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samedi 19 mai 2012
mercredi 9 mai 2012
Urbaine 07 - 05 (cours 9)
Précédemment : Urbaine 30 - 04
L'emploi par le réseau social
Spatialité
des réseaux sociaux et accès à l’emploi
Le
risque de chômage est plus élevé chez les actifs peu qualifiés et peu diplômés.
Il y a donc deux aspects spatiaux :
une sous-accessibilité à l’emploi et un
faible rendement des réseaux sociaux comme relais vers l’emploi dans les
quartiers pauvres. Ce second critère nous intéresse.
I.
Le rôle des réseaux
sociaux dans l’accès à l’emploi
Mobiliser son entourage est utile
pour trouver un emploi : la famille, les amis et les connaissances sont
utiles à la recherche d’un emploi. Les membres de ces réseaux sociaux eux-mêmes
insérés dans des réseaux sociaux transmettent les informations sur les
opportunités d’embauche. Ils peuvent coopter, c'est-à-dire interférer auprès de l’employeur pour
obtenir une embauche ou appuyer une candidature. La cooptation est une bonne
méthode pour le recrutement des employeurs. En effet cela à un faible coût, les
« bons » employés connaissent en principe des individus leur
ressemblant et donc proposeraient de « bons » candidats, d’autant que
ce candidat joue sur la crédibilité de l’employé qui propose un ami.
Granovetter
en 1974 constate que 56% des enquêtés ont trouvé leur emploi grâce à leurs amis
et à leurs parents. L’INSEE a aussi constaté que plus de la moitié des sondés
avouaient avoir trouvé leur emploi par leurs relations personnelles.
Le réseau social plus il est
dense et de qualité, plus les avantages comparatifs sont élevés. Plus un
demandeur d’emploi à un réseau large, plus ce réseau social compte de membres
insérés sur le marché du travail et meilleures sont les chances de trouver un
emploi rapidement.
Les USA ont mené une enquête sur la dernière offre d’emploi d’individus et les
statistiques ont révélé que toutes choses égales par ailleurs, la probabilité
d’avoir un emploi en un temps donné croit avec le nombre d’actifs ayant un
emploi stable dans le réseau social.
II.
Faibles rendements
des réseaux sociaux dans les quartiers pauvres
Les actifs peu qualifiés habitant
dans des quartiers dévalorisés pour des raisons économiques et sociales sont
des quartiers avec un taux de chômage élevé. Les réseaux sociaux sont alors
limités en nombre d’actifs ayant des emplois, donc les réseaux sont moins
efficaces et on peut allonger des périodes de chômage. Aujourd’hui dans l’ère de la
mobilité générale, les voisins sont de moins en moins des gens proches, et les
gens proches sont de moins en moins des voisins. Une enquête de l’INSEE a
révélé que les enquêtés dont le meilleur ami est un voisin sont de 17,6 % chez
les ouvriers, 9,1 %% chez les cadres, …
Parce que les réseaux locaux sont
parfois plus vulnérables face aux taux de chômage élevés dans les quartiers de résidence,
la relégation dans les quartiers pauvres peut réduire le rendement des réseaux
sociaux comme relais vers l’emploi et allonger les
périodes de chômage. La
concentration des sans emploi dans les mêmes quartiers sont un handicap mutuels
entre les individus.
Influences spatiales dans le champ
des modes de vie
Métamorphoses
des modes de vie en ville et du rapport au territoire
Le XX° siècle fut un siècle très
riche en changements sociologiques,
en démographie et en économie. Ce
fut un siècle de grands progrès techniques mais aussi un progrès dans les
conditions de mobilité. Ces changements
ont bouleversé les modes de vie des individus notamment en ville, leur
perception du rapport à la ville et à l’espace et les pratiques de mobilité.
D’autant que les politiques urbaines et d’aménagement y voient un nouveau défi.
I.
Une société qui a
changé en profondeur
Ce
siècle de changements profonds vient d’une grande période de prospérité avec
des individus qui vivent plus longuement et donc une population plus âgée. On a
aussi une émancipation des femmes, une désacralisation du mariage, une
diversification des formes familiales. Mais aussi moins de travail et plus de
temps libre ainsi que de nouveaux rythmes quotidiens.
La hausse de la prospérité c’est la multiplication par 12
du PIB entre 1950 et 2000, un pouvoir d’achat salaire moyen de 3,5 fois plus.
Enfin les inégalités de revenus sont constantes voire en baisse.
La vie plus longue, c’est passer de 40 ans
d’espérance de vie à la fin du XIX° siècle à 80 ans aujourd’hui. Les enfants
nés en 2003 pourront vivre au-delà de 100 ans.
Une population plus âgée c’est 21% en 2005, 5 points de plus par rapport à 1946.
On compte 17 000 centenaires aujourd’hui contre 100 en 1900. La population
est alors grandissante chez le troisième âge, sans contrainte professionnelle,
sans contrainte familiale, en bonne santé et un pouvoir d’achat élevé.
L’émancipation des femmes s’est déroulée avec la
participation croissante des femmes au travail. En 2005, 81% des femmes entre
25 et 49 ans sont actives. D’ailleurs 75% des mères en couple et en âge de
travailler sont actives. Cette bi-activité permet une hausse du pouvoir d’achat
des couples (DINKies : Double INcome No Kids).
Les mariages sont devenus bien
plus rares et
furent divisés par deux entre 1900 et 2005. Le divorce s’est banalisé avec un
résultat treize fois supérieur dans la prononciation des divorces entre 1900 et
2005. Du coup, les vies en couple sans se marier sont passées de 3% en 1962 à
14% en 1999. Il est même devenu courant de se remarier. Le lien conjugal est
passé d’un lien contractuel à un lien librement négociable pour les deux partis
et a perdu de sa sacralité.
La diversification des formes
familiales c’est
la disparition d’une forme hégémonique pendant une époque : la famille
nucléaire. Ainsi les familles nombreuses sont en diminution, la monoparentalité
est courante, les couples vivant seuls et sans enfant sont aussi plus nombreux.
La morphologie familiale en a évolué avec des ménages plus légers (moins
d’enfants) et plus mobiles. D’un autre coté, on trouve des organisations
familiales plus complexes (famille recomposée) et toujours très mobiles.
Le fait qu’on ait moins de temps
de travail et plus de temps libre
se constate dans plusieurs données. Ainsi les ouvriers passaient 70% de toute
leur vie à travailler au XIX° siècle, 50% au XX° siècle et 14% au début du XXI°
siècle. Le temps libre serait aujourd’hui majoritaire, 400 000 heures sur
700 000 heures sont du temps libre. Viard
parle de « Sacre du temps libre »,
« société du loisir » pour Dumazedier. Cela est du à un allongement de la vie
après la retraite, a des périodes de sous-emplois et à une réduction du temps
de travail des actifs (congés payés, 35 heures, …).
Pour le rythme quotidien, il faut
souligner le changement du rythme de travail qui était très calé sur une norme du lundi au
vendredi de 9h à 17h. On a alors vu apparaître des rythmes émergents au départ
hors-norme, dorénavant irréguliers d’une semaine sur l’autre. Ainsi 33% des
salariés en France déclarent ne pas avoir le même rythme de travail d’une
semaine à l’autre, 11% ce sont des rythmes cycliques et 21% des rythmes
réellement irréguliers. Selon l’INSEE, la journée 9h – 17h ne représente plus
qu’un tiers des travailleurs en 1999. Le reste peut commercer plus tôt ou finir
plus tard, en particulier, 12% des travailleurs ont des journées extensives,
ils ont travaillé plus de 10h, et d’autres ont des journées fragmentées et / ou
très courte.
II.
Progrès techniques
et progrès de mobilité
Aujourd’hui il y a une croissance
des vitesses de déplacements.
Ainsi dans les villes, on voyage en moyenne à 25 km/h, les trajets entre les
villes se sont accrus (Paris-Lyon peut se faire en 2 heures aujourd’hui) et la grande vitesse s’est démocratisée (26
millions de voitures pour 60 millions d’habitants en 1997 ; début 2000, on
avait 80% de ménages qui possédaient une voiture ; 860 millions de
voyageurs pour la SNCF en 1999 ; …).
Trois facteurs expliquent
cela : l’innovation technique et son succès industriel, les politiques
d’aménagement qui permettent d’accueillir ces grandes vitesses et enfin des
politiques économiques et sociales d’aides aux constructeurs, de services
publics universels, …
Il est aussi possible de se
déplacer sans bouger avec la hausse des NTIC, en France, 76% des plus de 18 ans ont un téléphone
portable en 2006, 50% des foyers sont équipés d’ordinateur et 14% d’un
ordinateur portable, 443% des plus de 15 ans ont accès à internet en 2005, … Il
y a toujours des inégalités sociales et géographiques mais la diffusion n’en
reste pas moins rapide.
jeudi 3 mai 2012
Urbaine 30 - 04 (cours 8)
Précédemment : Urbaine 02 - 04
Un moyen d'accès à l'emploi
Influences spatiales dans le champ de l’emploi
Le
problème de l’emploi, surtout du chômage, est devenu un souci central de notre
pays et de celui de quelques autres pays. En
France, on ne parvient pas à descendre le seuil de chômage sous les 10%. Si on
rajoute à cela les conditions d’emploi précaires, alors on augmente encore le
chiffre. Le chômage devient alors une des préoccupations principales des
Français. Tout le monde en a peur, mais
le risque est réparti inégalement. Les
plus touchés par le chômage sont les actifs sans diplôme ou avec un diplôme
faiblement qualifié et peu élevé. Les ouvriers non-qualifiés sont pour 20%
au chômage, les employés sans le bac sont à 15,5%, celui des cadres est à 4%.
La question des sciences sociales
est de se demander d’où vient cette inégalité. L’essentiel de l’explication
tient à des facteurs macroéconomique et socio-économique. C’est l’abandon de l’activité
industrielle, la tertiarisation, la massification scolaire, … Mais on sait qu’il existe aussi des
facteurs spatiaux non négligeables. Les deux principaux sont la question de l’accessibilité
physique à l’emploi où les moins diplômés auraient un accès moindre au travail.
L’autre thèse pointe de doigt qu’en
habitant plus souvent que d’autres dans les quartiers pauvres, on aurait moins
de chances d’avoir un réseau social de relais vers l’emploi.
Les transports dans l'accessibilité à l'emploi
Inégalités sociales devant l’emploi et accessibilité au marché du
travail
I.
Marché de l’emploi :
un marché ancré dans le territoire
Sur le marché de l’emploi, on
retrouve la rencontre entre une offre et une demande. Selon l’économie orthodoxe à tendance libérale, on constate toute une
tentative pour illustrer que le marché de l’emploi est un marché comme un
autre. On a des employeurs en face de laquelle se trouve une demande. Si on
laisse faire le marché, on devrait arriver à un niveau où tous les employeurs
trouvent des employés et tous les employés trouvent un emploi. Les salaires
haussent ou baissent selon l’offre ou la demande mais cela se réajuste
toujours. En théorie, toute offre et
toute demande se compensent et le chômage ne doit pas exister. Or en
réalité, on en est loin.
En regardant la réalité, on
constate que le marché de l’emploi est hautement différent des autres marchés.
Le marché de l’emploi est atypique et possède trois particularités évidentes. La première particularité est que les acteurs de ce marché sont ancrés
dans l’espace. La seconde particularité est qu’on a à faire à un point
immobile. Enfin troisième particularité, la relation est durable dans le temps
et de manière quasi-quotidienne entre l’employé et son employeur.
Dans le monde dans lequel on vit
on a des caractéristiques sédentaires, la mobilité que nous connaissons n’est
pas sans limites.
Aux USA, pays de la mobilité, la moyenne du pays est de 9 déplacements importants
sur une vie. Les entreprises sont aussi
relativement sédentaires, la mobilité est utile mais guère appliquée, les
délocalisations sont peu nombreuses et ont un coup élevé pour l’entreprise. La
norme est pour elles aussi la sédentarisation.
Les
biens ordinaires peuvent être déplacés et acheminés d’un point A à un point B. Un emploi, un poste de travail est encore
majoritairement ancré dans un endroit fixe. L’emploi se déplace peu et le salarié doit se déplacer au lieu de cet
emploi. Les seules exceptions sont
encore les emplois mobiles ou les emplois à domicile, mais ils restent encore
marginaux.
La transaction entre l’offreur et
le demandeur n’est pas celui de l’instant de l’échange mais s’ancre dans une
relation plus durable. L’emploi
se fait sur des durées plus ou moins longues, mais en plus cela demande souvent
un rapport quotidien entre employeur et employé. Là encore ça diffère du marché
des biens ordinaires.
La rencontre de ses salariés fonctionne
sous contrainte des mobilités quotidiennes des travailleurs. Mais ce n’est pas
une rencontre exhaustive entre les travailleurs et les emplois. Par conséquent
le marché de l’emploi fonctionne sous forte contrainte spatiale. Toute offre ne
rencontre pas tout demandeur d’emploi.
Une partie de la demande ne rencontre qu’une
partie de l’offre. En général, ne se
rencontrent que les offres et les demandes suffisamment proches l’une de l’autre,
à l’inverse de la théorie économique dominante. La contrainte spatiale joue
sur ce marché. En théorie on peut considérer que le déménagement rend possible
à tout accès à n’importe quel emploi. En pratique, cette attitude particulière
ne touche que les jeunes actifs, en début de carrières, sans famille fondée,
peu ancrés territorialement, diplômés et qualifiés. Pour ces jeunes actifs et seulement pour eux, le marché de l’emploi
est mondial.
II.
Notion d’accessibilité
à l’emploi
L’accessibilité à l’emploi c’est
le nombre d’offres d’emploi en adéquation avec le profil du demandeur
auxquelles il peut accéder à partir de son domicile en un temps de déplacement
égal ou inférieur à un seuil donné avec le mode de déplacement le plus rapide
qu’il a à sa disposition.
III.
Inégalités sociales
d’accès à l’emploi
En général, les actifs peu
diplômés et peu qualifiés souffrent d’une sous accessibilité d’accès à l’emploi. Ainsi en Ile de France, l’accessibilité
à l’emploi se fait sur une moyenne d’une heure. Pour un ouvrier d’ile de France,
en une heure de trajet, il a accès à 44% de tous les emplois ouvriers de la
région. Les employés sont à 51% d’accessibilité et les cadres à 65% d’accessibilité
à toutes les offres d’employés.
Lorsque l’on regarde la
géographie des lieux de résidence et celle des lieux d’emplois, on constate que
les lieux de résidence des actifs peu qualifiés sont moins centraux, moins
denses et moins susceptibles d’être accessible aux transports en commun. Ainsi,
cela augmente la distance des domiciles ouvriers aux emplois ouvriers,
contrairement aux distance faibles entre domicile cadre et emplois cadre.
L’autre effet vient des
inégalités d’accès aux voitures en dépit de sa démocratisation. Les ouvriers utilisent moins la
voiture que les cadres. En moyenne, un domicile ouvrier en ile de France est à
30 km de son lieu d’emploi. Pour les employés, la moyenne se porte à 24 km et
pour les cadres on tombe à 18 km. Dans le cas des voitures, la part des actifs
sans permis de conduire, ou sans voitures ou bien les deux, s’élève à 25% chez
les ouvriers, 32% pour les employés et 15% des cadres.
IV.
Sous accessibilité
à l’emploi : facteur de chômage
Il existe un lien entre sous
accessibilité à l’emploi et chômage. Dans le cas d’un actif sans emploi et qui
recherche un emploi, le temps qu’il passera au chômage sera sans doute fonction
du débit avec lequel les offres d’emploi lui sont proposées. Si cela s’avère
exact alors la mauvaise accessibilité à l’emploi dans le périmètre raisonnable
y est pour quelque chose.
Ainsi si le débit d’offre d’emplois par semaine est plus élevé pour un individu
que pour un autre, alors celui qui a le débit le plus élevé aura une période de
chômage moins élevée. Ainsi en situation
de sous accessibilité, le taux de chômage risque d’être plus élevé.
Ce raisonnement tient dès lors qu’un
actif cherche un emploi dans un périmètre raisonnable. En revanche, si l’actif
accepte de quitter ce périmètre soit en l’agrandissant (temps de trajet plus
long) soit en le quittant (déménagement), le raisonnement est plus douteux. Ces
attitudes dépendent pour beaucoup des ressources économiques puisque déplacements longs et
déménagements ont un coup qui est moins envisageable pour des actifs peu
qualifiés.
Ce lien
entre accessibilité à l’emploi et chômage est-il vérifié empiriquement ?
Des recherches menées aux USA depuis les années 1960, furent soumises à des
controverses et furent critiquées dans les années 1990 – 2000. Les hypothèses sont validées dans les
enquêtes les plus sérieuses menées aux USA. Johnson en 2006 a étudié les
recherches d’emploi sur un échantillon d’actifs. La bonne mesure de l’accessibilité
à l’emploi tient au fait que Johnson n’a mesuré que les propositions d’emplois
vacants. De plus, il a étudié la concurrence mutuelle des actifs sur le marché
de l’emploi. Dans le cas des Afro-américains peu diplômés, un niveau d’accessibilité
à l’emploi faible va avoir tendance à augmenter la durée de chômage avant un nouvel
emploi.
Un collectif a produit des
statistiques similaires en étudiant d’anciens chômeurs devenus actifs. De
nouveau les analyses révèlent que l’accessibilité à l’emploi joue pour
beaucoup. Dès
que l’écart-type de cette accessibilité baisse d’un point, le temps de chômage
est augmenté de 10%.
En France, les recherches
empiriques sont plus tardives. La recherche de Sandrine
Wenglenski
en 2009 s’intéresse à la probabilité d’être au chômage de plus d’un an en 1999.
Le champ choisi fut les ouvriers et les employés sans le bac résidant dans la
même commune depuis 1990. Pour les actifs qui n’ont pas accès à la voiture dans
leur ménage et ceux qui y ont accès, on a deux résultats différents. Les résultats confirment de nouveau les
hypothèses émises. Les actifs avec un faible accès à l’emploi ont un risque
plus élevé d’être au chômage. Ce risque se rapproche de 10% pour ceux qui
souffrent d’une accessibilité à l’emploi. Soit un écart de 20% supplémentaire
par rapport à ceux dont l’accessibilité à l’emploi est moyenne.
Si on souhaite lutter contre le taux de chômage, on peut agir dans
le sens d’une meilleure accessibilité à l’emploi. La première piste serait de
rendre les zones centrales plus accessibles et cela pose la question des
logements sociaux. La seconde hypothèse serait de favoriser la motorisation qui
à défaut d’être écolo assurerait une réduction des temps de transport. Enfin la
troisième solution porterait serait de stimuler les implantations d’emplois
dans les zones desservies par les transports en commun. Plus l’emploi des
actifs peu diplômés restera central, plus ceux-ci pourront y accéder et donc
sortir du chômage.
jeudi 5 avril 2012
Urbaine 02 - 04 (cours 7)
Précédemment : Urbaine 26 - 03
Une des manifestations lycéennes de Lyon en 2010
Inégalités sociales devant la réussite scolaire : le rôle du
quartier de résidence
On constate que le
taux d’échec scolaire est plus élevé dans les quartiers pauvres que dans les
autres quartiers.
Il y a certes des exceptions mais globalement on peut percevoir ces résultats.
Ainsi en étudiant le taux de
redoublement en 5° en France, la moyenne s’élève à 4,1%, pour les 10% des
établissements les plus mal lotis, on est à 8% avec un maximum à 34,8%. Dans
les 10% des collèges les plus aisés, on est à 0,7% avec un seuil minimum de 0%.
Dans
le cas du taux d’accès de la 6° à la 3°,
soit le nombre d’élèves entrés en 6° et qu’on retrouve 3 ans plus tard en 3°, à
l’échelle du pays ils sont 73,6%, dans le neuvième décile (mieux lotis) ils
sont 84,4% avec un maximum de 100% et dans le premier décile (moins bien lotis)
s’élève à 62,4% avec un minimum de 7,3%.
Un
dernier indicateur porte sur le score
moyen d’une évaluation qui note les élèves de 0 à 100, le niveau des
élèves, les uns par rapport aux autres. En moyenne on est à 63,3, pour le
neuvième décile on est à 71,2 avec un maximum de 85,7, tandis que dans le
premier décile, on a une moyenne de 53,6 avec un minimum de 14,4.
Cela s’explique
donc d’abord par des effets de structures, les établissements des quartiers défavorisés
sont plus éloignés culturellement que les élèves des établissements de
quartiers favorisés. Mais malgré cela, les effets de structure n’expliquent pas
tout. Une partie
reste largement invisible. Ainsi, il semble y avoir plus de risques dans les quartiers
défavorisés. On peut donc se demander d’où vient ce sur-risque d’échec scolaire
dans certains quartiers. La seconde question est plus empirique, comment
peut-on mesurer ce sur-risque ?
I.
Théories
explicatives du sur-risque dans les quartiers défavorisés
1.
Sous-dotation en ressources
S’il y a un
sur-risque d’échec scolaire dans ces quartiers défavorisés, ce serait une
conséquence d’une qualité moindre de l’enseignement. Si l’enseignement est
moins bon ce serait parce que les établissements scolaires seraient moins dotés
dans ces quartiers, que c soit en ressources matérielles ou en ressources
humaines.
Cette
thèse nous vient essentiellement de Grande-Bretagne où le système éducatif est
bien plus décentralisé. Il y a des disparités fortes pour les dotations entre
des quartiers défavorisés et des quartiers favorisés. En France, l’éducation
est si centralisée (c’est une affaire d’Etat) que si les disparités sont moins
fortes, elles n’en restent pas moins présentes.
Concernant
la sous-dotation en ressources matérielles, dans le cas de la banlieue
parisienne on effectue une recherche dans les comptabilités des fonds publics
alloués à deux établissements scolaires. Un
de ces lycées est dans un quartier tranquille et le second est dans un quartier
ZEP. Le second est censé recevoir plus d’aide financière par les collectivités
publiques que le premier. Au total, il y aurait – 7% d’argent par élève
entre le lycée tranquille et le lycée classé en ZEP. On a donc un aspect
financier qui se fait au détriment des quartiers ZEP.
La sous-dotation en
ressources humaines connait un plus grand nombre d’études. Les enseignants en poste dans ces quartiers
sont systématiquement plus jeunes, moins expérimentés (voire débutants) et moins
gradés (on a peu d’agrégés) que la moyenne nationale. Là où les jeunes en
difficulté devraient avoir un meilleur enseignement avec des profs plus anciens
et meilleurs, on a au contraire une aide plus limitée.
Pour comprendre
cette explication, il faut réfléchir à la manière dont se fait une carrière
d’enseignant. Comme toute carrière, l’enseignant enchaine les postes à
rémunération et à prestige croissant. Par rapport à ce schéma, le métier
d’enseignant a une particularité puisque la carrière verticale est limitée. En effet, d’une part un
enseignant évolue rarement du primaire au secondaire ou au-delà (carrière
verticale), d’autre part, il y a une grande mobilité des professeurs dans leur
carrière horizontale. Les enseignants
enchaînent les postes dans des établissements scolaires de plus en plus
attractifs et prestigieux. Or ce travail fonctionne avec l’ancienneté et le
grade. Donc les premiers mutés sont les anciens enseignants qui demandent
des postes attractifs, laissant aux jeunes enseignants les postes les moins
intéressants et les moins prestigieux.
Pour un enseignant,
ce qui fait le prestige d’un établissement ce sont les élèves. Plus un élève
est bon travailleur et plus il est docile, plus le métier deviendrait
intéressant. En
conséquence, les autres élèves plus faibles et moins dociles ne sont pas
privilégiés par les enseignants. Or le
problème central vient de la corrélation constatée entre les élèves à forte
valeur scolaire et le milieu social dont viennent les élèves. Ainsi les élèves
d’origine défavorisées seraient pour les enseignants plus faibles scolairement.
Ce n’est certes pas le cas de tous les enseignants, mais ce constat est
majoritaire. Parce que les enseignants pensent que les élèves accueillis dans
les quartiers défavorisés sont moins bons scolairement, alors les
établissements sont fuis des enseignants et reçoivent une moins bonne côte. Par
exemple, en Seine-Saint-Denis le département le plus pauvre de France qui
représente 7% des élèves du secondaire en France se retrouvent avec 24%
d’enseignants débutants dont c’est la première affectation.
Une autre
conséquence de cette carrière horizontale, c’est d’amener à une forme
d’instabilité chronique des enseignants en poste dans les quartiers défavorisés.
Puisque ces
établissements servent d’épouvantails pour les enseignants, les demandes de
mutation sont très rapides et beaucoup d’enseignants restent en place moins
d’un an. Ainsi dans les lycées très populaires, l’équipe est renouvelée aux 2/3
tous les 4 ans, à 90% tout les 7 ans. L’expérience acquise par ces enseignants
n’est pas profitable à ces quartiers.
Mais
la qualité de l’enseignement est-elle seulement liée à la dotation en
ressources ? Les jeunes enseignants inexpérimentés sont-ils les seuls responsables
de ce risque d’échec scolaire ?
2.
Comportements « déviants » et
« anti-scolaires »
D’autres théories
soulignent que ces quartiers défavorisés sont plus favorables aux interactions
de « déviance anti-scolaire ». Ce n’est pas de la délinquance mais
une forme de caractère anti-scolaire, on rejette les comportements attendus par
l’école. Le facteur responsable vient du fait que
les élèves anti-scolaires sont plus nombreux dans ces quartiers et en
conséquence, ils ont un effet sur les autres élèves. Du coup, les élèves qui
ont un potentiel de réussite peuvent basculer plus facilement sous la pression
des pairs.
Granovetter a établi la théorie des effets de seuil dans des comportements collectifs qui correspond à ce cas-là. Au départ, les individus ont le choix entre
deux alternatives : agir ou ne pas agir. Dans les deux cas, les
alternatives ont des avantages et des inconvénients. L’individu est alors face
à un dilemme. Le coût de l’action dépend alors du nombre d’individus qui
choisissent une option. Plus le nombre d’individus est élevé dans une
situation, moins les inconvénients de la situation semblent couteux pour ceux
qui arrivent ensuite.
Ainsi
selon Granovetter, dans une situation de tensions sociales opposant des
mécontents à des forces de l’ordre, une forme de pré-émeute, les individus
peuvent agir (entrer en émeute) ce qui leur permet d’exprimer leur
mécontentement au risque de se faire arrêter ; ou ne pas agir (rester
simples contestataires) ce qui ne procure aucun risque mais qui en revanche
laisse un gout de frustration. De plus, plus le nombre de personnes entrant en
action est grand et enfle, plus l’inconvénient lié à cette option diminue pour
les suivants. Dans le cas de l’émeute, on a moins de risque d’être arrêté si on
est nombreux. Le coût marginal va décroissant avec le nombre de participants.
Pour Granovetter,
il y a un seuil où les inconvénients liés à l’action sont suffisamment faible
pour que cela vaille le coup d’y aller à son tour. Ce seuil est atteint lorsque le nombre de participants à l’action
réduit suffisamment le coup. Ce seuil d’action est variable selon les individus
certains téméraires peuvent agir avec un seuil très bas, tandis que
d’autres plus prudents attendent un seuil plus élevé.
Ainsi, les choix
d’un individu dans une situation donnée dépendent des choix des autres
individus confrontés à la même situation. De plus cela montre que selon le contexte, un même
individu peut faire des choix différents. Finalement le choix d’un individu
dépend des caractéristiques des autres individus en présence. Selon de toutes
petites modifications dans le contexte, la différence entre agir ou ne pas agir
peut être très grand.
Cette théorie
permet donc d’éclairer le processus d’interactions qui augmente avec le risque
de déviance anti-scolaire dans les quartiers pauvres. Agnès Van Zanten a notamment théorisé cela. Ainsi, tout les élèves balancent entre le
fait d’être travailleur et sérieux, et celui d’être distrait et amusant. La
seule exception consiste en des classes faibles, où la densité d’élèves faibles
et perturbateurs est plus élevée. Dans ce cas, la distraction l’emporte à la
longue quand dans les autres classes, c’est le travail qui l’emporte. Les
distractions enchainées provoquent une spirale de perturbation et même les
éléments les plus dynamiques du groupe finissent par basculer dans un système
de déviance anti-scolaire.
Donc
on peut dire que ce qui fait la particularité des classes faibles c’est qu’il y
a un nombre anormalement élevé d’élèves à seuil d’entrée en distraction bas. Ce
nombre élevé a pour effet de réduire le coût des inconvénients du non-travail
pour les autres élèves. Le seuil d’entrée en distraction a plus de chances
d’être atteint pour n’importe quel élève. On a donc une tendance plus forte à
basculer dans le non-travail. Dans un contexte plus ordinaire cela n’aurait pas
lieu, ils choisiraient plus surement le travail que la distraction.
II.
Mesures du
Sur-risques
1.
Une analyse statistique en France
Cette
recherche représente l’essentiel du type de recherches sur le sujet. Pour des
individus de 16 à 20 ans vivant depuis au moins neuf ans dans la même commune
de résidence, on a cherché à mesurer le risque de quitter le système scolaire
sans avoir obtenu un diplôme. On mesure aussi effet de la commune de résidence.
Au final, il semblerait que tout concorde. Pour
un profil moyen, la probabilité moyenne est de 7,2%
d’abandonner les études sans le moindre diplôme. Pour ce même jeune, issu d’une
commune défavorisée on monte à 8% et si on
s’intéresse à une commune favorisée on est à 4%.
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