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samedi 19 mai 2012

Médiévale 10 - 05 (cours 11, fin)

Précédemment : Médiévale 07 - 05


Le sceau de Saint Rémi qui baptisa Clovis


2.      L’évêque au service du roi

En plus, d’avoir un seul évêque par cité et que leur pouvoir soit contrebalancé par celui du comte, le roi va redéfinir le rôle des évêques. Cela est très clair dans le capitulaire particulièrement long de Charlemagne en 789, l’Admonitio Generalis. Il y reconnaît le rôle très important des évêques puis énonce les principes auxquels les évêques doivent se tenir. D’abord s’occuper du clergé sous leurs ordres ainsi que des Chrétiens qu’ils ont en charge. L’évêque est responsable des âmes de son diocèse. Il est le seul à avoir entière autorité sur ces Chrétiens. Il a des cérémonies qui lui sont réservées, la confirmation du baptême par exemple est à sa charge et l’évêque doit faire le tour de son diocèse pour effectuer ce travail auprès des jeunes qui confirment leur engagement chrétien. On a aussi la consécration des églises notamment de l’autel et l’ordination des prêtres. La présence épiscopale est indispensable et sans cesse affirmée. Cela se confirme avec la diffusion du Pontifical, manuel liturgique qui apparaît au IX° siècle et est à destination des prêtres.
Le roi souligne aussi les interdictions des prêtres. D’abord ils ne peuvent être le vassal de personne, d’aucun laïc, excepté le roi qui jouit d’un statut particulier. De plus, les évêques doivent au roi un service : le servitium, ce que doivent les non-libres au roi. Les évêques ayant des vassaux laïcs par leurs terres immenses, ils doivent envoyer ces vassaux auprès du roi lorsque ce dernier le demande. Après les évêques doivent parfois se rendre sur le champ de bataille sans pour autant forcément combattre. En effet, les évêques bénissent les armées et certains sont des guerriers, particulièrement fin IX° siècle avec de grands évêques guerriers. Les évêques doivent aussi conseiller le roi, c’est un deuxième service. Enfin troisième service, les églises épiscopales servent de relais et d’hébergement pour le roi et son personnel. Les évêques ne peuvent refuser l’accueil du roi et de ses envoyés. Cela est terrible lorsque le roi arrive avec sa cour. Enfin ultime service, les évêques peuvent être missionner comme missi dominici par le roi.

On a donc une contradiction entre la fonction primordiale des évêques de sauver leur peuple et de devoir répondre au service du roi. Du coup, on a encore des écrits d’évêques demandant au roi d’alourdir leurs tâches. L’évêque devient le personnage principal du royaume. On a la constitution d’un véritable service royal contrôlé par le roi qui choisi les évêques en dépit de la loi cléricale qui déclare que l’évêque doit être élu par le peuple et le clergé. A l’époque de Charlemagne, ce n’est jamais le cas puisque les rois estiment que l’évêque à une tâche très honorifique et à vie. Donc il fallait choisir des évêques dont on serait sûr. A l’époque de Charles Martel, le roi choisit ses propres parents pour faire des évêques ou bien des proches. Peu importe les connaissances religieuses des nouveaux nommés. D’où la réforme de Boniface, qui veut moraliser les évêques. C’est sous Pépin le Bref qu’on commence à nommer des évêques élevés dans un cadre religieux, sous Charlemagne les jeunes ecclésiastiques sont souvent issus de la cour du roi, pépinière de laïcs et d’ecclésiastiques. Du coup, le statut des évêques évolue, de jeunes clercs commencent à venir de tous milieux en particulier du milieu servile. Ebbon de Reims, un cas assez extrême, était le fils de la nourrice de Charlemagne. On commence à choisir les évêques pour leurs compétences et moins pour leurs qualités.


3.      Redéfinition de l’office épiscopal sous Louis le Pieux

Cette redéfinition nous vient de deux textes : un capitulaire non daté dit le capitulaire de 823 – 825 et le canon du concile de Péris en 829. Dans ces textes, on découvre le nouveau modèle épiscopal proposé par le roi et les évêques. C’est un ensemble cohérent qui ne se fonde pas sur des valeurs aristocratiques habituelles. En effet, les évêques ne doivent pas rechercher les honneurs et ils sont au service de la société. De ce fait, les évêques ne doivent pas se comporter de manière tyrannique sur les hommes que Dieu leur a confiés. De plus, ils doivent savoir qu’ils seront responsables des hommes lors du jugement dernier. Les évêques sont donc responsabilisés. D’où le fait que les évêques vont développer les pénitences y compris lors de la déposition de Louis le Pieux où ils s’appuieront sur ce texte, considérant qu’ils ont un pouvoir sur le roi.
Ce qui justifie cette prétention des évêques c’est leurs compétences spirituelles, non pas le mérite qu’ils ont pu hériter de leurs parents, non pas un mérite personnel. C’est surtout dans le royaume occidental que les évêques ne viennent pas que des grandes familles mais sont bien des représentants de Dieu devant guidés les Chrétiens, … C’est typiquement le cas d’Hincmar de Reims qui a admonesté Louis le Germanique.
L’évêque est donc le personnage incontournable, la pierre angulaire de l’édifice construit par les Carolingiens. Mais il n’est pas tout seul, il travaille dans une hiérarchie restaurée par les Carolingiens.


II.                   Le renforcement de la hiérarchie ecclésiastique

1.      L’institution des archevêques

Sous l’impulsion de Boniface, on réactive la hiérarchie ecclésiastique avec des échelons supérieurs. Auparavant on avait des évêques métropolitains mais dorénavant la fonction change. L’archevêque est supérieur aux évêques et surtout il tient son autorité du pape par le pallium qu’il ait allé chercher à Rome. Mettre en place des archevêques, c’est mettre en place des provinces ecclésiastiques, instaurées sous le règne de Charlemagne. 21 provinces ecclésiastiques sont crées auxquelles Charlemagne cède des biens. En revanche, on ne sait pas toujours comment s’est fait le découpage. Les quelques éléments qu’on a conservé montrent que ce n’est pas facile. Certaines églises se disent descendante d’un apôtre, d’autres se fondent sur la sainteté des premiers évêques, d’autres se fondent sur leur richesse, … On connaît pas mal de conflits qui eurent lieu sur ce découpage.
L’archevêque n’a pas une mission très claire. Ses prérogatives et sa supériorité ne sont pas du tout clairement établie. Hincmar illustre bien cette ambiguïté.

2.      Un archevêque exemplaire : Hincmar de Reims

La province de Reims fut sans doute pionnière dans ce domaine. Hincmar ayant laissé une œuvre considérable avec des textes de toutes natures : textes politiques, religieux, liturgiques (sacre de la reine), annales du royaume, … Il est aussi celui qui justifia que l’église de Reims était la première du royaume. Il a construit cela sur l’imaginaire de Saint Rémi, évêque sous Clovis, le premier à avoir évoqué la sainte ampoule. Rémi aurait baptisé Clovis mais cela étant très important, il y avait une foule compacte qui risquait de renverser l’huile d’onction. Heureusement, le saint esprit sous forme de colombe vint lui déposer une ampoule d’huile sainte dans les mains pour baptiser Clovis. Par cette histoire, l’église de Reims impose son monopole en sacrant avec cette ampoule tout les rois depuis les Francs.
Le souci c’est que les archevêques n’ont pas d’antériorité doctrinale. On peut trouver dans les évangiles des traces des évêques ou du pape, mais pas des archevêques. Hincmar va défendre l’idée que l’archevêque est là pour représenter le pape et donc a une autorité disciplinaire. Ainsi les évêques d’une même province doivent être convoqués au moins une fois par an par l’archevêque (on parle de suffragants de l’archevêque). Au final, un évêque entrera en conflit directement avec Hincmar qui destitua Rothade de Soissons, mais le pape intervint et pris parti pour Rothade. L’évêque n’a donc pas toute sa puissance.

3.      L’essor de l’autorité du pape

Cet essor est évident surtout dans la seconde moitié du IX° siècle. Cela se fait par soutien des évêques qui opposé aux archevêques vont consolider la position du pape. Ainsi, on a un immense travail de construction de faux documents par les évêques : les Fausses Décrétales entre 846 – 862. Cela se fit dans la région de Reims, de Metz, … C’est la construction de lettres prétendument des papes des premiers temps du christianisme. Ainsi, ces fausses décrétales, jugées vraies pour l’époque car les faussaires avaient un certain talent d’imitation, ont permis de renforcer les évêques dans leur diocèse d’une part contre les archevêques et d’autre part contre les pressions des autorités laïques. L’argument récurrent des faussaires est que seul le pape a réellement un pouvoir de décision quand cela touche aux évêques. Rothade de Soissons a certainement apporté ces Fausses décrétales au pape, pas inventé puisqu’elles devaient lui être antérieures, qui va par la suite largement s’appuyer dessus.

Ainsi sous Nicolas I (858 – 867) et Jean VIII (872 – 882) vont être les premiers a réellement usés d’un pouvoir de supériorité. Le pape restant une autorité lointaine, il n’est appelé qu’en dernier recours. Par contre il joue un rôle majeur depuis Léon III concernant le choix de l’empereur. Si son autorité est reconnue, on est encore loin d’une église entièrement dirigée par Rome. Cela ne se fera qu’avec la réforme grégorienne seconde moitié du XI° siècle.

4.      Les conciles, les synodes

Les conciles sont des assemblées d’évêques essentielles. Elles représentent les réunions des apôtres et donc les décisions prises se font sous l’insigne de l’esprit saint, le Christ est là pour guider le choix des évêques selon les évangiles. Les décisions sont prises uniquement à l’unanimité. L’Eglise représente alors tout les Chrétiens « sans couture ».
Les conciles sont importants aussi puisque les Carolingiens s’appuient largement dessus avec au moins 220 conciles recensés sous l’époque carolingienne. Les plus importants sont ceux fait sur convocation du roi, non pas en ce que le roi est sacré, mais parce qu’il est le princeps, le premier des Chrétiens. En général, le roi convoque le concile en même temps que l’assemblée des Grands laïcs. Charlemagne en 794 réunit un concile énorme à Francfort où le roi pris de nombreuses mesures.
Parallèlement, il y a de plus petits conciles qui sont organisés par l’Eglise. Les décisions qui y sont prises sont des capitulaires épiscopaux. Le but est de conserver la législation de l’Eglise et de la diffuser auprès des ecclésiastiques, cela se fait avec des compilations canoniques qui représentent une forme de législation propre à l’épiscopat. L’évêque cherche ainsi à renforcer son contrôle sur la société et son clergé.

III.                Le clergé sous le contrôle de l’évêque

L’évêque doit déjà effectuer une visite pastorale pour vérifier que les prêtres sur le terrain effectuent correctement leur office. Les exigences sont faibles, le prêtre doit connaître le « Crédo » et le « Notre Père », connaître le latin, le calendrier liturgique (qui fixe les fêtes, les temps de pénitence, …) et les chants des psaumes. L’évêque doit donc faire cette tournée, mais il doit aussi convoquer les prêtres le jeudi saint, la veille de la crucifixion du Christ. A cette occasion, l’évêque fournit la sainte crème aux prêtres qui peuvent alors donner l’onction aux malades. Enfin, l’évêque doit s’assurer de la vie pieuse et chaste des prêtres.

1.      Les capitulaires épiscopaux

Les capitulaires doivent corriger ce qui ne va pas dans le royaume et corriger ce qui ne plaît pas à Dieu. Ces capitulaires épiscopaux, les évêques les font circuler entre la cour et les diocèses, entre le diocèse et les églises paroissiales, entre le haut et le bas clergé. Ce genre de texte apparaît entre 800 et 820 et le premier connu est celui de Théodulfe d’Orléans, sous Charlemagne. Les plus nombreux sont parus entre 850 et 875.

De nouveau ce sont des textes contenant la loi de l’église et qui vont ensuite disparaître. Ces capitulaires vont donner un code de conduite au clergé séculier. C’est un moyen de mieux contrôler le clergé séculier souvent loin. L’évêque exhorte les membres du clergé séculier à répandre la parole de Dieu et c’est une nouveauté. En effet, cette tâche était encore dévolue aux évêques auparavant. Dorénavant la prédication pour les Carolingiens devient le seul moyen de convertir honnêtement une population. Mais cela est long, du coup, la prédication passe aussi par les prêtres en langue vernaculaire et non en latin car sinon, on ne pourrait transmettre de manière intelligible la parole de Dieu. Le prêtre acquiert alors la responsabilité du salut de ses paroissiens. Plusieurs épiscopaux signalent aussi qu’un prêtre doit être disponible 24h sur 24h.
Ainsi les prêtres carolingiens voient dans la fonction du prêtre un ministère, ce qui est aussi la définition royale et épiscopale. La société chrétienne est donc perçue comme un ensemble de ministères au service de la société. Cette conception typique vient du fait qu’on est dans une société théocratique et quiconque tient un pouvoir le tien de Dieu avant tout. C’est une promotion du rôle du prêtre dans la société.

2.      Les clercs dans l’entourage de l’évêque

Dans l’église cathédrale, on trouve donc des clercs, qui aident à l’office de l’évêque et qui vivent ensemble dans la maison de l’évêque. Sous Chrodegang, on tente de préciser ce mode de vie. Il va produire la réforme canoniale (de chanoine, canonicus) d’abord sur l’épiscopat de Reims puis sur tout le royaume. L’ensemble des clercs doivent se soumettre à une règle commune, celle d’avoir une vie commune. Ainsi dans certaines villes ont voit la spécialisation de certains quartiers de chanoines. On voit aussi apparaître l’archidiacre, le bras droit de l’évêque qui dirige l’épiscopat en l’absence (courante) des évêques.

Ces chanoines viennent généralement de familles de la très haute aristocratie avec de nombreux clercs venus de familles très élevées et beaucoup de gens proches parents de l’évêque en place. Ainsi dans les chanoines ont trouve toujours des neveux de l’évêque. Certains garçons devaient être destinés à la vie ecclésiastique et cela se voyait dans les noms (Hincmar de Laon). Il y avait tout un système de promotion des ecclésiastiques via l’entourage des évêques en poste et cela bénéficiait à la famille. C’est donc une pratique de népotisme (de nepos, neveu). Dans ce système médiéval c’est une bonne valeur, on doit soutenir sa famille.


L’époque carolingienne fut un moment fort dans l’organisation ecclésiastique et on voit émerger dans la société les clercs comme un ordre particulier et nettement séparé du monde laïc. Il y a un effort de conception de ce qu’est la société, sa structure et sa hiérarchie.

mercredi 9 mai 2012

Médiévale 07 - 05 (cours 10)

Précédemment : Médiévale 12 - 04


Il y avait les Carolingiens, et Eudes arriva



En août 876, Louis le Germanique décède, Charles se précipite à Aix la Chapelle pour reprendre la partie orientale de l’ancienne Lotharingie. C’est un échec puisqu’il est battu par Louis le Jeune, son second neveu qui avait hérité de Louis le Germanique, son père, cette partie du territoire. Charles le Chauve se rétracte donc et est aussitôt appelé par le pape à Rome, de nouveau attaquée, par les Sarrasins. En juin 877, il réunit une assemblée à Quierzy pour préparer son royaume en son absence. Les Grands peu partant pour aller à Rome, tentent de souligner que les Vikings sont la priorité. Ses conseillers, lui demandent de ménager sa santé. Sans succès, Charles veut partir et organise la régence autour de Louis le Bègue, son fils qu’il hait. Il l’entoure donc de ses conseillers qui doivent le maîtriser. A cela, Charles rajoute un capitulaire, dans lequel il demande que si un Grand décède en Italie, alors ses charges sont réservées aux enfants de ce Grand. Ce n’est pas la transmission héréditaire des charges, le roi ne fait ça qu’un temps pour détendre la situation. C’est de nouveau un échec, la révolte embrase la France et devant revenir de Rome, Charles décède sur le trajet de retour en décembre 877.


III.                   Les dernières années

1.      La promesse du sacre

N’ayant plus qu’un fils sur trois, le pouvoir de Charles passe aux mains de Louis le Bègue pour trois ans, puisqu’il décède rapidement en avril 879. En octobre 877, c’est déjà la révolte des Grands contre Louis le Bègue qui prend le pouvoir. Nouvelle guerre civile, qu’Hincmar âgé de 70 ans tente de tempérer en remettant chacun à sa place. Le rôle important tient aussi à Richilde, la belle-mère de Louis le Bègue à qui Charles a confié les regalia juste avant de mourir. Richilde est alors d’accord pour remettre les regalia à Louis moyennant des concessions. Richilde et Hincmar tempèrent la guerre civile et organisent le sacre de Louis à Compiègne le 8 décembre 877.
Il y a alors une cérémonie d’échange, les Grands assurent leur fidélité à laquelle Louis répond par une promesse d’échange. Louis promet d’abord aux ecclésiastiques de respecter les règles des ecclésiastiques et leurs terres. Aux laïcs, Louis promet de ne pas déranger l’ordre du royaume, soit ne pas agir de manière désordonnée sans prendre le conseil de ses fidèles. Ainsi, Louis le Bègue reconnaît qu’il existe dans les royaumes des formes de lois en faveur des laïcs et des ecclésiastiques que Louis doit conserver. D’ailleurs sa titulature est « Rois par la miséricorde de Dieu et l’élection du peuple », preuve que son pouvoir est dépendant des Grands. On parle alors du fondement de la royauté contractuelle qui prend véritablement une forme institutionnelle.
Bien évidemment cela est insuffisant pour certains Grands. Bernard de Gothie au Sud de la Loire, s’est rendu indépendant et possède la Septimanie, la Marche d’Espagne, le Berry et l’Autunois. Louis envisage donc de mener une campagne militaire contre Bernard de Gothie.


Cependant, le titre d’empereur est un sujet de discussion. Plus personne ne veut du titre d’empereur car le pape est en telle difficulté à Rome qu’il vient en Francie. Il propose le titre d’empereur à Louis qui refuse et lui propose en revanche une escorte conduite par Boson, frère de Richilde et ancien proche de Charles le Chauve. Peu de temps après, Louis le Bègue meurt de maladie le 10 avril 879 à Compiègne.

A la mort de Louis, il a deux enfants de sa première femme Ansgarde, Louis III et Carloman. Or Louis le Bègue s’est marié avec Ansgarde sans le consentement de son père, ses deux fils âgés de 16 ans et 13 ans, n’ont pas entière légitimité. Surtout qu’une fois roi, Louis a répudié Ansgarde pour Adélaïde, enceinte de Charles le Simple. Mais l’Eglise n’accepte pas le remariage de Louis et ne reconnaît que le premier mariage donc les deux enfants. Adélaïde conteste cela en nommant son fils Charles, montrant les prétentions qu’elle a pour son fils.
Les questions sont donc diverses : quelle légitimité accordée aux enfants ? Les Grands sont divisés sur le sujet et se placent par intérêt. Hugues l’abbé (un laïc malgré son nom) et Boson soutiennent Louis III et Carloman, ce qui un poids non négligeable. Parallèlement, on a le parti des Welfs, famille de Judith qui soutiennent les prétentions non de Charles le Simple mais du fils de Louis le Germanique, Louis le Jeune qui détient la Lotharingie. Hugues l’abbé décide de désamorcer les tensions par le partage de Ribémont en 880. A Louis le Jeune, on lui cède toute la Lotharingie, ce qu’il accepte volontiers puisque lui-même n’a pas de prétentions sur la Francie occidentale. Cette Francie occidentale est partagée entre Louis III, qui sera roi en Neustrie et en Francie et Gauzlin de Saint Denis devient archichancelier ; et Carloman récupère la Bourgogne et l’Aquitaine avec Hugues l’abbé pour tuteur.
Le problème c’est que finit ce partage, on apprend que Boson a obtenu des évêques de Provence le titre de roi de Provence et fut sacré en tant que tel à Lyon. C’est inouï, Boson n’étant pas carolingien. Il a juste épousé la fille de l’empereur Louis II. Pour la première fois donc, on a une élection d’aristocratie locale qui préfère un roi non carolingien, proche du royaume du Sud qu’un roi carolingien préoccupé uniquement par le Nord des royaumes.
Cette attitude pousse les armées carolingiennes de l’Est et de l’Ouest qui viennent en automne 880 faire le siège de Vienne où Boson a fait sa capitale. On constate donc l’affaiblissement du principe dynastique des Carolingiens. On voit aussi à quel point les Grands font les rois.

Toutes ces divisions carolingiennes sont l’occasion pour les Vikings d’enchaîner les raids dans les vallées de la Somme et de la ???. S’en suit alors un moment très fort pour le royaume, la bataille de Saucourt qui opposent Louis III aux Vikings venant de ravager un monastère. Si la victoire est petite, le moral des troupes remonte et restaure la royauté franque puisqu’on a conservé une chanson de victoire probablement écrite au monastère de Saint-Amand avec Gauzlin comme abbé. C’est le Ludwigslied, la chanson de Louis, rédigée par le même scribe sur la même page, ce chant et la cantilène de Sainte-Eulalie. La langue utilisée n’a donc rien à voir avec la construction de l’identité franque. Il y a un plurilinguisme qui n’est nullement un obstacle à l’identité.
Louis continue les combats contre les Vikings mais meurt à 20 ans le 5 août 882 d’un accident de cheval. C’est donc Carloman qui récupère les terres de son frère, conseillé par Hincmar âgé de 80 ans, qui lui rédige l’organisation palatiale sous ses ancêtres. Les Vikings continuant leurs raids, Hincmar devra fuir Reims avec ses reliques pour mourir dans un petit monastère quelques temps plus tard. Malgré ses répliques, Carloman est contraint de payer les Vikings avec les richesses de l’Eglise. Mais il meurt à son tour rapidement dans un accident de chasse et sera enterré à la basilique Saint-Denis, avec son frère.

Le problème de succession est toujours entre Charles le Simple d’une part et le dernier hérité restant de Louis le Germanique, Charles III, dit Charles le Gros. Louis le Jeune et Carloman, les deux autres fils de Louis le Germanique sont décédés sans héritiers légitimes (seul un bâtard du coté de Carloman). Charles le Gros a été couronné empereur par le pape Jean VIII en 881 et donc n’est guère surpris quand les Grands d’Occident et notamment Gauzlin, entretemps évêque de Paris, partisan de remettre le royaume à la lignée carolingienne de l’Est, qui va remettre le royaume à Charles le Gros. Il récupère par le hasard des choses l’Empire Carolingien. Les contemporains y ont donc vus un geste de Dieu, Charles III est l’élu de Dieu qui a repris en mains l’Empire dans sa conception territoriale. Il y a donc eut un immense espoir de la population. Rapidement, on réalisa que Charles le Gros n’était pas Charlemagne et qu’il n’avait pas à faire aux mêmes problèmes. Charles le Gros a réuni les royaumes sans pour autant les fusionner notamment sur le plan des institutions (il y a encore moins de facteurs d’unification que sous Charlemagne, excepté l’empereur et la lutte contre les Vikings).
Ainsi en novembre 885, Siegfried et d’autres chefs Vikings assiègent l’île de la cité et donc Paris avec 600 navires. Leur but est de remonter vers la Bourgogne ensuite. Mais face à ces navires Gauzlin, évêque de Paris et Eudes, fils de Robert le Fort s’y opposent. Les Vikings font alors le siège. Charles le Gros envoie donc en renfort ses armées avec son meilleur chef de guerre qui y laissera sa vie. En octobre 886, Charles vient avec l’armée impériale et fait le siège des Vikings, sans succès. Le succès est du coté du comte et de l’abbé, rédigé dans un poème par Abbon de Saint-Germain. Au final, Charles le Gros négocie un tribut et le fait de les laisser passer en vie. Cette attitude vient d’un Charles III très malade d’épilepsie, ayant subi des trépanations et donc épuisé et peu à même de régner. Les Grands le déposent alors en novembre 887, ce qu’il accepte facilement reconnaissant son affaiblissement. C’est donc son neveu Arnoulf qui prend le pouvoir et il aura la légitimité surtout lors de la mort de Charles le Chauve. A cette époque on voit donc la puissance des Grands de Neustrie qui ont dirigé l’Empire en remettant la couronne. On notera surtout le rôle d’Eudes qui sera le futur roi non-carolingien qui héritera du royaume par la suite, c’est l’ancêtre direct des Capétiens, et Gauzlin.


Chrodegang contre le cumul des charges ... chez les évêques


Eglise et Etat dans l’Empire carolingien
L’institution ecclésiastique dans la société


A cette époque, si tant est qu’il y ait un Etat, l’Eglise est une forme de l’Etat, celui-ci ne peu existé sans l’Eglise. En effet, historiquement, le roi carolingien est avant tout chef d’une société chrétienne, en est responsable et doit la mener à son salut. Parce qu’il est un roi sacré alors l’Eglise doit être à son service et surtout l’Eglise fournit les discours idéologiques de légitimation de la domination des élites sur la société.

L’Eglise vient du grec ecclesia, c'est-à-dire l’assemblée, la communauté ici des Chrétiens, c'est-à-dire tout les baptisés indépendamment de ce qu’ils en font après. Cela comprend aussi les morts. Hors les sujets du roi qui sont israélites, l’Eglise englobe toute la société.
Mais l’Eglise c’est aussi l’institution, l’ensemble des clercs ordonnés dans une hiérarchie et dont le rôle principal est de distribuer les sacrements (en faisant ainsi des objets, lieux, personnes, … sacrés), d’encadrer les pratiques religieuses des fidèles et de diffuser la culture chrétienne. Cela est aux mains des évêques à cette époque, du pape aussi, mais ce n’est qu’un évêque comme un autre.


I.                   Primauté de l’épiscopat

L’évêque de cette époque s’inscrit dans l’épiscopat de l’antiquité tardive et dans l’organisation des pouvoirs au sens général dans l’institution de l’Eglise. En effet, l’évêque fait les consécrations et donc de sa personne, on a les facteurs de sacré. C’est l’évêque qui fait un prêtre, qui fait les églises, les huiles de consécration, … L’évêque produit le sacré.
L’évêque s’occupe aussi de sa cité sur tout les plans y compris le militaire (refaire les remparts, nourrir la population, …). Il est en relation directe avec le pouvoir royal et l’aristocratie, donc un personnage de premier plan dans la politique mais aussi dans toute la société puisqu’il étend une forme de contrôle et de domination sur celle-ci.
Le pouvoir épiscopal a donc un caractère multiforme, il est au service de l’Eglise et de l’Etat, représente le pouvoir des aristocrates et du roi, … Il faut donc tout penser dans la conception de l’évêque.

1.      Un personnage charismatique

L’évêque se définit d’abord par rapport à son rôle dans l’Eglise. Le Christ a placé la charge épiscopale dans ses apôtres (notamment Pierre en charge de mener le troupeau) et les évêques héritent des apôtres. Les évêques investis sont une représentation du Christ sur terre, ils sont le vicaire du Christ (littéralement, la représentation du Christ). Quand ils entrent dans une église qui n’est pas la leur, les évêques toquent, les gens dans l’église demandent qui est là et l’évêque répond « C’est le Christ ». C’est le rituel.
Chef de la communauté des Chrétiens, il ne peut y avoir plusieurs évêques par communauté. Le pouvoir sacré de l’évêque connaît un véritable renforcement très important à partir de l’époque carolingienne. Sous l’époque carolingienne, le rituel de leur consécration s’est modifié, puisqu’ils ont dorénavant une consécration comme les rois. Les évêques imitent le roi, non pas l’inverse. En ceci, par sa fonction même, l’évêque acquiert un charisme de fonction. Cela se double souvent d’un charisme personnel puisque la plupart de ces évêques sont des aristocrates, des grandes familles carolingiennes et cela depuis la fin de l’Empire Romain qui choisissait ses évêques dans le Sénat. On qualifie donc les évêques d’aristocrates en habits ecclésiastiques, des personnages venus de grandes familles et ayant donc un prestige de par leur naissance.

A l’époque carolingienne, l’épiscopat prend une dimension nouvelle. D’une part car les premiers Carolingiens luttaient contre les épiscopats trop autonomes. Les évêques se comportant comme des princes, en ayant une forme de principauté avec tous les pouvoirs laïcs et ecclésiastiques. Charles Martel a lutté contre cela et instituant une séparation entre les laïcs et les clercs. Charlemagne fait tomber la dernière principauté et institua l’obligation d’avoir en chaque communauté un comte et un évêque aux fonctions bien distinctes et qui doivent collaborer. Il luttait ainsi contre la concentration des pouvoirs dans les mains d’une même famille. Cela se renforce avec la volonté de Chrodegang d’établir une hiérarchie simple : un seul évêque par cité mais un évêque pour chaque cité et sans cumul de charge.

dimanche 15 avril 2012

Médiévale 12 - 04 (cours 9)

Précédemment : Médiévale 05 - 04


Hincmar en vitrail à la basilique de St-Rémi à Reims



Nouvelles rivalités et recomposition des royaumes (855 – 886)


Lothaire souhaitant maintenir la paix, il organise des réunions avec de nombreux textes, qu’on a récupérés aujourd’hui, qui montrent qu’il tente de maintenir la stabilité et l’amour fraternel. Lothaire valorise la confraternité mais la coopération entre frères n’est pas concrète. En conséquence, à la mort de Lothaire en 855, celui qui maintenait la paix ayant quitté ce monde, l’instabilité revient.


I.                   De nouveaux motifs de tension

1.      Louis le Germanique contre Charles le Chauve

Louis le Germanique sévit souvent contre les aristocrates qui ne lui ont pas été fidèles. Mais le problème vient surtout du fait qu’en 858, Charles recrée un royaume de Neustrie pour son fils Louis le Bègue. Mais une partie des terres appartiennent au comte d’Angers qui s’est rallié à Charles le Chauve en échange d’un dédommagement en charges publiques et en biens. Mécontent de voir ses terres menacées, Robert le fort décide de contester le pouvoir royal en dénonçant l’inefficacité du roi face aux Vikings. A ce moment là, les Vikings venaient de capturer le cousin du roi et Charles avait payé une rançon phénoménale pour récupérer son cousin et voir les Vikings partir. Les Grands ont été pressurisés et mécontents, certains aristocrates se sont tournés vers Louis qui entrent dans le royaume de Charles tandis que celui-ci en été 858 avec l’aide de Lothaire II assiège Oissel où se trouvent les Vikings.

Le 1 septembre 858, les Grands prêtent serment de fidélité à Louis tandis que Charles tente de rentrer avant de réaliser que ses faibles troupes ne feraient pas le poids face aux armées de Louis. Pour éviter de perdre bêtement une bataille, Charles se réfugie chez les Welf au Nord de la Bourgogne dans la famille de sa mère Judith.
Louis de son coté redistribue les charges à ses nouveaux fidèles et est sacré roi par Ganelon l’archevêque de Sens. Il convoque alors un concile pour le 25 novembre 858. Hincmar, l’archevêque de Reims s’élève contre la convocation de Louis et demande aux évêques de venir le rejoindre pour discuter des meilleures conditions pour les évènements à suivre. Ils rédigent alors communément une lettre de déclinaison de l’invitation de Louis. Charles bénéficie du soutien des évêques. Ainsi, les évêques conseillent à Louis de retourner en Germanie après sa trahison vis-à-vis de son frère, qui le discrédite. De plus, Louis n’est pas le roi des évêques et ces derniers ne peuvent lui répondre positivement. En revanche, ils donnent des conseils à Louis et commencent par lui dire de se méfier des traîtres et des parjures qui, anciens alliés de Charles, ne vont pas tarder à le trahir. Cette vision est juste à cette époque. Par ailleurs, le roi doit donner l’exemple en choisissant ses vrais alliés. De plus, les évêques soulignent que seul le roi est responsable devant Dieu des actes commis en son nom, or cela met Louis en porte à faux devant Dieu lors du jugement dernier. Certes Louis dispose de la force militaire, mais s’il agit par son armée, son autorité ne sera jamais légitimée. Cette autorité reposerait sur la violence. Enfin, les évêques mettent en évidence que seuls les évêques collectivement peuvent déposer un roi qu’ils ont nommé. Ganelon seul ne pouvait rien, son jugement est nul et non avenu.

Cette manœuvre permet à Charles de récupérer ses alliés et de malmener Louis le Germanique et son armée. En janvier 859, Louis est battu et rentre chez lui. Cette crise de 4 mois est un véritable désordre politique et institutionnel. La crise se solde par 4 mois d’anarchie complète dans le royaume de Charles. Les liens de fidélité au roi sont flous, les charges sont partagées par plusieurs comtes, … Bref le royaume est en pleine confusion. Charles s’en lave les mains et les aristocrates qui l’avaient trahi sont certainement revenus vers lui se soumettre de manière humiliante. Charles n’ayant guère le choix, il doit fonctionner sur l’appui des aristocrates pour diriger son royaume, les pardonne. En revanche, il récupère toutes les charges publiques, tout les bénéfices et ne s’engagent à rien avec eux. Il entend disposer librement de ses acquis. La crise de 858 a donc paradoxalement conforté le pouvoir royal de Charles. Mais il y avait certaines conditions. D’abord il faut mater les derniers rebelles, dont Robert le Fort. Ensuite, il faut achever la lutte contre les Vikings. Dans les années 860, il va mener ces deux fronts.

2.      L’établissement de grands commandements

D’abord il s’agit de réconcilier Charles le Chauve avec Louis le Germanique. Hincmar y travaillera beaucoup. Charles obtient alors de Louis son renoncement à toutes interventions dans le royaume de Charles qui promet d’abandonner les attaques contre Louis. Du coup, les derniers rebelles abandonnés de Louis doivent entrer en grâce auprès de Charles.
Parallèlement Charles mène une politique de cumul des charges comtales, certains aristocrates possèdent alors un pouvoir public sur des régions entières avec plusieurs comtés. On parle des charges de Grand Commandements. Ce comte de la marche est donc appelé marchio, il n’a rien à voir avec la frontière de combat mais là il se place une marche au-dessus des autres comtes. Ainsi Robert le Fort, rentré en grâce à en charge toute la région entre la Seine et la Loire ainsi que l’abbaye Saint Martin de Tours des mains de Charles. La condition est qu’il défende cette région contre les Vikings et qu’en plus, il reconnaisse le royaume de Neustrie donc sa vassalité au roi Charles. Du coup, Louis le Bègue, son fils qui dirigeait la région n’est pas satisfait de cette décision. Son père, le croyant limité mentalement, ne lui faisait guère confiance. Il va donc se marier sans le consentement paternel, puisque Charles ne le voyait pas père de famille. De plus, Louis le Bègue décide de battre Robert le Fort en recrutant des Vikings. Mais son entreprise échoue car il est pris en tenaille entre Robert le Fort et Charles. Son père le bat et l’envoie dans un monastère à Meaux.
Cela révèle l’instabilité du coté des fils de Charles le Chauve et déstabilise de nouveau Charles. Robert le Fort pour sa part mourra en défendant la ville d’Angers contre les Vikings avec succès. Sa famille aura toujours l’abbaye de Saint-Martin.

En Flandre aussi on rencontre des difficultés. Baudouin, aristocrate flamand profite du conflit en 862 entre Charles et Louis le Bègue pour enlevé Judith, fille de Charles le Chauve, avec le consentement de celle-ci. Judith est déjà deux fois veuve d’un roi anglo-saxon et de son fils. Elle a une dot très importante et est fine dans ses stratégies. Avec l’aide de Louis le Bègue et de Baudouin, elle fuit de sa forteresse et se marie à Baudouin. Charles tente de faire intervenir le pape qui prend parti pour sa fille. Charles est alors contraint de faire la paix avec son gendre et sa fille. Il va lui pardonner mais va aussi faire sa richesse en lui donnant plusieurs comtés en Flandre ainsi que la prestigieuse abbaye de Saint-Bertin où on écrit les annales du royaume. Baudouin sera un des grands fidèles de Charles et est en plus très efficace dans sa lutte contre les Vikings. Son succès sera tel, que cette région sous la coupe des Vikings devient, sous le commandement de Baudouin, une des régions réputée les plus sures du royaume.

On constate aussi que Baudouin ou Robert le Fort, sont des abbés laïcs. Ils tiennent des revenus liés aux abbayes, celles-ci détenant des grandes richesses. On a des abbayes royales protégées par le roi qui peut alors aussi les ponctionner. Le roi se défait de cette abbaye et la donne à un grand qui est censé la protéger et à ce titre peut toucher des revenus. Tous les abbés laïcs ne sont pas des sangsues comme le disent des écrits ecclésiastiques. Le titre d’abbé ne leur donne aucune autorité religieuse. Ces abbés laïcs ont cependant une assise forte de leur pouvoir grâce aux revenus élevés de ces abbayes et de plus c’est très prestigieux. Par exemple, l’abbaye de Saint-Martin est celle du protecteur du royaume franc, ancien protecteur des Mérovingiens. Dans l’abbaye, on trouve la cape de Saint-Martin, manteau de militaire romain qu’il aurait donné le jour de noël à un mendiant qui n’était autre que le Christ. Dans cette abbaye, on a donc la capa, et la famille de Robert le Fort détenant cette abbaye, ils prendront le nom de Capétiens par la suite.



En Aquitaine, le roi est éloigné et de vastes régions se constituent sans son accord. Ainsi Bernard de Gothie, fils de Bernard de Septimanie contrôle la Septimanie, la marche d’Espagne et le Berry. Bernard d’Auvergne de son coté contrôle l’Auvergne, le Limousin, le Rouergue et le Toulousain. Enfin on a Ramnulf, comte de Poitiers qui contrôle l’Aquitaine centrale. Tous exercent leur pouvoir sur des territoires soit donnés par le roi (Ramnulf), soit reconnus par le roi qui n’a pas le choix pour lutter contre les Vikings.

Cette politique des grands commandements va fonctionner. A partir des années 860, Charles voit son pouvoir renforcé. Lors du capitulaire de Pître en 864, on observe que le roi parvient à restaurer une partie de son autorité notamment en traitant de la réforme de la monnaie. En effet, il réaffirme son privilège royal de battre monnaie seul dans son royaume. Il déclare contrôler les revenus et les agents royaux pour éviter les risques de corruption. Enfin, il devient le seul à pouvoir construire des fortifications contre les Vikings, ce qu’il va d’ailleurs multiplier  par des ponts fortifiés sur les fleuves, et les autres doivent être détruits par le roi. Or à cette période les châteaux prolifèrent sans l’autorisation du roi. Ainsi on constate tout de même des fortifications nouvelles comme tours ou Le Mans, qui confirmerait l’idée que ce capitulaire n’en ait pas resté à de la théorie.

Cette stabilité du royaume de Charles lui permet d’envisager une extension vers l’extérieur notamment avec un retour du rêve impérial.


II.                Le retour du rêve impérial

1.      La succession de Lothaire II

En Lotharingie (de la mer du Nord à Bâle uniquement), Lothaire II s’appuie sur l’épiscopat mais à un souci majeur, il n’a pas d’héritier. Il se préoccupe beaucoup de sa succession ceci dit. Marié à Theutberge à 17 ans par son père, Lothaire II déclare ne l’avoir jamais touchée. En revanche, il avait deux enfants, Hugues et Gisèle, d’une concubine Waldrade, un amour de jeunesse qu’il n’a jamais réussit à retrouver ailleurs. Lothaire n’ayant pas d’enfants avec Theutberge, il va tout faire pour faire reconnaître son mariage avec Waldrade auprès des évêques et du pape. Mais sans succès. Ses deux oncles font tout pour convaincre l’épiscopat qu’une concubine n’est pas légitime. En 869, il décède après avoir juré devant le pape à Rome, n’avoir jamais touché Theutberge. Cela valorise donc ses oncles qui voient un territoire vide de roi.

Hincmar en profite pour couronner Charles, roi de Lotharingie, d’autant que Louis le Germanique est malade. Il se dépêche d’être couronné en 869 dans l’église de Metz, selon un rituel préparé par Hincmar lui-même. Charles fait alors don d’un sacramentaire à l’église où il se représente entouré d’évêques mais est couronné par Dieu. Cette église est en plus, l’église historique des Carolingiens. Il va alors s’installer durant l’hiver à Aix-la-Chapelle. Entretemps, sa femme est décédée et il décide rapidement de se remarier à Richilde, une fille d’aristocrate de Lotharingie. Durant cette période, Charles change de tenue et s’habille comme les empereurs byzantins (ce qui dénote dans la mode de l’époque). Il tente en fait de convaincre son entourage qu’il peut être empereur puisqu’il tient deux royaumes et qu’il occupe Aix-la-Chapelle. Louis comprenant le message s’offusque et réclame un partage des terres de Lothaire II.

La négociation se fait en août 870 à Merseen dans une atmosphère tendue. Ce sont les évêques qui vont renégocier avec les aristocrates pour partager l’Empire et éviter une autre guerre. Au final, Charles cède Aix-la-Chapelle et Metz mais garde en revanche, la vallée de la Meuse, un tiers de la Frise, ainsi que tout le Lyonnais où les évêques le soutiennent. L’extension pour les deux frères est donc assez forte.
Reste la région de Provence qui n’est pas partagée. Charles installe son beau-frère Boson dans le Lyonnais pour contrôler le passage des cls alpins dans l’idée de participer dans la course au titre impérial.

2.      La rivalité pour le titre impérial

Le titre impérial est détenu par l’ainé de Lothaire I, Louis II qui avait en charge le royaume d’Italie. Il meurt en 875 sans fils pour lui succéder. La question est alors de savoir qui va choisir l’empereur. Le pape Jean VIII réclame cette fonction puisque l’empereur devant défendre la ville de Rome, il doit être nommé par le chef de Rome, le pape.
Ce n’est pas Louis le Germanique qui postule, il est trop âgé. Il pousse alors son fils Carloman, soutenu par la veuve de l’empereur Louis II, à prendre ce titre. Charles le Chauve est l’autre prétendant. Jean VIII préfère cependant la candidature de Charles le Chauve couronné le 25 décembre 875, soit 75 ans après son père. Il récupère ainsi les terres d’Italie mais doit rester proche de Rome pour protéger le pape. Charles parvient ainsi empereur pour son plus grand prestige avec l’accord de quelques évêques seulement. Les Grands aristocrates et Hincmar avec d’autres évêques sont sceptiques. Charles ne peut pas intervenir militairement en Italie contre les Sarrasins alors même qu’il lutte contre les Vikings. On a donc une majorité de Grands hostiles au projet de Charles, mais celui-ci n’en tient pas compte.