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jeudi 3 mai 2012

Contemporaine 03 - 05 (cours 9)

Précédemment : Contemporaine 30 - 04


Le leader dont s'inspire le FSLN, la guérilla nicaraguayenne, Augusto Sandino, au coté du Che



2.      La seconde génération guérilla et guerre civile d’Amérique centrale

Dans la seconde moitié des années 1970, ces pays d’Amérique Centrale, très soumis aux USA n’apparaissent pas comme des pays susceptibles de se révolter. Dans le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala, des mouvements cousins vont se dérouler. Ils sont cousins car ils s’inscrivent tous dans la Révolution cubaine mais n’émergent que dans les années 1970. Pour échapper aux mouvements de répression policière, ils vont former des armées populaires. Ils quittent l’exemple des guérillas du Cône sud qui sont avant tout des guérillas groupusculaires. Ici on a des guérillas populaires et paysannes consistantes qui amènent à des situations de guerres civiles.
La répression politique est forte avec des situations d’emprisonnement, de torture ou d’assassinat. On aura plusieurs dizaines milliers de mort dans le mouvement le moins fort, environ 150 000 au Nicaragua. Le succès de ces guérillas leur est donc fatal.

Dans le cas du Nicaragua, on a la guerre civile de 1974 à 1979 et au final c’est la guérilla qui gagne cette guerre et cela permet de faire accéder au pouvoir en 1979 un président réformiste avec un gouvernement socialiste, qui tombera bien rapidement. C’est un succès dans un cadre légal de la guérilla.
Dans le Guatemala et le Salvador, c’est un échec des guérillas qui entrent ensuite dans des régimes dictatoriaux. Ces deux pays, vont être menés sous la houlette d’une armée très répressive.


Des guérillas nées de la Révolution Cubaine, on a le succès des guérillas du Cône Sud en politique avec une conséquence politique forte, la légitimation des coups d’état militaires. Dans l’Amérique centrale, les guérillas ont plus de consistance mais généralement elles n’accèdent pas au pouvoir, provoquent des guerres civiles vastes et si elles accèdent au pouvoir, elles tombent un peu après (Nicaragua).


"Pincohet qui est un grand enfant, car dans Pinochet, il y a hochet", P. Desproges


Les dictatures de sécurité nationales


Entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1970, entre le coup d’état du Brésil en 1964 et celui d’Argentine en 1976, tout les pays d’Amérique latine tombe sous le coup de régimes militaires sauf la Colombie au sortir de la Violencia. Ces régimes militaires ne se fondent pas sur la logique des caudillos, ces chefs isolés chargés d’un prestige et d’un réseau. Dorénavant, on a à faire à des armées professionnelles avec une structure hiérarchique ou les militaires ont le pouvoir de leur corporation, il n’y a plus d’individus isolés. Dans les années 1970, ce sont ces institutions militaires qui vont au pouvoir et qui s’y maintiennent par cette armée. Ces régimes se ressemblent énormément, ils sont toujours autoritaires, très anticommunistes, conservateurs et particulièrement répressifs à l’égard de toute la gauche. Seule la Pérou se met un peu à part, où le coup d’Etat militaire qui a lieu en 1968 porte Velasco au pouvoir et celui-ci mène des réformes sociales et agraires, c’est l’exception non-conservatrice.
Tous ces régimes ont reçu l’appellation « dictatures de sécurité nationale » fondée sur une doctrine de sécurité nationale, une sorte d’imaginaire commun des chefs militaires. L’idée que le pays est en guerre permanente, une guerre souterraine et invisible liés à ces guérillas cachées, ces guerres idéologiques, … L’ensemble du pays doit se mobiliser pour cette guerre. Donc en conséquence, pour cette guerre nationale, les militaires doivent diriger l’intégralité du pays. Les mouvements de guérillas qui existent ne sont pas toujours organisés, ce sont des excuses pour les dictatures militaires.
Ces régimes ont beaucoup marqué la population et ont énormément divisé la population, c’est une plaie ouverte dans l’imaginaire collectif des pays du Cône Sud. Plus particulièrement le coup d’état chilien qui a même eut un écho très fort en Europe. D’autant plus, que la gauche française s’étant pour des élections alliée au Parti Communiste Français et que les contacts avec le Chili s’étaient accrus. Salvador Allende et son gouvernement socialiste était un gouvernement de transition apparaissant comme un modèle pour la Gauche française. Son suicide puis l’arrivée en grand nombre des exilés chiliens (200 000) vont véritablement secouer la France.

Plusieurs questions en découlent. Ces Etats sont-ils intégralement militaires ? On parle parfois de régime civil militaire puisque le militarisme touchait la population. Y’a-t-il des caractéristiques nationales à ces mouvements ? Sont-ils juste le fruit d’un contexte structurel de guerre froide ? Ont-ils été si terribles qu’ont l’a imaginé avec 380 morts en 20 ans au Brésil, 3 000 en 26 ans au Chili et 30 000 en 6 ans en Argentine ? Peut-on  surtout les comparer ? Enfin les politiques économiques de ces dictatures ont beaucoup favorisé l’ultra-libéralisme en détruisant l’héritage social des populismes les précédents. Pourtant, ce n’est pas vrai partout, au Chili aucun doute, au Brésil beaucoup moins.


I.                   Les contextes des coups d’Etat

1.      Les USA et l’Amérique Latine à l’heure de la guerre froide

La guerre froide éclot en 1947 et semble épargner pendant plus de dix ans l’Amérique Latine, des conflits périphériques éclatant en Asie mais n’ayant jamais lieu sur le continent américain. Certes il y a un impact puisque les USA utilisent leur pouvoir politique et économique sur ses pays en interdisant les partis communistes, qui du coup deviennent clandestins entre 1947 et 1948. Mais ce qui fait vraiment entrer la guerre froide en Amérique Latine, c’est la Révolution cubaine et c’est de là que les USA vont tenter d’empêcher la « contagion », l’apparition de régimes communistes proches de leurs frontières.

On commence par développer une stratégie économique sous Kennedy qui met en place un plan de financement, l’Alliance pour le progrès en 1961. C’est un système de financement massif qui doit servir à éradiquer la pauvreté en Amérique Latine puisque selon eux, le communiste apparait en situation de pauvreté. Très rapidement, cette Alliance montre ses limites et dès 1964, le gouvernement reconnaît son échec.
A partir de là, les USA vont tenter de recourir à la force pour maîtriser ces pays qui deviennent plus à gauche que ne l’accepte les USA. Longtemps, les USA n’ont pas hésité à intervenir directement comme avec le renversement en 1954 de Jacobo Arbenz et de son gouvernement réformiste de gauche. Il tentait de nationaliser des secteurs et de mettre en place une réforme agraire. Ce genre de politique d’ingérence est possible dans les pays sous forte tutelle états-unienne et de préférence de petite taille. Impossible de reproduire cela ailleurs. En conséquence les USA vont former les armées sud-américaines pour lutter contre les formes de politiques de gauche. Ainsi les colonels et généraux des armées sud-américaines vont être invités à suivre des cours d’entraînement dans des camps (Ecole de l’Amérique), vont financer les achats d’armes, vont traduire des manuels militaires, … On les prépare à l’imminence de la révolution communiste et à la manière de les combattre et de faire des coups d’Etats.

En 1964, les militaires sont donc convaincus de cette imminence de la Révolution communiste d’autant qu’ils ont lu des ouvrages français sur les théories militaires et de politico-répression développées par la France suite à la guerre d’Algérie. Persuadés de la vague communiste en Amérique Latine, ces colonels conservateurs vont donc intervenir.

2.      Les situations politiques nationales

A.     Le ralentissement de la croissance

Il y a un essoufflement du modèle économique dominant. L’ISI fut un mouvement d’industrialisation qui a permis une urbanisation faisant quitter les paysans de la campagne pour se réfugier en ville, en périphérie, dans des bidonvilles. Parallèlement, les Etats se sont enrichis, notamment en nombre de fonctionnaires. On a donc une hausse des ouvriers, des fonctionnaires et des urbains. Quand l’ISI s’essouffle, ces populations sont tout de suite touchées. Les petites classes moyennes sont exclues de l’ascension sociale, les ouvriers mis au chômage, … Toutes ces populations vont produire des tensions sociales dans les années 1960, en manifestant, en occupant les usines, … Dans certains cas, elles gagnent en portant des réformistes de gauche au pouvoir (Salvador Allende au Chili, João Goulart au Brésil, …). L’agitation sociale est alors très forte.
L’autre partie de la population y voit la manifestation d’une révolution communiste. Plus ces classes urbaines se mobilisent, plus les classes moyennes supérieures et la bourgeoisie prennent peur d’un début de révolution communiste (Isabel Allende, La maison aux esprits). Ces classes effrayées utilisent les mêmes méthodes de contestations avec des manifestations contre les tendances communistes de l’autre partie de la population.

B.     Le rôle politique des forces armées internationales

Dans ce contexte, apparaissent sur la scène politique des militaires qui sont déjà intervenus dans le milieu politique et dans le domaine public. Ils ont donc une légitimité accordée par la population pour intervenir dans l’espace public. Mais les interventions fréquentes des militaires dans l’espace public, ne leur permettaient pas de se maintenir bien longtemps. Ainsi, on s’imagine que lorsqu’ils arrivent au pouvoir, ce n’est pour pas longtemps. Ainsi, personne n’est réellement effrayé par leur arrivée au pouvoir puisqu’on estime qu’ils vont simplement rétablir l’ordre, mettre les plus extrémistes en prison puis quitter le pouvoir. Ainsi en 1964, le Brésil n’est guère ému de cette arrivée au pouvoir, De Gaulle ira même le rencontrer au début de son mandat brésilien.
Au fur et à mesure que ces coups d’éclats ont lieu partout, il apparaît au pouvoir public qu’on entre dans des régimes militaires durables. C’est à partir de ce phénomène que se construisent des états militaires avec chacun leur contexte particulier.


II.                Les Etats militaires : entre répression et refondation sociale, économique et politique

1.      Les projets politiques militaires

Le point commun de tous ces militaires est de rattacher leur contenu politique à une doctrine nationale qui apparait sous ses premières formes juste après la Seconde Guerre Mondiale, simultanément dans tout les pays. Le cœur de cette doctrine est que les nations latino-américaines dans un contexte de guerre froide, sont dans une situation de guerre imminente. L’ensemble de l’organisation sociale et politique doit s’orienter vers la préparation de cette guerre. L’organisation sociale, la culture, les institutions, … Toute la société est orientée et mise à contribution dans cette logique de guerre totale. Les colonels latino-américains appliquent cela à des pays en paix. Le système politique, la production et la société doivent être ordonnées, disciplinées, soumises à des élites compétentes et formées à la guerre. C’est une forme d’idéologie totale.
Cette idéologie est tellement en rupture avec les politiques précédentes, que les militaires eux-mêmes vont parler de « révolution » pour qualifier ce changement radical. Au Brésil, le coup d’état est appelé la Révolution démocratique et rédemptrice. Ces coups d’état, pensés comme des révolutions, vont avoir de forts impacts. Les militaires argentins vont réformer les mathématiques en condamnant la théorie des ensembles, trop communiste selon eux. Ces coups d’état sont donc issus des imaginaires conservateurs très anciens et en particulier de l’imaginaire de l’ennemi intérieur. Cet ennemi est alors le communiste et l’armée peut sauver le peuple de cette menace.

2.      Les acteurs des nouveaux régimes autoritaires

En premier lieu les postes de gouvernement, de provinces, … Tout ces hauts-postes sont tenus par des militaires avec des organisations quelques peu différentes. Au Chili, il y a un chef et c’est ce chef qui organise tout : Augusto Pinochet. Le coup d’état de Pinochet eut lieu le 11 septembre 1973. Ni l’Uruguay, ni l’Argentine n’ont connu ce pouvoir personnaliste mais on plutôt possédé des triumvirats avec un chef militaire pour l’armée terrestre, un autre la marine et le dernier l’aéronautique. Enfin, au Brésil, les militaires furent élus par un Congrès épuré, une loi favorable aux militaires, … Mais les élections eurent tout de même lieu avec un total de cinq généraux qui deviennent présidents du pays lors des élections successives.

Contemporaine 30 - 04 (cours 8)

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La fameuse photo des emplacements des missiles cubain



En 1959, Castro se rend à L’ONU pour défendre sa Révolution et il s’y présente comme un nationaliste et anti-impérialiste mais absolument pas comme un communiste. Par contre, quand il veut rencontrer son équivalent de chef d’Etat, Eisenhower, Castro est reçu par le vice-président, Nixon. La dictature menée à Cuba par contre est une justification de la non-rencontre entre Eisenhower et Castro. Cette dictature provoque un fort exil cubain aux USA avec une organisation pour renverser Castro. C’est là que se fait la rupture et le glissement socialiste de Cuba. En effet, entretemps, Kennedy est au pouvoir et il soutient ce débarquement de la baie des Cochons. Cuba est donc menacé par son voisin états-unien, donc dans un contexte de guerre froide, le seul ami possible est l’URSS. Ainsi, le fait que le régime cubain se présente comme Marxiste-communiste tient uniquement à un contexte de guerre froide. Cuba n’est sinon nullement un régime communiste, juste une dictature avec des politiques sociales.
D’ailleurs, cette faible influence communiste se verra dès 1962, avec la crise des missiles qui sera résolu par les USA et l’URSS sans Cuba, alors même que les missiles sont sur le sol cubain. Fâché, Castro se rapprochera brutalement de la Chine communiste et se détachera de l’URSS. C’est de là que Cuba devient un régime communiste exotique, incarnation d’un communisme différent et détaché de l’URSS.


Tout est dans le titre de la seconde partie du film


Les mouvements de guérillas et les guerres en Amérique Centrale


Les guérillas et les luttes armées deviennent les moyens d’action privilégiés de la gauche d’Amérique Latine. Guérillas signifient petites guerres. Ce ne sont pas des guerres intra-étatique mais infra-étatique, où les combattants sont fondus dans la population. Ils utilisent un armement et des tactiques militaires devant assurer un harcèlement permanent de l’ennemi. Il n’y a pas d’armées, pas de batailles. C’est un harcèlement avec soutien de la population très souvent. On fait de la lutte armée plutôt que de faire de la lutte politique, de la lutte de masse, de la lutte idéologique, …
Tous ces mouvements sont révolutionnaires. Ils sont en faveur d’une construction d’une société communiste, se revendiquant du modèle chinois maoïste, du trotskisme et se défiant de la politique de Moscou qui a abandonné l’idée d’une révolution mondiale pour assurer la sécurité du bloc. Enfin tous ces mouvements admirent fortement l’expérience cubaine.

Aucun mouvement n’invente la lutte armée, celle-ci existe depuis le XIX° siècle en Europe comme en Amérique Latine. Ce qui est nouveau, c’est que ces mouvements deviennent la principale solution d’expression des toutes les jeunes générations. Pourtant aucun de ces mouvements de guérilla ne prendra le pouvoir. En revanche, ces mouvements vont devenir la représentation de l’espoir de la révolution pour tout l’Occident et une bonne partie de l’Afrique. Ernesto Guevara deviendra d’ailleurs le nouveau visage de la Révolution. Ce nouvel espoir est très important car il fera peur au pouvoir en place, particulièrement aux USA, et seront une des raisons de l’instauration des dictatures. Enfin ce sont des mouvements très jeunes qui vont former toute une génération. Ainsi l’actuelle présidente du Brésil, Dilma Roussef, fut une ancienne guérillera.

Ce qui lance ces mouvements de guérillas, c’est la Révolution cubaine elle-même avec une première phase jusqu’en 1967 avec une explosion des guérillas, incarnant l’espoir d’un changement. Cela se termine avec la mort d’Ernesto Guevara le 8 octobre 1967 et la même année, Cuba se rapproche de nouveau de l’URSS et donc amoindrie son aide envers les mouvements de guérillas. Ces mouvements de 1967 au milieu des années 1970, laisse les guérillas assez seules. A partir de là, les guérillas seront uniquement situées en Amérique Centrale et sont abandonnées dans le reste de l’Amérique Latine.


I.                   L’impact de la Révolution cubaine

1.      Le terreau de la lutte armée

Les contextes de leur émergence sont divers. On peut noter les contextes sociaux très inégalitaires, renforcés par l’entrée en crise fin des années 1950 de l’ISI. Il y a donc à la fois une crise économique et une aggravation des inégalités sociales. En réponse, les solutions politiques vont s’avérer aboutir systématiquement à des impasses.

A.     L’impasse des partis communistes traditionnels

Les partis communistes existent depuis les années 1920 mais sont groupusculaires sauf au Brésil, au Chili et en Uruguay. Comme les partis communistes européens, les partis communistes sud-américains suivent la stratégie fluctuante de Moscou. Dans l’entre-deux guerres, ils alternent entre les stratégies de lutte des classes et d’alliance au sein d’un front populaire.
Après 1945, la ligne de l’Internationale pour les pays du Sud est de favoriser les Révolutions nationalistes bourgeoises comme préalable à la Révolution communiste. Malgré la guerre, Moscou fixe comme ligne la possibilité d’une alliance de classes. Or dans la culture de gauche des pays sud-américains, l’alliance de classes implique l’alliance avec des bourgeoisies nationales, c’est l’alliance avec les USA, le grand ennemi impérialiste. En conséquence, les partis communistes sont très modérés en Amérique Latine, ils sont assimilés au centre et ne sont pas perçus comme révolutionnaires. Ce réformisme jugé mou va discréditer les partis communistes et cela va s’aggraver avec les coups d’Etats militaires des années 1960 et 1970. Tout le monde s’attendait à ce que les partis communistes avec le soutien des syndicats résisteraient, mais ce ne fut jamais le cas. Tous les partis communistes vont être écrasés et les militants vont fuir pour rejoindre des mouvements armés et vraiment révolutionnaires.

B.     L’épuisement des populismes

Les grands leaders décèdent durant dans cette période. Vargas est décédé en 1954, Perón a été chassé, … Bref les populismes s’effondrent quand l’ISI s’essoufflent. On voit alors apparaître des insatisfactions vis-à-vis des populismes : l’oubli des paysans au profit des ouvriers et des urbains (d’où le fait que les guérillas sont souvent rurales) et leur autoritarisme politique qui dans les années 1960 tranche avec l’esprit de libéralisation des systèmes politiques du reste du monde.
Cet héritage n’est donc pas vraiment réinvesti par les jeunes générations. Sauf peut être en Argentine où le mouvement des Montoneros se revendique de Perón.

C.     L’échec des réformismes

Dans plusieurs pays, on a des expériences de réformisme de gauche. Le plus connu entre 1970 et 1973 est au Chili avec Salvador Allende. Il est renversé en 1973 par Augusto Pinochet alors qu’il représente pour l’époque l’espoir d’un réformisme efficace. L’espoir populaire était immense et le brutal coup d’Etat de Pinochet (renforcé par le suicide d’Allende) va véritablement marquer les esprits en Amérique Latine comme en Occident.

2.      Le projet de Cuba : exporter la Révolution

A.     Cuba : leader de la Révolution en Amérique Latine et dans les pays colonisés

Dès 1959, Cuba se présente comme la première étape de la Révolution du continent de l’Amérique Latine. Ils se placent comme les soutiens logistiques, militaires et symboliques de tout mouvement révolutionnaire qui voudrait suivre les cubains. Cette ligne n’est pas celle de Moscou qui n’appuiera jamais les guérillas d’Amérique Latine. D’ailleurs le Parti Socialiste Populaire (PSP), n’est pas intégré au gouvernement cubain, ce qui est significatif.

En 1966, lors de la conférence tricontinentale qui se projette comme nouvelle Internationale, on invite tout les mouvements de Révolution divers. Cuba s’y place comme leader mais s’achèvera en 1969 avec l’entrée de Cuba dans la ligne de Moscou. Cette logique d’exportation de la Révolution ne reste pas circonscrite en Amérique du Sud, elle touche aussi l’Afrique.

B.     Les moyens de l’exportation révolutionnaire

Deux outils principaux sont employés : l’aide militaire et l’aide financière.
L’aide militaire se fait par la création de camps d’entraînement à Cuba où sont invités des militants pour s’armer. On y forme des guérilleros qui doivent exporter la Révolution à l’étranger. Cuba fournit alors l’intégralité des armes aux mouvements de lutte armée.
L’aide financière est assez faible jusqu’au milieu des années 1970, mais en 1976, une manne venue d’Argentine passant par Cuba sera redistribué. Cette manne vient de la libération d’un grand patron qui était séquestré par les Montoneros et qui confient la rançon à la banque cubaine lorsqu’ils sentent qu’ils vont perdre face au coup d’Etat.

C.     La théorie révolutionnaire

Cuba donne l’exemple, mais Ernesto Guevara va la théoriser. Médecin argentin des classes supérieur il va se convertir à la théorie révolutionnaire en rencontrant Castro alors en exil. Il va alors théoriser le foquisme, qui vient du foco, le foyer. C’est le fait que la Révolution peut se gagner en créant de petits noyaux de guérillas, en y plaçant quelques militants révolutionnaires dans un milieu favorable (pour Guevara c’est avant tout le milieu paysan). C’est une stratégie politique et militaire concrète, la situation des paysans est si terrible dans le monde, qu’il faut leur soumettre des idées révolutionnaires par des militants, avant de grossir et de prendre le pouvoir. Cette théorie est efficace dans le cas de société rurale et va donc se propager partout en Amérique Latine.

3.      Les principes de la Révolution à mener

Ces principes théorisés sont d’Ernesto Guevara et de Régis Debray. Le premier publie en 1961 La guerre de guérilla et le second en 1967 La révolution dans la révolution. Dans ces deux ouvrages on a les six thèses fondamentales de la révolution.
Tout d’abord il n’y a pas de conditions objectives au succès de la Révolution autre que les inégalités sociales. En particulier, le Tiers-monde est prêt pour la Révolution. Second point, la Révolution sera directement socialiste. Troisième point, seule la lutte armée fera la Révolution. Quatrième point, la Révolution ne doit se faire sans alliance avec la bourgeoisie nationale, l’alliance se fera entre la paysannerie pauvre et les classes moyennes urbaines et intellectuelles. Cinquième point, la tête de la Révolution doit être prise par les classes moyennes urbaines : étudiants, intellectuels, … Enfin ultime point, les partis communistes ne sont pas fiables, il faut créer des groupes d’intervention armés. Dans un contexte d’absence d’alternative politique, ces trois point démagogiques vont être très repris et auront un fort succès.


II.                Deux phases de guérillas

Toutes ces guérillas auront toutes des points communs : la lutte armée, des leaders issus des classes urbaines intellectuelles, pas de partis communistes et une volonté d’extension mondiale.

1.      Les guérillas du cône Sud

A partir des années 1960, toute l’Amérique Latine voit pulluler des guérillas. Plus particulièrement dans les pays du cône Sud avec des guérillas plus importantes : Brésil, Argentine, Chili et Uruguay. Les origines idéologiques de ce cône ne sont pas les mêmes, le principal mouvement armée, les Montoneros liés au parti justicialiste (partie de Perón). Au Chili, c’est le Movimiento de la Izquierda Revolucionaria (MIR) créé en 1967. Enfin au Brésil, on a plein de mouvements tous équivalents dans les années 1960 tous issus de la scission du parti communiste : l’alliance Révolutionnaire internationale, le MR8 (référence à la date de décès de Guevara), …
Les membres de ces mouvements sont jeunes, issus des classes moyennes et supérieures et se retrouvent bien dans l’avant-garde de la révolution voulue par Guevara loin des classes paysannes et ouvrières. Du fait de la distance sociale entre les leaders et les cibles qui devaient être touchées, on a parfois des échecs patents (problème d’analphabétisme, …). Se revendiquant du maoïsme ou du trotskisme, certains utilisent la lutte armée pour politiser les masses, d’autres associent guérilla rurale et guérilla urbaine (très proche a un système de criminalité organisée).

Les années 1960 à 1967 sont celles de la réussite la plus stricte du foquisme. Mais passé cette époque, l’insuccès va faire dériver ces mouvements vers la guérilla urbaine et l’oubli de l’idéal révolutionnaire en cours de route.
Ces mouvements de guérilla échouèrent donc systématiquement dans le cône Sud. Même nombreux, bien armés et financés, ils échouèrent, ce qu’on ne pouvait réellement prédire. L’échec vient entre autre de l’insuccès à créer une insurrection populaire, même Guevara en Bolivie n’y parviendra pas, les paysans n’étant pas assez frontalement opposés à leurs dirigeants. De plus, les armées et les polices se sont vite adaptées à la guerre révolutionnaire et répondirent brutalement et efficacement grâce à l’aide d’un pays colonisateur qui avait déjà connu cette situation en période de décolonisation, la France. La France était alors en pleine réflexion sur la manière de faire la guerre dans ces situations de guérilla et offrit ses services aux gouvernements en place, notamment sur les techniques de torture. Les régimes qui bénéficient alors de la chute des guérillas sont des régimes militaires qui vont se construire contre ces mouvements et vont employer tout les moyens pour exterminer les guérilleros.

jeudi 5 avril 2012

Contemporaine 02 - 04 (cours 7)

Précédemment : Contemporaine 19 - 03


Le Che et Castro



La Révolution cubaine (1956 – 1961)


Seule Révolution communiste en Amérique Latine, la Révolution cubaine reste aujourd’hui contestée. En effet, il n y a pas eut ensuite de grands progrès sociaux (alphabétisation, sécurité sociale, indépendance vis-à-vis des USA, …) mais en même temps, on a eu un régime autoritaire, une dictature répressive surtout à l’égard des adversaires. En 1991, avec la chute soviétique, le régime perd son économie et se sont des économies parallèles qui s’instaurent pour faire survivre le pays. Avec la Révolution mexicaine, c’est la seule véritable Révolution aboutie. Cette Révolution cubaine commence comme la Révolution mexicaine a finit.
La Révolution cubaine aura un impact direct plus important que la Révolution mexicaine, en inspirant beaucoup plus les acteurs qui voulaient imiter cette Révolution ailleurs, les guérilleros. Ils s’inspireront en particulier d’Ernesto « Che » Guevara. L’impact va aussi se ressentir dans tous les secteurs conservateurs d’Amérique Latine et pour les USA qui y voient le virus communiste se propager en Amérique. Ainsi des régimes nouveaux vont s’armer, aidés par les USA et prendre le pouvoir par des coups d’Etats militaires.


I.                   La lutte contre Batista : socialisme, nationalisme ou démocratisme ?

1.      Cuba : une « indépendance frustrée »

Cuba reste espagnol quand la monarchie s’effondre dans les autres pays. L’île reste espagnol tout le long du XIX° siècle jusqu’au moment où les créoles dans les années 1890 revendiquent une indépendance. Une guerre d’indépendance commence alors qui est difficile. Les créoles ont le soutien massif des USA et finissent donc par gagner. Mais la victoire est entachée par le fait que l’île quitte la dépendance de l’Espagne pour la dépendance vis-à-vis des USA.

Cette domination américaine est avant tout politique et militaire avec l’amendement Platt de 1901 dans la constitution cubaine qui fait de Cuba un quasi protectorat des USA. L’intégralité de l’économie cubaine est financée par les USA et l’essentiel des entreprises sont possédées par les USA. Cette situation d’un véritable impérialisme américain va nourrir à Cuba un très fort anti-impérialisme national, accompagné dès ses débuts d’un idéal de justice sociale. Surtout que parmi les Cubains même on a des grandes disparités de richesses et ces inégalités se superposent à l’anti-impérialisme et au nationalisme. L’image de ce combat c’est d’abord José Marti décédé en 1895, qui incarne l’espoir d’un Cuba libre et indépendant. Son image se maintient depuis l’indépendance et de Cuba et va être ravivée sous Fidel Castro.

Cela se double d’une dictature de Machado en 1910 et qui est renversé en 1933 par un mouvement qui se veut révolutionnaire et qui se compose d’étudiants, de militaires et d’ouvriers qui font grève. Ce mouvement a son leader Fulgencio Batista au sein d’une coalition, sergent dans l’armée, qui va ouvrir le système politique à tout un tas de personnes, mais exclus ceux qui sont liés aux USA. Ce mouvement qui revendique « Cuba, pour les Cubains » met en place des réformes fortes, suppression de l’amendement Platt, instauration d’un salaire de base pour les travailleurs de la canne à sucre, mise en place d’un projet de réformes agraire, soutien à la syndicalisation, autonomie de l’université, droit de vote aux femmes, … Les militaires vont vite prendre leurs distances avec ces réformes innovantes et leurs leaders étudiants. En conséquence, en 1933, Batista appuyé par les militaires va amener une forme de dictature beaucoup moins libérale. Les mouvements étudiants d’Amérique du Sud vont malgré tout frapper Cuba de plein fouet, surtout que les leaders étudiants mélangent le tout avec l’esprit de Marti. Ils vont alors se soulever et former le Parti Cubain Révolutionnaire Authentique dirigé par Antonio Guiteras et dont un des membres éminent est Fidel Castro. Leur but est de faire tomber Batista par les armes.

Le régime très autoritaire après avoir réprimé l’essentiel de l’opposition se stabilise, s’attire les bonnes grâces des USA et peut alors se rouvrir avec la promulgation en 1939, d’une nouvelle constitution plus libérale (reconnaissance du droit de grève, suffrage universel, extension des libertés civiques et politiques, …). En 1940, de véritables élections sont organisées, très peu truquées. Or la politique du Parti Communiste est de faire front commun avec les partis bourgeois libéraux locaux. Du coup, le parti communiste s’allie avec Batista et celui-ci les gagne. La gauche cubaine ne le pardonnera jamais aux communistes, surtout qu’en 1952, des élections sont organisées, Batista les perd mais fait un coup d’Etat et se maintient.
C’est donc un mouvement révolutionnaire étudiant qui se scinde du parti communiste pour agir.

2.      Le mouvement du 26 juillet 1953

Un petit groupe d’étudiants et de militants du parti révolutionnaire (150 environ) prennent d’assaut une caserne à Santiago, seconde ville de pays. Fidel Castro les mène, il est avocat, ancien leader étudiant et milite pour un politicien radical, Chibás, une caricature de Péron. L’assaut est un véritable échec, mais il va rester dans les mémoires comme un premier acte de guerre contre Batista qui sera très médiatisé internationalement surtout par un discours de Castro lors de son procès : « L’histoire m’absoudra ».
Cette expérience n’a pas de conséquences politiques immédiates puisque les leaders sont exilés, Castro ira au Mexique où il fonde le mouvement du 26 juillet (M26). Placé sous l’égide de Marti, le mouvement se considère comme nationaliste et démocratique. Il se donne pour objectif la lutte armée contre le régime de Batista. Castro, Raul et Guevara organisent depuis le Mexique un débarquement à Cuba qui a lieu en décembre 1956 à bord du Granma. Presque tous sont tués sur les 80 hommes embarqués. Les 15 survivants montent dans la Sierra Maestra et s’y cachent.

3.      La Sierra Maestra

Les forces en présence sont la Plaine, M26 urbain antenne de l’idéologie de Castro et qui connaît un certain succès dans la petite bourgeoisie et chez les étudiants. C’est l’appui politique en ville.
De l’autre coté, on a la Montagne, la Sierra. On y trouve Castro, Raul et Guevara qui sont dans un milieu purement paysan, très pauvre et où l’Etat major de la Révolution constitue leurs forces en se ralliant les paysans et théoriser une Révolution rurale. Les paysans par leur pauvreté, leur marginalité et leur éloignement des centres de pouvoirs, sont considérés comme la population que le pouvoir ne tient pas et donc le foyer de la Révolution, le foco. Ils se rallient les paysans en créant un Etat nouveau là où ils passent et en menant la politique qu’ils proclamaient. Ils se rallient les paysans en montrant l’application concrète de leurs réformes. Ces révolutionnaires de la Sierra, ces barbudos, mettent en place des politiques d’alphabétisation, de réformes agraires, … Mais aussi des réformes sécuritaires avec un pistage des espions, une répression des traîtres, …

Tout ça abouti fin décembre 1958 a une insurrection populaire organisée par les barbudos. Des milliers de personnes sont armées, formées par la guerilla à la prise des villes avec l’aide du M26. C’est un succès, les révolutionnaires arrivent au pouvoir.


II.                De la prise du pouvoir à la Révolution socialiste

1.      Vers la personnalisation du pouvoir

Dans ce nouveau pouvoir, aucun n’est communiste et personne n’est exclusivement castriste. C’est avant tout un mouvement révolutionnaire dont la majeure partie des soutiens vient de la plaine. Ces gens pas spécialement modérés poussent le président Urrutia à poser la peine de mort pour délits politiques, le législatif revient au premier ministre et une nouvelle constitution très poussée est promulguée.
Rapidement ce pouvoir est très contesté car la légitimité révolutionnaire revient surtout à la Sierra. Castro va alors progressivement s’imposer car il tient l’armée et qu’il nomme à des postes militaires clés ses hommes. Il cumule les titres militaires et Guevara et Raul en prennent aussi. En juin 1959, le nouveau président Dorticos, appelé la cuillère par sa soumission à Castro, est nommé mais tombe bien vite.

2.      La réforme agraire et la nationalisation de l’économie

En juin 1959, on met en place une réforme agraire sous l’égide de l’Institut National de ??? de la Terre (INRA) dans un pays essentiellement avec de grandes propriétés terriennes, ou toute l’économie agricole est exportatrice, où les Américains sont les principaux acteurs. L’INRA renverse la donne et se compose d’anciens barbudos exclusivement. L’INRA n’est pas responsable devant l’Etat et devient un second pouvoir, voire le principal. Par l’armée et par l’INRA, Castro va réellement s’emparer du pouvoir.
Cette réforme agraire va retourner l’organisation du pays. Elle sera rapidement contrôlée par l’Etat puis étatisée (en 1960, 40% des terres sont nationalisées) et doit assurer l’économie d’exportation. Au début elle reste modérée, mais la seconde vague de 1963 va plus vite et plus profondément dans une logique d’économie collectivisée.

3.      Opposition et répression

Dès 1959, il y a une dimension très répressive du régime cubain. On y applique facilement la peine de mort pour délit politique. On a donc une mise sous contrôle de la société avec un département de la sécurité de l’Etat qui est créé. Les Tchéquoslovaques viennent former les Cubains à l’espionnage. Cela aboutit à la création des Gusanos, les vers de terre, qui représentent dans l’imaginaire les contre-révolutionnaires. Cette conception devient outil de lutte contre les opposants et les déviants : artistes, hippies, homosexuels, … Ils sont placés dans des camps d’internement. Des Comités de Défense de la Révolution (CDR) créés par pâtés de maisons sont un encadrement de la population par la population elle-même. On rétribue tout dénonciateur. Les responsables de CDR sont rémunérés et valorisés à chaque fois qu’ils dénoncent.

On a donc une contradiction entre cette répression forte et contraignante alors que les tendances sociales du régime satisfont les classes populaires en plein amélioration de leurs conditions de vie. Mais cela est vite contrarié par le débarquement de la Baie des Cochons en avril 1961, un débarquement d’exilés cubains qui débarquent avec l’aide des USA. Neutralisés au bout de 4 jours, cela servira à Castro pour exterminer l’opposition. 100 000 suspects sont arrêtés en quelques jours et le régime assoit sa répression sur ce débarquement. C’est aussi ce débarquement qui fait passer Cuba à l’Est. Le régime est de politique communiste mais refusait le moindre contact avec l’URSS. La Baie des Cochons change la donne.