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samedi 14 janvier 2012

Médiévale 09 - 01


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Colomb        Polo



Un troisième appel à la croisade a lieu alors. Elle aura lieu entre 1189 et 1192 et les croisés ne se mettent en route qu'en 1190. C'est réussi, ils augmente la sphère d'influence des États restant et forment une bande de territoire le long de la côte. La ville d'Acre devient probablement la ville la plus influente. Elle est sous le contrôle des ordres de chevaliers (teutoniques, des templiers, des hospitaliers de Jérusalem, …). C'est un pôle de commerce très important, la ville devient une sorte de colonie pénitentiaire. La peine de bannissement en terre sainte en Occident envoie d'ailleurs en exil en terre Sainte certains nobles. Du coup, les ordres ont tendance à y voir une repaire de faussaires.
Le but des Croisés est alors de conquérir l'Égypte, cœur du royaume musulman à l'époque. Mais la croisade souffre de manque de capitaux. Les marchands vénitiens acceptent de prêter de l'argent pour cela mais ils ne trouvent pas qu'ils sont remboursés assez vite. Du coup, les Vénitiens poussent les croisés à prendre la ville de Zadar en Croatie. Arrivés à Constantinople, les croisés sont face à une querelle pour les successeurs à l'Empire, dont un vénitien. Les Vénitiens profitent de cette querelle pour pousser les troupes croisées à prendre l'Empire byzantin dans sa totalité. Cela réduit drastiquement le territoire de l'Empire se limitant à des marge en Croatie et en Turquie. Ces aristocrates peuvent ainsi contrôler tout les points stratégiques en mer d'Égée et contrôle donc le commerce de la mer Noire.



Après cette catastrophe pour l'image des Croisés et de l'Église, c'est un échec moral immense du fait de l''attaque d'un pouvoir chrétien censé être allié. Entre 1218 et 1221, une cinquième croisade à lieu pour prendre l'Égypte. En 1218, ils prennent Damiette et avancent tranquillement. Le sultan Al Kamil leur propose alors de leur rendre les territoires en Terre Sainte. Ils refusent avant de se faire écraser par Al Kamil et ses troupes.
Le pape continue de pousser aux croisades, en 1228 Frédéric II alors excommunié lance sa propre croisade. Il le fera sans combat, en négociant avec Al Kamid. Celui-ci réitère sa proposition et Frédéric II accepte devenant le roi de Terre Sainte. Mais les autorités chrétiennes refusent soutenir l'empereur, face à ce succès de Frédéric II qui n'a pas effectué une croisade classique. En 1244, il perdra ses acquis.

Louis IX tentera à sont tour de faire deux croisades 12481254 et 12651272 pour reprendre l'Égypte de nouveau. Pour la septième croisade c'est un cuisant échec, le roi est capturé et les sultans demandent de fortes rançons qui demandent une levée d'impôts exceptionnelle. La huitième croisade se fait alors qu'il a réussit à redevenir un roi populaire, mais il meurt du typhus en arrivant à Tunis. A partir de 1291, la dernière ville à résister, Acre, tombe et ses habitants se réfugient sur les îles. C'est la fin des Croisades.

Ces croisades furent un véritable gouffre pour les vies humaines et cela a détérioré les relations entre Orient et les deux Occidents. C ela a cependant permis de faire prendre conscience qu'il existe un vaste monde au delà de la région. Le récit des croisades a développé un imaginaire sur l'horizon du monde.

  1. L'impact en Occident : curiosité, goût pour l'aventure et progrès cartographiques

Les récits et les chroniques racontant ces croisades prolifèrent alors. C'est aussi une production géographique puisqu'on décrit les itinéraires, les populations, … Le premier récit populaire fut Faits et gens de Jérusalem raconté par un chevalier anonyme qui suivit Bohémond de Tarente. Mais cela n'est qu'un récit à la gloire des chevaliers Normands. Vient ensuite La Chronique de Guillaume de Tyr, une forme de feuilleton monumentale qui se déroule 23 livres rédigés entre 1169 et 1184. Son originalité vient qu'il est né à Jérusalem mais descend d'une famille occidentale, il vivra toute sa vie ou presque à Jérusalem. Amaury I, roi de Jérusalem le choisira pour qu'il soit le précepteur de son fils Baudouin. Le roi lui demandera une chronique de l'histoire des Arabes et une autre de la région de Jérusalem. Il a donc mis à sa disposition des écrits arabes avec des traducteurs. Il a donc une chronique très bien informée ou il décrit les batailles du point de vue des croisés, sans rien cacher des méfaits de ceux-ci. Il devient archevêque de Tyr ensuite et le succès de sa Chronique connaîtra un grand succès qui lui permettra d'être rééditée en Occident au titre de Estoire d'Héracles.
Pour ceux qui ne pouvaient lire ces récits en latin, les écrits sur le Terre Sainte passaient par l'oralité et les ordres militaires y jouèrent beaucoup, notamment les deux principaux : les Templiers et les Chevaliers teutoniques (au départ juste des secours aux armées germaniques). Pour financer les guerres, ces ordres avaient besoin d'argent et ils ouvrirent des maisons pour recruter des candidats au départ ou des fonds de fidèles sous forme de dons. Pour convaincre les gens de partir à la croisade, on racontait les récits héroïques des prédécesseurs.

Le dernier fait des croisades fut la production géographique. Les intellectuels européens cherchèrent donc à découvrir ces rivages. Le premier texte fut le Liber de existencia riveriarum et forma maris nostri Mediterranei qui décrivait les régions entourant la Méditerranée, l'auteur y avait joint une carte perdue aujourd'hui. Cela permit aussi de produire des cartes et des portulans largement inspirés des cartes arabes. La Carte pisane, conservée longtemps à Pise mais fabriquée à Gênes. L'idée est de faire un repérage sommaire des ports et des directions à suivre. Les meilleures cartes venait de Majorque avec celle d'Angelino Dulcert, première carte précisant la position géographique des îles Canaries. Cette avance des savants de Majorque tient certainement au fait que la ville fut longtemps sous domination arabe. De plus, ce sont des juifs qui se servaient des écrits arabes pour établir ces cartes.
Ces travaux géographiques aussi intéressaient les princes. Ainsi l'Atlas catalan propriété du roi Charles V, cadeau des souverains de l'île de Majorque et établie par Cresques Abraham. C'est un livret de six feuilles qui fait office et de portulans et de vieilles mappemondes. On y trouve aussi le trajet de Marco Polo. Il y a un réel intérêt des élites pour les récits de voyage et les cartes.


  1. La multiplication des découvertes et la fin de l'isolement de l'Occident

  1. Au-delà des routes de la soie, l'approfondissement de la connaissance de l'Asie

Ce ne sont pas des découvertes de territoires, on les connaissait déjà mais on les approfondis. Cela commence par la conquête d'une grande partie du territoire asiatique par Gengis Khan (Tchingis khan son titre littéralement empereur océanique, dans le sens universel), venu de Temudjin en Asie. En 1206, il fédère des tribus mongoles et devient chef de cette alliance. Il conquiert alors le monde prenant Pékin en 1215 et ses successeurs domineront le territoire jusqu'en 1368, en respectant les cultures de chaque pays mais en en restant la tête. Ils progressèrent vers l'Ouest et écrasèrent les troupes russes en 1223 à la bataille de Khalka. Son successeur Ogôdei et nomme son neveu Batu général pour continuer les conquêtes. Ils arrivent ainsi en Pologne, en Hongrie et en Autriche, à partir de ce moment là, on ne peut plus les ignorer.
Innocent IV décide en 1245 d'envoyer des missionnaires pour persuader les Mongoles de se convertir au christianisme. Ce sont des franciscains qui mèneront ce projet avec notamment Jean de Plan Carpin (un italien), qui par son habileté parviendra à prendre contact avec le grand Khan qui déclarera avoir pris note de la tentative de soumission du pape reconnaissant sa faiblesse face aux Mongoles. Jean de Plan Carpin va alors établir une histoire des Tartares. Il voulait convaincre les Occidentaux que les récits méprisant qui circulaient étaient faux, il désirait surtout mettre en garde les Européens en soulignant le danger de cette civilisation, point de vue hostile mais changeant la représentation. Des ambassadeurs mongoles sont ensuite reçus à la cour de Louis IX en l'absence du souverain, ils se présentent comme christianisés (le grand Khan avait un réseau d'espions très habiles et très au curant de nos mœurs). On leur fit des cadeaux en leur offrant des icônes, … Seul un des fils de Batu se convertira vraiment mais cela reste limité.

Marco Polo, fils d'un vénitien et né en 1264, son père Nicolo faisait des affaires marchandes avec les Mongoles, notamment des échanges de bijoux. Cela permit à la famille de jouer un rôle d'ambassadeur auprès du Grand Khan. Ce dernier voulait d'ailleurs récupérer les 100 meilleurs savants occidentaux auprès du pape, sans réponse bien sur. En repartant, son père emmène Marco avec lui passant par les chemins traditionnels de la route de la soie. En arrivant en Chine, le Hubilai Khan en place repère Marco Polo et le prend à sa cour. Marco Polo intégré à la cour du khan, parvient donc à connaître en profondeur les coutumes via l'occupation de divers statuts (ambassadeur, conseiller militaire, …). Il y resta 18 ans avec sa famille, un peu prisonniers et justifièrent leur départ pour servir d'escorte à une jeune mariée d'Asie se rendant vers l'Europe.
En 1295, Marco Polo rentre dans la guerre de Venise contre Gênes et est fait prisonnier par Gênes pendant trois ans. C'est donc dans une prison génoise qu'il rédige Le Récit des Merveilles qui passionnera les Occidentaux avec 143 versions différentes de ce récit. On a donc mieux compris le fonctionnement des Mongoles, notamment avec les postes. Au XIV° siècle on sait qu'il existait 50 000 chrétiens convertis au christianisme, mais ce siècle est celui où on se désintéresse quelque peu de ce continent puisqu'on a découvert d'autres continents. Le XIII° siècle fut celui de l'Asie, le XIV° se tourne ailleurs.


  1. Des îles de Méditerranée à l'Afrique

Suite à l'Asie, l'horizon le plus accessible devint l'Afrique et le renforcement des royaumes chrétiens d'Espagne à partir de 1212 a permis les entreprises maritimes vers le Sud. Mais le détroit de Gibraltar fut longtemps un obstacle. Quand on parvint enfin à le passer, on met en contact Afrique et Espagne.
On repère alors les premières îles de l'Atlantique (Iles Canaries en 1259, Madère en 1350 et 1427 pour les Açores). Les Iles Canaries seront les premières à faire l'objet d'une occupation avec le Sieur de Béthencourt qui colonise la contrée par une brutale exploitation des populations locales qu'on force à exploiter les cultures de canne à sucre.

Les Portugais sont les suivant dans la découverte et l'installation des européens en Afrique. Ainsi Henri le Navigateur, troisième fils de Jean I, roi du Portugal, va consacrer son énergie et son argent à la découverte de la côte africaine. Cela débute avec la prise de Ceuta en 1415 (toujours enclave espagnole au Maroc aujourd'hui, mais portugaise à l'époque). Les portugais établiront des présides (comptoirs) le long de la côte marocaine. Leur but est d'abord de contrôler les routes commerciales de l'or de l'Afrique vers l'Occident. En plus, cela permit de réduire les crises de blé régulières auparavant. Malgré la volonté de prendre le Maroc, cela ne put se faire notamment à cause de la guérilla espagnole qui voulait faire de même.
En 1434, les navigateurs passent enfin le cap Bojador et peuvent explorer plus au sud l'Afrique. Ils découvrent alors le Cap Vert et commencent leur entreprise esclavagiste par des captures sauvages qui servent de main d'œuvre au Portugal pour cultiver les terres. Dés 1442, les Portugais demandent une bulle d'indulgence au pape pour leurs actes péchés commis en Afrique, le pape dispense de pénitence tous les Portugais. Le commerce prendra son essor dès 1444.
Entre 1482 et 1488, sous l'égide de Diego Cam et de Bartolomeu Dias, deux navigateurs ont posé une colonne de pierre avec leurs noms et l'année pour montrant leur progression. Ils sont parvenus à passer le cap de Bonne-Espérance. Grâce à l'expérience des navigateurs précédents, Vasco de Gama parvient à atteindre l'Inde par voie de mer, il arrive à Calicut. Il y a alors l'établissement de liaisons régulières entre Inde et Europe pour le commerce.

  1. Des Indes à l'Amérique

Cristophe Colomb, génois et Italien fils d'un marchand de textile commença son apprentissage de navigation en Méditerranée pour son père. En 1476, il s'installe à Lisbonne où son frère exerce le métier de cartographe. Il y apprend tant bien que mal la géographie. Il établit alors l'idée de partir vers l'ouest pour atteindre l'Inde. Il a certainement repris une idée d'un savant florentin dont les écrits circulaient dans les milieux spécialisés. D'abord projet présenté au Portugal, Colomb est rebuté, il y avait trop d'argent engagé dans la route par l'Afrique et il avait fait des fautes de calcul. En fuite à cause de ces créanciers, Colomb arrive en Espagne et se devient proche de la reine de Castille. Celle-ci est intéressée par les projets de Colomb à cause du retard espagnol en navigation sur le Portugal. Une commission est formée pour évaluer le projet de Colomb et trouve toujours des fautes. Il parvient par les grâces de la reine d'avoir trois bateaux, des privilèges d'anoblissement et des titres et 10% des richesses des territoires qu'il découvrira.
En août il part vers l'Ouest et trouve des terres en octobre 1492. Persuadé d'être au Japon, Colomb vient d'arriver au San Salvador aux Bahamas. Il découvre alors Cuba rapidement ensuite. A Cuba il recherche le Grand Khan sans succès, il décide en revanche de revenir avec des Indiens, où ce qu'il croît en être. Le Portugal se réveille et conteste la légitimité des terres des l'Espagne, Colomb à travailler au Portugal. En 1494, Espagne et Portugal rédigent le traité de Tordesillas, fixe une ligne de partage du monde inconnu l'Afrique et une pointe du Brésil au Portugal, l'Amérique à l'Espagne.
En 1493, Colomb repart avec 17 bateaux et des colons pour mettre en valeur l'actuelle Haïti. On exploite tout de suite les populations. Comprenant qu'il n'est pas au Japon, il développe les Bahamas. Ce n'est qu'en 1498 qu'il pose vraiment le pied en Amérique au Détroit de l'Orénoque.

Mais les conséquences sont dramatiques pour les populations locales, on pense qu'elles furent décimées surtout par des maladies contre lesquelles elles n'étaient pas immunisées. On pense être passé de 3 millions (sans certitude) à 1 million en ??? et à 60 000 au début du XVI° siècle. Le premier personnage qui dénoncera l'extinction des indigènes dès que les Espagnols posent le pied à terre, c'est Bartholomée de las Casas mais il n'a pas d'écho. Rapidement les Espagnols combinent à la fois les trajets vers l'Amérique et ceux vers l'Afrique pour remplacer les populations américaines par des populations africaines.


La perspective dont les Européens ont abordé les terres extérieures est toujours utilitariste (religieuse ou économique). C'étaient des réserves d'hommes et de biens susceptibles de renforcer la puissance des institutions qui les ont découvertes. Ce n'est pas une vision scientifique avec des hommes seuls libres et rêveurs, les pouvoirs souverains jouent pour beaucoup et interviennent dans la prise des territoires en donnant les fonds et pour pouvoir prendre le dessus sur les autres pays et royaumes européens. Jamais les hommes ne sont pris en compte dans ces calculs économiques et de puissance, qu'ils soient indigènes ou nationaux partis comme colons.

mardi 20 décembre 2011

Médiévale 12 - 12

Précédemment : Médiévale 05 - 12





  1. La naissance d'un urbanisme princier

L'installation de princes laïcs dans les villes et la destruction d'une commune par les Princes pour prendre le pouvoir.
Les transformations de l'espace urbain parisien ont connu leurs balbutiements fin du XII° siècle sous l'influence du roi qui vit de plus en plus à Paris. Des Nobles décident alors de s'installer autour. D'abord ce sont des ecclésiastiques, évêques et archevêques, plutôt sur la Rive gauche qui était déjà l'emplacement de seigneuries ecclésiastiques. On trouve dans les plus anciens, l'archevêque de Reims puis de Rouen. L'Hôtel des abbés de Cluny construit sur les anciennes thermes romaines, sera quasiment toujours habité par ces abbés. Illustrant leur richesse, ils vont lui donner un faste particulier toujours visible aujourd'hui.
Suite aux abbés, les aristocrates viennent s'installer. Les premiers furent les ducs de Bourgogne, installés sur la rive gauche très habitée par des ecclésiastiques. A partir du XIV° siècle, c'est la rive droite qui devient tendance chez les Nobles. Les comtes de Bourgogne en investissent un proche du Louvre d'abord, puis s'implantent dans l'Hôtel d'Artois ensuite. Cette mode de la rive droite tient de nouveau au roi. Charles V instaure un bipolarité palatiale avec le vieux palais Louvre d'une part et le logis royal de Saint-Pol d'autre part. Le roi alterne entre ces deux résidences et met à la mode l'installation dans la marais. Cela est facilité antérieurement par des travaux ecclésiastiques qui asséchèrent le marais qu'il y avait à cet emplacement. L'hôtel de Clisson en est encore une trace aujourd'hui. Ces opérations d'installation d'aristocrates sur la rive droite se firent sur un temps long. L'hôtel de Bourbon entre 1300 et 1404 vit ses propriétaires acheter plus de 300 propriétés par tout les moyens possibles (argent, menaces, violences, …). Ils ont acheté un quartier entier sur lequel ils construisirent leur hôtel particulier. Cette concurrence entre Nobles a conduit à une diminution de la mixité sociale dans le centre de Paris. Les pauvres furent donc évincés de ce quartier. Ainsi quand on regarde les impôts parisiens, on réalise que certains quartiers payent plus d'impôts que d'autres, ce qui n'existait pas avant.
La ville d'Avignon en est un autre exemple. Le palais se construit sur un espace très resserré. Quand la papauté est arrivée, les cardinaux ont saisit des logements, les « livrées ». Rapidement, ils désirent agrandir leur prestance et développent des hôtels massifs. 70 bourgs apparaissent alors autour de la ville d'Avignon.

Selon Pierre Monnet, cet urbanisme sauvage et princier se développe partout en Europe. En Germanie, dans la seconde moitié du XIV° siècle, il existe deux pôles de développement : le palais princier et les clubs aristocratiques (cercles de sociabilité réservés aux aristocrates de l'Empire et aux riches marchands). Autour du palais de la commune et de ses clubs se développe la ville comme à Augsbourg.

On a donc rapproché cela du second type d'installation princière, où une famille Noble prend possession de la ville sur la Commune. C'est le cas à Milan comme l'a montré Boucheron (???). Les Visconti sont présents dans les élites communales dés 1270 et se servent des institutions de celles-ci pour la renverser, avant de supprimer ces mêmes institutions. En 1311, ils s'en servent à leurs avantages et prennent le contrôle de la ville. Ils vont alors marquer leur présence dans l'espace urbain par un programme toujours identique ou presque. D'abord ils établissent une forteresse au cœur de la ville mais en marge de l'hypercentre pour se protéger des fidèles à la Commune. Ensuite ils s'installent au cœur de la ville en s'accaparant le Broletto qu'ils développent sous forme de forteresse. A cela ils développent une décoration des portes de la ville chantant leurs louanges. Enfin, ils financent les édifices religieux pour masquer leur domination brutale.
Cela s'applique aussi aux autres villes qui passent sous leur pouvoir. Progressivement la famille Visconti prendra le pouvoir sur 122 communautés de la région. L'organisation urbaine sera toujours profondément réaménagée. A Parme, séparée par un fleuve, une partie de la ville est réservée aux fidèles de la famille, l'autre est réservée aux alliés des Visconti. Cette politique passe aussi par la multiplication des monuments qui proclament une ode à cette famille.

A la fin du Moyen-Age, une grande partie des communes du Nord de l'Italie sont prises par de grandes familles. A Ferrare la famille Este, à Florence les Médicis, à Vérone les Scaligerron (???), … Des fois cela aboutit au développement de nouvelles villes. Le village de Corsignano, lieu de naissance de Pie II devint un projet développement à la gloire du pape pour finir par se nommer Pienza, mini-cité idéale jamais aboutie et limitée à l'hypercentre. La petite ville Urbino fut transformée en palais. Le prince Federico de Montefelto (1420 – 1482) a bâti sa fortune en louant ses services de mercenaires. Avec l'argent accumulé, il transforma la ville d'Urbino en faisant construire un immense palais à sa gloire, une sorte de ville dans la ville. A l'intérieur, ce prince s'y met en scène comme un grand intellectuel comme dans son studiolo ou sur la prince principale du palais et par extension de la ville, alors qu'il est avant tout homme de guerre.
Certaines cités idéales sont restées sur papier mais influencèrent beaucoup d'intellectuels de la renaissance. La plan de la Sforzinda de Filarète était une ville circulaire avec des défenses en étoiles censée assurer la protection de ses habitants. On poussait à l'extrême la réflexion en installant cette ville à la campagne pour exclure les populations dont on ne voulait pas.

  1. Des villes conquérantes

L'espace rural autour des villes est considéré comme un espace de future domination de la ville. L'essentiel des détenteurs du pouvoir vivait longtemps à la campagne, à partir du XIII° siècle, l'aristocratie vécue en ville et fut imitée par une bourgeoisie naissante. Les rapports de domination s'inversent au XIII° au XV° siècle.
Dans un premier temps, l'investissement à la campagne vient des bourgeois. Ils achètent des terres, des moulins, des fours et des troupeaux nombreux. Coulet et Stouff présentèrent cela avec le cas des troupeaux. Les bourgeois achètent des troupeaux non seulement pour alimenter la ville, mais aussi pour avoir de la laine, dans le cas de troupeaux d'ovins, qui alimente l'artisanat textile de la ville. Les bourgeois ont contrôlés progressivement ces troupeaux allant jusqu'à posséder tout les troupeaux dans un rayon de 40 kilomètres autour de la ville d'Aix. A Arles, même processus avec un rayon plus faible, de 20 kilomètres. L'emprise sur les espaces campagnards est considérable.
Dans le cas de la ville de Lyon, les ecclésiastiques sont les premiers à investirent avant d'être imités par des aristocrates et des bourgeois de la villes. Selon le Vaillant de 1388 (registre marquant les propriétés des habitants de Lyon), la ville avait investit un rayon de 20 kilomètres autour de la ville, en 1483 on est arrivé à 30 kilomètres. Cela peut transformer radicalement l'espace rural. Dans le cas du Bordelais notamment, l'achat de terres alentours a permis le développement de vignes, dans la région de Graves, il n'y a plus que de la vigne et les céréales ont disparu.

Cette domination économique devient à son tour de plus en plus politique notamment dans l'espace italien ou certaines villes puissantes investissent les campagnes pour dominer les seigneurs vus comme menaçant les Communes. Dans le cas de la ville de Florence, les campagnes alentours voient pousser des villes neuves en 1290 sur injonction de la Commune. Pour marquer la décision une charte de franchise très libérale est instaurée. On attire la population des campagnes. Systématiquement, la Commune de Florence à établi des terre nuove sur des domaines des Ubaldini, fortement opposés à la Commune. De plus, on attire des chevaliers dans ces villes en interdisant les grands nobles d'y posséder quoique ce soit. Ces petits chevaliers censés défendre ces villes nouvelles vont en réalité attaquer et piller les seigneurs environnants assurant le renforcement de Florence.
Ces villes vont ensuite tenter de récupérer des espaces sous leur domination qu'ils nommeront contado. Dans cet espace tout les villages doivent des redevances à la ville, des corvées et un service militaire. A partir du XIII° siècle, les villes dominantes imposent des potestas dans ces contado qui lèvent des redevances, a des droits de justice, … Même les seigneurs ruraux doivent s'y soumettre puisqu'ils désirent de plus en plus venir s'installer en ville, pour cela ils se soumettent partiellement à l'autorité du potestas.
Par la suite ce n'est plus juste contrôler les campagnes autour de la ville mais conquérir les terres pour former de véritables petits États territoriaux. En 1450, on a une multitude d'États en Italie (Duché de Milan, République de Florence, …). Les Visconti vers 1330 n'ont que quelques villes dans un premier temps puis accaparent un total de 122 communautés en 1447. De même, Venise qui est une République, lance une politique de la « terre ferme » qui abouti à la domination d'un territoire de 30 000 km², côtoyant le duché de Milan. Le seigneur ou la République dominant cet espace détient un pouvoir économique, de justice, d'armée, …
Ces multiples États se font toujours la guerre et c'est l'âge des condottieres. La ville de Venise a 16 000 cavaliers, Milan 18 000 et Florence 10 000 en 1422. D'abord la lutte est entre Florence et Milan, puis Venise s'allie à Florence. Il existe des trêves mais les guerres redémarrent assez vite. Les cités-États sont le propres de l'Italie ceci dit. Par contre toutes les villes ont un objectif d'extension de leur territoire qui aboutie à la volonté des Occidentaux de conquérir de nouveaux espaces.


 Devant Jérusalem


Les Européens à la découverte de nouveaux espaces


L'amélioration de la sécurité dans les déplacements internes à l'Occident pousse les gens à se déplacer pour faire de longs voyages, sur de longues distances pour des longues durées. C'est donc l'essor des pèlerinages anciens ou nouveaux. On a des gens du commun qui croisent des marchands qui eux font des allers-retours dans l'Occident via des trajets de mieux en mieux balisés (auberges, écuries, …). C'est aussi un essor des réseaux sociaux, le monde est de mieux en mieux connus.
Mais des espaces inconnus existent encore hors de l'Europe. On va les chercher sous deux logiques : religieuse et commerçante. La première pousse les pèlerinages jusqu'à la Terre Sainte. Les Occidentaux qui voyagent perçoivent alors les pays traversés et leurs habitants de manière hostile (menace de sécurité, occupants les lieux saints, …). Dans le cadre commercial, les marchands privilégient les meilleurs rapports possibles pour favoriser les échanges, les sécuriser, les rendre avantageux aussi. Mais ces deux logiques antagonistes pouvaient se retrouver dans des objectifs communs. On constate que les périodes de trêves entre Croisades sont alors l'occasion d'un essor du commerce. A l'inverse, les entreprises commerciales qui ne nécessitaient pas de conquêtes de territoire le deviennent avec la logique qu'il s'agit d'assurer la sécurité des convois marchands, pouvant aboutir à des violences. Ces rapports sont donc agressifs avec le monde hors de l'Occident. Mais toujours est-il que ces effets commerçants et religieux, les individus s'installant dans ces espaces partagent une échange culturel qui donne envie de découvrir de nouveaux espaces et de nouvelles cultures dans les sociétés occidentales. La curiosité des Occidentaux est éveillée. Cela débute au XIII° siècle avec la multiplication des explorations vers soit des espaces connus depuis l'antiquité (Asie), soit vers des lieux totalement inconnus.


  1. Le temps des croisades : une ouverture limitée par le rejet de l'altérité

  1. Les croisades, une entreprise de conquête de territoires

L'Église assurait vouloir sécuriser le chemin à Jérusalem mais dés le départ, il s'agit de conquérir des territoires. La première fois que cela est lancé c'est sous Urbain II au concile de Clermont et cela à rencontrer un immense succès auprès des populations. Cela peut s'expliquer par la valorisation des armes à cette époque avec une aristocratie qui se définissait par les armes mais sans devoir se battre entre chrétien. La croisade permet de l'exercer en-dehors de l'Occident. En quelques mois, 40 000 hommes partent vers Jérusalem mais seulement 4 000 à 5 000 aristocrates. La majorité est donc issue de la bourgeoisie ou de la paysannerie aisée. Ce n'est pas un mouvement d'élite. Entre 1095 et 1099, un total de 100 000 hommes partiront durant cette période.
Cela vient de l'appel d'Alexis I, empereur byzantin qui avait appelé à l'aide les Occidentaux contre les Turcs. Les croisés espéraient donc être bien accueillis à Constantinople. Mais dés arrivés, l'Empereur exige un serment de vassalité de ces hommes. Il exige que les territoires conquis par les croisés, soient des terres vassales à celles de l'Empereur. Les croisés de la première années sont vite tués en Asie mineure. C'est la seconde vague de croisés qui avancera plus loin en faisant les sièges de Nicée et Antioche. Pourtant, les croisés vont se diviser entre ceux qui se concentrent à Antioche et ceux qui veulent soutenir le prince d'Edesse. Baudouin de Goulogne part à la tête de ce courant et formente un complot pour faire chuter le prince d'Edesse et prendre le trône du prince Thoros. Il en naît alors une principauté d'Edesse en mars 1098. En juin 1098 Bohémond de Tarente va achever la prise d'Antioche et y installe une autre principauté tout en refusant d'être vassal de l'Empire byzantin. Il va donc lutter longtemps contre Byzance. Le troisième État latin sera celui de Jérusalem fondé une fois que la ville est prise en juillet 1099.

Cela crée un élan d'enthousiasme en Occident qui envoie de nouvelles troupes en terre Sainte et heureusement vu que les deux tiers des Second croisés furent décimés. Godefroy de Bouillon prend la tête de la ville sainte et prend le titre d'avoué du Saint-Sépulcre. En 1100, Godefroy meurt et son frère Baudoin, roi d'Edesse, prend sa suite et devient roi de Jérusalem. Il exerce un pouvoir seigneurial en confiant une partie du territoire à ses fidèles, devenant des vassaux liges pouvant donner eux-mêmes des fiefs à d'autres vassaux. Les premiers croisés prudents s'installent dans les villes principales et tentent au bout de quelques années de coloniser les campagnes. En particulier Godeffroy de Bouillon avait donné aux chanoines du Saint Sépulcre des terres alentours pour y installer des colons européens. Ces chanoines créeront la Grand Mahomerie et la Petite Mahomerie. Les populations qui y viennent s'installer sont essentiellement espagnoles car habituées aux espaces de conquêtes sur les Musulmans, mais il y a aussi des Provencaux et des Italiens. Enfin naît le Comté de tripoli, bande de terre reliant Antioche et Jérusalem et assurant un couloir au déplacement des troupes croisées. Io est commencé en 1103 et sa conquête s'achève en 1107.

En 1144, les premières défaites arrivent avec la perte du Comté d'Edesse ce qui pousse Eugène III à faire appel à une seconde croisade en décembre 1145 et Saint Bernard leader cistercien, pousse à intervenir. C'est une croisade très royale avec des rois et des aristocrates notamment mais sans aucune ferveur populaire. Censée reprendre le comté d'Edesse, c'est un échec, le roi de France parti en pèlerinage laisse les troupes en plan et elles s'organisent mais vainement contre les troupes musulmanes. Saladin va réussir à fédérer les troupes musulmanes contre les croisés et Jérusalem tombe le 2 octobre 1147. Il ne reste qu'une zone autour de Tyr et une partie de comté de tripoli.

Un troisième appel à la croisade a lieu alors.

lundi 5 décembre 2011

Médiévale 28 - 11

Précédemment : Médiévale 21 - 11












  1. L'organisation du terroir


  1. L'essor de l'espace mis en valeur XI° - XIII° siècle


C'est dans un contexte de croissance démographique qu'on aménage de nouvelles terres, elles-mêmes favorisant la croissance démographique. Le monde médiéval était très organisé autour des forêts qui couvraient 50% à 70% du territoire de l'Europe. On avait de vastes ensemble forestiers continus et denses qu'on ne connaît guère aujourd'hui. A l'époque ce saltus s'opposait à l'ager. On développa alors la pratique de l'essart (défrichement) qui permit de faire reculer l'importance de la forêt. La Picardie à vu sa forêt disparaître en deux temps 1150 – 1170 puis 1220 – 1250. Ce défrichement est tardif par rapport au reste de l'Europe mais massif.

Cela s'est accompagné d'un autre développement des terres avec l'assèchement des terres pour en faire des zones cultivables : polders en bord de mers et assèchement de terres ou régulation de rivières dans les terres (via des canaux ou des levées). Ces polders très présents dans les Flandres visent à construire de grandes digues et à aménager des canaux pour que cette eau retenue fasse une pression moins forte sur les digues. Cela se fit, on pense, sous le coup d'une croissance démographique. Les comtes de Flandres furent les directeurs de ces grands travaux, ils travaillèrent en association avec des abbayes. Mais ces terres salées étaient impropres à la culture, on en fit donc des terres d'élevage. Puis au XII° siècle, on en fit des terres cultivables. On retrouve ces travaux à Venise, dans le marais poitevin, … Ils existe aussi des terres gagnées sur l'eau à l'intérieur du territoire, ce sont des terres inondables souvent marécageuses. Elles furent mises en culture par un double système de canaux qui absorbaient l'excès d'eau et ???.

Ces travaux sont toujours sous l'influence d'une autorité seigneuriale ou royale, ce n'est pas une décision uniquement d'un paysanne. On constate ces travaux autour du Pô avec l'abbaye de Nonantola, seigneurie ecclésiastiques qui parvint à ramener plusieurs travailleurs. De même, l'endiguement de l'Arno qui eut lieu à Florence se fit sous l'influence de la Commune de Florence ou encore les turcies (digues) le long de la Loire autour de Saumur se fit avec le soutien de Henri II Plantagenêt à partir de la seconde moitié du XII° siècle. Des travailleurs incités à venir les entretenir et bénéficiaient ainsi du statut d'hôtes, et donc souvent de taxes plus faibles.


A l'inverse, les premiers travaux de défrichements sont le bilan des paysans qui se sont mis à attaquer les périphéries des massifs forestiers. On parle alors essarts, d'écarts, de plans, de brosses, de breuils, de failles, de fayards, … pour qualifier les sols de forêts récemment défrichés. Or pour effectuer cela, il faut généralement l'accord du seigneur puisque les forêts sont dans le domaine seigneurial, mais en général, le seigneur laisse les paysans faire. On a donc un retour des alleux durant cette période comme dans le bordelais ou le macônnais. Une fois les cultures engrangés, les seigneurs ont forcé ces alleux à payer les redevances qui leur étaient dues. Tout cela pris place au XII° siècle.

A la même période, les seigneurs organisent des défrichements de grands massifs forestiers à l'écart des habitations et qui donne lieu à la création d'un village neuf ou ville neuve. C'est donc l'apparition des villages rues, suivant l'axe de pénétration de défrichement de la forêt. On faisait donc venir des hôtes à qui on proposait des terres et des redevances plus faibles en échange de leur participation au défrichement. Souvent les seigneurs pratiquèrent cette politique pour permettre la construction de villages pour assurer les transports sur un axe. Cela assurait la sécurité des voyages (les forêts pyrénéennes vers Saint Jacques de Compostelle, sur l'axe Paris – Orléans pour les trajets des rois, …). A cela s'ajoute les profits amenés par un village neuf, nouveau centre de prélèvement de redevances, même si certains habitants bénéficiaient d'avantages pendant une dizaine à une trentaine d'années avant que ces avantages ne soient grignotés par les seigneurs pour les aligner comme sur les autres villages. De plus, en général, l'avantage des redevances était compensé par d'autres taxes surélevées.

Les travaux à proximité des grandes villes étaient faciles, mais bien plus dur à l'Est de la Germanie (Bohême, Pologne, …) où les massifs forestiers étaient immenses et souvent inhabités. Du coup, les souverains ne pouvant faire appel aux seigneurs, faisait appel à des entrepreneurs en défrichement souvent des petits nobles ou des bourgeois. L'intérêt était que le roi faisait don à la fin du travail d'un petit fief faisant donc de petits seigneurs. D'autres y voyaient un intérêt économique. Leur travail consistait surtout à faire venir et diriger les travaux de défrichements. Très souvent, à la fin du défrichement on a un pariage ou paréage pour l'installation d'un village neuf, l'un faisant don de terres, l'autre de liquidité avant qu'ils ne se partagent les redevances.

Dans certaines régions, le manque des terres est si conséquent que le village grignote sur des petits massifs forestiers séparant différents villages. Cela mène rarement à un village autonome, plutôt à de petits hameaux devant régulièrement se rendre dans les villages. Par contre, l'apparition de ces hameaux illustrait pour l'époque la sécurité grandissante dans les campagnes via ces travaux. C'est aussi le cas pour les paysans spécialisés dans l'élevage qui accèdent donc ainsi à des terres libres pour faire paître leurs troupeaux.


  1. Les transformations de l'espace agro-pastoral, XIII° - XV° siècle


Les travaux de base sur le monde rural et médiéval furent développés par Marc Bloch en 1931 dans Les caractères originaux de l'histoire rurale française. Il divise le monde médiévale en trois grandes civilisations : openfield, bocage et méditerranéenne. Ce qui différenciait ces civilisations ce sont les caractères géographiques mais aussi les cultures avec un type de rapport de domination entre paysans et seigneurs mais aussi des rapports entre paysans. Les régions de bocage aurait été des régions plus individualiste alors que dans le cas des openfields, c'eut été plus collectif.

Les travaux d'aujourd'hui le conteste. A l'époque, même dans le cas des openfields, on avait beaucoup de paysans qui refusait de participer à la mise en valeur collective (séparation des autres champs par des cailloux sur le périmètre par exemple). Le milieu du bocage n'est pas le fait d'une société plus individualiste mais au développement d'une spéculation sur l'élevage. Dans le Hainaut, Gérard Sivery à montrer que ce n'est pas un milieu du bocage, puisqu'on y pratiquait quasi-exclusivement une céréaliculture. A partir du XIV° siècle, les paysans réalisent les profits qu'ils peuvent faire en élevant des bêtes à destination de la consommation urbaine d'autres villages. Du coup, dans le cas du village de Renaut-Folie, on a moitié d'élevage, moitié de champs ouverts et dans les années 1330, les terres d'élevage sont huit fois supérieures aux autres. Pour séparer les troupeaux, on a planté des petites plantes puis des haies formant un paysage de bocage. Par intérêt économique, les paysans ont pu passé des openfields aux bocages.


Une autre remise en cause eut lieu vers 1960, autour de l'organisation des parcelles qui se seraient profondément transformée au cours du Moyen-Age en particulier dans le cadre des régions d'incastellamento. Les champs se seraient réorganisés autour du château dans une forma radio-concentrique. Les archéologues ont renié ce fantasme. Les champs s'organisait plutôt perpendiculairement aux chemins tracés en respectant parfois les tracés antiques.

Ce qui va changer surtout, c'est le morcellement des parcelles lors du l'apogée dans la croissance démographique. Dans un certain nombre de cas; des parcelles sont devenues minuscules. Vers Cambrai, le village d'Iwui est divisé en 800 parcelles différentes faisant en moyenne 10 ares (environ 1000 m²), au XIV° siècle. En Picardie, la superficie moyenne des exploitations avait été divisé par deux ou par trois, mais les petites parcelles du XIV° siècle faisant une centaine d'ares. On pense que cela est du à la division des terres lors de la naissance de plusieurs enfants. Les seigneurs laissèrent faire puisque ils percevaient des droits de mutation plus nombreux.

La question était pour les historiens de savoir si ces petites parcelles handicapaient la mise en valeur du paysage. C'était pourtant pour certains paysans un avantage lorsqu'on pratiquait l'assolement triennal. Cela leur permettait d'éviter de stocker leurs récoltes avec les droits de stockage, les risques que cela induisait, … De plus, tant que les parcelles des paysans ne descendaient pas sous 40 ares, cela n'était pas un frein pour les paysans qui ne pouvaient pas labourer plus de 40 ares par jour (si le terrain est au même endroit sinon il faut se déplacer). Cela n'handicapa pas les paysans mais bien leurs descendants lorsqu'on chercha à établir un remembrement.

Bien sur, tout le territoire ne fut pas calqué sur le développement des Romains. Le cas de l'étang de Montady proche de Béziers est explicite. Cet étang fut progressivement asséché ce qui développa des cultures sous forme de « parts de tartes », assez unique. Cela eut aussi des conséquences de nos jours, l'effondrement de pont de Tours en 1978 s'explique suite aux travaux d'archéologie à un corsetage des digues du XIV° siècle qui provoquait un surcreusement aux bases des piliers du pont. On estime que 30% des poissons dans nos rivières que l'on consomme actuellement furent introduit par des hommes du Moyen-Age (carpe venue de Chine, …).


Pour résumer les travaux de l'homme sur son environnement au cours du XIII° siècle, Joël Burnouf a qualifié cela comme un « moment de forçage » avec une surexploitation des forêts, une transformation profonde des cours d'eau, … Certains historiens soulignent alors le caractère de prédateur de l'homme avec ces conséquences parfois malheureuses. Mais les derniers travaux des archéologues sur les forêts ont montrer que l'action de l'homme n'était pas que prédatrice. Ils ont constaté qu'au XIV° siècle, les Ducs de Bourgogne réalisant les dangers du défrichement implantèrent un système de rationalisation d'utilisation des arbres avec un replantage des arbres entre autre. En effet, la région sous la disparition des forêts augmentait la force du vent qui déracinait les arbres.










Les espaces de la ville, XI° - XV° siècle









A partir des X° et XI° siècles, on constate un processus de croissance urbaine progressif alors qu'avant de très nombreuses villes d'Occident s'étaient auparavant rétractées. On a donc de villes nouvelles qui sont crées et qui deviennent de grands centres commerciaux. Ces villes sont des points de pouvoir par leur attraction et parce que des puissants viennent y vivre. De plus, la forme du régime instaure sa propre aspect urbain (commune, dynastie, …). de plus, si la ville antique exerçait son pouvoir sur l'espace alentour, avec son déclin à la fin de l'antiquité, ce contrôle est perdu et la renaissance urbaine des X° et XI° siècles, il y une reprise de contrôle des régions alentour par des tutelles et des mises sous contrôle.



  1. Les grands types d'espaces urbains, XI° - XIII° siècle


  1. Un espace hérité à réinvestir : les reste de la ville antique


C'est en Italie que les restes de la ville antique ont eut le plus d'influence sur la manière dont l'espace s'est réorganisée. Au XIV° siècle, un tiers des européens urbains vivaient en Italie. La ville de Rome a beaucoup souffert. Au II° siècle, son enceinte entourait un secteur densément urbanisé couvrant une surface de 1500 hectares. Elle est réentourée d'une enceinté au IX° siècle par le pape Léon V, pour entouré cette fois-ci 75 hectares. Encore reste-t-elle une grande ville puisque certaines ne couvraient que 20 à 40 hectares. La ville de Pavie au contraire passe de 50 hectares au V° siècle passe à 100 hectares au ?? siècle. La décroissance des villes romaines fut, à part Pavie, très importante. C'est donc une rétractation de l'espace urbain qu'on peut constater.


A Rome, la reprise de la croissance urbaine fut tardive. Dans les années 1120, on observe les espaces spatiaux ??? Cela se fait par coalécsence de petits bourgs qui se recréent au XII° siècle et qui en croissant reforment une ville. En 1280, Rome retrouve 280 hectares. Les autorités ecclésiastiques ont profité du délaissement des seigneurs pour acquérir une influence sur la ville. A Rome, ce sont les assemblées de chanoines ou du moins qui ont organisés le lotissement du centre-ville. Les monastères se sont mis à contrôler plusieurs centaines d'immeubles. Des phénomènes similaires eurent lieu dans d'autres villes italiennes comme Bologne où le monastère San Procolo contrôlait 500 parcelles. Pendant longtemps cela n'apportait rien à l'Église avec des loyers très peu onéreux. L'objectif était surtout d'influencer spirituellement les populations, de faire des fidèles. Certaines populations s'enrichirent et en conséquence, l'Église aussi (dons, augmentation des loyers riches, plus de fidèles, …). Au début du XII° siècle, une maison ordinaire à Rome coutait de 15 à 20 livres puis au début du XIV° siècle 60 à 80 livres.

Les familles de l'aristocratie laïques n'étaient pas absentes mais beaucoup moins présentes dans cette ville de Rome. Sandro Carocci a démontré que les domaines seigneuriaux étaient surtout dans la périphérie de Rome, leurs acquisitions en ville étaient bien moindre. Par contre, ces familles se sont concentrées dans des palais aux environs de grands monuments de la Rome antique. La famille Colona vivait près du mausolée d'Auguste, la famille Frangipani s'organisait autour du Colisée, la famille Orsini dominait le château Saint-Ange, le mausolée d'Hadrien. La marque des bâtiments antiques sur l'espace urbain fut souvent déterminante. A Florence, l'ancien théâtre romain fut réinvesti par une famille éminente de la ville, les Peruzzi. Ils se firent construire un palais en bordure de cet amphithéâtre et l'ensemble de la zone fut lotie par celle-ci. Parfois la marque reste avec à Lucques une construction d'immeubles ovaloïdes. Les monuments romains ne furent plus utilisés de la même manière, ils furent réappropriés. Si en Italie ces monuments furent réinvestis, d'autres tournèrent le dos au passé antique comme Paris qui se construit sur la rive droite alors que Lutèce s'était établie sur la rive gauche. La rive gauche étant habitée de monastères.

lundi 21 novembre 2011

Médiévale 21 - 11

Précédemment : Médiévale 14 - 11






Le Domesday Book






L'Angleterre va innover en en créant une grande enquête dés le XI° siècle, le Domesday Book dont l'objectif est de recenser l'ensemble des villes et villages et de leurs infrastructures. Il y avait 7 à 9 régions parcourues par les enquêteurs royaux qui devaient s'arrêter dans tout les lieux habités et poser des questions précises à chaque individus (à qui appartenait le comté avant la conquête par Guillaume le Conquérant ? A qui Guillaume l'avait donné ? Combien ce comté comptait de hundred (subdivision territoriale du comté) ? Combien d'habitants dans le village ? Quel est votre statut ? Quel est le statut des terres ? Combien de hide (surface de terre d'un village pour que le roi lève le gueld, impôt exceptionnel)). Les historiens ont démontré à quel point cette liste de questions précises a pu unifier le royaume. Plus que d'enregistrer, les enquêteurs imposaient un vocabulaire venu d'en haut ainsi que l'espace et le territoire comme le concevait les élites. Guillaume le Conquérant l'aurait fait pour savoir combien il existait de hide et en conséquence combien il devait toucher en levant le gueld. Les historiens anglais l'ont répudié, en montrant combien de fois ce domesday book fut recopié et transmis jusqu'au XIII° siècle tend donc à montrer que le but n'était pas simplement fiducier. De plus, cela n'aurait pas été utile de posé tant de questions juste pour déterminer les hides. Il y avait donc pour but une vraie connaissance détaillée de l'état du royaume.

Pourtant Guillaume le Conquérant fut peu imité. C'est seulement au XIII° siècle que cela revient avec par exemple les enquêtes de « réformation » de Louis IX pour connaître les abus des officiers sur les domaines du roi. Dans un second temps, revenu de la croisade, Louis IX voulant connaître la composition des domaines du royaume. Il fut alors imité à son tour au milieu du XIII° siècle avec de nombreuses enquêtes détaillées permettant au roi de connaître son domaine territorial et les revenus que peut fournir le territoire d'un prince. Le Comtat Venaissin le fait en 1253, le Poitou en 1269, …


Nordman, historien médiéviste qui s'intéresse aux frontières du royaume de France a écrit des articles suggérant de mettre en relation la manière dont les hommes du Moyen-Age rédigeaient des textes de listes de lieux et la représentation du territoire. Pour le Comtat Venaissin, les lieux recensés où l'on récupérait l'impôt forme un circuit qui montre que le territoire était perçu comme tel, ce n'est pas une classification alphabétique. Gautier Dalché constate que lorsqu'on représente les territoires sur des cartes au XV° siècle, les souverains médiévaux ne représentaient jamais de frontières. Il lui semble qu'au XIII° siècle des frontières furent réellement délimitées sur le terrains via des opérations de bornage. Du coup, il en conclut que c'est parce qu'on ne sait pas projeter l'espace sur les cartes. Or Alberti, architecte (1404 – 1472) explique que les méthodes géométriques pour représenter des territoires sur des cartes sont bien maîtrisés. Donc problème évident. Gautier Dalché continue son enquête et trouve à Venise un dossier sur des conflit de limites territoriales entre la République de Venise et de la ??? de Padoue. Dans ce dossier, il y une carte qui délimite les territoires de Venise et ceux de Padoue. Or cela semblerait avoir énervé le duc de Padoue vis à vis de l'homme qui fit cette carte car il aurait stabilisé le territoire. Gautier Dalché en conclut que les rois avaient donc une conception expansionniste de leur territoire et ne pas mettre de limites permettait ainsi d'avoir une perspective politique d'agrandissement du territoire. On s'appuie donc depuis longtemps sur des textes et cela reste.


  1. La construction d'un espace politique


Le premier facteur qui favorise un sentiment d'appartenance à un royaume fut la multiplication, fin XI° siècle, de l'envoi des agents royaux sur le terrain. Le royaume d'Angleterre est pionnier avec des shériffs qui doivent représenter le roi et être un intermédiaire entre le roi et la population, un par comté. Mais cela marche difficilement du fait de la transmission héréditaire du titre. Sous Henri II (1154 – 1189) les shériffs furent alors nommés (parfois destitués) par le roi et donc cela fonctionne plus efficacement. De plus, Henri II crée des eyres, des tournées de juges sur le terrain qui doivent tenir des assises royales à tout ceux qui le demande.

En France, à part les prévôts qui relevaient les revenus seigneuriaux, nous n'avions pas atteint ce stade. C'est vers 1190 qu'apparaissent les baillis (nommés et révoqués par le roi) destinés à surveiller les prévôts et à rendre la justice en seconde instance. Ce n'est qu'au milieu du XIII° siècle pour qu'on leur donne un territoire où appliquer leur rôle, fixés dans un bailliage.

A la même époque, en Espagne, des officiers royaux apparaissent, les merinos, installés dans les merindades (1230 en Castille, 1250 à peu près en Navarre et en Aragon). En revanche, au Portugal, il faut attendre les années 1330 pour voir apparaître des officiers royaux sur le terrain.


Un autre facteur est celui des systèmes d'imposition permanent. En France, la Guerre de Cent Ans va le permettre d'autant que depuis un siècle, régulièrement les souverains anglais et français étaient en déficit sans pouvoir rien faire. Avec la guerre on combine l'impôt direct aux impôts indirects. La taille, impôt direct, remplace le fouage (impôt sur le foyer), mais on conserve voire on ajoute de nouvelles taxes indirectes. En Angleterre, il en est de même. L'impôt direct le dixième (1/10 des revenus) ou le quinzième est complété d'un impôt indirect sur les exportations de la laine.

Dans les pays non en guerre, cela fut plus progressif. Au Portugal, Jean I forme un impôt indirect sur les échanges de produit en ville (la sisa) qui représente les 3/4 des revenus de l'État.


Même si cela devient automatique, cela oblige constamment les souverains à dialoguer avec le peuple via des assemblées représentants la population : en Angleterre, le Parlement, en France les États (provinciaux ou généraux lorsqu'ils se réunissent à Paris), en Espagne ce sont les Cortes, … Toujours est-il que le roi doit en plus agir dans l'optique de restaurer un bien public pour conserver une forme d'accord tacite. Pour Genet, un État moderne est un État dont la base matérielle repose sur une fiscalité publique acceptée par la société publique et qui concerne tout les sujets. Le roi doit donc assurer des services à sa population, en priorité celui d'assurer la défense de leur production.


Enfin le dernier facteur d'unification est dans le terme de nation, utilisé dans une réalité régionale avant la guerre de Cent Ans, qui devient la désignation de tout les gens qui se battent du même côté. La nation française se définit contre la nation anglaise. Colette Beaune dans naissance de la nation France étudie en détail le fonctionnement de cette construction nationale sous l'effet de la guerre de Cent Ans. Cela se fait avec la désignation de nombreux stéréotypes de l'ennemi par exemple. Dans Le débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre, qu'on trouvait en langue vulgaire en français et en anglais, ce texte présentait un dialogue entre un héraut français et un autre anglais chacun justifiant pourquoi sa nation est meilleure que l'autre. A cette époque, le terme d'« Anglais » devient une insulte monumentale après la guerre de Cent Ans. Les textes sur la psychologie des peuples connaissent un franc succès.

Par imitation, les pays exclus de cette guerre vont imiter les pratiques des Français et des Anglais en matière de nation. En Germanie en 1438, au Reichstag on trouve pour la première fois l'expression « natio germanica », puis le terme germanicus se propage à son tour au XV° siècle. Même si l'échelle locale reste prédominante chez les individus, la réalité territoriale d'une échelle plus grande commence à apparaître au XIII° siècle.






Les transformations de l'espace et des paysans ruraux (XI° - XV° siècle)








L'apport archéologique est très utile dans ce cours. Burnouf explique que les archéologues dans les années 1970 n'assumaient pas leurs découvertes et pour s'affirmer comme science, ils durent donner du matériel pour alimenter les discours des historiens. Les archéologues furent longtemps au service des historiens des textes comme Marc Bloch. Dans les années 1980, l'archéologie s'affirme avec une multiplication des sous-courants (archéo-zoologie, …) et l'étude d'espaces naturels pour étudier sur le temps long l'évolution de ces espaces. Aujourd'hui, il n'existe plus d'immenses chantiers de fouilles sur un village entier et ses tendances sur plusieurs dizaines d'années. Aujourd'hui tout entrepreneur souhaitant faire des travaux doit faire des fouilles préventives auparavant. On a donc eut la multiplication de petits sites de fouilles un peu partout, ce qui alimente le débat de l'organisation de l'espace.



  1. Les formes d'habitat rural


  1. Des villages plus précoces qu'on ne le croyait


Un premier stade est celui des habitats dispersés qui sont ensuite qualifiés d'instables, puisqu'on habite un lieu un certain temps, puis on part vivre un peu plus loin. L'habitat très dispersé gallo-romain, devient des pôles toujours dispersés mais plus gros, puis voire l'abandon de ses pôles pour un nouveau site mieux placé qui se fixe et se stabilise. C'était la première théorie qui avait aussi tendance à souligner que les gens vivaient dans des fonds de cabane (structures légères à couverture végétale et légèrement enfoui dans le sol, cf image ci-dessus).

Avec les fouilles préventives, on remet cela en cause. D'abord on constate que la plupart des villages construits jusque là avaient été abandonnés à la fin du Moyen-Age et il s'agissait toujours des lieux d'habitation tardifs. Avec les fouilles préventives dans les villes importantes, on redécouvre des traces d'habitat parfois très anciennes. Dans le site de la Grande Paroisse en Seine et Marne, on a retrouvé l'organisation du village et on y découvre que les fonds de cabane sont autour de bâtiments plus importants. On pense donc qu'ils servaient d'ateliers ou de lieux de stockage plus que d'habitations. Certains historiens ont dénoncé un faux-village, un vrai village étant fixé et constitué d'une communauté d'individus. Les archéologues ont donc encore cherché et ont trouvé le village de Planchebaut (seconde moitié du IX° siècle). Ce village s'organisait autour d'une place avec des habitations autour et plus loin, une aire de travail pour les cultures (structures de séchage, …). De même dans le village de Rentilly, deux zones apparaissent : celle d'habitats et celles d'activités collectives (fours, sillots, puits, …).


Les archéologues remirent en cause le dogme d'incastellamento, ils ne le contestent pas mais montrent plutôt que ce système d'habitat date de bien avant ce qu'on pensait (VIII° siècle au moins). En Angleterre dés les années 1980, 200 villages furent fouillés et les archéologues précisait que le village fixe existait bien avant ce qu'on pensait. Du coup, on parlait d'une civilisation foncièrement différente en Angleterre pour expliquer cela. En réalité, c'est son système de fouilles archéologiques qui lui donnait ce statut. Aujourd'hui on sait de plus une nouveauté : les villages groupés existent avant le XI° siècle, mais en plus, ils n'effacent pas les systèmes d'habitats dispersés, les deux se côtoient pendant longtemps. Le village n'est plus progrès débutant au XI° siècle.



  1. Un bâti qui s'organise et progresse en qualité


Un premier élément notable de transformation concerne le regroupement progressif du bâti à l'intérieur des villages. Dans le village de Tremblay (qui semble exister depuis le X° siècle), les habitations étaient très dispersées au centre de parcelles et de vergers. Au fil des siècles, ce village se transforme avec l'apparition d'une rue et l'organisation de bâtiments jointifs qui sont plus en communications et qui s'accompagnent de petits jardins à l'arrière. De plus cela se double d'un changement des matériaux avec le passage de maisons de bois des maisons de pierres. Le village de Wawne en Angleterre montre que le vieux village est dispersé et fait de constructions en bois avec une seule pièce, au XIV° siècle, un nouveau village s'organise le long d'une rue avec des maisons jointives avec des jardons à l'arrière et ces maisons sont dorénavant en pierre avec plusieurs pièces. Les maisons en bois sont abandonnées en tant que lieu d'habitat mais pas en tant que lieu d'atelier.


La pétrification de l'habitat ne veut pas dire qu'on entre dans un monde plus fixe. Le village de Wharram Percy en Angleterre toujours, montre que les maisons sont reconstruites au même endroit à l'intérieur du village malgré le fait que la maison était faite de pierre. En moyenne dans ce village on reconstruit sa maison tout les 9 ans. Cela suivit aussi le rythme de la conjoncture. Dans le village de Rougiers en France, zone escarpée, avec un château en hauteur et un village en contrebas, en temps difficiles au XIV° siècle (grande peste), en plus de la croissance démographique, des paysans vinrent s'y réfugier ou y trouver un travail qui rémunérait (verrier pour Rougiers) et on a une réorganisation de l'habitat en détruisant les murs devenus inadaptés même si l'espace de vie des familles sont un peu réduit. On a donc un effet de concentration dans des villages facile à défendre, les mieux placés le long des voies de communications, les endroits avec des terres arables ou un métier spécifique.

Cela provoque donc une tendance à la désertification de certains autres villages (Rougiers sera déserté plus tard) ce qui a développé les grandes archéologies françaises sur ces villages abandonnés, mais qui étaient faussées car peu représentatives.



  1. L'organisation du terroir


  1. L'essor de l'espace mis en valeur XI° - XIII° siècle


C'est dans un contexte de croissance démographique qu'on aménage de nouvelles terres, elles-mêmes favorisant la croissance démographique. Le monde médiéval était très organisé autour des forêts qui couvraient 50% à 70% du territoire de l'Europe. On avait de vastes ensemble forestiers continus et denses qu'on ne connaît guère aujourd'hui. A l'époque ce saltus s'opposait à l'ager. On développa alors la pratique de l'essart (défrichement) qui permit de faire reculer l'importance de la forêt. La Picardie à vu sa forêt disparaître en deux temps 1150 – 1170 puis 1220 – 1250. Ce défrichement est tardif par rapport au reste de l'Europe mais massif.

Cela s'est accompagné d'un autre développement des terres avec l'assèchement des terres pour en faire des zones cultivables : polders en bord de mers et assèchement de terres ou régulation de rivières dans les terres (via des canaux ou des levées).

lundi 14 novembre 2011

Médiévale 14 - 11

Précédemment : Médiévale 07 - 11

Guillaume Le Conquérant




La construction territoriale des royaumes d'Occident, XI° - XV° siècle





Au XI° siècle, les pouvoirs s'exercent avant tout à l'échelle des seigneuries rurales, polarisé par un certain nombre de châteaux et d'églises, puis celui-ci s'exerce à l'échelle des pouvoirs royaux. A partir du XII° siècle, les rois utilisent le système féodal pour forcer les seigneurs et les princes de leur royaume à les reconnaître comme leur vassaux. Cela a-t-il des effets sur le royaume ? On constate un mouvement qui s'accompagne d'une croissance du domaine royal, dans la plupart des cas. Les États ont donc tenté dans leur mesure d'organiser leur espaces et cela passait par une meilleure connaissance de celui-ci par les rois. De même, l'apparition des premiers royaumes a tendance à renforcer la cohésion nationale des royaumes et la guerre y joua aussi un rôle.

L'idée est que la construction territoriale se prolonge de siècle en siècle et reste toujours inachevée. Cette construction part du niveau de la seigneurie pour arriver ensuite au niveau du royaume entier.



  1. Du territoire princier au territoire royal


  1. Spécialisation et territorialisation des pouvoirs seigneuriaux


Avant le XI° siècle, le pouvoir des seigneurs n'est pas encore territorialisé et dans bien des cas il est seulement en cours de spatialisation. Petits ou grands, le pouvoir de ces seigneurs est un ensemble de terres, de biens immobiliers, de revenus et de fidélités. La domination de l'espace fait partie intégrante du pouvoir seigneurial mais ne se confond pas avec lui. Il faut un long processus pour qu'on arrive à un pouvoir spatialisé et territorialisé.

Cela vient du système carolingien des honores, tout les biens et les pouvoirs des seigneurs dans l'Empire était remis par l'Empereur à titre viager. A leur mort les seigneurs rendaient donc ses honores à l'Empereur. Être puissant s'était avoir un puissant réseau social à son service pouvant donné accès à l'Empereur. A partir de 788, la circulation des honores cesse et les seigneurs s'implantent durablement dans certaines régions. Distinguons tout de même la Germanie qui a une spécificité, ses rois continuant à faire fonctionner les honores au cours du X° siècle avant de disparaître au XI° siècle. En Europe la fin de l'Empire carolingien marque la fin des honores. Les familles aristocratiques gardent donc les honores de descendants en descendants. Pour marquer leur domination territoriale, les seigneurs multiplient les châteaux, ce que l'Empereur interdisait avant en étant le seul à pouvoir décider de la construction d'un château. Le pouvoir des seigneur se retrouve alors dans le nombre de châteaux.

Les petits seigneurs organisent alors des petites seigneuries dans les grands domaines. Anita Guerreau-Jalabert parlent de topolignées, des lignages seigneuriaux inscrits dans l'espace. Mais malgré tout, ce pouvoir des princes restent perçus comme un pouvoir discontinu. Les principaux seigneurs montrant la discontinuité et leur non-conscience d'exercer un pouvoir sur un territoire. En effet, ils renvoient leur domination à un lieu. Guillaume ??? dirigeant la région de Mâcon se dit pourtant Comte de Mâcon seulement. Quand la région est considérée comme un sous-royaume carolingien (Bourgogne, Aquitaine, …) alors on a effectivement un notion de territoire qui apparaît. Mais en général, c'est à la ville principale qu'on se réfère.


Olivier Guillot étudia la principauté d'Anjou et constata que Foulques Nerra (9871040) ne percevait pas l'ensemble de ses domaines mais évoque plutôt une seigneurie particulière dont il est le seigneur direct. Quand une terre est donnée à un vassal, ce Comte parle du fief d'un seigneur. Il n'y a pas de contexte englobant toutes ses possessions. Il faut attendre Geoffroy Martel, son fils (10401060), qui est le premier à prendre un contexte globalisant. Il évoque un regnum pour parler de l'ensemble de ses terres, y compris sous sa domination indirecte. L'hypothèse d'Olivier Guillot est que la femme de Geoffroy, Agnès d'Aquitaine l'a influencé pour lui faire prendre conscience que ses territoires sont tous sous domination, la preuve en serait les premières chartes faisant référence à des territoires signées par Agnès d'Aquitaine.


De telles principautés restent pourtant encore rares. De plus, aucun prince n'arrivait à fixer des limites précises à ses territoires. Michel Lauwers et Laurent Ripart ont alors émis l'idée que c'est probablement la réforme grégorienne qui a obligée les seigneurs et les princes à définir les limites de leurs pouvoirs. Puisque l'Église faisait sortir du patrimoine laïc des terres seigneuriales, alors les laïcs durent se demander quelles étaient les limites de leur pouvoir et se mirent à le préciser dans un certain nombre d'actes écrits qui deviendraient la preuve face aux clercs accapareurs de terres, des possessions seigneriales. La réalisation des premiers cartulaires (grands registres dans lequel l'institution fait recopiée d'un seul coup tout les textes ou actes importants pour faire preuve de possessions et des pouvoirs) du IX° jusqu'au XII° siècle étaient ecclésiastiques (malgré les truchements de ces cartulaires), par la suite les seigneurs laïcs les imitèrent. Le plus ancien serait celui de la famille des Trencavel qui possédaient des terres du Sud de la France, le seul qu'on est conservé aujourd'hui, réalisé entre 1188 et ???. Il y a donc un réel retard des laïcs dans la mise par écrit des limites de leurs domaines seigneuriaux. Malgré tout, cette territorialisation progressive était très en avance sur le cas royal.


  1. Les formes de construction des territoires royaux


Trois grands modèles semblent se dessiner.


A. Le cas de l'Empire


Dans cet Empire, la construction d'un ensemble territorial homogène n'a jamais été achevé alors que cette zone de l'Europe avait déjà connu avant l'Empire Ottonien, l'Empire Carolingien qui constituait un ensemble territorial doté d'un certain nombre de sous-royaumes. L'Empereur n'avait guère de contrôle sur tout ce territoire, mais de manière abstraite, on rattachait le tout à l'Empereur. Mais par la suite, cet Empire se morcelant, on affirme dans la partie germanique le modèle de principautés stables comme dans le reste de l'Europe. Petit à petit le pouvoir de l'Empereur à dut se construire contre le pouvoir des princes. Ce pouvoir des Empereurs a dut s'affirmer depuis les Empereurs Saliens : XI° siècle, jusqu'aux Empereurs Hohenstaufen (Frédéric Barberousse et Frédéric II : 12201250). Entre 1256 et 1273, il n'existe plus d'empereurs ou de rois de Germanie à la tête de l'Empire et le pouvoir repose de nouveau entièrement sur les princes qui font fonctionner le régime en contrôlant leur principauté de manière autonome. En revanche, dans les autres royaumes européens, le roi prend le dessus sur les princes.

Du coup, quand un nouvel Empereur arrive en 1273 (Rodolphe de Habsbourg), il doit se concilier tout les princes qui doivent l'approuver. Leur autonomie empêchait les princes de se mettre d'accord sur la nomination d'un nouvel Empereur. Ainsi en 1313, Louis de Bavière et Frédéric le Beau se retrouvent en conflit pour le pouvoir. Le régime politique est donc fragilisé et en 1356, Charles IV rédige la Bulle d'or qui donne le droit à 7 princes importants de l'Empire de nommer l'Empereur : trois sont des princes ecclésiastiques, 4 des laïcs. Cela évite que la lutte de tout les princes au nom d'un Empereur particulier. Cela fonctionnera jusqu'au XIX° siècle, mais ce système a échoué à créer un territoire uniforme et unifier, empêchant toute institution générale. Le souverain ne parvint jamais à une cohésion de l'Empire et a des institutions nationales.

Il en est de mêle en Italie même si les principautés territoriales sont dirigées par une ville plus que par un prince. Le gouvernement de ces villes évoluant de systèmes communaux à des systèmes princiers. Ces systèmes se côtoyant facilement.


B. Le cas de la France


Le système repose sur la formation progressive d'un domaine royal, qui finit par être si dominant en taille et en emprise spatiale que les princes qui se pensaient comme des princes indépendants finissent par se soumettre au système royal.

Au début du XI° siècle, le roi n'a pas de pouvoir effectif sur les ducs, si ce n'est le domaine royal qui couvre que de vastes zones dans la région de l'île de France. Le processus de territorialisation est en cours et le représenter par des points ponctuels où le roi exerce son pouvoir est plus pertinent.

Sous Louis VII, les rois vont décider de mettre en application une possession territoriale au travers d'entreprises militaires et d'achat de villes. La seconde étape est sous Philippe Auguste (11801223) et consiste à récupérer les territoires sous la domination de l'Angleterre, certains directement annexés sous le domaine royal. Troisième étape, l'ajout du Languedoc lors du traité de Meaux-Paris en 1229 au domaine royal et le comté de Toulouse laissé à la fille du comte de Toulouse qui épouse Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, qui mourant sans enfants le rend au domaine royal. Ultime phase, le rattachement du Dauphiné en 1349 (domaine royal) et de la Provence en 1481 (royaume de France) – 1487 (domaine royal).

Tout ces territoires du domaine royal permettent au roi d'assoir une domination territoriale sur les princes, pouvant ainsi imposer des institutions royales « nationales » aux différents princes du royaume.


C. Le cas de l'Angleterre et des royaumes ibériques


Tous sont nés d'une conquête permettant d'emblée au souverain d'avoir une grande emprise et de devenir le premier des princes sans passer par un processus lent.


En Angleterre, Guillaume le Conquérant en 1066 parvient à conquérir l'Angleterre et confisque toutes les terres des seigneurs anglo-saxons ou danois dominant le sol anglais à cette époque. Ainsi, il les redistribue aux princes sélectionnés par le roi. Ceux-ci lui doivent donc immédiatement une forme de respect et d'obéissance. Très malin, Guillaume le Conquérant a réussi à distribuer de manière à disperser les domaines seigneuriaux qu'il donnait pour éviter la cohésion d'un domaine et éviter une tentative de révolte.

Les difficultés de la monarchie anglaise sont venues de la volonté de ses rois de ne pas se limiter à ce simple royaume et de vouloir former un Empire. Sous Henri II Plantagenêt qui épousa Aliénor d'Aquitaine, ex-femme de Louis VII et s'affirma ensuite roi d'Angleterre en 1154. On parle alors de l'Empire des Plantagenêt, agrégat de principautés sans cohérence linguistique, sans cohésion culturelle (institutions locales respectées par le roi mais du coup très diverses), ni adhésion populaire.

Lorsqu'ils perdirent l'essentiel des territoires du continent, l'Angleterre se tourna vers d'autres contrées comme l'Irlande. Cette conquête débute sous Jean-Sans-Terre et ses successeurs s'acharnent à maintenir et conquérir cette région. Dés le XIII° siècle, les populations qui contestaient cette annexion passent par des barons anglais qui avides de pouvoir, font valoir les revendications d'autonomie auprès du roi. Du coup, les conflits dans cette région sera perpétuellement en conflit. Idem concernant le Pays de Galles, dont la conquête militaire débute sous Édouard I et qui sera plus fructueuse. Édouard I fixe des forteresses pour assoir une domination sur les Gallois. Mais rapidement des révoltes éclatent et finalement, c'est en négociant avec l'aristocratie galloise qu'on s'en sortira. Le pays de Galles est sous domination anglaise, ce n'est pas le roi, mais son fils qui le dirigera.

En redéclarant la guerre à la France, l'Angleterre parvient à récupérer des territoires durant la guerre de Cent Ans (et de son problème d'héritage). Ils visent spécifiquement leurs anciens territoires y réussissent, font une trêve puis réattaquent et récupèrent des terres du Nord.


En Espagne, la situation politique est proche de l'Angleterre, la Reconquista permet aux différents petits souverains de s'allier pour tenter de conquérir la péninsule ibérique sous domination musulmane. La reconquête est lente et laisse l'Émirat de Grenade intact. Trois régions se démarque : le royaume de Navarre au Nord, le grand royaume de Castille et de Léon, le royaume d'Aragon à l'Est. A cela on trouve aussi le royaume du Portugal à l'Ouest. On a donc peu de souverains qui sont d'emblée maîtres de leur territoire et le manipulent comme bon leur semble.

En 1469, le mariage d'Isabelle, héritière de la Castille, et de Ferdinand, héritier de l'Aragon, permet de former un royaume unifié. Le gouvernement est aussi unifié mais les couronnes restent séparées et ne fusionnent pas. Les différents rois qui suivent, possédaient un pouvoir fort sur leur territoire mais connaissaient aussi leurs limites, ce sont les premiers à parler du terme de « frontières » (frontera). Ce terme a donc depuis ses origines, une connotation militaire : c'est la ligne de front. De manière neutre, les médiévaux parlaient plutôt de confine ou confinum, les confins du royaumes, pas de sous-entendu militaire. Dans ces régions la guerre a joué un rôle très important pour la prise de conscience des limites de ce territoire.



  1. Agents et outils de la construction territoriale


  1. Les projets de la connaissance du territoire


La première fois que les historiens s'intéressèrent aux moyens de comprendre le territoire pour les rois, c'est Robert Fawtier qui s'y colle en 1950 en recensant l'ensemble des sources qu'il pouvait utiliser. Il constate alors que ces souverains ne possédaient aucune carte globale de leur royaume. Les rois devaient alors essentiellement connaître leur domaine par le biais de descriptions écrites de différents territoires, villes, régions, … A l'issu de cela, on inscrivait dans un manuscrit la description de toutes les terres à destination du souverain, de ses vassaux et de leurs droits sur les territoires concernés. Par ce biais, ils avaient une première vue de leur royaume. Les représentations graphiques qui apparaissent par la suite seront utiles mais très locales (villes en général). Les cartes de la seconde moitié du XV° siècle leur donne une carte globale du royaume mais pas précisément. Dans la plupart des régions d'Europe cela se développe au même moment, XIII siècle. Mais l'Angleterre innove en en créant une dés le XI° siècle, le doomday book.