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mardi 3 janvier 2012

Antique 03 - 01

Précédemment : Antique 13 - 12



Xéna la guerrière, Amazone des temps modernes



Mythes et construction de l'identité politique grecque


Le royaume grec n'est pas un monde unifié, mais il existe un lien de cultures, de langues et de sang. C'est ce que disent, selon Hérodote, les Athéniens aux Spartiates avant la bataille de Platée « L'Héllénicité, c'est avoir même sang, même langue, sanctuaires et sacrifices communs, sembalbles mœurs et coutumes ». C'est un phénomène de culture avec un arrière-plan généalogique (Hellen). Il ne peut y avoir d'unicité dans la politique, les polis sont trop nombreuses et diverses. L'unification grecque s'est formée lentement et s'est figée après l'affrontement des Guerres Médiques. Auparavant, il y avait une unification commune et floue avec des points d'ancrage identitaires (sanctuaire de Delphes, Jeux Olympiques, …). On habitait un même oikoumène. L'identité s'est donc construite progressivement avant de se rigidifier suite à l'affrontement contre les Perses.
C'est par opposition au barbare, au Perse que se construit l'identité grecque. Ce mécanisme identitaire assez classique a donc pris place dés cette époque. C'est une altérité interne et externe à laquelle s'opposent les Grecs. D'une part, ils s'opposent aux femmes et aux Centaures, mais plus généralement de la part de féminité et de bestialité présente en chaque homme. D'autre part, ils s'opposent aux Perses via l'image des Troyens. Dans ce contexte post guerres médiques, les Grecs mettent en place une série de mythes articulés entre eux. Des récits qui existaient indépendamment sont réinterprétés dans le sens des guerres médiques et reliées entre eux via des personnages circulant entre ces mythes autrefois indépendant.

Avec les Guerres Médiques, le Perse devient l'incarnation de l'hubris et la truphè (luxe) qui ramollit ce peuple. Mais ces oppositions entre deux mondes ne rendent pas que les frontières imperméables puisqu'au contraire des liens nombreux existent entre le royaume perse et le royaume grec. Ainsi Thémistocle, vainqueur de Salamine est ostracisé d'Athènes et mourra à la cour du roi Perse, des produits sont échangés aussi. Mais toujours est-il que des véritables discours panhélléniques eurent lieu pour diaboliser l'ennemi perse.


  1. Les figures de l'Autre : Centaures et Amazones

  1. Les Centaures : la bestialité vaincue

Le héros athénien Thésée rencontre le roi de Thessalie, Pirithoos devenant son ami. Dés le – V° siècle, ils sont représentés ensemble luttant contre les Centaures. En effet, lors des noces de Pirithoos avec Hyppothami (???) (celle qui dresse les chevaux), Thésée est invité à y assister ainsi que les Centaures. Mais ceux-ci s'enivrent, les Centaures ne tiennent pas l'alcool parce qu'ils sont bestiales et tentent de violer la mariée. Cela ne se fait pas et s'en suit le massacre des Centaures : le centauromachie. C'est un sujet classique très présent dans les représentations sur le Parthénon, sur différents temples, sur des vaisselles, …

On a donc les Centaures qui représentent l'aspect bestial et sauvage. Ce mythe montre que les Centaures agissent contre les règles de l'hospitalité grecque : on accueille et celui qui est accueilli doit agir de manière correct. Les Centaures sont des anti-modèles que les Grecs sont censés combattre avant tout en eux-mêmes. Les Grecs luttent contre leur part de bestialité pour devenir des êtres civilisés. La centaurocmachie, c'est la lutte contre cet autre qu'on possède en soi.

  1. Les Amazones : l'expulsion du féminin

Ces femmes portent les armes et expulsent leurs maris de leurs cités. Elle représentent la gynécocratie, un monde sans dessus dessous où tout est déréglé. Au XIX° siècle, cela servira à certains scientifiques pour y voir des traces d'un pouvoir matriarcal. Bachofen notamment pense cela et considère que les Amazones durent exister, les scientifiques du XX° siècle montreront qu'il ne s'agit que d'un fantasme masculin grec sans réalité.
Les Amazones dominaient leurs maris, elles étaient chasseresses maniant l'arc, d'où l'étymologie de leur nom. L'Amazone, femme qui n'a pas de poitrine, on lui coupait le sein droit pour ne pas être gênées lors su tir à l'arc et pour mieux combattre en général. Elles tiennent le rôle des hommes et inversement. Mais l'imitation des hommes par les Amazones se fait de manière imparfaite, elles combattent mais sans règles, elles caricaturent le guerrier, ne respectent pas les règles et exterminent. On peut donc légitimement les exterminer en retour.
Le mythe le plus ancien concerne Andromachè (celle qui combat les hommes), reine des Amazones, prend place dans le mythe d'Héraclès. Héraclès doit dénouer la ceinture de la reine pour l'offrir à la fille d'Eurysthée. C'est une image de la virginité flagrante, en dénouant la ceinture, Héraclès réintroduit l'ordre des choses selon les Grecs. Une représentation est donnée par ??? de ce travail. Ainsi dans les représentations picturales, Héraclès dans sa tenue de lion combat Andromachè dans une tenue d'hoplite, donc d'homme au combat. Bien sur, Héraclès sera vainqueur.

Par la suite, d'autres héros vont chez les Amazones : Thésée et son ami Pirithoos accompagnés d'un conducteur de char prénommé Phorbas. Tout trois vont dans la ville des Amazones et Thésée va capturer une belle Amazone qui s'appelle Antiope (au – IV° siècle elle se prénommera Hypolitè). Il effectue un rapt, assimilée au viol par les Grecs tout autant qu'à l'enlèvement. Des fois Thésée la capture, des fois Antiope tombe amoureuse. Toujours est-il qu'elle est déposée dans le char au final.
Dans le mariage athénien, il existe un moment ritualisé qui est le déplacement du couple depuis l'oikos du père, où l'époux invite sa femme a monté sur le char, avant qu'ils ne soient transportés et accueillis dans la nouvelle maison où attendent les parents du couple. Thésée effectue donc violemment ce rituel où l'homme prend le dessus sur la femme et où il la réintègre dans l'ordre normal des choses. La gynécocratie est vaincue.

Mais les Amazones énervées de ce rapt décident de se venger et de partir en guerre contre les Athéniens, investissant Athènes d'abord, puis effectuant le siège de l'acropole. C'est alors l'amazonomachie, les Athéniens vont réussir à repousser et à massacrer les Amazones. Ils les rejetteront aux confins du monde connu, la Scythie. C'est donc la lutte contre un ennemi doublement déviant et marginale (femme déguisée en homme et qui vivent à la marge du monde connu).
Thésée épouse Antiope dont il a un fils Hyppolite. Cependant, Thésée délaisse sa femme pour Phèdre, elle-même amoureuse de son beau-fils Hyppolite. En se mariant à Phèdre, Thésée provoque la colère d'Antiope qui tente de le tuer lors du banquet de noce. Heureusement, Héraclès alors présent sauve de justesse Thésée. C'est un doublet du banquet donné lors du mariage entre Pirithoos et sa femme. Les Centaures hôtes malotrus sont devenus Antiope hôte tout aussi injurieuse et transgressive.
La lutte contre les Amazones, c'est la lutte contre la part de féminité des Grecs qui ne doit pas s'exprimer, encore moins en public. Cette lutte peut être tantôt par le viol et le mariage, tantôt par la destruction et la guerre.

Après les Guerres Médiques, ces récits sont réactualisés surtout le mythe des Amazones progressivement assimilées aux Perses.



  1. L'impact des Guerres Médiques : Amazones et Troyens

  1. Les perses et les Amazones : un couple perdant

Les Amazones et les Perses vont voir leurs images fusionner. Ainsi les amazonomachies sont des représentations privilégiées pour décrire les guerres entre Grecs et Perses. On ne représentent pas le combat directement mais on l'évoque par le biais du mythe et ici de l'amazonomachie. D'où le foisonnement de la représentation de cette scène.

Le rapprochement se fait en deux temps : la barbarisation des Amazones et la féminisation des Perses. Dans la tradition picturale, les Amazones changent, autrefois représentées comme des hoplites, elles sont dorénavant assises sur des chevaux, portent des vêtements scythes, barbares et perses. Leur image change radicalement. Idem pour les Perses, suite à la bataille de l'Eurymédon, ils sont représentés comme « penchés » et très passif, image plutôt propre à la femme. Le Grec se tient le sexe symbole de la nikè, la victoire. Sur le temple d'Athéna Nikè on a une représentation de la lutte entre Grecs et barbares où les Perses sont représentés dans des vêtements flottants, difficilement distinguables des femmes, les Grecs étant nus.

L'affirmation d'une unité et d'une identité se fait contre des adversaires qui sont associés entre eux et associés à la marginalité spatiale ou sexuelle.

  1. Homère revisité : l'amalgame entre Perses et Troyens

Les Troyens sont à leur tour revisités et on amalgame les Perses aux Troyens. Au départ Troyens et Achéens font partis du même monde et ne s'oppose pas foncièrement. Avec les Guerres Médiques, les Grecs réinterprètent Homère en éloignant Troyens et Achéens, en en faisant deux mondes définitivement irréconciliables. Troie devient le lieu du premier conflit entre Grèce et Asie de par sa position géographique.
Hérodote qui justifie l'attaque perse par la vengeance cherche le premier outrage et remonte ainsi à la guerre de Troie, origine des Guerres Médiques. Isocrate aussi dans ces discours associera Troyens et Perses. Plus encore les hommes politiques vont agir dans ce sens. Cimon après sa victoire à Eion contre les Perses va vouloir commémorer avec le peuple cette victoire. Les Athéniens lui accordent, non pas sa statue c'est interdit, mais des Hermès en pierre où il peut inscrire des choses dessus. Cimon va alors se comparer à Menesthée, chef du contingent athénien à Troie. Il met donc en parallèle sa victoire contre les Perses avec celle de Menesthée à Troie. A Sparte pareil, Agésilas le grand roi spartiate va pousser la guerre en Asie, avec un certain succès jusqu'à la réaction du roi perse, et il se présente en nouvel Agamemnon. Enfin Alexandre de Troie lorsqu'il part en guerre en Asie, va faire comme premier geste de se rendre à Troie et de rendre hommage à Achille auquel il se compare (d'autant qu'il porte le nom d'Alexandre et que Paris se prénommait en réalité chez les Grecs, Paris-Alexandre). Il se détache de son homologue et s'associe à Achille.

Dans les images on retrouve aussi le retour d'une autre épopée de la guerre de Troie, non pas l'Iliade mais l'Ilioupersis, le sac de Troie. Au fur et à mesure, les Troyens vont devenir sur des représentations, non plus dans la même tunique que les Achéens comme auparavant, mais dans le tenue orientale de l'époque.




  1. L'altérité mise en série : un système d'oppositions cohérent

Centaures, Amazones et Troyens constituent trois facettes d'un même discours grec pour se définir par opposition à la bestialité, la féminité et à l'étranger. Or ces épisodes (centauromachie, amazonomachie, ilioupersis) sont rapprochés entre eux et mis en série de façon à tenir un discours cohérent sur cet autre. Cela passe par une circulation des personnages en particulier.

  1. Des épisodes mythiques liés entre eux

Dans l'Ethiopide, une épopée perdue de la guerre de Troie, mais dont il reste des traces raconte l'arrivée, suite à la mort d'Hector, à la fin de l'Iliade, de Penthésilée, reine des Amazones, qui amène ses troupes au secours des Troyens. Achille va lutter contre Penthésilée et au moment où il la tue, il réalise son amour pour elle (Eros et Thanatos). Ce récit met bien en évidence les circulations entre les récits.
De même Pirithoos forcément nécessaire à la centauromachie, est présent lors de l'amazonomachie. Et cela est poussé encore plus loin avec la même structure du banquet de mariage qui tourne mal dans les deux cas.

  1. Le rapprochement visuel des mythes : un discours bien articulé

On trouve très souvent sur les représentations dans l'iconographie publique comme privée, à la fois une centauromachie, une amazonomachie et un sac de Troie. Un cas célèbre est celui du temple de Bassae destiné à Apollon Epikourios (Apollon sauveur, pour avoir sauvé l'Arcadie de la peste). Dans le temple, une frise existe toujours représentant une centauromachie et une amazonomachie.

Deux autres exemples sont visibles à Athènes.
Sur l'agora avec la Stoa Poikilè (portique peint) érigée à l'époque de Cimon. On y accroche des peintures aux murs qui sont intéressantes puisqu'elles sont faites par les deux grands peintres de l'époque Micon et Polygnote. Trois tableaux y dominait : la bataille de Marathon (Cimon est le fils de Milthiade, vainqueur de Marathon), une centauromachie, un sac de Troie et une amazonomachie. Le tout est présent sur le même portique peint.
Dans le Parthénon idem, on trouve des métopes (tableau sculpté) sur la frise dorique (qui fait le tour extérieur) représentant une amazonomachie, une centauromachie, un sac de Troie et un gigantomachie (combat des dieux olympiens contre les Géants). Dans le temple même, on retrouve un écho avec la statue d'Athéna Nikè : une centauromachie sur ses chaussures, une amazonomachie sur sur la phase externe du bouclier et un sac de Troie sur la phase inter de son bouclier.

lundi 2 janvier 2012

Antique 13 - 12

Précédemment : Antique 07 - 12





Les mythes politiques athéniens, l'autochtonie et ses prolongements


Cécrops a eut une descendance mais qui ne pourra se reproduire, le premier athénien est Erichthonios ou Erechthée. Les Athéniens se disent d'ailleurs Eréchthéides. C'est à ce mythe athénien qu'on s'intéresse puis à Ion, qui donne naissance aux Ioniens.
Par la suite, les Athéniens qui font partis du monde ionien vont s'en dégager, s'en distinguer et cela se voit au travers des mythes.


  1. L'autochtonie, un mythe politique athénien

  1. Erichthonios, né de la terre

A. Le mythe

Ce premier athénien est né de la terre selon une tradition très ancienne puisqu'on le connaît depuis les épopées homériques. Dans l'Iliade et le chant 2, on apprend que « les Athéniens sont le peuple d'Erechthée au grand cœur ; il fut jadis élevé par Athéna, fille de Zeus, mais c'est la terre donneuse de vie qui l'enfanta ». Ce récit qui prend sa source à l'époque archaïque, est popularisé au cours du – V° siècle. C'est à ce moment que les Athéniens se revendiquent vraiment descendants d'Erechthée, alors que l'Iliade ne dit que le fait qu'Erechthée est né de la terre et qu'il était roi des Athéniens. Mais les Spartiates ont des rois Héraclides non nés de la terre et le peuple est dorien.

Héphaïstos poursuit Athéna pour la violer. Tout deux sont des dieux engendrés de manière particulière. Athéna sort casquée de la tête de son père après que Zeus est avalée Métis. Héra pour se venger de Zeus décide d'engendrer son propre enfant sans passer par son mari, Héphaïstos est né. Zeus en colère jette l'enfant de l'Olympe, d'où sa boiterie. Ce sont deux naissantes aberrantes et la conjonction de ces deux divinités est particulière. Héphaïstos poursuit Athéna tente de la violer et un jet de sperme atterrit sur la cuisse d'Athéna. Elle l'essuie avec un flocon de laine (Erion) et le jette sur la terre (Chtôn) de l'Attique, la Terre ( ou Gaia) qui va recueillir la semence. La rencontre du flocon de laine ensemencé et de la terre donne naissance à Erechthée. Il y a trois partenaires dans cette naissance : Athéna, Héphaïstos et Gaïa.
Une fois l'enfant né, Athéna remet l'enfant aux filles de Cécrops, les Aglaurides, Pandrosos, Aglauros et Hersé. En réalité, Athéna met l'enfant dans une boite et la donne aux Aglaurides qui avaient promis de ne pas ouvrir la boîte. Elles ouvrent la boîte malgré tout, voit le serpent qui protège l'enfant, prennent peur, fuient et sautent de l'Acropole pour mourir au pied de la falaise. Athéna va donc élever l'enfant elle-même.

Il y a une répartition entre plusieurs personnages des trois fonctions pour créer et élever un enfant : un père, une mère et une nourrice. Gaïa joue la rôle de la mère, Héphaïstos celui du père et les Aglaurides comme nourrices. Mais Athéna vient se superposer en condensant les trois fonctions. Elle est un peu la mère de l'enfant en tant qu'objet du désir d'Héphaïstos. Elle est aussi le père puisque c'est elle qui reconnaît l'enfant, typique de la fonction paternelle dans les fêtes de la naissance de l'enfant qui prend une existence sociale. Enfin, à la mort des Aglaurides, elle va élever l'enfant et prend le rôle de nourrice.


B. Les représentations

On a retrouvé des représentations privées essentiellement tirées des vaisselles anciennes en céramique des banquets des élites athéniennes. On y voit Erechthée prêt à être accueilli par Athéna encadré de Cécrops, Gaïa et Héphaïstos. Certaines scènes montrent parfois Héphaïstos aussi qui reconnaît son enfant. Ce geste de reconnaissance de l'enfant se faisait par les pères des enfants lors des Amphidromies, fêtes se déroulant quelques jours après la naissance de l'enfant. C'est là qu'il prend une existence sociale.

On trouve aussi des représentations publiques sur le Parthénon, à l'intérieur la statue d'Athéna d'ivoire et d'or avait une allusion discrète à la naissance d'Erechthée via un serpent près de la statue. On le retrouve aussi dans l'Erechtheion (du nom d'Erechthée) où une pièce était dédié à ce roi, pièce où on pensait qu'il était enterré (sénotaphe).
En dehors de l'Acropole, on retrouve la mise en scène de l'autochtonie sur l'agora : l'héphaïsteion, temple dédié à Héphaïstos et à Athéna. Tout deux dans ce temple seraient les protecteurs des artisans, Héphaïstos c'est son rôle, Athéna c'est son rôle lorsqu'elle est Athéna Erganè, une forme de métis manuelle, ingéniosité. Ainsi ce temple surplombant l'agora est à coté du quartier des artisans. Ce temple est donc partiellement à destination des artisans avec des divinités patronnes. C'est aussi un temple qui doit rappeler le mythe de la naissance d'Erechthée, les deux dieux étant vénérés aussi pour cela. La preuve en est la frise sur le socle des deux statues, faite par Alcamène, grand sculpteur de l'époque et représentant cette naissance.

C. Les fonctions du mythe

Plusieurs bénéfices sont tirés de ce mythe par les Athéniens. Vis à vis de l'extérieur, ils se présentent par leur descendance avec Erechthée, d'une naissance ethniquement pure. Cela s'oppose aux autres grecs nés souvent par le biais d'un étranger, comme les Thébains (Kadmos), les Spartiates (Doriens), ou Pélops (fils d'un lydien). Ils se pensent alors supérieurs aux autres grecs par ce rapport charnel au territoire. Un autre intérêt est celui de renforcer le courage des Athéniens pour soutenir leur patrie. Ils sont incités à se sacrifier pour leur sol dont ils sont issus.
Au sein de la cité, ce récit remplit plusieurs fonctions, il est un récit d'anoblissement collectif. Puisque tout les Athéniens descendent tous du premier athénien et du premier roi d'Athènes. Ainsi ils sont tous nés d'un roi et se placent sur un pied d'égalité prestigieux via leur ancêtre roi autochtone. Tout les Athéniens sont donc frères, frères lointains certes, et cela se traduit à Athènes lors des oraisons funèbres où le discours prononcé met en avant le caractère autochtone du sacrifice des soldats. De plus, les Athéniens sont organisés en phratries, groupes de frères à l'ancêtre commun. Cela symbolise le lien fraternel qui unit l'ensemble de la communauté et on ne peut établir de hiérarchie entre eux.
Enfin cela légitime aussi l'infériorité des femmes. L'engendrement du premier athénien se fait sans le passage par la matrice d'une femme, il est né directement du sol. Certes Gaïa est représentée par femme, mais la Terre n'a pas de sens féminin dans le langage. Athéna quant à elle est une divinité apparemment féminine, mais elle n'est pas née de la matrice d'une femme et elle-même se considère comme vierge. Elle refoule sa part féminine et se place toujours du coté des pères, jamais des mères (comme dit dans une pièce de théâtre). Les dieux sont avant tout des dieux, ensuite un genre.

Les Athéniens peuvent donc se penser mâles, égaux entre eux, supérieurs aux femmes et supérieurs aux autres Grecs de l'extérieur issus de l'étranger. Ce récit souligne l'ancrage terrestre des Athéniens. Toutefois, au V° siècle, il faut aussi mettre en avant la volonté d'hégémonie d'Athènes sur les mers. Il y a donc un prolongement au mythe qui doit réintégrer Poséidon dans le culte athénien pour se faire un allié de celui-ci.

  1. D'Erichthonios à Erechthée : de la terre à la mer

Selon les versions Erechthée est Erichthonios adulte, parfois c'est le petit-fils d'Ericthonios.
Ce mythe apparaît dans une pièce d'Eurypide jouée devant les Athéniens. Athènes est alors en danger, elle est le lieu de combat entre les Athéniens et les Eleusiniens, ce sont des luttes internes car le territoire n'est pas encore unifié (c'est Thésée qui s'en chargera). Eumolpos, roi d'Eleusis, fils de Poséidon, prend le dessus sur Erecthée : les Athéniens sont dans une situation assez désespérée, les Eleusiniens sont supérieurs à eux. Eumolpos est en plus le fils de Poséidon, ce qui lui donne un avantage. Un oracle de Delphes annonce qu'Athènes ne peut être sauvée que si Erechthée sacrifie une de ses filles. Il accepte avec l'accord de sa femme Praxithéa. Le problème est que les filles du roi et de la reine jure de toutes mourir ensemble pour soutenir celle qui est promise à la mort. Elles se sacrifient toutes, meurent mais permettent la victoire des Athéniens sur les Eleusiniens. Erechthée tue d'ailleurs en combat singulier Eumolpos, provoquant la colère de Poséidon, père du défunt. Il donne un coup de trident sur Erechthée qui est englouti dans le sol de l'Attique. La victoire à un prix très lourd pour cette famille.

Dans le contexte, on est dans la guerre du Péloponnèse, Athènes a fondé la Ligue de Délos et domine les mers. Elle est donc en guerre contre Sparte. Cette pièce présentée aux citoyens mâles illustre un modèle de courage auxquels tout les citoyens étaient invités à suivre. Cela apparaît dans une tirade de Praxithéa (cf fasicule). Ce sacrifice honorerait leur naissance autochtone.
Une autre fonction apparaît à la fin de la pièce. C'est la réintégration de Poséidon dans le mythe autochtonien. Poséidon qui avait déjà été vexé de ne pas acquérir le territoire au profit d'Athéna, vient de tuer Erechthée, après qu'il ait tué son fils. Mais Athéna apparaît suite à l'intervention de Poséidon et ordonne que les Athéniens rendent un culte à la fois à Poséidon et à Erechthée. Ce culte existait réellement avant la pièce, c'était celui de Poséidon Erechtheus, culte du dieu et de sa victime. Il y a une réunion de la terre et de la mer. La mer est une extension du territoire athénien. Ainsi Athènes matérialise l'enracinement de la ville dans son territoire terrestre mais aussi moyen de souligner leur alliance avec Poséidon et leur prétention sur les mers justifiée. Dans l'Erechtheion, il y a la trace du coup de trident de Poséidon au sol et dans le toit pour montrer l'intervention.


  1. Autochtones ou Ioniens ? Bricolages généalogiques athéniens

  1. Athènes et les Ioniens : histoire d'un désamour

À l’époque archaïque et classique, Athéniens et Ioniens revendiquaient une origine commune. Les habitants de l’Attique, de l’Eubée, des Cyclades ou d’Ionie partageaient en effet une culture fondée sur un même dialecte et sur l’échange de modèles, politiques ou architecturaux – tel le style protogéométrique propre à Athènes, rapidement adopté par les établissements ioniens en Asie mineure.
Selon certaines traditions de l’époque archaïque, les Ioniens auraient d’abord habités dans le Péloponnèse, puis ils auraient été chassés par les Achéens, se seraient installés à Athènes, avant d’émigrer en Asie mineure. Un fragment du poète et législateur Solon montre d’ailleurs que les Athéniens se considéraient eux-mêmes comme Ioniens, dès 600 av. J.-C. – et même comme la plus ancienne terre d’Ionie.

Pourquoi Ioniens et Athéniens tenaient-il à se rattacher ainsi à une histoire commune ?
  • Par ce biais, les Ioniens peuplant les cités grecques d’Asie mineure s’enracinaient dans le passé mythique plus ancien de la Grèce continentale.
  • Du côté des Athéniens, le but était différent. À l’époque archaïque, les élites de la cité étaient fascinées par les Ioniens d’Asie, qui bénéficiaient de la proximité de civilisations orientales raffinées et avaient développé à leur contact un mode de vie cosmopolite et cultivé. Dès lors, se rattacher à une histoire commune était politiquement intéressant pour des raisons de distinctions culturelles et sociales.

Cette proximité revendiquée entre Athènes et les Ioniens cesse assez brutalement, semble-t-il, à la fin de l’époque archaïque. Au siècle, les Athéniens ne cherchent plus à se présenter comme des Ioniens – ou, du moins, pas comme des Ioniens comme les autres. Les réformes de Clisthène symbolisent cette évolution : le législateur supprime les 4 anciennes tribus ioniennes qui rattachaient les Athéniens à leur passé commun, et les remplacent par 10 nouvelles tribus, qui portent le nom de héros puisés uniquement dans la mémoire athénienne – à l’exception d’Ajax, roi de Salamine, dont la présence est à l’évidence destinée à justifier l’annexion de l’île par Athènes un siècle plus tôt, en – 612.
Les réformes clisthéniennes soulignaient donc l’enracinement autochtone d’Athènes et ce, avec d’autant plus de force que les héros des nouvelles tribus attiques se trouvaient statufiés sur l’agora, sur le monument des héros éponymes. D’après Hérodote, ce serait là la première indication d’une attitude anti-ionienne qui allait devenir de plus en plus forte au cours du V° siècle. « Les Ioniens autres que ceux d’Asie, y compris les Athéniens, avaient donc pris le nom d’Ioniens en aversion et ne voulaient pas le porter ; encore à l’heure actuelle, la plupart d’entre eux, me semble-t-il, rougissent de ce nom » selon Hérodote.
Comment expliquer un tel désamour ? Peut-être faut-il le relier à la faible résistance opposée par les Ioniens d’Asie mineure à Cyrus, lorsque celui-ci conquit la région, vers 545 av. J.-C. Toutefois, ce changement d’attitude ne saurait seulement provenir, comme le soutient Hérodote, d’un mépris soudain des Athéniens à l’égard des Ioniens. Cette prise de distance doit surtout au fait qu’Athènes, à l’orée du V° siècle, se suffisait désormais à elle-même. Elle n’avait plus besoin de se rattacher à l’ethnie ionienne et souhaite faire coïncider son présent avec son passé.

À la fin du VI° siècle, les Athéniens se revendiquent désormais autochtones et, par conséquent, supérieurs à tous les autres Grecs. Dès lors, il n’était plus question d’être de simples Ioniens comme les autres. Au cours du V° siècle, les Athéniens bricolent leur généalogie pour présenter leur cité comme la métropole de tous les Ioniens qui, par conséquent, lui doivent obéissance et respect.

  1. La réécriture du mythe d'Ion

Afin de justifier leur prééminence, les Athéniens s’emploient en effet à transformer le mythe d’Ion qui, au départ, les reliaient aux Ioniens sur un plan d’égalité relative.
À l’époque archaïque, l’histoire d’Ion était assez simple. Son père, Xouthos, était le fils d’Hellen et de la nymphe Orséis. Roi d’Iolcos en Thessalie, il était chassé du royaume par ses frères Éole et Doros, avant de trouver refuge à Athènes. Là, il se mariait à Créuse, l’une des filles d’Érechthée, donnant naissance à Ion, Achaïos et Diomède. Ancêtre éponyme de tous les Ioniens, Ion était donc le fils d’un étranger et d’une Athénienne : dans cette version de l’histoire, les Ioniens étaient donc apparentés aux Athéniens, sans leur être subordonnés.

Dans sa pièce Ion, représentée peu après la paix de Nicias, Euripide donne une version bien différente de la généalogie d’Ion, destinée à mettre en valeur l’origine purement athénienne du héros. L’intrigue de la tragédie est quelque peu compliquée. Là voici résumée par Nicole Loraux : « Violée par Apollon, Créuse, fille d’Erechthée, a exposé son enfant qu’elle croit mort. Elle a, par la suite, épousé Xouthos, descendant de Zeus, mais étranger à Athènes ; leur union est stérile. Aussi viennent-ils à Delphes consulter Apollon au sujet de leur postérité. Ils y rencontreront un adolescent, qui n’est autre que l’enfant jadis exposé, sauvé par son géniteur divin [Apollon]. Pour que l’enfant rentre en possession de son foyer, Apollon le donne à Xouthos. Fureur et désespoir de Créuse, qui complote la mort de celui qu’elle croit fils de son époux. Après avoir tenté chacun à son tour de supprimer l’autre, le fils et la mère se retrouvent face à face : Créuse reconnaît son enfant. Départ pour Athènes, où Ion héritera du pouvoir de ses ancêtres Erechthéides ».

Quel sens général donner à la pièce ? Une analyse structurale invite à reconnaître le schéma mythique bien connu du « retour du roi », déjà étudié à propos des tyrans, et notamment de Kypsélos et d’Œdipe. Ion présente en effet tous les traits de l’enfant exposé, sauvé miraculeusement et parvenant, après bien des épreuves, à conquérir le pouvoir.
Au-delà de la reprise de ce scénario traditionnel, Euripide se livre surtout à une manipulation en profondeur de la généalogie d’Ion. Le héros se découvre en effet, à l’issue de la pièce, à la fois Érechthéide par sa mère, Créuse, et d’ascendance divine par son père, Apollon. Il n’est donc plus le fils d’un étranger, Xouthos, comme dans les versions les plus courantes du mythe, mais le fils d’un dieu, Apollon, et d’une Athénienne, Créuse.
Pourquoi avoir opéré de telles modifications dans la généalogie d’Ion ? La fin de la pièce éclaire les intentions des Athéniens en général et d’Euripide en particulier. Athéna apparaît en majesté et s’adresse à Créuse, lui révélant le destin glorieux de son fils et de ses descendants. « Créuse, avec ton fils, rends-toi au pays de Cécrops, et assieds-le sur le trône royal. Car issu d’Érechthée, il a droit de régner sur ma terre ; il sera glorieux pour la Grèce. Ses quatre fils, issus d’une souche commune, donneront au pays leur nom, comme aux tribus qui possèdent mon sol, habitent ma colline… Et les enfants de ceux-ci, lorsque viendra le temps marqué par le destin, peupleront les cités des îles, les Cyclades et les bords de la mer, ce qui fera la force de mon pays. Puis ils occuperont les plaines de ces deux continents qui se font face, Europe, Asie, ils deviendront – nommés Ioniens du nom de celui-ci – fameux dans l’univers. […] Xouthos et toi aurez postérité commune, Doros, par qui sera illustré la Doride, au pays de Pélops ; puis un deuxième fils, Achaïos, roi futur du pays maritime, près de Rhion ; un peuple aura de lui son nom ».
La déesse commence par souligner avec emphase l’identité athénienne d’Ion : descendant d’Érechthée, il n’est plus un sang mêlé, comme dans la version précédente, mais un pur Athénien. Le héros apparaît même comme un véritable double d’Erichthonios : lors de son exposition, Ion avait été placé dans une corbeille, à côté de serpents d’or, dans une sorte de décalque de la naissance du premier autochtone – qui avait lui-même été cachée dans un corbeille gardée par des serpents. Dès sa naissance, Ion était donc couvert de signes qui, nous dit explicitement Euripide, sont autant « d’imitation d’Erichthonios ».
Affirmer l’identité purement athénienne d’Ion avait une conséquence importante qu’Athéna s’empresse de souligner. Lorsqu’ils s’établissent dans les Cyclades ou en Asie mineure, les descendants d’Ion ne sont pas les égaux des Athéniens, mais leurs colons. De fait, à partir de la seconde moitié du V° siècle, les populations des cités ioniennes sont invitées à se considérer, non comme de simples parents, mais comme des colons des Athéniens. Tel est le cas, selon Hérodote, de Milet, qui aurait été fondée par Nélée, le fils du roi athénien Codros ou encore d’Éphèse, dont Androclos, un autre fils de Codros, serait l’oikiste. En tant que colonies d’Athènes, les cités ioniennes doivent dès lors à leur métropole respect, voire obéissance : adhérentes de la ligue de Délos, elles avaient d’ailleurs pour obligation d’envoyer une vache et une panoplie aux Grandes Panathénées, tenues tous les 4 ans (cadeau symbolique dont la fonction était de rappeler leur dépendance à l’égard de leur métropole).
La nouvelle généalogie d’Ion avait un dernier avantage sur le plan symbolique. Les Ioniens dans leur ensemble pouvaient désormais revendiquer un statut généalogique non seulement égal, mais supérieur à celui des Doriens et des Achéens. Dans la version traditionnelle, les Ioniens avait en effet un statut généalogique inférieur à leur rivaux : la naissance d’Ion était placée une génération après celle de Dôros. Euripide remédiait à cette situation en transformant Dôros et Achaïos en demi-frères d’Ion. Ceux-ci perdaient ainsi leur supériorité généalogique. Non seulement ils devenaient les cadets d’Ion, mais, contrairement à leur aîné, ils devaient se contenter d’un père mortel : ils étaient en effet les enfants de Xouthos et de Créuse, et non, comme Ion, ceux de Créuse et d’Apollon.
Ce bricolage généalogique mérite évidemment d’être rapporté aux prétentions hégémoniques d’Athènes au début des années – 410, lorsque Euripide compose sa pièce. Les interprètes proposent en effet deux dates possibles pour l’Ion : soit en 418, après la paix de Nicias, dans un contexte où Athènes pouvait encore penser unifier la Grèce sous sa domination ; soit après l’expédition de Sicile, en – 412 - – 411, à un moment particulièrement difficile pour Athènes, dont les alliés ioniens faisaient alors défection, profitant de la déroute de l’expédition de Sicile. Dans les deux cas, les mythes assuraient la continuation de la guerre par d’autres moyens, notamment symboliques, en célébrant la supériorité d’Athènes tant sur ses alliés que sur ses ennemis.

La tragédie d’Euripide fonctionnait donc à deux niveaux. À l’égard des alliés d’Athènes, elle visait à affirmer la place dominante d’Athènes dans le monde ionien. À l’égard des ennemis de la cité, elle cherchait à procurer aux Athéniens un ascendant symbolique, fondé sur une grossière manipulation généalogique. Transformant Doriens et Achéens en frères cadets des Ioniens, le poète imaginait un monde où ses concitoyens étaient les aînés du monde grec, enracinés dans leur terre – puisque descendants d’Erechthée – et jouissant de la protection des dieux – en tant que protégés d’Athéna Polias et descendants d’Apollon Patroos.

Pour le cours prochain reprendre les cours des guerres médiques
Pour les cours précédents reprendre : la ligue Délos, la colonisation

lundi 19 décembre 2011

Antique : 06 - 12

Précédemment : Antique 29 - 11
Note : cours comprenant le document word du prof, ce que nous n'avons pas pu faire en cours : les Oscophories et la thalassocratie athénienne.

Thésée, Médée et Egée à l'ultime instant



Sur le chemin, Ariane est délaissée sur une île par Thésée, mais celle-ci est dans les versions générales récupérée par Dyonisos qui en fait sa femme. En arrivant à Athènes, Thésée n'a pas mis de voiles blanches à son bateau (signe de sa survie) et a donc les voiles noires (signe de sa mort). Son père désespéré se jette dans la mer, qui devient mer Égée.

  1. L'épisode crétois : un mythe d'initiation

Cette histoire nous montre le passage de l'âge d'enfant à celui d'adulte. D'autant que ce récit, selon Henri Jeanmaire (Couoi et courètes, couroi signifiant le jeune garçon), ressemble à d'autres comme celui du petit Poucet, l'histoire d'un groupe de jeunes gens tombés chez des anthropophages, mais sauvés par l'initiative de l'un d'entre eux. Parallèle aussi entre le fil d'Ariane et les cailloux du petit Poucet, l'utilisation de la ruse. Cela passe aussi par le travestissement, Thésée masque deux garçons en filles, de même que le petit Poucet échange les bonnets des filles de l'ogre et de ses frères. Cet élément commun illustre un moment d'inversion. Pendant une initiation, il y a un changement de statut, on fait des choses contraires à la norme. Ce comportement transgressif, ce travestissement ici, est un rite de passage, un moment de marginalité qu'on retrouve dans les bizutages. Ensuite on passe à l'âge adulte. Thésée passe ensuite du statut de l'héritier à celui de roi.

  1. Du mythe au rite : Pyanopsies et Oschophories

Avec Thésée, on passe du mythe au rite via deux grandes fêtes liées à cet épisode crètois : les Pyanopsie et les Oschophories. C'est un aition, un mythe qui fonde un rituel (cela a donné étyologie en français). Ces fêtes annuelles, qui avaient lieu en même temps, concernaient les jeunes gens de la cité athénienne. Elles avaient lieu en octobre pour nous, le 7 Pyanepsion, jour du retour de Thésée.

Les Pyanopsies auraient été fondées par Thésée qui à son départ pour la Crête aurait fait un vœu à Apollon. Avant de partir, il avait fait ce vœu de créer un rituel en l'honneur d'Apollon en cas de succès de son entreprise. Cela se déroulait en contrebas de l'acropole avec deux caractéristiques : on y consommait une bouillie de fèves et on transportait un rameau de suppliants (rameau porté sur l'autel d'un dieu pour le supplier) dans le sanctuaire. La bouillie aurait été ce qu'auraient mangé les jeunes gens en revenant de Crête. D'ailleurs cela donne son nom à la fête (Pyanopsie : bouillie de fèves). Le rameau lui, correspondait au rameau posé par Thésée sur l'autel d'Apollon pour s'assurer sa protection. Or sur ce rameau de suppliants on trouve plus qu'un rameau d'olivier entouré de laine (ce qui est en général le cas), on trouve aussi des figues, des pains gras, un petit pot de miel, une fiole d'huile et une coupe de vin. Or cela diverge des sacrifices sanglants classiques, on a à faire à des offrandes végétales. C'est justement lié à l'initiation. Pour Lévi-Strauss il existe une grande polarité structurale entre le cru (la jeunesse inachevée) et le cuit (la finition). Or ce rameau mélange une partie de cru et de cuit. On a une première transformation de certains produits : miel, vin qui est cuit au soleil, figues cueillies, … On a donc une illustration de ceux qui participent au rituel puisque ce sont les jeunes gens passant de l'enfance à l'âge adulte qui offrent des produits à mi-chemin entre le cru et le cuit. C'est un entre-deux typique à l'histoire de Thésée.

Les Oscophories sont aussi une représentation de ce passage à l'âge adulte par le biais du rituel, la référence au récit de Thésée. Cette fois-ci, on portait des grappes de raisin. Se déroulant le même jour, la fête des Oschophories joue également sur la valeur initiatique de la légende. Elle aurait également été instituée par Thésée lui-même à son retour à Athènes, alors que celui-ci était partagé entre la joie du retour et la tristesse provoquée par l’annonce de la mort de son père.
D’après Plutarque, l’élément central de la fête consistait en une procession conduite par des jeunes enfants (paides) portant des ôschoi, des grappes de raisins encore attachées à leurs sarments. Précédé par un héraut, la procession était menée par deux garçons déguisés en filles. La troupe avançait en chantant vers le Phalère, le port archaïque d’Athènes. Elle aboutissait finalement au sanctuaire d’Athéna Skiras, où Thésée et ses compagnons étaient censés avoir débarqué.

Ce rituel apparemment étrange respecte toutes les étapes d’un rituel d’initiation :
  • Tout d’abord, un moment de séparation. La procession ritualisée ouvre un temps nouveau, un temps rituel fortement séparé du temps profane.
  • Ensuite, survient une période de marges, lorsque les jeunes gens atteignent le Phalère, aux limites du territoire civique. Au demeurant, le sanctuaire d’Athéna Skiras, où se rend la procession, incarne parfaitement, dans son nom même, l’état marginal par lequel passent les jeunes gens : en grec, le terme Skira désigne les mauvaises terres, situées aux frontières de la cité. Cette situation marginale est en outre caractérisée par l’inversion des normes ordinaires, comme le souligne le travestissement rituel des deux adolescents.
  • Cette période de marge et d’inversion débouche sur une phase d’agrégation. Tout d’abord, les jeunes effectuent un sacrifice en l’honneur de la divinité poliade Athéna, ce qui les désigne déjà comme de futurs citoyens. Surtout, ils retournent à Athènes jusqu’au sanctuaire d’Apollon Patroôs, situé sur l’agora qui, précisément, est le dieu patronnant l’intégration des jeunes gens dans la cité. Au terme du rituel, les jeunes participants ont donc changé de statut.

Cette transformation progressive trouve une certaine correspondance dans le type d’aliment porté, puis consommé par les jeunes gens. Au départ, les participants portent des grappes de raisins, encore attachées à leur sarment. Ces aliments symbolisent un premier stade de la transformation alimentaire, celui de la maturation naturelle des grains de raisins sous le soleil de l’été. Cette première étape est suivie par une autre : à la fin du rituel, les jeunes gens mangent des aliments cuits, carnés ou céréaliers, servis par les mères des enfants et des éphèbes (les deipnophores). Ce changement manifeste l’accès des adolescents à une nourriture civilisée et, partant, leur passage à l’âge adulte.

À travers ces deux rites complexes, les Athéniens commémoraient donc le rôle de Thésée en tant que protecteur des jeunes gens,garçons aux Oschophories et filles aux Pyanopsies, aidant à leur mûrissement et à leur passage au statut de citoyen. Toutefois, au cours de l’époque classique, ces rituels initiatiques perdent une partie de leur signification. Ils sont en effet doublés par d’autres rites d’intégration se tenant dans la phratrie, lors de la grande fêtes des Apatouries en l’honneur d’Apollon. la légende de Thésée assure désormais d’autres fonctions dans la cité. Plutôt qu’en héros de l’initiation, Thésée apparaît désormais en roi fondateur de la cité d’Athènes, l'artisan du synoecisme athénien.


  1. Thésée et l'Attique : le héros fondateur de la cité

Thésée devient le grand héros athénien comme on le voit sur les vases antiques où l'on constate une explosion de l'image de Thésée en mettant en valeur d'autres moments de sa vie. Particulièrement ces combats contre les monstres sur le territoire de l'Attique et sur les pourtours.

  1. Le retour du bâtard royal

Thésée est le fils d'Égée roi d'Athènes et d'Aïthra, fille du roi de Trézène, lui-même descendant de Pélops, fondateur du Péloponnèse et créateur des Jeux Olympiques. Thésée descend donc d'un héros très important du monde grec. Il n'empêche que Thésée est un bâtard puisque ces parents ne se sont pas mariés ensemble. Égée aurait été conduit par le roi de Trézène, Pitthée, dans le lit d'Aïthra. Mais Égée ne se marie pas avec elle, il se doute du risque encouru puisqu'il laissera derrière lui des symbola, des signes de reconnaissance, des signes qui permettront à son éventuel fils d'être reconnu. Ces symbola sont sous une pierre très lourde que seul un héros peut soulever. Une fois devenu adolescent, Thésée découvres ces symbola, des sandales et une épée entre autres. C'est son premier exploit.

Pour se faire reconnaître par son père, Thésée va rentrer à Athènes. Égée lui est alors dans sa ville, marié à Médée. Thésée se retrouve alors en proie à sa belle-mère. Il y a lutte pour le futur souverain.

  1. Le parcours civilisateur du héros

Thésée quitte donc Trézène et passe par l'Argolide, la Mégaride pour arriver en Attique. Sur ce trajet, il va lutter contre des monstres nombreux et des brigands tout aussi nombreux.
Il commence d'abord à Epidaure où il tue Périphétès, un brigand qui tuait tout la monde avec sa massue. Thésée lui prend son arme et le tue à son tour. Il arrive sur l'isthme de CoryntheSinis, un homme extrêmement fort, démembre des individus après les avoir attachés à un pin. Pareil, Thésée le tue comme celui-ci tuait ses victimes. Il arrive ensuite à Mégare, où il débarrasse le sol de la laie de Crommyon, une femelle sanglier effrayant les habitants. Arrivé dans le golfe de Salamine, Thésée rencontre le brigand Skiron qui obligeait les passants à lui laver les pieds avant de les jeter dans la mer, les tuant ainsi. Thésée le jettera dans la mer. Enfin, arrivé à Eleusis, grand sanctuaire de Déméter et de sa fille, un brigand nommé Procuste faisait subir à tout les passants une torture particulière, les passants plus petits que son lit, il les étirait, ceux qui étaient plus grand, il coupait ce qui dépassait. Thésée pour le faire rentrer dans son lit va découper Procuste. Systématiquement, Thésée tue ses adversaires de la manière dont ceux-ci tuaient leurs victimes innocentes.

Ce récit à pour but de montrer l'aptitude de Thésée à gérer la fonction royale. Il illustre sa dikè (sens de la justice) en infligeant à ses ennemis le sort violent dont ils usaient vis à vis des autres. La dikè, cette fonction typiquement royale selon Hésiode. Cette explication structuraliste a sa vision complémentaire, contextualiste. Thésée fait le trajet qui entoure le Golfe Saronique, or ce golfe est une des prétentions territoriales d'Athènes à la fin du – V° siècle. Mégare va passer sous le contrôle d'Athènes par la suite. Thésée étant censé délimiter le territoire d'Athènes puisqu'il aurait posé une borne sur l'isthme de Corinthe. Cette prétention athénienne passe aussi sur deux grandes îles Salamine et Egine dans le Golfe Saronique.
Ce parcours civilisateur ne se fait pas seulement en-dehors des frontières d'Athènes. Dans le territoire athénien il fait aussi des exploits. Ainsi Thésée soutient les prétentions territoriales d'Athènes en-dehors de l'Attique mais aussi dans ce territoire qu'il pacifie. Athènes est une exception à cette époque avec 2 000 kilomètres d'influence environ alors qu'une cité se limite en général à une trentaine de kilomètres. Thésée fait donc également preuve de ses vertus civilisatrices à l'intérieur du territoire pour pacifier et unifier le territoire.

  1. L'artisan du synoecisme athénien

Cette fois-ci on se place après l'épisode crétois. Les auteurs du – V° siècle racontent comment Thésée parvient à unifier le territoire qui n'avait pas d'unité véritable. Le territoire de l'Attique était mal contrôlé par Athènes et des velléités d'indépendance émergeaient. Le territoire n'était pas unifié déjà à l'époque mycénienne (5 villes se démarquaient avec un palais : Athènes, Eleusis, Marathon, Brauron, Thoricos ???).
Le synoecisme, c'est donné les mêmes institutions politiques à chaque cité : un bouleuterion (conseil) et un prytanée (foyer commun). C'est Thésée qui va unifier le territoire par cette uniformisation politique.

Par la suite, Thésée devient l'image de la propagande de la domination agressive d'Athènes, en devenant sous Cimon, la figure de la victoire d'Athènes sur les Perses et les prétentions d'Athènes à dominer l'ensemble du monde grec, notamment via la flotte militaire.





  1. Thésée et la propagande de Cimon : le héros protecteur du régime

  1. L'instauration du culte de Thésée

Après avoir été élu roi, Thésée finit par déposer sa couronne pour la remettre au peuple, ce qui pousse les Athéniens à imaginer qu'il est l'inventeur de la démocratie. Cependant, les démagogues auraient monté le peuple contre lui suite à cet acte et il aurait été exilé de sa cité. Il s'est alors réfugier à Skyros combattant des brigands sans succès où il y trouva la mort, poussé d'une falaise de l'île. Ce mythe est important puisque les Athéniens a posteriori seraient allés chercher ses ossements. Et c'est Cimon, fils de Miltiade le vainqueur de Marathon en – 490, qui mène l'expédition à Skyros. Cimon plutôt aristocrate, parvient à évincer son adversaire démocrate par ostracisation, Thémistocle.
Cimon après avoir reçu un oracle de Delphes, part à Skyros, y trouve des ossements dans une tombe (probablement mycénienne et abandonnée) et avec toute l'Assemblée présente, il les place dans une sanctuaire construit en son honneur, le théseion (introuvable aujourd'hui). Il y a donc un rituel qui lui est rendu le lendemain des Oscophories et des Pyanopsies : les Théseia. Le mois de Pyanepsion devient celui de Thésée. A partir de ce moment là, la création de ce culte, Cimon s'en sert comme support politique. Thésée est utilisé pour célébrer le passé, les guerres médiques puis l'hégémonie d'Athènes sur les mers.

  1. Thésée contre Médée

Quand Thésée arriva à Athènes, Médée reconnaît tout de suite le fils légitime de son mari. Elle va tenter de mettre son fils sur le trône en faisant tout pour éloigner Thésée, qu'Égée n'a pas encore reconnu. Médée incite donc Égée a envoyé cet homme combattre le taureau de Marathon, mais plutôt que d'y mourir, il réussit son exploit. Médée va alors tenter d'empoisonner Thésée, mais à l'ultime moment, Égée reconnaît les symbola de Trézène. Égée finit donc par reconnaître son héritier légitime, bannit Médée et son fils Médos qui fuient tout deux en Asie. Ensuite Thésée partira en Crète.

Cette histoire est un ajout tardif à la légende de Thésée. Cet affrontement entre Médée et Thésée est une subtile métaphore des guerres médiques (p.24). L'épreuve du taureau de Marathon renvoie à la première victoire athénienne à Marathon, celle de Milthiade, père de Cimon. Surtout que dans le Théséion, il y avait une représentation de la bataille de Marathon où l'on voyait Milthiade mais aussi Thésée, puisque Milthiade aurait eut une vision de Thésée.
Le bannissement de Médée et de Médos en Asie est associé pour les Grecs au fait que Médos est devenu ensuite l'ancêtre éponyme aux Mèdes, les ennemis des athéniens dans les guerres médiques. Cette expulsion de la sorcière et de son fils correspond aussi à l'expulsion des Perses de la mer Égée.

  1. Thésée chez Poséidon

Une autre transformation de la légende a lieu sous Cimon pour justifier la prétention de la domination athénienne des mers. Cimon va réussir avec l'aide de Bacchylide, poète de la première moitié du V° siècle, à changer son père. Aïtra aurait eut des rapports avec Poséidon, avant Égée, et Thésée serait son fils. Il est aussi le fils d'Égée puisque celui-ci l'a reconnu. Thésée a donc une double filiation. Ainsi dans le Théseion, on a une représentation de l'accueil d'Amphitrite, épouse de Poséidon, qui reconnaît ce fils de son mari. Cette représentation se multiplie à l'époque. Il devient l'enfant légitime de Poséidon.
Cette évolution est soulignée dans l’iconographie attique, tant privée que publique. Après – 470. les vases à figures rouges montrent ainsi volontiers Poséidon à la poursuite d’Aïthra, la mère de Thésée. Mieux encore, l’ascendance divine de Thésée est directement mise en scène dans le hieron de Thésée, érigé par Cimon. Le sanctuaire contenait en effet de célèbres peintures (tableaux ou fresques) conçues par Micon, dont l’une représentait le plongeon de Thésée dans la demeure marine de son père divin.
Le peintre faisait en l’occurrence allusion à un épisode du mythe, rapporté par le poète Bacchylide. La légende raconte que Thésée en arrivant en Crète est défié par Minos. Celui-ci se dit fils de Zeus, Thésée réplique qu'il est celui de Poséidon. Minos jette un anneau dans la mer est met au défi Thésée d'aller le chercher. Ce qu'il réussit, aidé d'Amphitrite. Elle lui donne l’anneau, mais aussi une couronne, pour prouver à Minos qu’il est bien le fils de Poséidon. À son retour sur le bateau, Thésée est donc reconnu comme fils de Poséidon, comme Minos s’enorgueillit lui-même fils de Zeus. Si la peinture de Micon est perdue, nous avons une représentation de la scène sur une coupe attique peinte par Euphronios, montrant Thésée accueilli par Amphitrite, sous la garde d’Athéna.

Dans cette nouvelle métamorphose du mythe, deux éléments sont mis en avant. Tout d’abord, Thésée est bien le fils de Poséidon, mais aussi, il est l’égal de Minos. Or, ces deux affirmations sont une façon détournée de revendiquer, pour Athènes, le contrôle des mers. En tant que dieu des océans, Poséidon symbolise évidemment la domination maritime à laquelle prétend Athènes. Quant à Minos, il incarne également, aux yeux des Grecs de l’Antiquité, la thalassocratie, le pouvoir sur les mers. D’après Thucydide, le Crétois aurait même été le premier des Grecs à dominer les océans. Dès lors, la thalassocratie minoenne devient la préfiguration de l’hégémonie athénienne sur le bassin méditerranéen : en terrassant le minotaure, Thésée l’emporte sur Minos, et Athènes se substitue à la Crète comme maîtresse des mers.

Ce nouveau discours coïncide évidemment avec la fondation de ligue de Délos, en – 478, et les visées maritimes d’Athènes dans le cadre de cette ligue insulaire, contrôlant une bonne partie de la mer Égée. Ce tournant maritime du mythe explique aussi le changement de la date des Theseia : au lieu d’avoir lieu le 7 Pyanepsion – le jour du retour de Thésée de Crète –, la fête est déplacée le jour d’après, le 8. Pourquoi avoir opéré ce petit changement ? Parce que, nous dit Plutarque, le 8 est le jour de Poséidon. C’était là une façon de rappeler la filiation divine de Thésée et d’affirmer à nouveau le lien spécifique qui reliait les Athéniens du – V° siècle et la mer.


En définitive, le mythe de Thésée s’est formée par strates successives. Au départ, Thésée est une figure largement panhellénique et incarne un héros protecteur de la jeunesse : certains rituels ont d’ailleurs conservé, jusqu’à l’époque impériale, cette signification originelle du mythe. À la fin du vie siècle, la figure de Thésée subit une importante transformation. Il devient alors le héros de la communauté athénienne, incarnant à la fois son unité politique interne et ses aspirations impérialistes externes.
Toutefois, cette identité n’a rien d’immuable : le mythe évolue selon les besoins et les aspirations de la communauté. Bientôt, Thésée devient le héros de la démocratie modérée du ive siècle. Invoquant la figure de Thésée, Isocrate appelle ainsi de ses vœux la mise en place d’une régime méritocratique, méritant à peine le nom de démocratie tant elle est modérée.

En définitive, la légende de Thésée montre comment se construit progressivement un mythe et des rituels spécifiquement athéniens, reflétant l’identité politique changeante de la cité et venant la soutenir en retour.

mardi 6 décembre 2011

Le mythe selon Lévi-Strauss












Fruit du hasard sur une recherche internet.
Voilà de quoi définir d'une certaine manière, selon Lévi-Strauss, le mythe.
Vidéo de moins de 5 min.

Même question posée beaucoup plus tard, même réponse, avec une nuance subtile et très intéressante à partir de 2'45 qui recontextualise le mythe dans notre société. Je l'imagine bien dire "Et vlan" à la fin de la vidéo (ok je vais dormir c'est l'heure). ^^

Antique 29 - 11

Précédemment : Antique 22 - 11











Les tyrannicides Harmodios (l'imberbe) et Aristogiton (le barbu)
Avec le fond rouge ça fait encore plus peur ...










Il revient une troisième fois, par les armes. Il débarque à Marathon (comme son fils menant les Perses le fera ensuite) passe par Pallénè de nuit où se trouve un temple d'Athéna. Il campe dans cette ville et un devin venu d'Acarnanie (Nord de la Grèce), appelé Amphilytos, lui fait une prédiction « Le filet est jeté, les rets sont déployés, pendant la nuit à la lueur de la lune, les thons s'y précipiteront ». Les poissons vont être piégés dans la nuit, Pisistrate y voit le signe de sa victoire et attaque de nuit et obtient une victoire car ses ennemis n'étaient pas prêts à combattre. La victoire est donc conditionné par un devin or cela fait référence à l'Odyssée, la scène finale lorsque Ulysse reprend le pouvoir à Ithaque sur prédiction d'un oracle et sous la protection d'Athéna. Ainsi Pisistrate montre qu'il a la protection d'Athéna, une des représentations de la métis, il prend le pouvoir par la ruse (de nuit) avec l'aval des dieux.


Cette relation avec Athéna, Pisistrate la cultivera durant son règne. Il va réformer les Panathénées en augmenter la durée, multiplier les concours qui ont lieu, … Il va aussi construire le temple d'Athéna Polias pour illustrer l'appui divin et la relation particulière qu'ils entretiennent avec la divinité. Les Pisistratides vont prendre aussi soin de manipuler à leur avantage les épopées homériques, d'autant plus, que c'est à cette époque que ces poèmes sont mis à l'écrit. Ainsi, les Pisistratides vont modifier certains vers, particulièrement ceux qui mettaient à mal l'image de Thésée, héros athénien. De plus, une nouvelle figure apparaît dans l'histoire de l'Odyssée, Pisistrate, qui accompagne Télémaque dans sa quête pour retrouver son père. Cette figure serait aussi le plus jeune fils de Nestor.


Cette propagande s'effondre avec la chute des tyrannies qui voit une contre-propagande se mettre en place pour délégitimer le tyran.



  1. La création d'une légende anti-tyrannique

  1. La fin des Kypsélides : Œdipe à Corinthe ?


La fin de la tyrannie des Kypsélides est influencée par l'histoire d'un héros mythique, Œdipe. Il s'agit de justifier la chute de la tyrannie. C'est Vernant qui constate les parallèles entre Œdipe et Kypsélos. Tout deux sont descendants de boiteux, tout deux rencontrent un oracle qui annonce leur avenir royal, tout deux s'en sortent miraculeusement, tout deux prennent la tête de leur ville natale. Il y a donc une concordance dans la phase ascendante.

Par contre l'histoire d'Œdipe se finit mal, pas Kypsélos où c'est plutôt son fils Périandre. La chute intervient une génération plus tard. Kypsélos est l'Œdipe victorieux, Périandre, l'Œdipe qui finit mal. Périandre mène la terreur dans sa cité, il a pris conseil auprès de Thrasybule, tyran de Milet. Celui-ci emmène l'ambassadeur de Périandre et Thrasybule décapite tout les épis qui dépassent la taille moyenne. L'ambassadeur revient à Corinthe, raconte à son maître ce qu'il a vu et Périandre comprend qu'il doit décapiter tout les hommes supérieurs à la moyenne, il sème la terreur chez toutes les élites de sa ville. Cette politique de terreur s'exerce donc dans la cité. La terreur se propage même en dehors de la cité, à Corcyre, colonie corinthienne, où il envoie son fils mettre de l'ordre. Ce fils est tué par les habitants de Corcyre. Périandre effectue une vendetta et saisit 300 jeunes hommes qu'il envoie chez Alyattès, roi de Lydie où ils deviennent eunuques, illustrant la mort de la civilisation. Heureusement, le bateau détourné par les Samiens stoppera cette terreur, le caractère transgressif de Périandre. Enfin cette terreur et cette transgression s'exerce aussi dans sa famille. Périandre se brouille avec son beau-père, Proklès tyran d'Epidaure, représentant la génération d'avant ; son second fils, représentant la génération d'après et puis il tue dans un accès de rage Melissa, sa femme avant de coucher avec son cadavre, représentant sa génération. Son fantôme vient le tourmenter pour lui signifier qu'il a mis son « pain dans un four froid ». Il y a donc une structure similaire entre Œdipe et Périandre.


Bien sur cette légende noire est construite après la mort naturelle de Périandre et l'effondrement du régime. C'est certainement à cette époque que le second oracle s'adressant à Kypsélos dans le mythe, se voit rajouter une phrase dans sa citation « Heureux cet homme qui descend dans ma demeure, Kypsélos, fils d'Eétion, roi de l'illustre Corinthe, lui et ses fils, mais non plus les fils de ses fils ». Après Périandre le régime devait s'effondrer, ce qui est facile à dire après coup.

Notons que Hérodote, l'auteur de cette légende fut touché par la tyrannie d'Halicarnasse. Sa famille a du fuir à Samos, sous la colère de Lygdamis qui haïssait sa famille qui était opposée au tyran local. Hérodote se fait l'écho de la vision négative des tyrans parce que sa famille fut touchée mais aussi parce que exilé à Athènes, Hérodote a été influencé par la construction démocratique athénienne contre la tyrannie.




  1. Le tyrannicide d'Hipparque : un mythe démocratique athénien ?


Tyrannicide signifie « tueur de tyran ». Cela évoque la mort d'Hipparque lors des Panathénées par deux hommes amants Harmodios (l'éphèbe) et Aristogiton (l'homme mur). Harmodios et Aristogiton vont tuer Hipparque en -514. Immédiatement dans la réplique Harmodios est tué, Aristogiton est arrêté, torturé, demande à donner la main à Hippias (signe d'amitié) pour lui livrer les noms des complices du meurtre. Quand Hippias lui donne la main, Aristigiton lui annonce, que la main qu'il tient est celle de l'assassin de son frère, Hippias furieux l'achève.

Si Thucydide souligne que les tyrannicides n'ont rien résolu puisque la tyrannie va durer encore quatre ans, et qu'il s'agissait d'une vendetta, les Athéniens eux vont les sacraliser avec une statue représentant les deux tyrannicides, seules statues illustrant des hommes ayant réellement existé. Tout les deux sur la statue sont nus, donc proche de la représentation des héros, et sont figés dans l'action, au moment où ils vont tuer Hippias. Ce groupe statuaire est élevé au début du – V° siècle, les Perses avec Xersès vont le voler et les Athéniens vont alors ériger un nouveau groupe statuaire sur l'agora. Ce groupe devient alors la représentation de l'opposition contre toutes formes d'oppression suite au vol perse. Cela va alors influencer d'autres héros, notamment Thésée qui sera représenté dans les poses des deux tyrannicides sur la frise de l'Héphaistion ou encore sur la vaisselle de banquet. Tout deux sont des figures démocratiques qui représentent l'isonomie. Pour les Grecs, Thésée avait instauré l'isonomie à Athènes en abandonnant le pouvoir pour le donner au peuple, d'un autre coté, les tyrannicides ont tué un tyran et pour les Athéniens, ils leur semblaient qu'ils avaient tué la tyrannie et donc avaient aussi fondé l'isonomie. D'où cet échange des postures dans l'iconographie, Thésée et les tyrannicides sont deux fondateurs pour les Athéniens de l'isonomie.

La légende noire anti-tyrannique utilise les ressources du mythe pour délégitimer l'image du tyran.











L'enfance du Minotaure, n'a pas toujours du être facile.










Les mythes politiques athéniens : la geste de Thésée



Thésée est le héros athénien par excellence est la figure la plus populaire de la cité athénienne. Son histoire est connue en entière de sa naissance à sa mort par des textes et des images de sa légende. Cela remonte déjà à l'époque archaïque et montre comment les mythes sont transformés. Au départ, Thésée est un grand héros panhellénique. A l'époque classique, – V° siècle et – IV° siècle, il prend les traits d'un héros à la dimension athénienne et joue un rôle politique. A tel point que les récits romains le font athénien seulement. La figure de Thésée est destinée à justifier la politique athénienne, il a donc été adapté et modifié au bon vouloir de la cité.

Au départ il représente le grand héros de la jeunesse dans le « cycle crétois », en calquant son attitude sur Thésée, les jeunes assurent une bonne reproduction civique. A l'époque classique, il assure d'autres fonctions, il devient le fondateur de la cité athénienne, héros du synoecisme. Une dernière métamorphose a lieu à ma même époque puisque après les guerres médiques, Cimon va utiliser son image pour justifier la domination des mers d'Athènes au sein de la ligue de Délos.



  1. Thésée et le Minotaure : le héros de l'initiation


  1. La sage de Thésée en Crète


L'épisode crétois de Thésée en Crète date de l'Odyssée et on a déjà à l'époque archaïque des représentations de ce passage. Il est encore un héros panhellénique.

Thésée est le fils illégitime d'Égée, reconnu par son père. Il se rend en Crète pour rapporter le tribut que les Athéniens doivent à Minos, roi souverain qui règne sur toute la Crète. Le tribut en question est d'apporter tout les neuf ans un certain nombre de jeunes garçons et de jeunes filles à Minos. Athènes est alors dominée par la Crète. Ce tribut est donné à manger au Minotaure, fils de Pasiphaé, femme de Minos, et d'un taureau. En effet, Minos sacrifiait chaque année son plus beau taureau à Poséidon. Or une année, le taureau trop beau est échangé par Minos contre le second plus beau taureau. Poséidon en colère provoque un amour entre Pasiphaé et le taureau. La femme de Minos s'introduit dans une vache en bois construite par Dédale. Elle enfante ensuite le Minotaure.


Thésée machine une première ruse, au lieu de 7 filles et 7 garçons, il met 9 garçons (2 déguisés en filles) et 5 filles. Le rôle de travestissement comme rite initiatique de jeunesse est important. Arrivé en Crète, Thésée est accueillit par Ariane, fille de Minos. Il va la séduire et grâce à elle peut retrouver son chemin dans le labyrinthe après avoir tué le Minotaure et libéré les jeunes Athéniens, grâce au fil. Il embarque alors avec les Athéniens et Ariane pour rentrer à Athènes.