colombia montre que ce sont dans ces petites interactions que les indécis vont changer d’avis.

L’idée que l’on vote en groupe est très présente. La famille joue un rôle de politisation au premier plan, que ce soit pour le débat d’idée mais aussi pour aller voter.
=> La classe sociale : plus on appartient à un groupe aisé, plus on va voter à droite et inversement.
=> La religion (cela joue moins en France) : les protestants vont plutôt voter « républicain » et les catholiques « démocrate ».
=> Le territoire : les zones urbaines votent « démocrate » et les zones rurales « républicain ».

3-      L’identification partisane et psychosociologie du vote (école du Michigan).

Pour cette école, les résultats de l’école de Columbia sont trop excessifs. Ils considèrent qu’il faut réintroduire l’électeur au centre de l’analyse plutôt que parler de groupe.
Ils font une enquête nationale sur 14 ans aux USA. Ils publient les résultats dans The American Vote en 1960. Ils proposent de faire une psychologie de l’électeur en s’intéressant aux rapports qu’entretiennent les électeurs avec les objets politiques (partis, leaders, symboles, etc.).

Ils montrent qu’il y a un attachement affectif des électeurs à l’un ou l’autre des deux grands partis américains. Ils font plusieurs conclusions :
=> Cette identification partisane est précoce, elle se construit dès l’enfance. Elle est transmise par les parents et c’est d’autant plus efficace s’il y a une homogénéité des convictions politiques dans le couple.
=> Cette identification partisane est durable : les électeurs ont une identification partisane qui se transmet d’une élection à l’autre et elle s’ancre progressivement avec le temps.
=> Cette identification partisane va avoir une manifestation différente selon que les gens sont politisés ou non. Pour les individus politisés, l’identification partisane joue le rôle de filtre dans le processus d’information : ils vont aller lire des journaux spécifiques, écouter certaines émissions et aller à certains meetings. L’identification partisane est à ce moment-là une grille de lecture pour comprendre le champ politique. Pour les gens politisés, l’identification partisane agit plutôt comme une marque à laquelle on est affectivement attachée, on va adopter une forme de loyauté. L’identification partisane joue le rôle de repère minimal dans l’espace politique.

B- Le poids des variables lourdes.

1- Le rôle de la religion.

Ces analyses se font à propos des catholiques, il y a peu d’élements sur les musulmans car ils ne sont que 5% contre 55% de catholiques.
Plus on est lié à la religion, plus les chances de voter à droite augmente. Plus on est détaché de la pratique religieuse et plus les chances que l’on vote à gauche augmente.

Cela a été montré Guy MICHELAT et Miche SIMON.
Ils font des entretiens non directifs où ils parlent de la pratique religieuse et de la pratique électorale en tentant de faire le lien entre les deux et deux profils d’électeurs antagonistes se dessinent :
=> Celle du « catholique déclaré ». C’est un individu issu des classes moyennes dont l’univers de représentation se structure autour d’un système de valeur conservateur qui met beaucoup en avant la personne, la famille, la tradition et le patrimoine. L’institution de référence est l’Eglise.
=> Celle de « l’ouvrier communisant irréligieux » : la représentation du monde se structure autour des antagonismes de classe, les institutions de référence sont les syndicats et les partis politiques de gauche.

Parmi les « catholiques déclaré », 66% votent à droite alors que parmi les électeurs correspondant au profil de « l’ouvrier communisant irréligieux » 63% votent à gauche. Il y a donc corrélation entre système de représentation et de valeurs, religion et comportement électoral.

Claude DARGENT a aussi écrit sur le sujet :
Si on neutralise tous les facteurs sociaux, plus la pratique religieuse est intense et plus le vote penche à droite. Et c’est vrai malgré l’érosion du catholicisme.

Il faut toutefois nuancer ces analyses car les très pratiquants catholiques votent deux fois moins Front National (J-M Le Pen) que la moyenne nationale : la religion pousse à droite mais protège de l’extrême.
Tous les électeurs de droite ne sont pas catholiques, la laïcité se retrouve à droite tout comme des branches catholiques.

Les musulmans représentent 5% de l’électorat en 2007 et à 95% ils ont voté pour Ségolène Royal. A 75% ils appartenaient à la classe populaire mais le vote est en général plus partagé dans la classe populaire.

2- Le vote de classe.

Il y a plusieurs clivages qui fonctionnent bien.
=> Les indépendants à droite et les salariés à gauche. Indépendant est un groupe très large qui recoupe des positions différentes sur le marché du travail mais l’indépendance forme une cohérence qui pousse à droite, cohérence qui s’est renforcé ces 20 dernières années, notamment avec l’augmentation du niveau de vie de certains indépendants, ou du moins à cause de l’évolution du groupe.
=> Le privé à droite et le public à gauche. Le concours du public fait que le niveau scolaire est plus élevé et ainsi, ils sont plus libéral au niveau des mœurs, donc plus à gauche. Le public protège aussi les services publics et donc vote à gauche. Le milieu syndical de gauche est aussi plus fort dans le secteur public.
=> Possédant/non possédant : l’effet patrimoine. C’est plus visible pour les personnes qui possèdent deux éléments de patrimoine.
=> Homme/femme : les femmes votent moins pour les extrêmes, surtout pour la droite.
=> Age : les vieux à droite.

Bilan du modèle des variables lourdes :
Tous ces modèles dessinent un profil d’électeur proche, c’est-à-dire un attachement politique hérité et finalement peu raisonné, qui est du niveau de l’affectif. L’électeur vote selon son appartenance mais ça ne veut pas dire qu’il vote toujours pour le même parti, comme le parti change aussi de valeurs, ils se déplacent aussi sur l’échiquier politique. Ce qui est important, c’est l’appartenance subjective plutôt que l’appartenance objective à un groupe : ceux qui ont une ascension sociale fulgurante considéreront à se considérer comme de la classe sociale de départ, un cadre ancien classe moyenne aura toujours des valeurs de classe moyenne.

selon ce modèle, si l’on est bien intégré socialement, on ne change pas, , de vote : les changements d’attitude électoral sont l’exception et traduisent un manque d’intégration social. Très tot, ce modèle a été critiqué pour deux raisons :
=> Cela s’oppose au mythe de l’électeur rationnel et indépendant, critique et informé.
=> Lorsque l’on observe les comportements électoraux, on remarque qu’une partie des comportements est volatile. Si l’on reconstruit les parcours électoraux des individus, on s’aperçoit qu’une partie importante des électeurs ne votent pas toujours pour le même partie.

Les théories individualistes en vitesse rapide (le III mais pas assez de temps pour le faire)

Deux figures de l’électeur :
=> Electeur stratège : est-ce que je vote plutôt pour un des grands partis ou non, est-ce que je fais un vote utile, et si tout le monde fait ça, est-ce que c’est toujours un vote utile ?
=> Electeur consommateur : les électeurs énoncent leurs attentes, ils définissent leurs enjeux et ils choisiraient un candidat à partir de cela.

Idée que les électeurs se prononcent selon les résultats du candidat sortant, notamment en regardant le taux de chômage et le taux d’inflation. C’est l’idée d’un vote sanction.

Ce modèle d’explication est dû au fait que les électeurs changent d’avis, qu’ils évaluent les enjeux et donc pour ces individus, la communication des partis ont un impact. Ils n’ont pas le même type de comportement électoral.

Conclusion général :
Une sociologie du système d’un côté et une sociologie de l’acteur de l’autre.

Sociologie politique - CM - Chapitre 4


Chapitre 4 : Citoyenneté et politisation.

On va beaucoup parler des formes de politisation et de partition politique, ainsi que son inverse, l’abstention.
Quels sont les citoyens qui participent à la vie politique ? Sous quelles formes ? Pourquoi certain ne participe plus ? Y’a-t-il un lien avec la position sociale.

On attend du citoyen qu’il paye ses impôts, qu’il verse l’impôt du sang, qu’il ait un ensemble de qualité morale et de vertus (cour d’éducation civique) et qu’il participe activement à la vie politique. Ce sont des représentations prescriptives qui construisent l’image d’un bon citoyen.
Dans cette construction, le vote joue un rôle particulièrement central dans les démocraties, c’est l’acte citoyen par excellence, dans certains pays c’est même une obligation. Cela sera une forme de communion sociale (comme le montre OFFERLE). Le vote serait le moment où les inégalités sociales s’effacent, chaque voix ayant le même poids.

I-                   La participation politique, un acte citoyen.

La politisation désigne l’intérêt et l’attention que l’on accorde au jeu politique, cela définie l’intensité avec laquelle les individus s’intéressent à la compétition politique. Ce terme sous-entend une vision assez officielle de ce qu’est la vie politique : on mesure l’intérêt par l’intérêt accordé aux partis et à la vie électorale.
Dans un sondage de 2008, 48% de la population déclare être intéressé par la politique en France. On peut aussi mesurer cela pas l’abstention : cela renvoi encore à une définition très restrictive.

La compétence politique : le fait d’avoir un savoir savant et technique sur l’univers politique. Pour la mesurer, on tente de savoir si les gens connaissent les enjeux d’un débat politique, savent quand un projet de loi a été voté et par qui, si ils arrivent à placer les individus sur une échelle gauche/droite selon leurs valeurs et les alliances entre les partis.
On observe une inégalité dans les compétences politiques liés aux études réalisées et à l’emploi occupé.

Comment on acquiert la compétence politique ?
C’est ceux qui ont le plus de compétence politique qui vont suivre les débats, lire les articles spécialisés, augmentant leur capital de compétence politique.
Le capital politique s’acquiert assez peu par les médias, contrairement aux idées reçues. Des enquêtes ont montré que les médias n’ont aucune capacité à rendre compétent les individus en matière politique car on a une écoute/lecture transversale, on ne retient que ce que l’on connait déjà. C’est ce que montrent les enquêtes de LAZARSFELD de 1940 à1950. Les médias auraient un rôle limité et les orientations politiques des personnes interrogées sont assez stables et sont conformes aux normes des groupes sociaux d’appartenance. Les médias ne font que renforcer des prédispositions qui existaient déjà.
Il y a une exposition sélective : les individus ne se confrontent pas aux informations qui ont des risques de rentrer en contradiction avec leurs idées. Il y a aussi une perception sélective, on opère une distorsion du message pour le rendre conforme avec ses propres idées. Il y a enfin une mémorisation sélective : on va mieux retenir les idées qui confortent ce qu’on pense déjà.
Il y a des leaders d’opinion : dans les interactions horizontales, ce sont ces individus qui vont sensibiliser leurs semblables à leurs idées, en parlant de leur candidat favori ou en se moquant des autres lorsqu’on apprécie un candidat qu’ils n’aiment pas. Ce sont ces leaders d’opinion qui ont une véritable influence et non pas les médias, selon les enquêtes de LAZARSFELD.

Est-ce que la compétence politique est la seule manière de se repérer dans la vie politique ?
Il y a d’autres manières de comprendre les mécanismes politiques. Par exemple les individus retiennent de Besancenot qu’il a été facteur et donc qu’il est proche du petit peuple. La particule peut aussi informer de l’origine sociale d’un candidat pour les individus peu politisé. C’est proche de la façon dont BOURDIEU expliquait qu’on se construisait une opinion sur un plan éthique, c’est une autre forme de rationalité et de compétence à déchiffrer le monde social que le sociologue ne peut pas complétement ignorer, même si cette compétence est moins fine et considérer comme illégitime.

Il y a une dimension affective dans la participation politique, on va s’engager dans un parti plutôt qu’un autre par rapport à ses parents, par mimétisme ou en rupture.

Politisation, compétence politique et participation à la vie politique vont de pairs dans la définition normative.

II-                Les formes de participation politiques.

1-      Participation conventionnelle et non conventionnelle.

=> Participation conventionnelle
C’est celle qui permet de sélectionner les représentants de l’autorité par des mécanismes institutionnels. C’est le vote et les pratiques de soutient à un partie (sympathisant, militant, adhérent).

=> Participation non conventionnelle/protestataire.
Ce sont des actions autonomes, expressives qui ne sont pas contraintes par le cadre institutionnel. Ces participations vont remettre en cause l’ordre établit. Les manifestations, les pétitions, les sitting, les grèves, les dégradations de locaux, la désobéissance civile.

Est-ce qu’on peut vraiment opposer ces deux types de pratiques ? Est-ce que ce sont deux types de publics qui participent à chacun de ces actions ? En fait non, ce sont les mêmes personnes qui ont une participation conventionnelle et une participation non conventionnelle.

2-      Le déclin de la participation.

Il y a des écarts très différents dans la participation politique selon les pratiques auquel on s’intéresse.

=> Participation conventionnelle.
Elle est très modérée. Il y a plus de 90% des citoyens qui sont inscrits sur les listes électorales mais seulement 1 à 2% qui sont adhérents à des partis politiques. De plus, ce type de participation est en baisse régulière depuis le début des années 80. Cette baisse se constate à l’érosion des effectifs des partis politiques.
Ex : PCF avait 600K adhérents après la WWII ; dans les 70’, il avait 500K adhérent et aujourd’hui 200K. L’UMP en 2005 avait 150K et le PS a 100K adhérents.
Les partis politiques qui échappent à cette érosion sont les partis contestataires, comme le NPA, les verts ou le FN. Ces partis ont de toute manière peu d’adhérents mais cette masse est stable.
Un autre moyen de juger la participation conventionnelle est de voir la baisse de la participation électorale, il y a des taux d’abstention différents selon les types d’élection mais en dépit de ces écarts, on observe une hausse de l’abstention. C’est le cas dans presque toutes les démocraties européennes.

=> Participation contestataire.
Ces formes contestataires sont beaucoup moins touchées par l’érosion de la contestation. On peut voir qu’il y a autant de manifestations de nos jours que durant l’entre-deux guerres. On peut aussi penser à l’essor des mouvements altermondialistes. Nouvelles formes de participations pacifistes. Il n’y a donc pas vraiment d’érosion.

La question de la participation amène à des débats : dépolitisation et montée de l’individualisme pour certains et nouvelles formes d’engagements et de participations pour d’autres.
Il y a clairement une forme de désaffection par rapport aux formes de participations traditionnelles comme adhérer à un parti ou à un syndicat. Ces participations politiques reposaient sur des groupes sociaux homogènes avec un projet commun. On remarque toutefois que d’autres groupes surgissent et en particulier des mouvements spontanées à caractère ponctuel et avec des contenus idéologiques assez minces. Ainsi, le lien social se transforme plutôt qu’il ne décline.

III-             Les inégalités de politisation : expliquer l’abstention.

1-      Participation et position sociale : le « cens caché » chez GAXIE

Les catégories les plus élevées sur l’échelle sociale sont ceux qui ont la participation électorale la plus régulière alors que l’apathie politique est plus développée chez les classes sociales défavorisées. Plus curieux, actifs, investis pour les positions sociales élevées contre distant, apathiques et passifs pour les classes sociales défavorisés.
Pour émettre une opinion politique, il faut disposer de certains critères d’évaluation et les individus sont inégalement dotés culturellement, ce qui permet d’avoir ces critères d’évaluation. Les plus démunis socialement et culturellement vont avoir du mal à donner un sens à la politique ce qui va impulser un rejet ou de l’indifférence. C’est une forme d’auto exclusion : on a l’impression de ne pas appartenir au même monde. Parce qu’ils ont du mal à évaluer l’offre politique, les plus démunis vont être instrumentalisés par les leaders et les partis politiques.

Les inégalités sociales se reproduisent dans le monde politique et se déclinent en inégalités politiques. Ces individus inégaux vont être critiqués par l’ensemble de la société comme des fautifs en appuyant l’idée qu’il y ait des responsabilités individuelles alors qu’en fait, ces responsabilités sont collectives et sociétales.

Les études de ces dernières années ont montré que de plus en plus de gens s’intéressaient à la politique. On observe que sur les 50 dernières années, il y a une augmentations du niveau d’éducation, il y a donc de plus en plus d’individus qui ont les capacités techniques pour comprendre les mécanismes politiques, ce n’est donc pas un cens caché qui explique la hausse de l’abstention.
L’analyse de GAXIE est statique, cela suppose que la population d’origine populaire a peu de chance d’aller voter et qu’il n’y a pas de raisons que cela change. Les études sur l’abstention montrent que l’abstention est dynamique, il y a peu d’abstentionnistes constants (8 à 10% des inscrits avec des variations selon la période et le type d’élection). Les votants constants représentent environ 40% des votants. Les autres sont des votants intermittents, c’est 50% du corps électoral.

2-      Politisation et intégration sociale. (LANCELOT 1968)

L’intégration social n’est pas un élément objectif mais c’est aussi un élément subjectif : cela dépend aussi de l’idée qu’on les individus de leur intégration sociale, si ils se sentent légitimes, bien intégrés. Ce n’est pas qu’une question de niveau de revenu.
Plusieurs facteurs interviennent, comme l’âge. La participation électorale est plus faible chez les jeunes et chez les personnes âgées.
L’insertion professionnelle. Les actifs ont plus tendance à aller voter que les inactifs. Ceux qui ont des contrats de longue durée vont plus aller voter que les autres. Il y a aussi un lien avec la mobilité géographique, si l’on n’est pas inscrit sur les listes. Le fait d’avoir des enfants (intégration sociale) fait que l’on a envie d’aller voter pour donner son avis au nom de l’avenir de ses enfants.
Comme le degré d’intrégration sociale évolue au cours du temps, il semble logique que l’abstention aussi : il y a un dynamise intrinsèque à la vie humaine.

3-      L’influence de la conjoncture.

Le type d’élection : on ne va pas voter pareil selon l’enjeu et la compréhension que l’on a de l’enjeu.
Le calendrier électoral : trop d’élections rapprochées lassent l’électeur. Cela crée de l’abstention qui n’est pas en lien avec la volonté politique des citoyens.

4-      La crise des rapports entre représentants et représentés (Etienne SCHWEISGUTH)

Il travaille à partir de sondages et il observe que l’intérêt des citoyens pour la politique augmente depuis 20 ans. Il observe aussi que les citoyens sont de plus en plus informés. En revanche l’identification aux partis décline.
Cette observation conteste deux thèses :
=> Cela va en l’encontre de l’idée que le bien être matérielle aboutirait à un individualisme et à un repli sur soi.
=> Cela va aussi à l’encontre de l’idée que l’abstention est liée au manque d’instruction politique.

Il fait deux propositions :
=> Nos sociétés contribuent à saper la crédibilité et le prestige des hommes politiques. Il y a une autorité désacralisée : le niveau de vie et l’instruction des citoyens fait qu’ils sont plus critiquent et plus autonome par rapports aux institutions politiques (partis, syndicats, etc.)
La presse est devenue plus libre et plus critiques à l’égard du pouvoir politique. Un journalisme d’investigation s’est développée et va jusqu’à mettre sur la place publique de la vie privée des hommes politiques. La vie des politiques se déroulent sous l’œil permanent de la télévision. Les médias captent d’avantage l’attention des individus en mettant en avant des aspects négatifs plutôt que positifs, entretenant la désacralisation des hommes politiques.
=> Il y a un apaisement des conflits idéologiques, il y a une convergence entre les positions des grands partis. Cela affaiblit la propension des électeurs à s’affilier à un homme politique, c’est le règne des modérés. Il y a aussi beaucoup de cohabitation. On ne peut plus aussi facilement différencier les idées de tel ou tel parti. Désaffection des plus jeunes.

Cette théorie décrit un autre profil d’abstentionnistes qui ne s’intéressent pas aux grands partis mais qui peuvent quand même s’intéresser à la politique. S’abstenir peut être une forme de revendication, cela peut être une forme de vote protestataire.

Conclusion :
Il faut retenir la différence entre l’abstention constante et l’abstention intermittente. Certaines formes d’abstention sont liés à un niveau d’éducation, une autre à l’intégration social et enfin une liée à lé détérioration de l’identification.
Il y a un relâchement de la contrainte sociale liée au vote. Cette position d’abstentionniste est plus tenable pour les individus.

On peut réfléchir à la différence qu’il peut y avoir entre l’absence de participation par les formes conventionnelles et la politisation. Des travaux se sont mis en place depuis 30 ans pour voir comment des populations marginalisée qualifiées d’apathique politiquement ont en fait d’autres formes de participation politique, parfois spécifique.
James SCOTT,  l’art de la résistance montre que des pratiques sociales qui sont a priori apolitique peuvent en fait avoir une valeur très subversive et porter une forme de contestation politique. Parfois, le rapport de domination est tellement fort que les dominés ne peuvent pas contester le pouvoir dominant et contourne cette domination. En faisant passer des charades, avec les gospels qui ont un double sens, se faisant passer pour des chansons religieuses, les carnavals médiévaux.

jeudi 12 avril 2012

Sociologie politique - CM - Chapitre 1 (oubli)


Chapitre 1 – Les principes de la démocratie moderne.

La démocratie est un régime politique dans lequel le peuple exerce le pouvoir. C’est aussi une idéologie. Ce qu’on appelle régime politique, ce sont les différentes modalités d’organisation du pouvoir. Comment distinguer les différents régimes politiques ? La philosophie a entreprit une réflexion sur les régimes politiques en se demandant lequel était le meilleur.
L’approche sociologie est proche de l’approche de MONTERSQIEU, elle est basée sur la question de la séparation des pouvoirs. Il a toute une réflexion sur les pouvoirs, la tyrannie et comment y résister. A partir de cela, il se demande quel régime permet d’éviter que le tyran prenne le pouvoir à l’insu des citoyens. De l’esprit des lois (1748). : «C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Il faut que par la disposition des choses le pouvoir arrête le pouvoir » : c’est l’idée de contre-pouvoir institutionnel. La typologie juridique moderne de classification des régimes politiques découle directement de cette réflexion.

Il y a une pluralité de régime démocratique et pour les différencier, la typologie se base sur la différenciation des pouvoirs, sur le degré d’autonomie des gouvernés et les formes de participation politique. VOIR TABLEAU de LECOMPTE

* Définition de la démocratie.

Nous allons faire une définition de la démocratie en creux, en définissant ce que sont les régimes autoritaires et les régimes totalitaires.
Pour différencier les régimes autoritaires des régimes totalitaires, il y a plusieurs typologies possibles. Les critères que nous retenons pour ce cours sont les suivants :


Totalitaire
Autoritaire
Démocratie
Caractère moniste ou pluraliste
Moniste (un seul groupe)
Pluraliste
Pluraliste affirmée
La mobilisation politique de la population
Elle est très mobilisée autour des valeurs et de l’idéologie du régime.
Le régime encourage la dépolitisation.
Une forte participation politique non contrainte
La place de l’idéologie
Les individus doivent se convertir à l’idéologie dominante, sous peine de sanction massive et drastique.
Le régime se contente d’une adhésion de façade à l’idéologie, il ne cherche pas à savoir si l’idéologie est incorporée.
Liberté d’opinion et idéologies multiples
Durée
Temporaire
Plusieurs décennies
Renouvellement des mandats réguliers dont la durée est fixée par la loi

(Moniste opposé à pluraliste) Dans un régime autoritaire, il existe encore des contre-pouvoirs même si ils sont minoritaires.
Régime autoritaire : khmers rouges, Nazisme, Stalinisme ; Régime totalitaire : fascisme italien.
Duch, aux portes de l’enfer (docu).
Des régimes peuvent passer d’un régime totalitaire à un régime autoritaire : à la mort de Staline, par exemple.

* Les principes de la démocratie représentative et libérale.

=> Une multitude de formes de la démocratie.

La démocratie nait en Grève dans les cités-Etats vers le Ve siècle avant J.C. mais les formes de la démocratie grecques sont différentes de la démocratie moderne. La démocratie moderne est le fruit d’une longue élaboration historique, elle début au XVIIe siècle en Angleterre, puis elle gagne les USA, la France et le reste de l’Europe (avec les deux printemps des peuples). Cheminement démocratique en France.
La dynamique démocratique se poursuit tout au long du XXe siècle puis s’impose comme modèle après la WWII.

Cela pose deux questions :
- Est-ce que la démocratie peut être un modèle ? Est-ce qu’elle peut être imposée ? On dit que c’est le pouvoir du peuple, alors on ne peut pas instaurer une démocratie, c’est le peuple qui doit le faire. Dans les pays en développement, pour obtenir des aides il faut répondre, entre autre, au critère de la « bonne gouvernance »
- Est-ce qu’il faut avoir une éducation spécifique pour tenir la démocratie ? Avec cette notion d’éducation, il y a une idée de hiérarchisation : ceux qui sont éduquées et ceux qui ne le sont pas. Or, les pays européens montrent bien qu’il y a un besoin de toute une pédagogie autour de la démocratie, notamment autour du vote.

 A cause du fait qu’on attend des pays qu’ils revêtent la démocratie, on a parfois des démocraties de façade. En URSS, les pays de l’union soviétique se définissaient comme des démocraties populaires. Le Nazisme, dans la constitution qui n’a pas été altérée, était toujours qualifié (qualifiable à cause de sa constitution) de démocratie.

Pour cela, la démocratie est donc complexe à définir. Et cela s’explique car la démocratie est en construction perpétuelle, c’est un processus.

=> La démocratie est un processus.
La démocratie n’est pas un régime figée, elle est en constante construction, questionnement et contestation. En effet, on peut voir trois critères importants pour définir la démocratie : l’égalité des citoyens à participer politiquement ; la souveraineté du peuple comme source du pouvoir ; la possibilité d’exprimer son désaccord avec le pouvoir en place.
Le dernier critère fait dissensus : ce régime va devoir chercher sans cesse le consensus. On imagine le peuple comme une unité abstraite mais en réalité, c’est une diversité de groupe constitutif de la société, en soi porteuses d’une menace de division sociale et qui oblige à trouver une forme d’organisation du pouvoir produisant un consensus sans imposer une vision du pouvoir à l’ensemble de la société.
Il y a une permanence du conflit institué. La violence est ici pacifiée, verbale et symbolique. Il y a des lois qui posent la place de chacun et des règles tacites qui définissent les comportements. Le pouvoir est remis en jeu régulièrement, tous les cinq ans pour le législatif et l’exécutif en France, la fraction de la société est renouvelée régulièrement : il y a une vacance du pouvoir (une sorte de vide).

Fin de l’intro : on peut définir la démocratie comme : l’ensemble des régimes politiques qui incarnent à travers l’histoire le même idéal politique de la participation éclairée du plus grand nombre.  On attend du citoyen dans la démocratie qu’il se fasse sa propre opinion politique.

I-                    Principes de la démocratie modérée : représentative et libérale.

1-      La démocratie représentative : un dispositif qui nait des limites pratiques de la démocratie directe.

A-     La démocratie athénienne.


La forme de la démocratie qui nait à Athènes (entre le Vie et le IVe siècle avant J.C.) est considérée comme une innovation institutionnelle majeure, par rapport aux autres formes de pouvoir qui existaient auparavant.

C’est une démocratie directe, il n’y a pas d’intermédiaire entre le peuple et les décisions politiques. Le pouvoir politique s’exerce de deux manières principales : dans l’ekklésia, les décisions sont prises à la majorité à main levée et tout le monde peut prendre la parole ; il y a des magistrats qui sont tirés au sort pour une durée limitée, tout citoyen athénien a une chance de se retrouver magistrat. Il y a donc une idée de participation égale de tous les citoyens.

Toutefois, la définition de la citoyenneté est limitée : sont exclus les femmes, les métèques et les esclaves. C’est parce que la citoyenneté est exclusive que la démocratie directe est possible.

 Il y a un renouveau de la démocratie au XVIIe siècle mais les quantités de citoyens sont plus grandes, il faut donc trouver une solution.

Les intellectuels se penchent sur les écrits antiques mais des Etats sont constitués

B-      Une souveraineté populaire exercée par l’intermédiaire des représentants.

Qu’est-ce qui justifie cette solution de la représentativité ?
=> La question de la taille des Etats : la démocratie directe est impossible à mettre en place en dehors de la cité, à cause de la taille des Etats modernes.
=> L’autre explication est d’avantage idéologique, elle est liée à la Révolution de 1789 faites par les bourgeois. Au moment de répartir le pouvoir, lors de l’écriture de la constitution, il y a une méfiance des législateurs envers les couches populaires, ils militent pour qu’il y ait un filtre entre le peuple et la prise de décisions. La représentation est un de ces filtres, à l’instar du sens.

Pour que la démocratie fonctionne, il faut que le citoyen soit éclairé, qu’il ait un certain niveau de connaissances, qu’on ne trouve pas chez le peuple. On se méfie aussi des factions au sein du peuple, surtout après la Terreur. De même, il y a une représentation du peuple comme une foule incontrôlable, qui peut être incontrôlable. Il y a une peur de la versatilité du peuple, qui pourrait être entrainé par des leaders d’opinion.

Au moment où se met en place la démocratie représentative, on pense les représentants du peuple comme des aristocrates qui ont des connaissances supérieures au peuple, qui savent reconnaitre le bien collectif. La figure du notable.

Quel est le mandat de ces représentants ? Deux conceptions :
Le mandat représentatif. L’élu ne représente par la circonscription particulière où il a été élu, il représente la nation toute entière. C’est l’élu de ceux qui ont voté pour et contre lui, ceux qui n’ont pas voté, ceux qui ne peuvent pas payer le sens, de ceux des autres circonscriptions. L’élu ne doit pas prendre des décisions pour ceux qui l’ont élu mais selon ce qu’il pense être le bien commun.
Le mandat impératif. Les électeurs peuvent exiger du représentant qu’il exprime leurs voix.

La notion du mandat, aujourd’hui, a évolué : on attend qu’ils respectent le programme pour lequel ils ont été élus, les militants du parti ont une forme de contrôle, on attend qu’il y ait une continuité entre l’élu et les électeurs.

Dans la relation entre l’électeur et l’élu, le modèle du mandat représentatif a rapidement été oublié. Notamment car les notables faisaient du clientélisme. Les élites économiques peuvent se présenter car il faut payer pour être candidat, ils ont tendance à offrir des avantages matériels aux individus pouvant voter.
Une fois que le clientélisme disparait, les élections se font d’avantage sur les idées.

Ce principe représentatif, où le peuple délègue son pouvoir aux représentants, il ne peut être démocratique que s’il y a régulièrement des élections. Par le biais du vote, l’électeur délègue son autorité mais il peut aussi sanctionner les élus pour leur gestion des affaires publiques. Pour certains analystes, le fait que les élections soient libres et concurrentielles, c’est l’élément principal pour définir une démocratie.

2-      La centralité du vote et la compétition politique.

=> Qui peut voter ?
C’est une question centrale car la définition des votants a évolué au cours du XIXe siècle, on est passé d’un vote censitaire à un suffrage universel. Ce suffrage universel est arrivé tard et n’est pas au fondement de la démocratie.

Auparavant, il y avait donc le suffrage censitaire (cens) : le corps électoral était réservé aux plus riches, le niveau d’argent qu’il fallait donner pour voter/être élu variait selon le type d’élection. Ceux qui voulaient être élus devaient en général payer plus encore. Dans les collèges électoraux fonctionnant selon ces règles comprenaient en général moins de 600 inscrits et les députés étaient élus avec moins de 400 voix. Ce corps électoral est restreint et peu concurrentiel, il est dominé par les notables.
Les notables sont des acteurs sociaux à l’origine sociale élevé, qui sont souvent des propriétaires fonciers, des aristocrates. Ils sont très cultivés et leur classe domine culturellement, politiquement et économiquement. Ils sont de nombreuses ressources personnelles, matérielles mais aussi un capital qui est immatériel, un prestige lié à leur famille, des relations sociales et un pouvoir d’influence. Leur influence est locale et ce sont des médiateurs entre leurs électeurs et le pouvoir central. Ils vivent la politique sous le mode du loisir, ce sont des « amateurs », ils ne vivent pas de cela.
Le type de politique que mettent en place ces notables est qualifié de clientélisme. Ce sont des relations interpersonnelles où le vote s’échange contre un service. Ces services peuvent être des biens matériels, un poste, etc.

C’est en 1848 que tout cela change, avec le passage au suffrage universel masculin. Ainsi, le marché électoral change de dimension, on passe de 250K électeurs à 10M d’électeurs. C’est une véritable révolution qui a plusieurs conséquences :

-> Un nouveau personnel politique émerge progressivement. Au début, ce sont les notables qui sortent renforcer des premiers scrutins car ce sont les seuls personnalités politiques connues. Mais avec le temps, des nouveaux types d’acteurs politiques émergent : ils ne vont pas se substituer mais vont imposer de nouvelles règles politiques.
Ce ne sont pas des individus issus du même milieu social que les notables, c’est une petite bourgeoisie : médecins, notaires, avocats : dans ces professions, on a des compétences oratoires et un réseau social. Leur émergence n’est donc pas un hasard.
Ces nouveaux prétendants cherchent à mobiliser les électeurs sur une base politique, pas en mettant en place un clientélisme : ils ne sont pas assez riche ni assez influent. C’est le début des débats d’idées. Les nouveaux entrants sont plutôt républicains alors que les notables étaient plutôt conservateurs. Les notables ont des ressources individuelles et les nouveaux rentrants doivent collectiviser les ressources. Leur rapport est différent à la politique : les notables ne sont pas organisés en parti alors que les nouveaux entrants ont la nécessité d’avoir un rapport collectif à la politique. Cela change la mission qu’ils s’attribuent.
Leur mission est d’être les porte-paroles de ce parti et non pas d’être des médiateurs entre les électeurs et le pouvoir central. Leur capital est idéologique et partisan, il s’appuie sur la structure du parti.
La position sociale des notables sont relativement indépendant de leur participation politique tandis que les nouveaux entrants voient leur position sociale liée à la politique : s’ils sont élus, alors ils gagnent des contacts et peuvent alors monter dans la hiérarchie sociale.
Il y a donc une concurrence qui s’installe entre ces deux groupes et notamment au niveau de la définition de ce qu’est l’acte de voter et de ce qu’est la citoyenneté.

-> Une nouvelle définition de l’acte de voter et le secret du vote.
Le vote secret apparait en 1913 mais cette idée est en débat à l’assemblée nationale depuis 1860. Les notables sont contre le vote secret car cela supprimerait le clientélisme, ils ne pourraient pas vérifier que les individus votent bien pour eux. Les nouveaux entrants qui n’ont à vendre que de l’idéologie comme bien politique ont un intérêt à ce que le vote soit secret.
Pour que le vote secret soit voté, il va falloir qu’il y ait une évolution sur ce qu’est la citoyenneté et sur ce qu’est être un bon électeur. La vision qui s’impose à ce moment-là est la vision d’un électeur autonome et individualiste : c’est une décision qui doit se faire dans le fort intérieur de chacun, c’est l’expression d’une opinion intime et privée. C’est une conception qui est bien acquise aujourd’hui.
En même temps qu’on défend cette conception du bon électeur, on dénigre l’ancienne conception : on visualise l’ancien votant comme un individu candide qui donne son vote contre une promesse intéressée.
(Il y a toutefois une dimension collective, dans les faits, on ne se déplace rarement seul pour aller voter, on y va en groupe).

-> La notion de marché électoral.
Tous ces différents principes se caractérisent par l’organisation d’élections libres : c’est un élément qui devient central dans la politique démocratique. Les sciences politiques produisent la notion de marché électoral pour rendre compte de cela.
On visualise dorénavant un marché électoral où l’on échange des biens politiques contre des votes. L’élection serait une sorte de transaction entre deux types de bien : les voix des électeurs et les biens des candidats, ces derniers pouvant être des biens matériels, économiques et symboliques (idées, programmes, valeurs). Cette notion de marché permet de montrer comment la concurrence électorale devient de plus en plus intense : le nombre de candidats augmente, l’activité politique est de plus en plus rationnalisée (sondage, marketing politique, prestation audiovisuelle). Comme le coût des campagnes s’élèvent, cela accroit la dépendance des hommes politiques à leur parti, c’est l’obligation de mettre en commun les ressources.
On choisit donc les gouvernants dans un choix limité et ce vote légitime les gouvernements devant le taux de voix récupérés.

3-      La démocratie libérale.

Le libéralisme émerge à la fin du XVIIe siècle, c’est une critique de l’ordre ancien absolutiste. C’est un courant d’idées qui s’oppose à l’arbitraire du roi, au pouvoir autoritaire. C’est porté par des philosophes comme MONTESQUIEU, LOCKE et CONSTANT. A l’origine du libéralisme, on peut voir le modèle du contrat social. HOBBES

Le contexte historique permet de comprendre pourquoi cela émerge au XVIIe siècle. C’est l’époque des guerres de religion, on ne peut plus fonder les choix politiques sur une religion précise, le droit divin ne fonctionne plus.

Ces penseurs prennent comme point de départ un passé anhistorique. Pour HOBBES, on observe un passage de l’Etat de nature à un Etat politique et sociale. L’Etat de nature, c’est un état de violence permanente, il y a une peur constante. C’est pour sortir de cet état de nature que les hommes décident de renoncer à leur droit à utiliser la violence à condition que chacun accepte d’y renoncer. Il y a donc un contrat qui se met en place pour désigner une personne qui va garantir ce pacte, c’est l’Etat. Il reçoit donc l’ensemble du droit à user de la violence. Il y a un droit à la propriété et un droit à la sécurité qui doit être maintenu par l’Etat.
Dans la théorie de HOBBES, l’Etat est tellement fort qu’il est un Léviathan, ce n’est pas un Etat démocratique : la seconde partie de sa théorie ne nous serviras donc pas.
Dans le scénario de départ, il y a trois principes qui sont au fondement du principe démocratique : il y a une séparation des opinions et du pouvoir, le pouvoir qui se crée est neutre, sans opinion ; c’est un pouvoir politique fondé sur l’humain et non pas sur une loi transcendante, c’est donc la volonté des individus qui prime, donnant un caractère indéterminé à la politique ; cela postule l’égalité fondamentale des hommes, qui sont égaux en tant que cocontractant.

Sur ce fond philosophique se crée le programme libéral qui est marqué par une série d’étapes historiques.
Le but premier était de limiter le pouvoir des monarques et de soustraire les citoyens du pouvoir arbitraire du monarque. Pour cela, il y a deux lois fondamentales voter en GB : l’abeas corpus (1679) et le bill of rights (1689). L’abeas coprus garantit le droit à ne pas être emprisonné arbitrairement tandis que le bill of rights limite le pouvoir du monarque en donnant plus de pouvoir au parlement.
L’un des autres buts est la liberté d’entreprendre, restreindre l’arbitraire économique étatique. Le respect des libertés des sujets ne serait pas seulement juste mais c’est aussi économiquement bénéfique, selon Adam SMITH.
On cherche aussi à garantir la liberté d’expression, l’idée est que le projet politique et les moyens d’y parvenir doivent être sujets à discussion, de façon perpétuelle, au sein du groupe. C’est l’époque où des espaces de débats s’institutionnalisent dans la société moderne.

Conclusion du I : Les principes de la démocratie libérale :
-> Élections réitérées à intervalle régulier pour que les électeurs puissent sanctionner les gouvernants s’ils ne sont pas satisfaits.
-> Les gouvernants ont une marge d’indépendance par rapport aux électeurs. L’élu agit pour le bien commun, quitte à ne pas satisfaire la volonté de ses électeurs.
-> Les gouvernants peuvent exprimer librement leurs opinions politiques. Les libertés publiques doivent être préservées. Les désaccords peuvent être exprimés librement mais dans la pratique il y a des limites à ce principe, on interdit les propos racistes, antisémites, négationnistes.
-> Toute décision du gouvernement doit être discutée devant l’assemblée parlementaire : pour éviter l’arbitraire et pour améliorer la qualité des décisions en prenant en compte les objections et les améliorations proposées dans le débat parlementaire. Dans la Ve République, le rapport de force est rarement en faveur du parlement, il y a des mécanismes qui permettent de court-circuiter l’assemblée.
=> MANIN considère que ces principes sont les piliers du régime démocratique et qu’ils permettent de distinguer la démocratie des autres régimes politiques.

II-                  La crise de la démocratie ?

Il y a une forme de désenchantement vis-à-vis de la démocratie, qui se verrait dans l’abstentionnisme croissant et devant l’inintérêt des citoyens à propos du débat politique.
Il y a aussi des auteurs qui montrent que ces évolutions pourraient être liées à la nature de la démocratie et à des tendances de fond : la démocratie entrainerait elle-même ce type d’évolution, par sa nature.

1-      La démocratie repose sur une tension fondamentale entre liberté et égalité des citoyens.

Pourquoi ces idéaux sont incompatibles ? Dans le régime de la démocratie représentative, les citoyens ont la liberté de participer politiquement mais leur participation génère des élites politiques et donc des inégalités entre les citoyens.
Les démocraties modernes sont traversées par une exigence d’égalité entre les citoyens mais si on applique le principe d’égalité des citoyens, cela restreint les libertés. L’exigence d’égalité demande une forte intervention de l’Etat tandis que l’exigence de liberté demande à l’Etat de s’effacer.
Il y a donc toujours une oscillation entre ces deux idéaux, c’est toujours plutôt l’un ou plutôt l’autre.

2-      La démocratie produit de l’individualisme et l’individualisme favorise un retrait de la vie politique.

TOCQUVILLE : voir le texte TD.
XXX

3-      La chute du communisme

Des auteurs utilisent la chute du communisme pour expliquer la crise des démocraties. On estime que cette chute a eu une double influence :
-> C’est la fin des grandes idéologies : si cela met à mal le communisme, cela met aussi à mal le libéralisme à laquelle la démocratie s’était attachée.
-> Les démocraties se construisaient en opposition avec les régimes communistes, cela donnait une cohérence aux régimes démocratiques. C’était un modèle qui n’avait pas besoin de porter une réflexion sur elle-même.

4-      La mondialisation.

La mondialisation crée des contraintes économiques extérieurs et produit un monde qui est de plus en plus complexe et donc de plus en plus dur à comprendre. L’opacité des mécanismes politiques peuvent dissuader les citoyens de participer au débat public, cela peut encourager l’individualisme. On n’arrive plus à définir l’intérêt général.

5-      Les formes nouvelles de la démocratie : la démocratie spectacle (la démocratie des médias), la démocratie des experts.

Le citoyen est de plus en plus mis dans la position de consommateur d’une part et de spectateur de l’autre, ce qui ne l’invite guère à participer.
Des auteurs montrent que des experts ont un rôle négatif sur le processus démocratique : ils donnent des avis qui semblent être incontestable et qui empêchent un débat politique. On cherche aux problèmes des solutions techniques et non politiques. NOIRIEL montre que ce rapport entre politique et scientifique n’est pas nouveau et que dans la IIIe République, les experts avaient déjà un rôle important, on parlait de « religion du progrès », notamment avec la colonisation.
Le fait de déléguer un sujet à des experts permet parfois de dépolitiser le sujet et de le faire sortir de l’agenda politique en commandant une commission scientifique. Cela peut aussi nuire l’indépendance des intervenants.
La démocratie spectacle produit une mise en scène des hommes politiques, faisant que les individus se désintéressent de la politique. Mais il faut bien distinguer la pluralité des médias et le rôle de chacun. Certains usages médiatiques seraient positifs, comme l’ouverture sur le monde, le journalisme qui empêche l’opacité du pouvoir. La scène médiatique serait la nouvelle agora.

Pour le futur, on peut voir deux types de proposition.
-> Certains auteurs pensent qu’il faut fonder une démocratie réaliste et exigeante (comme ROSENVALLON et HABERMAS) : ils font le constat que la démocratie se construit sur le temps court, on va d’une élection à l’autre et il faudrait remettre la politique sur le temps long, la rattacher à son héritage historique et à un futur, en prenant le temps de débattre. La souveraineté du peuple ne serait pas simplement liée à l’élection, il faudrait créer une démocratie plus participative en rendant au citoyen un pouvoir de décision.
-> Réinserer de l’utopie, de l’idéologie dans le débat politique : faire des débats argumenter en offrant au citoyen un vrai projet, en proposant un idéal à long terme, collectif, pour enchanter de nouveau l’univers politique.

La démocratie est le régime de la réflexion et notamment sur elle-même. XX