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dimanche 8 janvier 2012

Sociologie des TIC : Séance 9 : Internet.

Chapitre 9 : Internet
Sociologie des imaginaires sociaux. Flichy/ Picon/ Mattelart

Les sociologues des imaginaire sociaux s’intéressent aux techniques. Ils veulent montrer que la technologie dépend de ce que devrait être le monde social ou plutôt à quoi ressemble l’imaginaire sociale. Par exemple lorsque la radio a été inventée, on pensait que la radio allait pouvoir rassembler les individus et qu’ils pourraient tous communiquer entre eux. Les militants de la radio imaginaient un autre monde, meilleur que celui d’aujourd’hui. Ce monde meilleur était souvent projeté dans l’avenir.
On va voir que des imaginaires sociaux de ce type ont joué un très grand rôle dans les débuts d’Internet.
  1. La première période, la phase initiale du démarrage de Internet. La transformation d’une informatique de calcul à une informatique de communication avec le projet de relier les ordinateurs les uns aux autres via le réseau téléphonique (Licklider qui travaillait aux EU)
Licklider était un chercheur aux Eu qui travaillait à L’ ARPA (Advanced Research Project Agency) qui est l’organisme chez les militaires américains qui finance les projets les plus avancés. S’y développe un projet qui relie les ordinateurs car on veut rendre le pays insensible aux attaques nucléaires soviétique. Car si le pays est trop centralisé, les soviétique n’auront qu’à toucher un point pour abattre le pays. Donc en reliant tous les ordinateurs le pays sera presque invincible.
Premier réseau : Arpanet en 1970 avec 13 ordinateurs en réseau. En 1972 on passe à 23 ordinateurs et en 1975 on en a 57 en réseau.
Au début des année 70 la réussite de Arpanet suscite beaucoup d’intérêt chez les informaticiens militaires ou non. Certains lancent un autre réseau à peu près sur le même modèle que arpanet : usenet (unix système d’exploitation propre aux informaticiens).
Ce 2ème projet souhaite se démarquer sur projet arpanet. Tout ce passe dans les université américaines. Le monde universitaires notamment les étudiants est un univers social et politique très particulier. C’est un des berceau de ce qu’on appelait la contre-culture. C’est dans les université américaine qu’on commence à expérimenter les nouvelles drogues, on lutte contre le patriarcat, on prône le non mariage, premières communauté hippies, mouvements militants contre la guerre su Vietnam, mouvement marxiste qui conteste le capitalisme occidental et le culte de la richesse. Les mouvements étudiants de l’époque étaient fondamentalement anarchiste et libertaire. Ils combattaient toutes les formes de hiérarchie pour amener le chaos et la liberté.
Tout commence en 70-80 dans les universités de Duke et de Caroline du Nord. Deux étudiants en informatique on développé un protocole informatique très proche de Arpanet qui permet aux deux ordinateurs de communiquer : usenet (deux autres noms possible : chaos net ou spider net). Des noms qui connotent de l’anarchie et de la contre culture.
En 1980, un des concepteurs écrit : « un des but de usenet est de fournir l’opportunier ç chaque système unix de tirer avantage d’un réseau informatique. Si vous voulez c’est l’arpanet du pauvre ».
L’objectif du deuxième réseau de favoriser la coopération au sein d’une communauté d’informaticien non relier au réseau arpanet et qui donc ne bénéficient pas de l’énorme puissance financière du ministère de la défense et de l’ARPA. Ce sont des individus qui revendiquent cette pauvreté. Leur pauvreté est la marque de leur indépendance. Ils sont indépendants les élites autoritaires et du pouvoir. La principale fonction de ce réseau est l’échange de documents. Ça reprend tout le vocabulaire des petits journaux étudiants. Les documents s’appellent des articles. Ils sont regroupés dans des ensembles thématiques : newsgroupe (= répertoire, dossier sur disque dur).
Au milieu des années 80, une deuxième rupture. Au sein de usenet, le nombre de newsgroupe ne cesse d’augmenter. Il faut alors faire une classification de niveau supérieur. En 1986-87, de grands thèmes généraux apparaissent. Les deux premiers sont propres à la recherche informatique : computer et science. Les trois suivants sont plus propres aux débats étudiants : society, recreation (jeux et hobbies), miscellaneous (divers) et news (actu de usenet). La particularité de tout ça c’est qu’on a un monde sans contrôle et très animé à tel point qu’apparaissent des thèmes qui gênent car ils sont plutôt sexuel. Apparaît alors un nouveaux thème dans lequel on met tout ce qui gène : talk.
Ce caractère périphérique de talk commence à créer des tensions. Les personnes qui voient que leur contribution est mise dans talk décident de se séparer des autres et crée une huitième rubrique : alternative. Qui prend une forme abrégée : alt. Le choix de cet adjectif ne doit rien au hasard. Cet adjectif notamment à cette époque désignait tous les mouvement sociaux et culturel qui échappaient au contrôle de la société. L’un des fondateurs de ce domaine, Robert Reid, écrit un certain nombre de documents ou il justifie ce choix. Il y a l’idée que quelque chose ne peut pas disparaitre suite à une décision unilatérale et il ne veut pas définir une position sur laquelle le réseau doit fait. Dans les quelques années qui suivent, le réseau Usenet continue de croitre de manière importante et désordonnée. En 90, Reid commente cette évolution. « dans le passé chaque site a effectué une sélection de ce qu’il proposait (chacun fait ce qu’il veut). Cela a rendu Usenet moins unifié et plus différend au long du temps mais cela fait partie de l’anarchie et de la liberté pour lesquelles Usenet s’est toujours battu ».
La différence avec arpanet : Usenet est le premier réseau informatique qui s’ouvre à l’extérieur. Arpanet reste fermé sur lui-même pour des raisons de sécurité nationale. L’incontrolabilité faisait partie de leur engagement. On voit bien qu’on a un cas d’action technique, de développement technique porté par des valeurs et par des représentations sociales. C’est la raison pour laquelle on peut analyser ces projets techniques à partir de la sociologie de la mobilisation. Elle fait partie de la sociologie politique. C’est cette partie qui étudie les mouvements sociaux. Cette sociologie s’intéresse aux individus qui parviennent à mobiliser les autres, à les émouvoir à leur faire éprouver de l’indignation et de tels individus sont souvent appelés des entrepreneurs de causes. Car ils prennent des initiatives et qu’ils mettent tout ça au service d’une cause. Leur particularité est d’être capable de sortir les autres de l’inaction, de les mobiliser tous ensemble dans un but précis (ex : libération de prisonniers politiques, protection d’un lieu naturel, mouvement pour la fin de la guerre du Vietnam etc).
Comment font-ils ? ils donnent des clés de compréhensions aux individus qui les entourent ; ILS aident les autres à construire du sens à partir de leurs difficultés personnelles. Ça permet aux autres d’organiser une expérience qui sinon peut être difficile a expliciter et ca permet d’unifier les indignations que vont ressentir les individus (ex de sociologue : Cefail et Aliasoph). Cette sociologie de la mobilisation a montré que pour parvenir à cette unification il faut construire un cadre identique pour tous les individus. Chaque individu a sa façon de comprendre une situation. Pour les faire travailler ensemble il faut aligner les cadres d’actions des individus. Ça implique une montée en échelle. Les entrepreneurs de causes sont souvent capable de mobiliser des petites régions pour monter à l’échelle supérieur. Ville département région pays etc. rejoint la sociologie des imaginaires sociaux car ils sont un très puissant levier d’unification et de mobilisation.
  1. Comment Usenet est devenu Internet
On avait un simple réseau national aux EU et propres aux informaticiens. On a après un réseau mondial parmi l’ensemble des chercheurs universitaires.
Les imaginaires sociaux étaient très présents surtout les individus et organisations se vivaient, se représentaient comme la pointe avancée du progrès : la nouvelle frontière. Comme le pionnier américain qui progresse sans cesse à la découverte. Pour eux, les individus défrichaient de nouveaux territoires qu’ils mettaient au service des autres.
En 79, arpanet ne concerne que 1/8 des informaticiens et universitaires américains pour des raisons de secrets militaires. Arpanet est un monde très clos mais les progrès techniques de communication intéresse énormément le monde de la recherche. Intéresse très tôt la NSF (National Science Foundation). Le fonctionnement de la recherche est peu différent de la France. Les laboratoires ont très peu de budget propre. Pour avoir des sous il leur faut en demander à la NSF. La NSF s’intéresse à arpanet au moment ou un des comités suggère que la mise au point d’un tel service « créerait un environnement de pionniers qui permettrait d’offrir une nouvelle technologie, des outils de nouvelles coopération et de partage des ressources pour des équipes géographiquement éloignées ou pour des chercheurs isolés ». on retrouve toutes les images de la nouvelle frontière, des chercheurs qui sont des pionniers qui ont besoin d’être connecté aux autres pour avancer. Ainsi, la recherche américaine doit être une avant-garde technologique pour avancer. Il faut parvenir à relier les uns aux autres des chercheurs trop isolés et séparer les uns des autres.
La NSF n’accepte de financer des projet de ce type qu’à la condition que des connexions soient possibles pour tous les universitaires. Objectif d’ouverture maximale, idéal d’universalité de l’accès. Il ne fallait pas qu’il soit réservé à une élite. Tous les universitaires devaient pouvoir être relié. Au milieu des 80, il y a aux EU, un premier réseau reliant les universités ensemble qui a comme grande différence avec Usenet qu’il a débordé totalement le secteur de l’informatique et connecte tous les chercheurs dans toutes les disciplines. C’est à ce moment qu’apparaît une difficulté. Il y a une telle prolifération de réseau qui se développent que les informaticiens ont du mal a les relier et à les faire fonctionner ensemble. C’est à ce moment là qu’apparaît une solution protocole par paquet.
A l’origine de cette solution : Robert Kahn qui travailler pour l’ARPA et se pose la question du dialogue entre des réseaux différents. Il se dit qu’il faudra sans doute trouver le moyen de relier entre eux des réseaux conçus selon des principes différents. Il réfléchit à ce qu’il appelle une architecture inter-réseaux. C’est à ce moment là qu’il invente la transmission par paquet. Rupture technique. L’idée s’inspire du transport de marchandise par containers. Aujourdh’ui, dans le transport maritime sur les océans, toutes les marchandises sont transportés dans des containers de taille identiques. Les containers sont identiques mais peuvent contenir des choses différentes. L’idée est de découper un fichier (peut importe son format) en une multitude de petits paquets qui circulera selon son itinéraire jusqu’à destinations. Ce n’est qu’à l’arrivée que les paquets seront réunis pour reconstruire le fichier. Cette architecture est ouverte et laisse leur autonomie à chacun des réseaux. Protocole qui peut être utilisé sans obligé les réseaux connectés à s’unifier. On retrouver les valeurs d’autonomie, d’ouverture de liberté et d’égalité. Dans la vision de Kahn, les paquet circule dans un réseau sans centre. L’idée était de pouvoir faire circuler les informations dans un système qui n’a pas d’autorité centrale, donc pas de hiérarchie. Parce que ce protocole permet de relier entre eux des réseaux, on l’appelle Internet Protocole IP.
Ce nouveau protocole est testé dès 74. Est officiellement adopté par le ministère de la défense en 80. Tout le réseau arpanet bascule sur ce nouveau protocole en 83. C’est à ce moment là qu’on commence à changer le nom de Arpanet pour devenir Internet.
C’est le moment où apparaît une nouvelle notion de John Quaterman (chercheur informaticien). Il réfléchit à ce qui apparaît quand on connecte les réseaux avec un protocole unique. Il invente un nouveau mot : the Matrix (la matrice). « la matrice est un méta-réseau mondial de réseau d’ordinateur inter-connectés qui ressemblent à ceux du téléphone, de la poste et des bibliothèques ». idée qu’on est entrain de construire quelque chose qui va devenir un équivalent de ces grands réseaux d’informations et de communications qui à ce moment là fonctionne mondialement. Chaque pays a son réseau téléphonique qui permet à n’importe quel individu de téléphoner à n’importe quel individu. idem pour la poste et les bibliothèques pour les prêts de livres. Quaterman commence à le concevoir pour les réseaux d’ordinateur. « c’est un outils majeur pour la recherche universitaire et industrielle ». on est vraiment à la fin de la troisième période. On est sorti du monde des informaticiens et des EU. On a un système propre à la recherche mais totalement globalisé.
C’est le moment où certains des informaticiens publient des romans de science-fiction : le cyberpunk. Les romans qui décrivent un futur proche, qui se veulent très différents des romans de SF de l’époque. On revient sur terre, futur très proche mais les ordinateurs ont été connectés les uns aux autres pour former. un deuxième monde, un monde virtuel, parallèle. Le plus célèbre : Gibson « le Neuromancien ». il commence à décrire la matrice en se branchant par une connexion neurale au réseau. On a l’intégralité de son système sensorielle connecté à la matrice. D’où le neuromancien.
  1. Réseau mondial de recherche
Comment est apparu au dessus de cette architecture une autre couche qu’on a appelé le Web ?
Si on se place à la fin des années 80, on a un réseau internet tout a fait fonctionnel mais qui est essentiellement utilisé pour la communication et la coopération. Dans la grande majorité des cas, il est utilisé pour envoyer des informations à quelqu’un. Mais on l’a vu, dans l’imaginaire des premiers concepteurs, internet ne devait par servir qu’à ça. Il devait servir aussi à informer et permettre l’accès de tous à la connaissance.
Dès les tous premiers pères fondateurs, il y avait une vision imaginaires utopique. Cette vision a été notamment développé par Engelbart et Ted Nelson. On considère que à l’origine il y a les travaux de Licklider et Englebart. Nelson est quelqu’un d’illuminé, à moitié fou. Se dit lui-même comme un visionnaire en avance sur son temps. Ecrit des livres un peu délirant (Dream Machine). Il décrit dans ce livre un peu fou à quoi tout ça va mener. A quoi ce monde dans lequel sont disponible des machines à rêve auxquelles on se connecte sans difficulté. On accède grâce aux machines à tous les savoirs de l’humanité. Et tous les savoirs sont reliés les uns aux autres. « tous ce que vous cherchez est là, instantanément, connecté à pleins d’autres choses. Tout le papier qu’on véhicule est éliminé. Ce système grandiose indique une voie nouvelle à l’humanité ». on a cette idée qu’on peut accéder sans tous les papiers à l’ensemble des connaissances humaines. Ces connaissances sont essentiellement imaginées comme des textes reliés les uns aux autres. Ils utilise pour la première fois le mot Hypertexte. L’idée c’est l’ensemble de tous les texte de l’humanité reliés les uns aux autres. « le véritable rêve est que tout soit dans l’hypertexte » phrase de son livre.
On a bien chez lui, un idéal du savoir complet, universellement accessible. C’est une utopie qu’on retrouve beaucoup et notamment chez ceux qui ont créer le protocole par paquet. Une des idées de Kahn et de Cerf est « la grande bibliothèque numérique ». en 88, ils publient un livre, projet d’interconnection de toutes les bibliothèque du monde. L’idée c’est que quand un utilisateur fréquente une bibliothèque et qu’il ne trouve pas son ouvrage. Son besoin est orienté vers d’autres bibliothèque avec son besoin en document numérique. Ils imaginent un outils intelligent, le Knowbot. Il s’agit d’un robot immatériel présent dans le réseau, qui aurait une intelligence qui lui permettrait de comprendre la demande de l’utilisateur pour aller chercher ce dont il a besoin. Ce qu’on voit, c’est qu’à nouveau on a à faire à des vision imaginaires du futur qui ont pour but la consultation. C’est au sein de ces projet qu’apparaît la notion d’hypertexte. Elle s’appuie sur des imaginaires très futuristes et humainement très généreuse (n’importe quel individu va pouvoir accéder à toute la connaissance de l’humanité). Cet espèce d’idéal on le retrouve chez ceux qui développeront le Web.
A Genève, au Cern (Centre Européen de Recherche Nucléaire), Tim Berners-Lee. Il est passionné par tous ces projets. Il considère que dans le grand centre qu’est le Cern l’information se perd. Il y a un besoin d’un système de documentation adapté pour un centre de recherche comme celui là dans lequel l’information est éclatée car pleins d’équipes de nationalité différentes sans hiérarchie et avec un turn over très fréquent. Il veut produire un système qui rassemble toutes les informations produite mais avec une architecture non hiérarchique, à travers des nœuds et des liens. Image du filet. « la façon de cheminer d’un nœud à l’autre est appelé navigation. Et les nœuds n’ont pas besoin d’être tous sur la même machine car les liens peuvent être orientés vers d’autres machines ». introduit cette terminologie qu’on utilise toujours aujourd’hui. On met en place une toile mondiale : the World Wide Web. On voit apparaître au Cern en 91 les premières pages web qu’on connaît aujourd’hui avec des liens cliquables. Il s’inspire de Nelson notamment en reprenant la terminologie de l’hypertexte. Deux protocoles essentiels : HTML = Hypertexte Markup Language (pour la production de page web) et http = HyperText Transfert Protocol (pour le transfert d’une page web à une autre).
On voit à nouveau qu’un des points essentiels est l’idée d’une vision très idéalisée, très généreuse, permettant de rendre la connaissance radicalement accessible à tous. Deux aspects fondamentaux : la disparition des hiérarchie et la disparition des frontières ; volonté très explicitement égalitariste. On essaye de créer un monde social nouveau fondamentalement égalitaire.
Le cas d’internet a beaucoup passionné les sociologues des techniques. Les exemples montrent à quel point les imaginaires avait un effet de mobilisation énorme. En même temps, on connait beaucoup de cas ou la présence des imaginaires sociaux qui sont disponibles et qui ne jouent presque aucun rôle.
Qu’est ce qui a permis dans le cas d’internet, une telle importance des imaginaires sociaux aussi futuristes ?
Dès tous débuts d’Arpanet jusqu’à la mise en place du Web, un processus d’innovation particulier s’est mis en place. Contrairement à beaucoup de techniques, internet s’est mis au point presque exclusivement dans le cadre de la recherche universitaire. Cette recherche universitaire a pu ne pas se limiter à des concepts, des brevets, des théories. Elle a pu totalement courcircuiter le transfert vers l’industrie. Un processus aussi exceptionnel n’a été possible que parce que les inventeurs et les utilisateurs étaient du même groupe : chercheurs en informatique. Tout ça n’a été possible que parce que l’essentiel de l’innovation informatique portait sur le logiciel et très peu sur le patériel lui-même. Quelque chose qui ne réclame que du travail intellectuel. C’st quelque chose que les chercheurs universitaires peuvent fournir sans trop de difficultés.
Malgré tout, cela a été possible grâce à des organismes de financements très riches ; AZRPA et CERF.
Ce qui a joué un très grand rôle, c’est que les inventeurs et utilisateurs formaient un seul groupe social. Ça a permit la mise en place d’un système d’information et de communication conforme à leur façon de penser. Tous ce sont efforcés de créer un système qui ressemblait à leur propre organisation sociale :
  • Les échanges et coopérations se faisaient entre des spécialistes, gens très qualifiés qui avaient les mêmes intérêts
  • On a affaire à un groupe social qui se veut lui-même très égalitaire. Les scientifiques se veulent égaux avec pour seule source de différenciation le mérite de découverte. Mais sans hiérarchie des pairs.
  • Communauté fondamentalement coopérative.
  • Communauté qui se considère comme un monde à part. qui se distingue du reste.
Si les début d’internet ont pu à se point refléter les imaginaires sociaux des concepteurs c’est parce qu’ils étaient proche de leur conceptions sociales. Internet devait d’abord rester à l’intérieur de cet univers particulier. C’est aussi la raison pour laquelle au milieu des 90, quand internet a été pris en charge par le monde marchand, il y a eut énormément de conflits avec les informaticiens. Conflits avant tout idéologique.
Stallman a combattu ce que les acteurs du monde marchant voulaient introduire des DRM (Digital Right Management). L’idée était de permettre de conserver des droits d’auteurs pour des ficher informatiques notamment musicaux. Tentatives de breveter des logiciels. Tout ca a été mis en avant par les acteurs du monde marchand qui voulaient pouvoir tirer profit de l’Internet. Pour cela ils ont besoin de pouvoir empêcher le piratage. Or c’est précisément cette possibilité qui était au cœur des idéaux libertaires des imaginaires anarchistes qu’avaient les premiers concepteurs internet.
Deuxième exemple : la neutralité d’Internet (Net Neutrality). Aujourdh’ui encore, tous les utilisateurs ont les mêmes droits en terme de vitesse (débit, bande passante) qui dépend uniquement du matériel utilisé. Cette bande passante en ce moment se raréfie car se développe de plus en plus d’usage qui consomme énormément de débit (ex : streaming). Certaines grandes entreprises voudraient pouvoir réservé à leur clients certaines parties de la bande passante. Ce serait la fin de la neutralité d’internet.
Tout ca confirme que des imaginaires sociaux ne peuvent jouer un rôle dans les innovations technologiques. Il faut que le technologies ne se déploient qu’en restant à l’intérieur d’un univers social qui partage les mêmes idéologies. Dès qu’arrivent des acteurs différents, l’imaginaire social est compromis.

vendredi 6 janvier 2012

Sociologie TIC : Séance 8 : Le micro-ordinateur.

Séance 8 - Le micro-ordinateur.
Sociologie de la famille et sociologie du genre.

Histoire du micro-ordinateur.

Terme de micro-ordinateur n'est plus utilisé aujourd'hui. A l'époque où sont apparus les machines que l'on appelle micro-ordinateur, le terme s'est imposé pour ne pas les confondre avec les ordinateurs qui prenaient la place d'une armoire, de l'informatique des gros systèmes.
En 1975, apparition de l'Altair, premier micro-ordinateur. La même année, création de Microsoft et apparition du Basic (langage de programmation). Le micro-ordinateur de l'époque impliquait d'écrire des instructions et des programmes. En 1976, mise au point de l'Apple et plus tard de l'entreprise.
Dans ces 70', l'atmosphère générale est d'un grand scepticisme. Personne, même les promoteurs de ces machines, n'imagine que cela va dépasser le cercle des informaticiens professionnels et des passionnés d'informatique. L'informatique des grands systèmes sont même cynique, IBM considère que c'est une régression, il refuse même le terme d'ordinateur pour qualifier ces machines. Ils vont être surpris par le succès commercial de ces machines.
Décollage du marché très rapide, très inattendu et qui ne pose plus de question en 1979. Toutes les entreprises d'informatique commence dans les 80' à mettre sur pied leurs propres produits.

Au début, ces micro-ordinateurs ne visent que la famille, ce ne sont pas des machines à vocation professionnelle, en cohérence avec leur très grande simplicité. Cela commence à changer au moment où le marché a définitivement décollé : on voit apparaître à la toute fin des 70' les premières applications et les premiers logiciels conçus pour ces machines mais dont l'utilisation est professionnelle. En 1979, on a le premier tableur nommé VisiCalc, pour l'Apple.
A partir de là, le micro-ordinateur entre dans le monde professionnel, cohabitant avec l'informatique des gros systèmes.
Au début des 80', les entreprises traditionnelles de l'informatique se lance elles aussi dans le micro-ordinateur. En 1981, IBM lance le Personnal Computer.

Au milieu des 80', on a clairement une différenciation qui s'est mise en place avec deux types très différent de micro-ordinateur. On a d'un coté le micro-ordinateur familial, qui est plutôt une machine simple à utiliser, assez bon marché (entre 600 et 4000 francs) et de l'autre des micro-ordinateurs destiné au monde professionnel (entre 5K et 60K francs). Le marché le plus important en valeur est le marché professionnel, il pèse 10 fois plus lourd.
Ces micro-ordinateurs étaient constitué d'un seul objet, mélangeant la tour et le clavier, il fallait brancher la chose sur une TV et utiliser un magnétophone à K7 pour sauvegarder des données.
THOMPSON sépare les activités de conception et de fabrication. D'un coté, les micro-ordinateurs professionnels développés et construit par la direction du matériel informatique et les ordinateurs familiaux mis en route par la direction des « produits bruns » (produit grand public). Les priorités ne sont pas les mêmes, les produits bruns ont comme priorité le prix, l'esthétique et les capacités techniques, dans cet ordre, alors que pour les micro-ordinateurs professionnels, l'esthétique et le prix ne sont pas pris en compte (ou très peu) dans le processus de développement.
Pour les logiciels, on voit aussi une scission : des logiciels professionnels comme des tableurs, des traitements de texte et des logiciels graphiques. Sur les machines familiales, les principales applications sont des jeux, avec une assez grande diversité.

Nous allons parler dans ce cours des micro-ordinateurs destinés à la famille. La dénomination qui reste à l'époque, c'est le « micro-ordinateur familial », l'objet est donc destiné à la famille. Cet objet est-il utilisé par l'ensemble de la famille ?
Les premières enquêtes ont répondu « non » à cette question, les utilisateurs étaient principalement des individus masculins. Assez vite, les psychologues et les sociologues se sont posés la question de cette sur-représentation des utilisateurs masculins. La plupart des premières explications tenaient de la psychologie sociale et de la psychanalyse. Beaucoup de scientifiques ont utilisé ce terrain pour faire des travaux sur le genre et l'un des premières est Sherry TURKLE.
Le dédoublement identitaire.

Dés 1984, elle publie the second self. L'une des grandes idées est que l'utilisateur d'un micro-ordinateur se retrouve dans une situation particulière où se met en place un dédoublement identitaire. Cela permettrait de développer une nouvelle identité.
L'idée de ces sociologues et psychologues, c'est que cet objet nouveau va prolonger des pratiques masculines qui sont déjà présentes et en place à partir d'objets techniques beaucoup plus anciens historiquement. Ce sont des pratiques que les hommes développent dés la petite enfance, qui accordent, beaucoup plus que pour les filles, de l'importance à la maîtrise de certains objets techniques comme la voiture, les outils de bricolage et les armes. Ce qui permet de développer ces approches et pratiques, c'est le jeu : avec le micro-ordinateur, les individus masculins vont construire des rapports aux objets développé à partir des jouets.
Il y a un jeu avec les objets techniques, qui implique d'y passer du temps : découvrir l'objet, le manipuler et s'efforcer de le maîtriser complètement. C'est ce rapport aux objets techniques qui serait intégrer dés l'enfance comme un attribut culturel du genre masculin. Les filles ne seraient pas incitées à développer un rapport de ce type avec les objets techniques.

L'usage individuel du micro-ordinateur et sa place dans le couple.

Au delà de ces différences entre homme et femme, comment le micro-ordinateur s'installe-t-il dans une famille, dans un « groupe domestique » ?

En France, les premières recherches sur ce sujet commencent au début des 80', les travaux les plus marquants sont réalisés par JOUËT et BOULLIER. Publié à partir de 1987, les travaux de JOUËT étaient à l'époque les plus approfondis.
L'usage du micro-ordinateur est profondément individuel. Chaque utilisateur a tendance à s'en servir seul mais aussi à sa propre façon. Il y a une individualisation et une personnalisation de l'usage qui toutefois n'exclus par l'accès aux autres membres du foyer. JOUËT s'est intéressé au cas des couples. Dans certains foyers, il n'y a qu'un seul utilisateur de l'ordinateur, c'est l'homme. Son enquête montre qu'il n'y a pas de soucis particulier chez ces hommes de se réserver un accès privilégier, c'est plutôt un désintérêt de la conjoint qui est invoqué comme facteur explicatif.
Le micro-ordinateur n'est pas un objet neutre, il est investit d'une charge symbolique et affective. C'est un objet considéré comme un objet à la pointe de la technologie, associé à une image de très haute technicité et de pouvoir. C'est l'époque où, dans les films de SF, l'ordinateur est une machine puissante qui peut échapper au contrôle de l'homme.
Stratégie de prosélytisme. Ce qui est explicité par les couples, c'est un usage qui est double. Dans ces cas là, ce double usage n'est pas symétrique, il y a très vite une répartition des rôles entre le partenaire masculin qui joue le rôle de tuteur, mettant en route l'apprentissage du conjoint. Quand ces tentatives se pérennisent, il y a un rapprochement qui se met en place autour de la machine, l'usage restant toutefois plutôt individuel.
C'est une machine qui s'intègre mieux dans la vie familiale alors qu'elle est utilisé alternativement : des stratégies sont mises en place pour éviter que la machine soit un élément perturbateur de la vie de couple. Il y a des négociations sur le temps autour de l'ordinateur, pour préserver les relations conjugales. Dans les enquêtes de JOUËT, la pratique de la femme se réparti entre un usage professionnel et domestique de l'ordinateur mais malgré tout, l'asymatrie se retrouve dans la quantité. La pratique masculine est bien plus importante en terme quantitatif, ce qui explique qu'il n'y ai pas de conflit (pratique plus faible des femmes, pas imposé mais dans les faits, pas de conflit pour l'utilisation).

La place du micro-ordinateur est bien circonscrite dans un système de valeur où l'attention que l'on accorde au conjoint va l'emporter sur la relation personnelle à la technologie. Par contraste avec cette première configuration, il y a en a d'autres où l'équilibre cède la place à des conflits. Il y a des foyers où il y a une concentration sur la programmation notamment. Il y a des cas où la machine est perçue comme une rivale par les femmes. Dans ces cas là, la solution trouvée à ces conflits est de tenter de convertir l'autre, faire partager sa passion à la femme. On cherche à amener son conjoint sur son propre terrain, dans son espace individuel, le but est de faire accepter des moments d'isolement dans la relation à la machine. C'est là que l'on peut parler de prosélytisme. Ce désir de faire accepter sa passion à l'autre, cela implique de transformer une hostilité en soutient. Cela prend parfois des formes assez coercitives : création d'un logiciel pour faire des menus, obligeant la femme à utiliser l'ordinateur pour obtenir sa liste de course. C'est un rapport de domination, l'informaticien tend de s'infiltrer dans un domaine réservé à sa femme, celui de la cuisine. Ces pratiques sont donc traversées par les problématiques du couple, le discours de l'homme reste assez ambivalent, entre un besoin de fusion de l'amour, des passions, des pratiques et de domination de la femme. Cette pratique n'est que très rarement couronné de succès, la femme se dérobe souvent à cette tentative de passion partagée.

La place que va prendre l'ordinateur au sein du couple va se prêter particulièrement bien à la sociologie du couple développée par des sociologues que SINGLY et KAUFMANN. SINGLY s'intéresse aux formes de relation familiale, KAUFMANN est plus centré sur le couple. C'est une sociologie qui s'intéresse au groupe familial comme deux individus différents, chacun ayant leur propre identité sexuée mais aussi leurs propres compétences pratiques. La construction quotidienne du couple va être composée d’incessantes négociations. Ce n'est pas une sociologie des rôles conjugaux, ces dernières considérant que les membres de la famille endossent des rôles prédéfinis, n'ayant alors pas à les négocier au quotidien.
Ce sont des négociations qui vont permettre d'articuler les territoires de chacun, des espaces, des temps, des activités et des objets dont certains vont être partagés et d'autres pas, certains seront individualisé et réservé à un des membres. Cette nouvelle sociologie du couple va beaucoup travailler sur les objets présent dans le domicile, constituant un bon analyseur. La recherche la plus exemplaire de ce point de vue là, c'est l'ouvrage de KAUFMANN la trame conjugal 1992, « analyse du couple par son linge ».
Dans les 90' et 2000', des travaux similaires ont été réalisé sur le micro-ordinateur par LE DOUARIN. Elle montre a quel point la famille contemporaine est traversée par des contradictions, il y a des évolutions historiques de très long terme (affaiblissement du patriarcat et modernisation des rôles familiaux qui, en principe, doivent conduire à une certaine égalisation des statuts homme/femme dans le couple) qui se heurtent à la permanence de configurations très anciennes s'ancrant dans des inégalités et des rapports de domination au sein de la famille.

La place du micro-ordinateur dans la famille et notamment les relations intergénérationnelles.

BOULLIER parle des relations intergénérationnelles et notamment de leur caractère genré. Comme on avait affaire à des machines assez simple, le micro-ordinateur se prètait à des manipulations par toute les classes d'âge. C'est un outil qui a une image d'éducation et d'éveil. Assez rapidement, les parents vont pousser les enfants à utiliser cette machine et même si l'appareil n'a pas été acheté pour ça, l'apprentissage de l'informatique par les enfants va toujours figurer comme objectif au minimum secondaire. Discours extasié des parents qui disent que leur enfant à une aisance naturelle avec des objets comme le micro-ordinateur, on commence à parler d'un clivage générationnel et historique entre des vieux croulants et des jeunes enfants.
Ce sont en réalité les jeux qui deviennent le principal usage des enfants assez agés et les jeunes adolescents. Le micro-ordinateur espéré par les parents comme un outil au service de l'éducation et de la scolarité devient plutôt un instrument ludique et défoulant, ce que certains parents regrettent. D'autres considèrent que les jeux rendent actifs la vie familiale, plus que la télévision, permettant la discussion et le partage dans la relation parentale. Cela prend le relais d'anciennes activités communes tombées en désuétude.
Cette conception des relations parentales est très genrée. Pour certaines mères, s'approprier de nouvelles machines permet de garder des relations avec leurs fils lorsqu'ils grandissent. L'arrivée du micro-ordinateur dans les familles a contribué assez fortement à renforcer les relations entre les pères et les fils, la configuration la plus courante étant un père se posant expert en informatique, le fils étant dans un rôle d'apprenti. Cela permet de poursuivre avec l'ordinateur une relation intergénérationnelle et genrée, une relation d'apprentissage, de transmission qui existait auparavant autour d'activités vécues comme profondément masculine (bricolage, mécanique, sport).

Les évolutions historiques depuis ces années là. Depuis les 80' jusqu'à aujourd'hui, il y a eut une très grande évolution des caractéristiques techniques des ordinateurs et de leur diffusion dans les foyers. Les usages des ordinateurs vont se complexifier puisque certaines configurations familiales d'usage qui était rare auparavant deviennent beaucoup plus importante.
Il y a des effets générationnels, les générations les plus jeunes font des progrès plus rapide en informatique que les générations plus agées, on voit des fils plus compétant en informatique que leurs pères. Le prix des ordinateurs a baissé et la technicité ont baissé également. La conséquence est une acquisition par des milieux sociaux qui ne possédaient pas d'ordinateur dans les 80'. L'ordinateur se banalise dans les classes moyennes et fait son apparition dans les classes populaires. Il y a donc des configurations beaucoup plus variées.

Article de JOUËT et PASQUIER « Les jeunes et l'écran » 1999, réseau.
Grand retentissement de l'enquête. Elle déploie une approche quantitative et couple cela a des observations ethnographiques et des entretiens semi-directifs. Cela ne portait pas que sur l'informatique mais sur les médias en général.
Parmi les grands résultats, on remarque les fortes différences selon les milieux sociaux notamment entre milieux favorisés A (économique), milieux favorisés B(culturel), les classes moyennes et les milieux défavorisés.
Dans les milieux défavorisés, la pratique de l'informatique est solitaire. Plus on descend la hiérarchie sociale, on remarque que les enfants sont moins nombreux à avoir un ordinateur chez eux mais en revanche, plus on descend, plus les enfants sont nombreux à avoir l'ordinateur dans leur propre chambre. Les parents d'origine populaire ont acheté l'ordinateur principalement pour leurs enfants, dans l'idée que cela allait améliorer leurs chances dans le monde scolaire et professionnel. Les parents qui ont pris cette décision sont atypique, sont très peu nombreux, dans les milieux populaires. Ils sont engagés dans une stratégie sociale ascendante. C'est un objet perçu comme moderne et éducatif, toutefois ils n'en sont pas utilisateur et surtout pas au travail. Au tout début, cet ordinateur est chargé d'un certain prestige social et pour cette raison, il est placé au sein de la maison dans une pièce vitrine, dans une pièce de séjour mais cet emplacement est très vite problématique : cela génère des interférences avec le visionnage de la télévision, faisant que l'ordinateur se retrouve rapidement dans une chambre. Dans les milieux favorisés, l'ordinateur est installé dans un bureau ou la chambre des parents, dans une pièce plutôt pour des activités individuelles. Les parents des milieux défavorisés ne voient pas l'intérêt de mettre l'ordinateur dans leur propre chambre, c'est donc l'ainé des garçons qui récupère l'ordinateur dans sa chambre. Tout cela s'inscrit dans des relations intergénérationnelles très différenciées. Dans les milieux défavorisés, l'apprentissage de l'ordinateur par l'enfant va être autodidacte : quand on pose la question « Qui est l'expert de la famille en info ? », le père est massivement désigné dans les milieux favorisés A et B alors plus on descend dans l'échelle sociale, plus l'enfant se désigne lui-même comme expert. De même, à la question « Est-ce que tu discutes d'info avec ton père ? », les réponses sont très inégales (50% pour les favorisés, 19% pour les défavorisés). Il y a toujours un décalage entre l'attente des parents de réussite sociale et la réalité des pratiques des enfants qui utilisent principalement l'ordinateur pour jouer.
Des jeunes adultes se passionnent pour l'informatique, se constituant un réseau social, des amis, qui ont la même passion. Dans les milieux favorisés, les pères jouent plus un rôle d'initiateur pour leurs enfants et sont eux-mêmes des grands utilisateurs de la machine. Dans les milieux favorisés, la machine n'est porteur d'aucun espoir de réussite, c'est une machine purement utilitaire et s'inscrit d'avantage dans une vie familiale collective que dans les milieux modestes.
Ces conclusions sont évolutives, et se modifient de façon très rapide. Notamment avec l'utilisation de l'informatique à l'école.

Les garçons parlent plus d'informatique avec leur père mais aussi avec leur mère que les filles. Le père est privilégié dans les discussions autour de l'informatique. Dans les milieux favorisés, cela permet au père d'endosser le rôle de l'expert. Cela produit un modèle paternel qui va faciliter l'identification des garçons au rôle paternel.
Les TIC sont un construit social qui va rencontrer cet autre construit social qui est le genre. Les représentations sociales des objets se mêlent à la représentation sociale des genres.

Sociologie des TIC : Séance 7 : le minitel.

Séance 7 - Le minitel.
L'évolution de la sociologie dans les techniques. 

L'émergence de ce nouvel appareil doit beaucoup au contexte socio-économique. On va s'efforcer de voir les liens avec la sociologie mais de façon assez différente : on ne va pas évoquer la sociologie pour caractériser l'évolution des techniques mais on va plutôt parler des techniques pour expliquer l'évolution de la sociologie. On va voir que la technique et la sociologie ont évolué ensemble, co-évolué.

Le secteur des télécommunications en France au début des 70'.
Il est dominé par l’État. L'innovation scientifique et technique est totalement prise en charge par le CNET (centre nationale d'étude des télécommunications), piloté par la DGT (direction générale des télécommunications). L'un des principaux fabricants de l'époque est la CGE, qui deviendra par la suite Alcatel. A l'époque, le CNET est en situation de pouvoir.
A partir de 1974, cela change. D'autres entreprises arrivent et commencent à concurrencer la CGE, comme Thomson (entreprise fr). Le gouvernement commence à changer sa politique industrielle et notamment le directeur de la CNET, est remplacé et le nouveau change toute l'équipe et permet la concurrence entre les entreprises françaises pour la fabrication pour le service public. Le CNET est recentré sur la recherche pure, loin de l'innovation industrielle.
Tout cela se heurte à des résistances importantes en interne pour maintenir le CNET comme détenteur d'une vision globale de toute l'innovation qui irait de études scientifiques jusqu'à l'application et l'appropriation des nouvelles technologies par des utilisateurs ordinaires. A l'extérieur, les entreprises qui rentrent en concurrence résistent aussi car elles doivent prendre des risques dans l'innovation, elles doivent alors prendre des décisions de développement (auparavant pris en charge par le CNET).
On peut expliquer cela par la fin des 30' glorieuses (en 1973 → premier choc pétrolier) et la crise économique. C'est aussi la mort de Pompidou et on a l'élection de VGE en 1974. L'année suivante, les observateurs commencent à comprendre que la crise économique va être durable, le nouveau gouvernement annonce une série de réforme et notamment dans les télécommunications. L'idée est que les entreprises françaises de ces secteurs doivent devenir plus dynamiques, plus concurrentielles et plus innovantes.
Création de la DAI (Direction des Affaires Industrielles), marquant cette volonté de modifier les entreprises françaises. Cela se passe mal. Le responsable du CNET de l'époque est remercié, sous la direction de M. BERNARD, il est alors soumis régulièrement à des évaluations.

Comment expliquer cette volonté de l'Etat français de se désengager de l'innovation ? Augmenter la concurrence entre les entreprises du secteur des télécommunications ?
Une partie de l'explication est d'ordre économique, comme nous l'avons vu. L'objectif est de développer ces sociétés privées pour relancer l'emploi. C'est aussi pour diminuer les dépenses de l'Etat : on voulait avoir des diminutions de prix des appareils produit par ces sociétés, que l'Etat achetait.
Il faut aussi évoquer les événements de mai 68, qui avaient ébranlé les élites dirigeantes de la France. La classe politique d'abord avec la révolution étudiante. La rencontre entre étudiants et ouvriers s'est faite autour d'une exigence commune d'autonomie. Pour les étudiants, c'étaient de se libérer de l'autorité des adultes mais aussi par celle incarnée par les représentants de l’État. Du coté des étudiants, on contestait les professeurs, l'administration, la police et l'armée alors que pour les ouvriers, cela consistait à réclamer plus de liberté vis à vis des patrons mais aussi vis à vis des agents de maîtrise. On demandait aussi des meilleurs salaires et des meilleurs conditions de travail (avoir plus d'autonomie et d'indépendance dans son travail quotidien).
Ces idées exprimées pendant mais 68 se répandent et deviennent dominantes : les hommes politiques et les dirigeants d'entreprise décident de s'y adapter, en accordant beaucoup plus d'autonomie aux administrés et aux salariés. Le travail à effectué est devenu de moins en moins prescrit, il est devenu plus flexible. La conséquence de cela est qu'on a assigné des objectifs et des ressources à l'individu, dans le but d'atteindre ces objectifs à l'aide de ces ressources, sous peine de sanction : stagnation du salaire fixe et augmentation des primes.
Le livre de BOLTANSKI et de CHIAPELLO. Le milieu de l'entreprise s'est adapté au milieu des 80' à cela. Le capitalisme occidental s'est adapté aux critiques qu'on lui a adressé à l'occasion notamment de mai 68. Le capitalisme a réussi à retourner ces critiques à son propre avantage : il y a bien eut une autonomie et une flexibilité croissante mais elle a été très bénéfique au capitalisme car les entreprises ont alors pu diminuer les coûts. Les entreprises publiques et privées sont devenues plus productives et rentables. Cela a été permis entre autre par l'informatisation des calculs dans les entreprises.

BOLTANSKI montre que la sociologie a évolué en même temps pour accompagner ces transformations. Jusqu'alors, la sociologie s'intéressait principalement aux grands groupes sociaux (classes sociales), considérant que l'individu est assez peu autonome dans ses actions et ses représentations.
A partir des 80', on voit apparaître d'autres sociologies qui affirment l'autonomie de l'individu et plus précisément à ses marges de manœuvre. Cette sociologie commence à s'intéresser aux réseaux sociaux, à la place de l'individu dans sa famille, les relations avec ses voisins, etc. L'individu ainsi situé dans ces réseaux relationnels dispose de beaucoup de libertés. Il peut notamment rencontrer d'autres personnes comme il le souhaite et développer de nouvelles relations.
Cette sociologie nouvelle répond à certains besoins : ceux des élites dirigeantes qui la finance, ils entendent eux-mêmes la faire évoluer. Ces évolutions souhaitées vont vers plus d'autonomie, plus de flexibilité et plus de mise en réseau.

A la fin des 70', la crise s'est définitivement installée en France. A ce moment là, les dirigeants politiques et les intellectuelles estiment que la crise doit être combattue grâce aux TIC : ces technologies peuvent rendre la société française plus productive et plus réactive → la mise en réseau de toute la société. Une des solutions envisagées est le développement de l’informatique et des télécommunications.
En 1978, publication d'un rapport commandité par le gouvernement écris par NORA et MINC, s’appelant « l'informatisation de la société ». Ce rapport insiste sur le retard français par rapport aux USA, il faut y remédier car l'informatique en règle générale mais aussi l'informatique en réseau est un secteur d'avenir. C'est l'époque des premières réflexions sur Internet aux USA. C'est un secteur qui pourrait rapidement créer de la richesse et notamment des emplois, cela peut avoir un effet d’entraînement sur le reste de l'économie, notamment car ce sont des technologies génériques, utilisables dans tous les secteurs de l'économie. Il ne s'agit pas simplement de développer une industrie mais il faut aussi familiariser l'ensemble de la population française avec l'informatique. On parle de télématique : télécommunication et informatique => ce rapport propose d'associer ces deux techniques en mettant en réseau des terminaux informatiques reliés par la prise du téléphone. On voulait proposer à l'ensemble de la population française un service d'information en ligne appelé télétel à partir d'un appareil nommé le minitel.
Se met en place une politique très volontariste. En 1980, année de mise en marche du réseau, annuaire téléphonique en ligne avec le 3611. En 1981, il y a 2500 terminaux minitels installés à VELIZY (expérimentation).
Le minitel a été lancé à la DGT par des acteurs qui voulaient se démarquer du passé, valeurs d'autonomie, de flexibilité, etc. THERY, le dirigeant, s'est très vite passionné pour la télématique. Il a souhaité suivre de très près l'évolution. En mars 1978, il crée une nouvelle structure qu'il appelle le département « Nouveaux produits et services » qui dépend directement de lui et dirigé par NORA (un autre membre de la famille) : il lui demande de se détaché du milieu de la télécommunication qui est pour lui trop dirigé par les ingénieurs d'Etat (des polytechniciens). NORA recrute des personnes issues de la gestion, du marketing et de la culture.
Expérimentation à VELIZY (nommé télétel 3V) : les différents acteurs qui s'en occupent ne sont pas d'accord entre eux. NORA et son équipe considèrent que l'idée est de réaliser une « expérimentation sociale », il s'agit de créer un débat citoyen autour de cette technologie et de sa définition.
Une équipe d'ingénieurs pense autrement l'expérimentation, ils veulent évaluer les spécificités techniques du minitel. Un des objectifs de l'expérimentation est d'évaluer quel va être le nombre maximal de connexions simultanées (charge des serveurs). Ils veulent savoir si l'on va pouvoir lancer tel ou tel nouveau service. Les enquêtes réalisées sont basés sur des questionnaires très simple : si vous utilisez ce service là, combien de fois par jour. Enquête quantitative.
NORA fait des enquêtes plus qualitatives avec des psychologues. Cela montre que les utilisateurs ont une grande déception dans l'utilisation de la machine : décalage entre les espoirs qu'ils avaient placé dans le minitel et la réalité du terminal et des services. Ces utilisateurs avaient baigné dans un intense battage médiatique dans les journaux, radios, etc qui disaient que la télématique allait bouleverser leur vie quotidienne. Le système ne prévoyait qu'une seule messagerie par foyer et sans aucune confidentialité. Pour NORA, le but était d'organiser des débats publics autour de cette technologie. Les plus déçus sont les adolescents et les jeunes adultes, ils auraient préféré une utilisation plus ludique, qui aurait permis des échanges horizontaux directement entre gens du même âge en échappant au contrôle parental.

Nouvelle expérimentation en Alsace à Strasbourg, nommé « GRETEL » en 1982. Les dernières nouvelles d'Alsace voit arriver d'un mauvais œil le minitel, il avait l'inquiétude d'une perte de lecteur.
Des utilisateurs découvrent qu'ils peuvent pirater la messagerie : un informaticien qui possède un micro-ordinateur parvient à entrer dans le système, à changer les mots de passe et à re paramétrer le système pour permettre aux utilisateurs de dialoguer entre eux, en masquant leur identité. L'utilisation de cette nouvelle messagerie explose quantitativement (entre 28K et 39K messages échangés). Cela crée une polémique. Les utilisateurs développent un discours débridé, message d'ordre sexuel et vulgaire.

XXX

Préoccupation autour de l'autonomie de l'individu, autour de sa créativité, de sa liberté, de son épanouissement. Les sociologues français se sont emparés de ces premiers usages, nombre d'enquêtes sur ces utilisateurs. Pour eux, ces nouvelles pratiques ont été rapporté aux ruptures de mai 68. Cette technologie aurait mis en ébranlement les structures traditionnelles : les classes sociales ne seraient plus si déterminantes que ça dans les comportements des individus. On parle d’effritement des idéologies. On met en avant la monté de l'individualisme.

Tous ces mouvements sociaux et culturels sont très présent dans la polémique qui se crée autour des messageries. Peu de temps après, la décision prise à la DGT est de généraliser ces usages apparus à Strasbourg. Se met en place en 1984 le système KIOSQUE. C'est une nouvelle méthode de facturation, qui est rendu indépendante de la distance au serveur, on paye un tarif à la minute. C'est la DGT (future France Telecom) qui facture à l'utilisateur du minitel sa connexion au 3615 puis reverse une partie aux entreprises.
La moitié des connexions sont pour des messageries roses.

Pourquoi les messageries « roses » ont été développé malgré leur mauvaise réputation ? La DGT était contre, à la base : l'Etat française offrirait à ses administrés un service de messagerie rose.
Opposition entre conservatisme et modernisme.
Erreur de communication qui fait que l'Etat français rentre en conflit avec la presse, car celle-ci se sent menacé. MAURI arrive à faire le lien entre la DGT et le monde des médias car il ne vient pas du monde de la télécommunication. Commission de la télématique : structure qui accueille des membres de la DGT, de la presse, etc : arène de la discussion.

Généralisations :

Résumé :
Les évolutions du minitel permettent de suivre les évolutions globales, propre à l’innovation et aux techniques. Cela permet de montrer que la sociologie de l'innovation et des usages et plus généralement l'ensemble de la sociologie s'est transformé en accompagnant ces évolutions. D'une part parce que la sociologie générale s'est intéressée à l'autonomie de l'individu et délaissée les classes sociales. Les sociologues des innovations ont montré que l'utilisateur des technologies peut fait preuve de beaucoup plus d'autonomie que ce que suppose les inventeurs : ces sociologues ont été utilisé par les acteurs industriels qui voulaient encourager cette autonomie. On a affaire ici à des évolutions globales où la sociologie et la technique évoluent ensemble : la technique transforme la société, amenant la sociologie à changer pour rendre compte de cette transformation, mais la sociologie s'est adaptée aussi pour aider à la mise en œuvre concrète de cette transformation.

Sociologie des TIC : Séance 10: le téléphone mobile.

Séance 10 Le téléphone mobile
Application de la sociologie pragmatique.

Situation au début des 90'.
Le téléphone mobile était un objet très rare et très cher. Quand on voyait une personne s'en servir dans la rue, cela constituait un « petit événement ». Des témoignages indiquent qu'il s'agissait d'un geste souvent mal perçu : l'utilisateur du mobile était vu comme le conducteur d'une voiture de luxe, il faisait étalage de sa richesse. On considérait cela comme une consommation ostentatoire.
Les premiers utilisateurs du mobile était des salariés des grandes entreprises internationales, des cadres de direction qui devaient beaucoup voyager : il leur était nécessaire de pouvoir gérer à distance les entreprises dont ils avaient la responsabilité.
Jusqu'au milieu des 90', on considère que le mobile sert surtout à téléphoner pendant les déplacements : c'est pour cela que l'on parle de téléphone mobile.

→ Les quelques sociologues qui s'intéressent aux mobiles vont s'intéresser principalement à la place que prend cet objet dans le voyage de l'utilisateur. On va beaucoup dire que le mobile permet le nomadisme, que c'est un objet nomade.
Ces sociologues font assez peu d'enquête de terrain : ils se contentent d'analyser l'image du téléphone mobile dans les médias, dans la publicité, dans les films, etc. Ces sociologues sont proches des intellectuels, ils s'éfforcent d'analyser le monde contemporain : ils entreprennent ces analyses en réutilisant des discours publics.
Parmi ces individus, on trouve MAFFESOLI, ATTALI et DELEUZE.

La diffusion du mobile :
Après l'année 1997, le mobile commence à se diffuser dans la population, à devenir un objet un peu plus banal. Lorsqu'on regarde les courbes d'évolution du % d'adultes en Fr qui possèdent un téléphone mobile, on remarque une « explosion » qui commence en1998.
1997 → 5,7M ; 1998 → +10M.

L'usage et les utilisateurs en 1997-1998 :
Début des enquêtes de terrain sérieuses. Elles confortent des intuitions misent en forme par les intellectuels dont on a parlé mais il y a des usages qui sont en dehors de ces discours et qui s'éloignent des grandes tendances.
Dans ces années là, on commence à avoir des données assez précises sur les caractéristiques sociodémographiques sur les utilisateurs du téléphone mobile : qui sont-ils ? On remarque que c'est une population qui est très différente de la population française. La CSP la plus équipée est celle des artisans-commerçants, ils représentent ¼ des utilisateurs. Ensuite vient les cadres et professions libérales, 10% des utilisateurs. Puis des micropopulations très faiblement représenté comme les ouvriers, les employés, les étudiants.
On commence à analyser le type d'abonnement : abonnement professionnel ou résidentiel ? En 1998, les usages sont encore principalement professionnel, plus de 50% des mobiles sont acquis dans ce cadre. Le mobile est donc utilisé pour l'essentiel dans un cadre professionnel. Ce qui frappe le grand public et les observateurs, c'est que les utilisateurs s'en servent dans la rue, dans des espaces ouverts et publics, en marchant : c'est de cette façon que les médias les représentent.
Tout cela a tendance à confirmer les premières intuitions mais il y a quelques sociologues qui commencent à douter de cette première vision, ils commencent à se demander si le propre du téléphone mobile c'est d'être utilisé par des individus mobiles qui sont en situation de mobilité.

La première raison de douter de cela, c'est que l'image qui est proposé à cette époque, du nomade, elle décrit souvent un individu qui se déplace dans un espace qui est inderterminé : un aéroport, un hall de gare, une grande place. Mais le lieu occupé n'a que peu d'incidence sur l'usage, ce qui compte, c'est le voyage qu'on est en train de faire. Cela met en scène un acte de communication détérritorialisé.
Une autre raison a consisté à se dire que les petits professionnels pouvaient se caractériser par une mobilité plus forte que les autres individus mais que toutefois, ce ne sont pas les seuls, les étudiants ou certains ouvriers ont aussi une mobilité forte. Ce qui caractérise les premiers utilisateurs, ce n'est peut être pas leur mobilité mais plutôt leur autonomie, leur indépendance. C'est des individus plus individualisés dans leurs comportements quotidiens et c'est surement pour ça que ce sont les premiers à avoir adopté le téléphone mobile. On est à un moment de l'histoire où les grands collectifs, les grandes organisations sociales où se trouvent ces individus sont en train de se transformer et c'est ces transformations qui doivent être observées.

Dans les entreprises :
Ce qui change des les 90' en France, on voit se répandre des organisations matricielles.
Les organisations dans les grandes entreprises sont verticales et hiérarchiques : l'organigramme représente bien cela : chaque salarié dépend d'un chef de service (manager de proximité), chacun de ces managers dépend d'un dirigeant de niveau supérieur, et ainsi de suite.
Dans les organisations matricielles, il y a une seconde organisation qui apparaît, chaque salarié dépend d'un supérieur hiérarchique mais aussi d'un chef de projet : chaque salarié va contribuer à un ou plusieurs projets. Ce sont des structures provisoires (contrairement aux structures hiérarchiques), qui sont définies par un objectif à atteindre et lorsqu'il est atteint, le projet disparaît : cela fait travailler des contributeurs qui proviennent d'un grand nombre de structures hiérarchiques différentes (dans des usines différentes, par exemple). De par ces organisations horizontales, on parle souvent d'entreprise en réseau. Cette situation rapproche le salarié des petits professionnels, il a alors plus d'autonomie car il ne dépend plus d'un chef unique.
→ Ces différences sont sensibles dans les relations de pouvoir mais elle le sont aussi dans les échanges, dans la communication : les communications horizontales entre salariés qui sont dans des structures hiérarchiques différentes sont valorisées. Dans ces entreprises, on applique le juste-à-temps, les entreprises sont plus flexibles et s'adaptent plus vite car il y a beaucoup plus d'échange horizontaux. Enfin, du coté des entreprises hiérarchiques exclusivement verticale, la stratégie qui domine est la planification : des plans sont mis en place et imposés au reste de l'entreprise par le haut, sur des durée longues.

C'est donc parce qu'on attend des salariés une capacité d'improvisation, des échanges en réseaux et une communication horizontale que le mobile s'est développé parmi ces individus.

Dans les familles :
Le téléphone fixe est d'avantage utilisé pour maintenir les relations familiales et son utilisation est soumise au contrôle de la famille : c'est l'utilisation traditionnelle dans les 50', dans les 90' des transformations travaillent ce modèle dominant et elles vont dans le même sens que les transformations dans la sphère professionnelle.
Il y a trois grandes évolutions qui vont dans le sens d'une plus grande complexité des organisations familiales :
→ L'augmentation des divorces et des recompositions familiales. Besoin d'individualisation des communications téléphoniques qui se fait ressentir dans ces familles recomposées. Installation de téléphone dans des pièces individuelles, dans des chambres : on veut proteger la communication du reste de la famille, notamment pour les enfants lorsqu'ils conversent avec le parent non gardien.
→ La démocratisation interne de la famille, rôle sexué et division des tâches un peu plus lâches. On est moins dans des rôles familiaux statutaires et beaucoup plus dans des relations contractuelles : négociation des rôles, qui ne sont plus fixés par des statuts. Cela favorise l'individualisation, l'autonomie et cela permet un besoin plus grand de service téléphonique individuel.
→ L'allongement de la durée de cohabitation des enfants au domicile parental.

Les sociologues vont commencer à douter du caractère exclusivement nomade et itinérant de ce nouveau mode de communication. On se dit que si le téléphone mobile se diffuse, ce n'est pas tellement car il convient à des utilisations nomades mais plutôt par ce qu'il s'accorde avec des besoins d'indépendance qui sont eux-mêmes en plein développement. C'est plus la communication personnelle qui est importante dans le développement du mobile, plutôt que la mobilité.

Sociologie du XXIe siècle :
A la fin des 90 et dans les 2000, de nouvelles recherches sont réalisées sur le mobile et ont comme particularité d'être réalisé par des sociologues qui font des enquêtes ethnographiques, utilisant des méthodes d'ethnométhodologie (GARFINKEL).
→ Ces enquêtes fonctionnent beaucoup par des enregistrements automatiques des interactions : audio, video et photo. Les données empiriques sont donc ces enregistrements. En ethnométhodologie, on a l'idée que chaque détail compte.
→ Il y a des conventions de retranscription : on note par écrit, en utilisant des symboles, des notations, des codes très précis, ce qu'il se passe. On met par écrit toutes les intonations orales, on produit des typologies pour les postures corporelles.
→ Analyse des ethnométhodes : ce sont les manières que vont avoir les personnes d'organiser concrètement leur activité et de la rendre compréhensible. Une ethnométhode, c'est une façon d'organiser une conversation et de donner du sens à ce qu'on est en train de faire, à la fois pour soi-même et pour autrui (avec ceux qu'on communique mais aussi les spectateurs).

Les enquêtes qui mobilisent ce genre d'approche sur le téléphone mobile relèvent de ce qu'on appelle de la sociologie pragmatique (fondée par BOLTANSKI et THEVENOT, principaux représentants sont CHATEAURAYNAUD et DODIER). Ces travaux ont utilisés une notion propre à la sociologie pragmatique française (mais moins importante dans l'ethnométhodologie américaine) qui est celle de « régime d'activité ». On considère qu'il n'y a qu'un petit nombre de comportements sociaux possibles.
Pour THEVENOT, il y a trois régimes d'action :
→ Le régime de familiarité : situations qui sont les plus intimes, quand l'individu est dans son environnement habituel, lorsqu'on utilise des objets familiers.
→ Le régime de l'action en plan (ou de l'action planifiée) : l'individu exécute une activité qui obéit à des règles publiques. Lorsqu'on participe à une compétition sportive, lorsqu'on fait son travail conformément à la définition du poste que l'on occupe dans l'entreprise.
→ L'action à bon droit : cela correspond à des activités soumises à des évaluations juridiques ou morales, comme les actions dans un tribunal. Activité dont la légitimité est un aspect essentiel.

Il existe d'autres régimes d'activité selon les autres auteurs. Ce qu'il faut retenir, c'est que chaque régime correspond à une manière de se comporter, à une manière d'agir, à une manière de rendre son action compréhensible pour soi-même et autrui.

Les premiers français qui se sont intérréssés à la téléphonie mobile en mobilisant la sociologie pragmatique sont LICORPE, RELIEU, ZOUINAR, MOREL et FIGEAC.

L'enquête de MOREL en 2001 :
Se concentre sur les utilisateurs du téléphone mobile mais aussi sur les paroles, les gestes et les mouvements corporels qui sont directement observables, on s'intéresse à la signification, au sens que tout ça prend, à la façon dont l'individu produit du sens pour lui-même et pour autrui.
Cette enquête porte spécifiquement sur les usages du téléphone mobile pendant les déplacements. Dans la rue, dans des gares, dans des salles d'attente, des terrasses de café, des compartiments de train.
Les données consistaient à 54 trajectoires d'utilisateurs : à la fois la communication téléphonique par oral, la trajectoire de déplacement dans la rue et tous les comportements gestuels observés. Une très grande diversité de situations observées, on va s'intéresser à deux ici, des gens qui téléphone en marchant.
On va s'intéresser au trajet que l'individu effectue marchant : MOREL dessinait un plan sur une feuille de papier. L'enquête s'intéressait à la conversation par téléphone, cela a permis de reconstituer des trajectoires de conversation.
Ces trajectoires de conversation avaient fréquemment des caractéristiques qui les différenciaient fortement des déplacements ordinaires : quelqu'un qui téléphone en marchant ne se déplace pas du tout de la même façon qu'un individu qui ne fait que marcher. MOREL a repérer ces différences et il a réussi à faire une typologie. D'abord, les trajets eux-mêmes sont différents : brusques variations de vitesse et brusques arrets. Gestes très différents.
Morel distingue les trajectoires droites, les trajectoires errantes, les trajectoires géométriques et les utilisations en surface restreinte. Chaque type à ses caractéristiques.

Exemple d'une trajectoire errante dans un hall de gare :
L'utilisateur effectue beaucoup de tours et de détours. L'individu à deux reprises s'est arreté pour regarder le panneau des départs de train, il vérifiait surement le temps qui lui restait pour téléphoner. Ensuite, il s'est déplacé vers un pillier de la gare pour s'y arreter, il s'est adosser à ce pilier en utilisant ses pieds sont se maintenir. Il a produit à ce moment là une « niche conversationnelle », un petit périmètre dédié à la communication, passant plusieurs minutes à cet endroit avant de reprendre son chemin.

Le résultat général est que l'utilisateur du téléphone mobile s'efforce le plus souvent de définir un territoire, il tente de territorialiser sa communication, il tente de rendre visible et compréhensible ce territoire pour les autres personnes à proximité. Lorsque l'indivdu est dans un groupe, il s'éloigne physiquement de façon marquée des gens qui l'accompagnent, ces comportements de retrait se font sur des surfaces plus réduites que les individus seuls, ils limitent leurs éloignements. Les solitaires ont tendance à déambuler sur de plus grands espaces.
Lorsque l'individu est accompagné d'une seule personne, l'individu ne s'éloigne pas mais il s'en démarque de façon sensible et visible, en ayant un régime d'activité différent.

Ces individus produisent par une action de mise en scène quelque chose de compréhensible, un régime d'activité qui est particulier. Tout en isolant cet espace dédié à la communication à distance, l'individu qui téléphone continu à gérer avec beaucoup de vigilance la frontière qui sépare cette niche individuelle vis-à-vis de son environnement extérieur et particulièrement des autres personnes à proximité dans cet environnement extérieur.

Exemple d'une personne qui utilise son téléphone tout en restant immobile :
Ces individus vont recourir de façon préférentielle à des espaces très réduit et très spécifiques. Même si les personnes sont sur un trottoir, il y a parfois des comportements d'immobilité totale, par exemple des individus qui vont traverser mais qui s'arretent pour téléphoner, bloquant ainsi le passage aux individus dérrières eux. C'est notable que les personnes s'arrètent lorsqu'elles utilisent un mobile dans un lieu réservé à la marche. Création, une fois encore, d'une niche conversationnelle.
Ces niches sont de deux types :
→ Niche virtuelle : la personne qui téléphone rend manifeste vis-à-vis des spectateurs son occupation d'un petit espace qui lui est réservé (adossé à un mur, dos tourné, regard vers le sol).
→ Niche physique : utilisation de l'espace urbain, comme un porche d'immeuble, un banc, un horodateur ou bien une cabine téléphonique. Caractère fréquent de l'utilisateur de téléphone mobile qui cherche une cabine téléphone pour émettre un appel, cela permet de délimiter une niche conversationnelle, alors qu'une fois dans cette cabine, l'individu peut téléphoner pour moins cher en utilisant la cabine (en 2001).

Ces caractéristiques ont été retrouvé en généralité par les enquêtes de MOREL et par celles d'autres sociologues. Cela a permis d'invalider notablement les intuitions qu'avaient pu avoir les sociologues au début des 90'.
Il y avait une pluralité de mode d'intégration de la communication mobile dans l'espace urbain. La plupart des individus considéraient que la communication mobile était un manque de respect pour les autres en présence, mais cela n'était effectif qu'au début du mobile, par la suite c'est devenu un régime d'activité compréhensible et accepté car les individus ont pris l'habitude de définir une frontière entre leur niche conversationnelle entre leur communication et leur environnement extérieur mais cette frontière n'est pas hermétique, il n'y a pas de comportement de type « autiste » d'individus qui ignoreraient leur environnement, c'est bien le contraire qui se produit.
On est en présence d'une forme de communication qui est une articulation entre la communication proximale (avec les personnes de l'environnement immédiat) et la communication distale (avec des interactants qui sont à distance de la scène observée).

Conclusion :
Ces résultats sont obtenus grâce à des méthodes pragmatiques, c'est grâce à cela qu'on peut rendre visible des ethnométhodes, qu'on peut classer en repérant des points communs, des récurrences et des différences. La notion de régime d'activité est efficace ici pour rendre compte d'un « nouvel » usage. Tous ces comportements sont identiques à ce qu'on peut observer au domicile et sur le lieu de travail : c'est indépendant de la situation géographique de l'individu. L'idée que le téléphone mobile est un appareil nomade a disparu. Ce que ces enquêtes montrent, c'est que la conservation avec un appareil mobile est une conversation individuelle.

mardi 15 novembre 2011

Sociologie des TIC : Séance 6 : La télévision

Séance 6 : La télévision.

Sociologie du public : qu'est-ce que le public de la télévision ? Pour les sociologues, ce public ne se réduit pas à l'ensemble des téléspectateurs : il y a des notions spécifiques qui peuvent étendre la population.

Les origines techniques de la télévision :
Un média ne naît jamais tout seul, il commence à prendre place dans un contexte occupé par les médias déjà existant. L'une des origines de la télévision est la radio.
Au départ, la radio était utilisée principalement pour permettre d'échanger des informations avec des utilisateurs considérés comme des interlocuteurs (les « sans-filistes ») mais ensuite, l'utilisateur est devenu un auditeur avec le mode de fonctionnement en broadcast (avant la WWI).

Après la WWI, des pionniers vont tenter d'utiliser la radio pour envoyer plus que du son, des images. Cela commence avec des images fixes, avec l'inventeur français BELIN. En 1921, il parvient à envoyer une image fixe entre Paris et Bordeaux puis à travers l'océan atlantique. Cette tentative de BELIN prend la suite d'inventions plus anciennes, comme le bélinographe : c'est une technologie qui permet d'envoyer des images à distance avec le réseau filaire (télégraphique ou téléphonique). L'image n'est pas transmise d'un coup mais elle est captée point par point, c'est une forme de balayage horizontale progressif, enregistrant une quantité de lumière entre le blanc et le noir qui était convertit en intensité électrique. En 1914, il y avait une photo d'un journaliste qui avait été transmise à distance de cette façon là.
Ce dispositif a été utilisé après la guerre, non pas pour transmettre une image par un fil mais à travers l'air par ondes radios. C'est assez facile pour une image fixe mais plus complexe pour un film animé. Il faut accélérer le processus pour qu'il y ait une très grande quantité d'images qui se reproduisent les unes après les autres. Ce sont les ingénieurs du cinéma qui mettent au point des caméras et des projecteurs. L'américain JENKINS est un spécialiste des caméras et projecteurs du cinéma et en 1919, il parvient à mettre au point un projecteur sur ce principe, avec un balayage rapide de l'image qui fait que l’œil humain ne parvient plus à séparer les images successives. A la fin des 20', on est capable de transmettre une image filmée en noir et blanc.
Tout cela prend place dans le monde de la radio. Ce sont les entreprises de radio des 20'/30' qui vont tenter de mettre en place des émissions de télédiffusion. Les principales sont NBC et CBS aux USA, la BBC en Angleterre et Radio-Paris en France. La stabilisation dans ces entreprises d’émissions de télévision régulières se fait dans les années précédents la WWII. Le pays le plus en avance est l'Angleterre, en novembre 1936 avec la BBC.
En 1939, il y a 25K foyers en Angleterre qui ont la télévision. Aux USA, il y a 10K foyers. En France, il y en a seulement 200. Au moment où la guerre éclate, il y a des émissions de télévision et les individus concernés vont de quelques centaines à quelques milliers seulement.

Le rôle de la seconde guerre mondiale dans le développement de la radio en France :
Dans les 30', la radio-diffusion était en théorie publique (monopole) mais en pratique plutôt libéralisée. En plus des 15 chaînes de radios publiques, on tolérait une douzaine de stations privées. Comme dans beaucoup de secteurs, pendant la guerre, les stations privées sont interdites pour pouvoir contrôler l'information et une grande partie du personnel disparaît. Après la guerre, il y a en tout en pour tout 2 chaînes de radios, une nationale et une parisienne. Quelques années après apparaît Paris-Inter.
On a d'un coté la station nationale dite de qualité, sérieuse. La chaîne parisienne est moins éducative et culturelle, c'est une radio « légère » alors que Paris-Inter est consacrée à la musique (classique). A la frontière du pays, il y a d'autres radios : Radio Monté-Carlo, Radio Luxembourg, etc. Ce n'est pas un monopole public stricte mais les radios sont contrôlées par l’État.

Extension à la télévision :
Après la guerre, par rapport à la radio, la télévision est un média très modeste, peu connu. Dans les 10 à 15 années qui suivent, le grand média populaire et moderne de l'époque est la radio. Il est assez peu onéreux. Le moment quotidien est le début de soirée où la famille se regroupe autour du poste radio pour écouter les informations. Tout ça est pris en charge par un organisme unique, la RDF (radio diffusion française).
Comme pour la radio, dans les premières années d'après guerre, la télévision reprend. Au début des 50', il y a un millier de téléviseurs en France. Tout au long de la décennie, la télévision va connaître une diffusion croissante et c'est pendant les 60' qu'elle va rattraper la radio. C'est en 1964 qu'une deuxième chaîne de télévision apparaît. A partir de 1949, la RDF est rebaptisé RDTF (Radio-diffusion et télévision française).

J-P ESQUENAZI, la sociologie des publics, collection la Decouverte.

Définition du public :
Un public n'existe que s'il constitue un monde social. Pour parler d'un monde social, il faut que certaines interactions puissent être rattacher sans ambiguïté à ce monde social. La notion de public en tant que monde social a été travaillé par les sociologues qui s'inspirent de la tradition interactionniste, comme Dominique PASQUIER.
Étude du courrier des téléspectateurs de la série TV « Hélène et les garçons ». Pourquoi peut-on dire qu'il y a un public ? On peut constater que ces spectatrices interagissaient entre elles, le feuilleton était l'objet de très fréquentes conversations quotidiennes. Il y avait aussi beaucoup d'interactions avec les producteurs de l'émission, notamment par les lettres envoyées. Enfin, les téléspectatrices elles-mêmes se reconnaissaient comme formant un public : elles écrivaient à titre individuel mais en utilisant le « nous » général.

La notion de public comme groupe est plutôt présente dans la sociologie des pratiques culturelles. On l'a vu à propos du disque. On parle de groupes sociaux, voir de classes sociales. On peut aussi parler de la sociologie des groupes sociaux pertinents (SCOT), comme on l'a vu avec la photographie, ce sont des petits groupes qui se constituent autour d'une technologie. La sociologie des publics n'est pas cela, elle refuse d'être place exclusivement sur la notion de groupe social.

Le concept principal de la sociologie des publics est celui de « médiation », développé notamment par un sociologue français, HENNION. Son objectif est de contester les théories alors dominantes dans la communication : dans ces théories, la communication est la transmission d'un message entre des émetteurs et des récepteurs.
En fait, la communication ne se réduit pas à des interactions entre récepteurs et émetteurs mais il faut ajouter un troisième acteur, celui de médiateurs. Ainsi, lorsqu'on est face à un produit culturel, il y a toujours d'autres acteurs présents : lorsqu'on achète un journal, nous tenons compte d'un grand nombre d'informations ainsi que d'un grand nombre d'individus et d'institutions qui nous incitent à le faire, qui motivent nos choix, etc.
Ces travaux sociologiques se centre empiriquement sur ces acteurs intermédiaires, sur les médiateurs, les acteurs et les diapositifs entre les utilisateurs et les créateurs d'un produit culturel. Ces acteurs et dispositifs ne sont pas uniquement des relais d'informations : l'intermédiation est une transformation. HENNION explique qu'il veut rompre avec la sociologie de BOURDIEU : dans cette dernière, on parle de grands groupes sociaux qui ont des usages différenciés des produits culturels alors que chez HENNION, il n'y a pas de groupes sociaux mais uniquement ces médiations. Ce sont celles-ci qui vont produire un public, le stabiliser, etc.

La mise en place de sondages de la RTF (radio et télévision de France) dans les 40' :
C'est un cas de médiation. Ce sondage n'a pas pour seul objectif de connaître les individus qui vont écouter la radio : il se donne pour but de construire du lien avec les auditeurs car on estime à ce moment là que les émission de radios ne peuvent pas, par elles-seules, construire un lien. On veut faire savoir à l'auditeur qu'on s'intéresse à lui en dehors des fois où il y a des problèmes techniques et de la récupération de la redevance.
Le premier sondage se fiat en 1946 et il est très mal accueilli par la population. Il y a des dizaines de milliers de questionnaires imprimés qui sont diffusés par les mairies et les bureaux de postes. Le nombre de réponses est extrêmement faible, il y a seulement quelques centaines de questionnaires qui sont remplis. Pourquoi un tel échec ?
Il y a à la RTF un service des auditeurs qui s'en inquiète et qui réalise sa propre enquête pour comprendre. Des contrôleurs départementaux sont sollicités à rédiger des rapports par département. Les gens refusent de répondre car pour eux, l'enquête n'a aucun intérêt et parce qu'ils ne croient pas que l'enquête aura un quelconque intérêt.
Le public de la radio n'existe pas au sens sociologique du terme. Il n'est pas structuré comme ce que les sociologues nomment un public car aucune relation n'a été instituée entre les producteurs de l'émission et les récepteurs, aucune médiation n'a été instituée entre eux.

Parmi les dirigeants de la RTF, certains doutent de l'utilité de faire des sondages. Certains considèrent que les réponses que l'on obtient sont des avis informes et maladroits, mal exprimés : l'auditeur lambda n'est pas un bon porte-parole de ses propres goûts, il faut s'adresser aux représentants départementaux et locaux de la RTF elle-même, où l'on trouvera des gens compétents pour exprimer un avis. L'objectif de la radio serait de produire une Education Sociale, on cherche à produire des émissions d'un haut niveau culturel, alors c'est donc d'un assez faible intérêt de connaître les goûts des auditeurs, on sait déjà ce qui est bon pour lui.
Il faut faire connaître à l'individu les émissions à écouter et lui transmettre des critères d'appréciation des émission que l'on produit pour lui. Les enquêteurs se vivent en général comme des missionnaires qui doivent convertir la population à la haute culture. Une nouvelle vague d'enquêteurs va se mettre en place, se déclarant surprise par l'interventionnisme des anciens enquêteurs. La rédaction du questionnaire n'a pas produit de médiation, lorsque l'enquété se retrouve face à l'enquêteur, il ne comprend pas la situation et il l'a trouve sans intérêt.
La RTF met en place alors toute une série de dispositif qui va accompagner la diffusion des questionnaires. Par exemple, avec des camions publicitaires qui informent de la présence du questionnaire et de son utilité, avec des lieux de rencontre, les « halls de la radio », avec de la communication dans la presse, professionnelle et grand public, où l'on fournit le questionnaire dans le journal. C'est grâce à ces nouvelles médiations que progressivement va se constituer un public pour la radio, au sens sociologique du terme, et c'est uniquement après cette phase que les enquêtes par sondage vont se banaliser et se développer progressivement.

Le sondage pour la télévision :
La situation est plus désespérée que pour la radio car la TV est un média totalement méconnu. Les premiers sondages n'ont pas comme objectif de connaître la réaction et les goûts des spectateurs mais plutôt de faire connaître la télévision. En 1956, un rapport de la RTF informe des objectifs des sondages : produire des critères d'appréciation, former les individus à regarder de façon intelligente les programmes, accompagner le travail des agents de la RTF (faire connaître les fonctionnaires, donc) pour enfin crée un climat de confiance, une compréhension et une estime réciproque entre la RTF et le public. On cherche donc à construire du lien, à se faire connaître et à éduquer la population.
Les premières réactions sont assez inattendues : les premiers sondés ne savent pas quoi répondre. Il y a globalement une impression diffuse de satisfaction mais au delà de ça, il y a une très grande difficulté à constituer en expérience communicable ce qu'ils ressentent face aux émissions. Les premiers téléspectateurs ont une âme de pionner, c'est l'idée de participer à une aventure technologique. Il faut réagir à cela en apprenant au téléspectateur à ordonner ses propres réactions. Il faut faire comprendre au spectateur la place qu'il doit occuper. Progressivement, avec les enquêtes successives, les téléspectateurs ont de moins en moins une âme de pionner et savent plus précisément définir ce qu'ils ressentent. Les goûts du téléspectateur ont été précisés, codifiés et améliorés ; on cherche à aider, à former le téléspectateur dans sa maîtrise et son utilisation de la télévision. Le sondage et ses résultats n'ont donc pas pour but de modifier les programmes, mais l'inverse.
La diffusion des résultats des sondages doit rester très restreintes au sein de la RTF, ils sont remis à la direction générale, à la direction des informations et au directeur des programmes. Il y a seulement une douzaine d'exemplaires considérés comme « confidentiels », circulant dans enveloppe fermée. Ces sondages ne doivent pas faire dévier la télévision publique de sa mission d'éducation. En revanche, cela remonte au gouvernement.

Conclusion :
Les premiers sondages pour la radio et la télévision ont été des médiations au sens que donne la sociologie des publics, comme le fait HENNION. Cela montre que le média et le public ont évolué ensemble et dans cette co-évolution, les sondages ont été un outil très important : d'une certaine façon, la télévision se construit elle-même par les questions qu'elle pose à ses publics. Tout ces petits outils pour capter l'information permettent aux acteurs de la télévision de mieux se connaître eux-mêmes, de se préciser qui ils sont et ce qu'ils doivent faire. C'est typiquement une approche de la sociologie de la médiation qui ne va pas considérer qu'il y a des groupes sociaux avec d'un coté des producteurs d'émission et de l’autre des spectateurs. Il y a des médiations entre les deux qui vont permettre à l'un et à l'autre de se construire ensemble, on parle de « performation » : le sondage performe le public de la télévision. Ce mot vient de la philosophie du langage, c'est un mot dont le sens est intermédiaire à la création totale et la simple explicitation : une phrase est performative lorsqu'elle créée ce qu'elle décrit. Le fait de sonder produit un public : on ne peut pas dire que ce public existe avec ses goûts avant les premiers sondages ou que le sondage ne cherche qu'à expliciter les gouts : il faut que l'on apprenne aux individus à mettre en mot ce qu'ils ressentent et devienne communicable.