mercredi 8 février 2012

Sociologie des politiques publiques - CM - Intro et début chap 1

Politiques sociales

P. Nivolle

Dans notre société, où le principe d’égalité et de fraternité sont des principes forts, on voit une grande contradiction entre le principe républicain et le système économique générateur d’inégalité. Pour résoudre ces inégalités, l’État va mettre en place des politiques sociales. La politique sociale nait au XIXe siècle dans le but de maintenir la cohésion sociale dans une société régie par une économie de marché. Les politiques sociales sont une réponse politique à un problème social.
La politique sociale regroupe :
-          Éducation
-          Emplois
-          Salaire
-          Santé
-          Condition de travail
-          Famille
-          etc.

On va ici particulièrement étudier la protection sociale et l’assistance sociale plus les politiques liées à l’insertion sociale et professionnelle.
Les politiques sont structurantes et elles impactent sur les réalités sociales, en cela la sociologie se propose d’étudier les politiques sociales.


Chapitre I : Fondement théorique de l’intervention sociale de l’État : l’invention du social

Nous sommes sur une période, entre 1789 jusqu'à la fin du XIXe, où la France alterne les régimes politiques. C’est aussi une période où nait le marxisme.
Nous sommes aussi en pleine révolution industrielle et de prospérité économique. Dernier point, c’est la pauvreté des prolétaires qui ont en plus des conditions de vie extrêmement difficiles avec la mécanisation et la toxicité des métiers qui se développe.

Dans un régime démocratique, il va donc se poser la question de la protection du travailleur.
L’État va le faire avec la loi du 18 mars 1841 en interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans pour les entreprises de plus de 20 salariés. L’entreprise ne peut donc plus embaucher qui elle veut. Le travail est limité à 8 heures pour les enfants et 12 heures pour les adultes.
On a un changement de paradigme, on ne réprime plus les individus, mais on commence à les protéger.

I)                    Le contexte économique, social et politique au XIXe
a)      Contexte économique
En France, le développement économique est plus lent que les autres pays mais il ne sacrifie pas son agriculture, contrairement à l’Angleterre ou l’Allemagne.
Ce qui marque aussi cette époque c’est la scolarité obligatoire et les thèses malthusianistes qui se développent.

b)      Contexte social
Nouvelle forme d’insécurité, un paupérisme des personnes qui contribue à la richesse de la nation ce qui est paradoxe et montre aussi l’inégalité de redistribution des richesses. C’est le cas des prolétaires notamment, ce qui débouche sur des révolutions et donc une instabilité politique.

c)       Contexte politique
Ce qui régit les liens à l’époque entre employé et employeur, c’est le droit civil. Il permet de définir une relation contractuelle, travaille = salaire. On loue son travail contre une rémunération.
Ce droit civil est consécutif à l’esprit républicain, car on ne peut passer ce contrat que si l’on est libre et égal en droit… en théorie.

Mais si dans l’entreprise il y a un accident un travail, qui couvre le fait que la personne devienne invalide (ampleur nouvelle avec le machinisme) ? Comment prouver le non-respect de la sécurité pour les employés ?
                La création du droit du travail va reconnaitre que l’employer à un lien de subordination envers l’employeur : cela supprime la liberté de l’employé au nom d’une condition d’exercice du travail. Cela restreint la liberté d’entreprendre par la mise en place de l’impôt qui, selon les libéraux, ponctionne les revenus de l’entreprise.
Les conservateurs eux veulent restaurer la cohésion sociale et le bonheur du peuple par un État totalitaire.
                Les marxistes, socialistes,  veulent renverser la société bourgeoise démocratique. Ils pensent que le capitalisme est forcément générateur d’inégalités.

On a une incompatibilité politique et philosophique entre l’héritage des Lumières et les réalités sociales de l’industrie.


II)                  La prévoyance pour les travailleurs et à la montée du paupérisme ouvrier
Pour se protéger, on a deux moyens, l’épargne ou la propriété.
En 1850, l’État tente de mettre en place une caisse nationale de retraite. Ce que l’on remarque c’est que les ressources des ouvriers sont trop insuffisantes pour épargner eux-mêmes, ce qui ébranle même les principes libéraux d’une prévoyance individuelle.

Dans ce contexte, on se heurte à un problème où des gens qui ont travaillé toutes leurs vies sont dans le même état de misère qu’une personne qui n’a jamais travaillé. Cette mise en place de la caisse de prévoyance bénéficiait surtout aux bourgeois qui pouvaient placer de l’argent et s’assurer un pécule pour leurs vieux jours.

Les solidarités professionnelles disparaissent elles aussi. C’est la fin des corporations qui instauraient un devoir de solidarité entre membres de la même communauté. La loi Le Chapelier interdit aux ouvriers de se regrouper et de s’entre-aider en créant une caisse commune.

III)                L’assistance, une protection réservée aux exclus du travail salarié
On a vu les limites de la prévoyance, là on va voir les limites de l’assistance.
Dans les politiques de l’assistance, elles existaient sous la monarchie, l’Église avait une part très importante dans cette bienfaisance, le plus important étant le système de charité. Ce que voulaient faire les révolutionnaires, c’était une bienfaisance républicaine, publique.
Ce qui est important de voir c’est que cela ne s’adresse pas aux salariés. C’est l’idée que toute personne en incapacité de travailler doit bénéficier d’une protection de l’État. Mais cette protection est liée par l’idée de protection des droits de l’homme. Si on ne répond pas à cette forme de misère ont enfreint les droits de l’homme qui pose le principe de l’assistance aux pauvres.
La société va créer un « droit de créance », c'est-à-dire que si l’individu prouve qu’il ne peut pas travailler, la société lui vient en aide, elle a une dette envers cet individu. Il faut être un « vrai » pauvre, ne pas être responsable de sa situation.
Toutes les politiques d’assistances s’appuient sur l’incapacité à travailler. Il faut donc définir qui est un invalide et qui ne l’est pas. Mais on voit surtout que ce ne sont pas des politiques en direction des prolétaires.
La question du travail et de la possibilité de travailler est donc au cœur de l’assistance.

La bienfaisance est une obligation morale de l’État, il est garant de la protection auprès des invalides. Mais la charité est laissée aux soins de communes et des associations charitables. Là encore, l’assistance ne va pas donner lieu à la création d’un impôt. La prise ne charge des démunis reste de l’ordre de l’assistance privée, des dons.

L’assistance publique fait débat. À Paris en 1889 s’organise un congrès international de l’assistance publique définissant des règles d’assistances :
-          Obligation d’assistance relève des collectivités publiques
-          L’assistance est accordée dans le cadre territorial le plus proche de l’intéressé
-          L’assistance, destiné uniquement aux individus sans ressources qui ne peuvent travailler est subsidiaire par rapport à toute autre forme d’aide, et notamment à la prise en charge par la famille, c'est-à-dire que l’assistance n’intervient qu’en dernier recours.

Deux questions de principe sont posées :
-          La première concerne la possibilité et l’opportunité d’imputer à l’État une obligation légale d’intervention et une obligation légale d’intervention en matière d’assistance
-          La seconde pose la question des vieillards, est-ce qu’il rentre en compte dans un système assurantiel ou d’assistance ? Doit-on considérer que c’est un ancien travailleur ou une personne en incapacité de travailler ?

IV)               Premières formes d’interventions publiques : l’État protecteur
Jusqu'à la révolution de 1848, la réinstauration de la république et l’établissement du suffrage universel apparaissent comme le seul moyen de clore l’ère d’instabilité politique et comme la réponse globale aux problèmes de la vie en société.
On va voir la mise en place des ateliers nationaux, mais il faut des ressources pour payer les individus. Les députés ont refusé de lever l’impôt, car on y trouvait majoritairement des députés de la bourgeoisie paysanne.
                C’est un droit créance, un devoir de la société envers la société que de fournir un travail quand le marché est faible.

Durant tout le XIXe siècle, avec l’instauration de la IIIème République on va avoir des éléments de législations qui vont se mettre en place pour protéger les individus. La IIIème République est un État protecteur qui cherche protéger ses concitoyens.

Mais l’État ne va pas encadrer complètement l’insécurité du travail. Selon Robert Castel on a « une politique sans État », c'est-à-dire que l’on protège a minima les personnes, l’État intervient peu dans les rapports entre ouvriers et patrons.

Sociologie de l'entreprise et de la mobilité - CM - Introduction générale (début)

Sociologie des entreprises et de la mobilité – CM (IAZYKOFF).

Introduction

Dans la théorie de la mobilité, il y a trois dimensions : sociale (dont l’école), professionnelle et dans l’entreprise. Que l’on retrouve dans le plan.

Ce cours est basé sur un travail de recherche personnel de plusieurs années du prof. C’est une approche par la sociologie de l’organisation. C’est une méthode opératoire pour analyser le monde de l’entreprise, c’est une sociologie pratique. Les sociologues connaissent mal l’entreprise, ils restent peu de temps dedans, certains se posent la question de ce qu’il advient pour les individus qui restent dans l’entreprise. Le lieu du travail est un lieu d’apprentissage, où l’identité peut évoluer (SAINSAULIEU). Est-ce que lorsqu’on rentre dans l’entreprise, on apporte quelque chose de particulier à l’entreprise ? L’entreprise, c’est aussi un lieu où il y a des relations de pouvoir (CROZIER).

Quels sont les thèmes que nous allons traiter ?
La réussite sociale et ses conditions d’une part, l’insertion au travail, l’intégration, la notion de carrière, le tutorat en entreprise. La compétence avec la GPEC (Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Compétences). Ce cours est plutôt axé sur l’aspect dynamique plutôt que l’aspect stratificationniste.

En quoi l’entreprise joue un rôle dans la mobilité sociale et dans la réussite sociale ?
Est-ce qu’il y a une mobilité spécifique à l’entreprise et en quoi consiste-t-elle ?
Est-ce qu’il y a un enjeu entre ces deux questions ?

Le désir de réussite sociale passe par une réussite professionnelle. Aujourd’hui, les nouveaux arrivants sur le marché du travail cherchent à avoir un équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Est-ce que la place accordée au travail est une chose qui va croissant alors qu’on lui accorde une importance relative ? Est-ce que le désir de réussite est autre que la réussite professionnelle ? Peut-on réussir autrement qu’en se sentant bien dans son travail ? (MEDA).
La mobilité sociale était représenté comme une échelle à deux niveaux : ceux en haut et ceux en bas. Le prince et la bergère. Il y avait un certain fatalisme dans la société, on restait dans sa classe sociale (féodale). Puis est apparue une classe moyenne avec les cols blancs aux USA, les employés.
Il y a donc une complication des échelles de la mobilité sociale : il y a ce qui est inné, ce qui est transmis, ce qui est acquis. On a l’image du « self made man ». On considère que la culture joue un rôle dans la situation sociale : les études et les diplômes ont un rôle, on parle d’intellocrates. La politique, la télévision, etc. La mobilité sociale est donc plus complexe qu’auparavant.
Dans les pays anglosaxons, on résonne en trois classes : upper, middle et lower class. Maintenant, ces trois niveaux sont démultipliés, on parle de upper upper class.

Par les diverses formes du phénomène de mobilité sociale, on peut dire qu’elle renvoi à plusieurs champs. Cela renvoi d’abord à une idée de déplacement dans le champ géographique. C’est aussi la capacité de se mouvoir, de bouger, c’est être mobile mais c’est aussi le fait d’être bougé. On pense aussi au fait que c’est une aptitude au changement avec la mobilité sociale. Aujourd’hui, la mobilité symbolise le dynamisme, ce qui en fait une vertu.

Est-ce qu’il y a une logique derrière cette variété de mobilités ?
La réponse est oui. On a trois niveaux de réponse.
- La mobilité est un évènement, c’est la manifestation d’un processus. Quelque chose qui est peu claire au début fini par donner de la mobilité. Les premières approches sont des théories factuelles qui traitent des faits de mobilité. C’est la conséquence d’une série d’action qui se sont traduit par un changement. C’est un déplacement physique mais aussi psychologique entre deux types de sentiments. La mobilité, c’est aussi l’évolution par rapport à un statut d’origine (sociale).
Les faits de mouvement peuvent se combiner. Il y a de la mobilité liée à l’économie entre pays mais aussi dans le pays lui-même. Mobilité internationale et mobilité intrarégionale.
- La mobilité comme processus. On parle de mouvements sociaux, c’est des mouvements latents avec des sous-cultures. On peut aussi parler de la mobilité des élites (PARETO). De même, on peut parler de la reproduction sociale avec le fait que la société bloque certains mécanismes de mobilité. On s’intéresse plutôt aux conditions du mouvement. C’est des théories factorielles. On cherche à expliquer les mouvements par des structures qui vont générer un certain mouvement et une certaine structuration des hiérarchies sociales. C’est une analyse plutôt fonctionnaliste. Certaines organisations servent de promoteurs sociaux comme l’armée et l’Eglise. Le mode de vie joue sur la mobilité. Le mariage, les jeux d’argent, les réussites artistiques ou sportives, même si ce sont des facteurs secondaires du point de vue fonctionnaliste.
- La mobilité comme une valeur. On s’interroge sur le sens de la mobilité, ainsi que sur l’idéologie qui peut-être cachée derrière l’idéologie. Dire qu’une génération a une meilleure place dans la société que la précédente, c’est déjà dire quelque chose. On parle de la viscosité de la stratification sociale (ou de la fluidité). La mobilité peut être un projet, tous les individus ne sont pas égaux devant la mobilité. Un groupe qui réussit peut changer le comportement du groupe. La mobilité peut aussi produire une désagrégation familiale. ERNAUX : romancière qui explique que comme elle fait des études, alors elle ne peut plus parler avec ses parents car ils sont trop différents. La mobilité engendre des comportements de surconsommation et une radicalité politique. Etre mobile, aujourd’hui, c’est une qualité mais la notion de statut acquis (opposé du statut assigné) prend de l’importance, rendant l’individu responsable de son évolution, de sa mobilité et donc de sa non mobilité.

La mobilité apparait comme un outil de gestion aux mains des directions des entreprises.
Pourquoi ? Aujourd’hui, c’est la crise, après la crise des 20 piteuses. L’exode rural a vidé les campagnes. L’immigration de main d’œuvre. C’est la fin du mirage urbain et le début d’un retour à la campagne. La mobilité s’est accentuée grâce aux transports, certains travaillent loin de leur domicile. Avec le télétravail, on peut aussi travailler à domicile. Le cadre est devenu un SBF, sans bureau fixe. L’entreprise est de plus en plus présente, notamment dans le recrutement.
Beaucoup de facteurs interviennent, obligeant l’entreprise à changer ses approches. Aujourd’hui, la situation professionnelle n’est plus garantie, même dans la fonction publique, avec la mobilité ministérielle. Les notions de métiers et de carrières n’est plus aussi courante, on dit aujourd’hui qu’il n’est plus possible aujourd’hui de faire le même métier à vie.

Les entreprises utilisent donc la mobilité. Pour gérer les sureffectifs, les transferts et les reconversions d’entreprises. On l’utilise dans les délocalisations, les restructurations, dans la gestion prévisionnelle des compétences. La mobilité est un outil pour motiver et stimuler les salariés.
Il y a aussi des résistances à la mobilité, la mobilité est perçue comme une contrainte. Des nouveaux salariés viennent changer la donne en désirant des choses nouvelles, comme un travail intéressant pour les jeunes arrivants sur le marché de l’emploi. Ces jeunes ne se commandent pas de la même façon que les anciens jeunes.

Conclusion de l’introduction :
Il y a une autre lecture possible des phénomènes de mobilité. Il faut utiliser les approches de la mobilité sociale et de la mobilité professionnelle pour parler de la mobilité en entreprise.

Première partie : Les théories de la mobilité.

I-                   Mobilité et société.

La mobilité sociale désigne les mouvements des individus ou des unités familiales à l’intérieur du système des CSP. D’autres auteurs parlent de mouvement à l’intérieur du système des classes sociales, ce qui est moins précis de nos jours.
Dans la conception fonctionnaliste, la mobilité représente un support du maintien de la répartition des CSP. La mobilité a une fonction reproductrice, la société devant continuer à fonctionner comme elle le fait. A travers une telle approche, il y a une hypothèse centrale : la société détermine l’existence, la nature et les flux de la mobilité pour assurer son propre fonctionnement.
Les premières études de mobilité ont mis en avant ce que l’on appelle la mobilité structurelle.

1-      Le rôle central de la mobilité structurelle.

La mobilité intragénérationnelle concerne les personnes qui s’élèvent ou qui baissent dans la hiérarchie socioprofessionnelle ou qui n’occupent pas la même place au début et à la fin de sa vie professionnelle.
La mobilité intergénérationnelle repose sur la profession de ces individus d’une génération donnée à la profession occupée par leur père au même âge.

La mobilité intergénérationnelle pose la question de la structure de la société : des évolutions supposent une évolution de la structure de la société.
On peut observer cette structure dans la répartition des professions. On a observé la diminution du secteur agricole qui est accompagnée d’une industrialisation : un appel d’air des villes et des usines a ponctionné la campagne. Le secteur tertiaire et son développement a provoqué de la mobilité et du mouvement. Aujourd’hui, on observe la même chose avec les professions libérales.
La mobilité qui résulte des changements structurels s’appelle sobrement la mobilité structurelle. Cela rejoint l’idée que c’est la société elle-même qui engendre la mobilité sociale, qui détermine la nature et la force de la mobilité pour pouvoir se maintenir tout en se modifiant.

Cela implique de poser la question des déterminants structurels sociétaux du mouvement : qu’est-ce qui joue sur la mobilité structurelle ?
Les travaux sur ce domaine ont fait émerger des paradoxes relatifs à ces évolutions :
PARETO a produit la théorie de circulation des élites. Son idée est repose sur l’interrogation du fonctionnement de la société qui maintient son fonctionnement par la mobilité de ses membres. Il pense que l’absence de mouvement interne produirait une crise. Les élites doivent se régénérer par des apports sociaux nouveaux venus des couches inférieures, c’est l’idée du sang neuf. PARETO constate que les couches supérieures de la société tendent à se maintenir dans une position dominante en confisquant le pouvoir à leur profit, en provoquant ainsi une crise. Il invoque l’histoire et le cimetière des aristocraties.
ELIAS travaille sur la théorie de la circulation des modèles entre la cour et les bourgeois montants. Les bourgeois ont commencé à ressembler aux nobles, ces derniers définissant le fait qu’ils n’ont pas les mêmes valeurs, qu’ils ont en commun la richesse. C’est le sentiment de délicatesse qui a fait la différence entre les nobles et les bourgeois. Les modèles changent car les bourgeois veulent ressembler aux nobles, ceux-ci voulant se distinguer.
SOROKIN invente la sociologie de la mobilité sociale. Il regarde quels sont les moyens dont use la société pour assurer sa continuité et quels sont les mécanismes qui régulent le mouvement. Il pense que toute société sécrète des mécanismes institutionnels complexes dans lesquels les individus sont guidés d’une position sociale d’origine (PSO) à une position sociale d’arrivée (PSA). Il existe des « instances d’orientation » ou des « agences de sélection », des « filtres », des « tamis » et des « canaux » qui ont une double fonction : ils servent à assurer une certaine continuité des structures sociales tout en faisant en sorte que la « distribution statistique des attentes et projets des individus » ne soient pas trop éloignés des possibilités objectives offertes par les structures.

La société doit alors maintenir une mobilité ascendante pour se maintenir. Des structures doivent alors sélectionner les individus, les disposer, les orienter et les distribuer. Dans notre société, c’est l’école qui a ce rôle-là, elle doit redistribuer les individus à des places de la société.
BOUDON montre que les instances qui devraient tenir ce rôle ne le font pas toujours bien. Il a étudié la mobilité dans plusieurs pays et à différents moments historiques. Les mobilités sont identiques pour des structures différentes : les structures ont le même impact alors qu’elles fonctionnent différemment.
Le paradoxe d’ANDERSON : si on permet par l’école une distribution des diplômes plus importante par le passé, on n’a pas (forcement) à changer la structure de la société.  La conséquence est la dévalorisation relative des diplômes. La mobilité sociale est quelque chose de différent que l’addition de mouvements structurels. 40% des mouvements sont dus à des mobilités de structure.
Il faut donc compter avec d’autres mouvements, non structurels, qui produisent de la mobilité. Qu’est-ce qui peut jouer mais qui n’est pas structurel ?

Aparté :
La mobilité parfaite : c’est l’idéal d’une société fluide. Cela suppose que la position sociale des fils est totalement indépendante de la position sociale du père.

=> Par l’appartenance à un groupe social.
Dans l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, WEBER montre que les protestants s’enrichissent grâce à la croyance envers leur Dieu. Les protestants croient adorer leur Dieu, en fait ils s’enrichissent.
=> Les expériences individuelles.
Les mémoires en cours …
=> Les idéologies.
Cela modifie les perceptions de réussite.
=> L’addition de comportements individuels provoque des effets pervers (BOUDON).

L’école a donné deux visions du sujet :
BOURDIEU => l’école est manipulé par les élites.
BOUDON => l’école est une structure qui évolue indépendamment d’une idéologie.

2-      Institution scolaire et reproduction sociale.

Première chaire de sociologie en France, sociologie de l’éducation à Bordeaux avec Durkheim. La sociologie s’est donc d’abord développer avec l’éducation.

Sachant que les USA et la France ont la même structure, comment cela se fait-il que l’étude de la mobilité est différente en France et aux USA ? Chez CUIN, il explique que la mobilité sociale a été étudiée selon l’angle de vue de SOROKIN alors qu’en France elle a été étudié selon l’angle de l’école. CUIN montre que l’institution scolaire occupe dans la sociologie française la même place fonctionnellement nécessaire que celle occupée par la mobilité sociale aux USA. Pour CUIN, l’étude de la mobilité sociale aux USA et l’étude de l’école en France permettent de légitimer l’ordre sociale existant au nom des idéaux démocratiques que ces structures revendiquent.
On perfectionne l’école en allongeant la durée d’étude mais cela ne change pas la structure sociale, même si cela permet des mobilités sociales (individuelles).

Ces mécanismes de reproduction sociale ont des explications différentes selon les auteurs : tous les auteurs ne pensent pas la même façon l’école.

BOURDIEU explique que l’école est une série de conditionnements. Dans la reproduction des héritiers, il explique avec PASSERON comment la classe dominante reproduit sa domination à travers l’école. L’école porte une culture dominante, ainsi les enfants de la classe dominante sont facilités car ils ont déjà les codes de la culture scolaire. L’école reproduit la société sous couvert de permettre la promotion des jeunes, l’école se dit utile à l’individu en lui permettant une place dans la société selon une logique méritocratique.
Tout d’abord, les élèves ne sont pas homogènes. Ils sont plus ou moins proches des valeurs de l’école. Si l’élève est proche de la culture dominante, il va jouer à un jeu. Si l’élève est d’une autre culture, alors il ne va pas jouer, il va considérer l’école comme une contrainte. L’école considère les individus comme égaux face au système alors qu’ils sont, dès le départ, inégaux. L’école favorise donc des acquis. L’école répond à des conditionnements :
=> Un conditionnement économique : l’école ne rapporte pas d’argent au foyer ouvrier. La troisième voie de l’ENA ouverte aux élèves méritants des banlieues n’est pas un succès. 90% des élèves de l’ENA proviennent de 5% de la population.
=> Un conditionnement culture : on n’accorde pas la même valeur culturelle à l’école. Les élèves des classes sociales défavorisées n’attendent pas d’être éliminés de l’école par un échec à l’examen, ils ont plus de chances de s’éliminer eux-mêmes en ne tentant pas une classe supérieure. Il y a un effet de dissuasion de l’origine sociale.
=> Un conditionnement symbolique : l’école et l’université répondent en théorie à des règles de fonctionnement internes qui sont autonomes, c’est l’école qui définit le bon élève. Le recrutement scolaire à l’université se fait par le BAC, par l’examen et le concours. Cela repose sur un idéal méritocratique, on croit tous que c’est ainsi. En réalité, ces règles contribuent à renforcer la relation avec les dominants, en la masquant. Les critères que nous pensons méritocratiques sont en fait des acquis sociaux en dehors de l’école. Le professeur note une chose qui vient de l’origine sociale de l’étudiant, l’habitus de l’étudiant. Le degré d’adhésion au jeu intellectuel et aux valeurs n’est jamais indépendant de l’origine sociale. Il ne suffit pas d’apprendre, il faut vivre la culture scolaire. Qui va au théâtre, joue du violon, lit des livres et va au musée ? L’école fait percevoir comme légitime le classement qu’elle opère.

lundi 6 février 2012

Urbaine 06 - 02 (cours 1)

Semestre 2


La grosse pomme by night



Introduction


Il existe plusieurs types de sociologies urbaines, parler de sociologie urbaine au singulier est peu pertinent. Ce champ d'étude est très éclaté et quatre formes principales émergent. La sociologie de la ville est la plus ancienne branche de cette sociologie. D'illustres sociologues s'y sont consacrés trouvant surprenant cette forme spatiale particulière (Max Weber). La sociologie des rapports sociaux et des modes de vie en ville se consacre aux rapports entretenus par des individus au sein même de la ville, Autant d'individus au sein d'une même ville est un phénomène récent et développe un sens de la ville. La sociologie des objets urbains est beaucoup plus récente, elle est très actuelle et se cible par exemple sur les jeunes des cités. Enfin la sociologie des influences spatiales se consacre aux effets des facteurs spatiaux sur les interactions spatiales (Goffman en serait un bon représentant).
En général dans la plupart des cas on étudie les trois premières sociologies, mais ce cours va tenter de reprendre la toute dernière conception qui est rarement étudiée.

Pour mieux l'approcher, on va s'intéresser à quatre grands champs de sociologie : économie, emploi, éducation et mode de vie.



 Marx en BD


Influences spatiales dans le champ économique


Liens entre le phénomène urbain et la performance des systèmes économiques


  1. Système économique et performance

Un système économique peut être considéré comme un ensemble d'agents qui produisent un ensemble de biens et services divers et qui les mettent en vente sur le marché. Cela mélange institutions publiques et privées. On distingue les biens pour la production matérielle (technologies, médicaments, …) et les services pour la production immatérielle (comptabilité, conseil juridique, …). L'objectif est de faire des bénéfices, de vendre sur le marché à des prix supérieurs aux coûts de production. L'écart entre le coût de production et la vente se nomme la valeur ajoutée. Cette valeur ajoutée peut se traduire comme une forme de soustraction. La valeur ajoutée d'un système économique va illustrer sa performance, plus il en a, plus le système économique est puissant.

La valeur ajoutée n'est pas le seul indice des économistes. Il existe aussi le Produit Intérieur Brut (PIB) qui est la somme des valeurs ajoutées des entreprises d'un pays, en quelque sorte la valeur ajoutée d'un pays. Cela présente la performance d'un système économique national.

Cependant, cet indicateur est insensible à la taille des systèmes économiques. Par exemple, comparer le PIB danois (210 milliards de dollars pour 5 millions en 2003) au PIB turcs (240 milliards de dollars pour 70 millions en 2003). Il y a donc un effet de taille qui joue et les Danois sont en réalité plus performants que les Turcs.
On utilise donc un indicateur amélioré appelé la productivité : la valeur ajoutée divisée par la quantité de facteurs de production mobilisée. Selon Marx deux grands types de production existent le travail humain et le capital (outil, bâtiment, machines, …). On calcule en général la productivité partielle (productivité d'une facteur de production) et plus rarement la productivité globale (productivité de l'ensemble des facteurs de production).


  1. Performance économique et phénomène urbain : indice d'un lien fort

La science économique orthodoxe s'est vite imposée comme la spécialité des phénomènes économiques. Quoiqu'il en soit, ces gens sont largement majoritaires à ignorer l'influence des variables spatiales. La production n'est fonction que de la quantité de capital qu'on peut mobiliser, la quantité de travail et la quantité de technologie). Pourtant, on constate empiriquement que le phénomène spatial et urbain joue un rôle dans la performance des sciences économiques. Il faudrait ajouter alors un nouvelle variable, celle de l'espace.

  1. Parallèle historique entre développement économique et urbanisation des nations

Il y a un lien historique entre développement économique et urbanisation des pays occidentaux. Ainsi les pays les plus développés du monde sont souvent très urbanisés. La richesse des pays augmente faiblement jusqu'au XIX° siècle avant de s'envoler. La productivité mondiale a été multipliée par 200 au cours de ces deux derniers siècles. Cette période s'accompagne toujours d'une urbanisation très rapide et ce sans exception. Fin XVIII° siècle, la plupart des pays occidentaux étaient urbanisé de 20% à 30% à la fin du XX° siècle, ils étaient de 80% à 90%.
Lorsque l'on compare les pays du monde actuel, mis à part les pays situé sur un puits de pétrole. Toujours est-il que les pays les plus urbanisés sont toujours les plus riches, et vice-versa.

  1. Concentration des forces productives dans les métropoles depuis les années 1970

Depuis les années 1970, on assiste à un redéploiement vers les plus grandes métropoles de la planète. Une grande vague de métropolisation au niveau de l'emploi a eu lieu. Les taux de création d'entreprises et d'emplois ont été plus concentrés dans les métropoles. De même, l'étude des mobilité montre une polarisation des capitaux et des travailleurs vers les métropoles. Aujourd'hui, une plus grande part des richesses mondiales sont produites dans les métropoles. Cette tendance va à l'encontre des théories bâties par les économistes orthodoxes.
Les économiste s'intéressant à l'espace on des théories. L'entreprise, pour faire des profits, cherche à réduire les coûts de production. Parmi ces coûts, certains sont liés aux transports et à la communication. On trouve les coûts de transport, celui des postes de travail, … Dans une entreprise tout le monde doit communiquer ce qui augmente les coûts de communication. Les entreprises qui parviennent à maîtriser cela sont donc les entreprises les pus performantes.
Donc si les agents économiques sont séparés par une distance importante, alors cela augmente les coûts. La ville devient alors une forme utile à la réduction des transports et des communications. La ville est une forme d'organisation spatiale du travail économique qui réduit les coûts. Mais il faut alors que ces coûts soient lourds pour les entreprises. Or dans leur évolution, les coûts de transport sont assez faibles. De plus, parallèlement à la diminution des coûts, les coûts de ses transports ont diminué ce qui s'ajoute aux évolutions techniques et aux hausse des moyens. Puisque cela pèse de moins en moins dans les entreprises, alors elles ne devraient pas se soucier de l'espace. Or au contraire, il semble que ces entreprises vont massivement s'installer dans les villes. Si ce n'est pas pour minimiser les coûts de transport pourquoi s'installer dans ces grandes villes ?

  1. Surproductivité des grandes villes

La productivité des systèmes urbains croît avec la taille des villes, plus une ville est grande, plus cette ville est performante. On sait pour une part que cela dépend de deux effets de structure : activités des structures économiques et de structures des emplois en terme de qualification. Si certains secteurs sont très performants, d'autres le sont moins. Plus le poids d'une ville est grande, plus les secteurs performants et pointus s'y retrouvent concentrés. Cela explique en partie la productivité des grandes métropoles qui sont surproductives par rapport à des entreprises de petite villes ou des villes moyennes.
Il y a aussi des différences de productivité entre emplois au sein d'un secteur économique. La productivité des cadres et des ouvriers est un exemple récurrent. Les ouvriers sont moins productifs que les cadres. Cela est vrai pour l'ensemble des secteurs. Là encore les emplois les plus productifs sont sureprésentés en ville. Plus une ville est grande plus le poids de ses emplois qualifiés est élevé. Dans l'industrie automobile, les cadres élevés sont plutôt dans les grandes villes, les ouvriers plutôt en province.

Si les métropoles sont plus productives c'est parce que les emplois productifs et les secteurs productifs y sont concentrés. Or même en supprimant ces effets, on constate que malgré tout les entreprises restent présentes en ville. Marie-Paul Rousseau a constaté qu'il y a un écart de 14 000 euros supplémentaires en moyenne entre un emploi annuel à Paris et un emploi ailleurs en France. Cet écart de productivité brut s'élève à 35%. En gommant les activités de structures des secteurs économique à haute productivité, Rousseau constate que cela n'efface qu'un quart des 35% de différence. Lorsqu'elle supprime les effets de structure des emplois à haute productivité, cela efface encore 35% des 35% de la surproductivité parisienne. Il existe donc encore 40% de différence inexplicable sur la surproductivité parisienne par rapport à la province.
Pour résumer en gommant les effets de structures, il reste 13% de différence entre Paris et la province. Cela se chiffrait à 24 milliards dans les années 1990. Ce serait le bonus économiques de la productivité parisienne liée à l'attraction exercée par cette immense métropole qu'est l'agglomération parisienne. Ça représente trois points de PIB.

On en conclu donc qu'implantées dans des grandes villes, les entreprises sont plus productives. Sans villes, pas ou très peu de croissance économique. On constate une agglomération spatiale des forces productives alors que les coûts des transports sont faibles. Enfin, même en gommant les effets de structure, les entreprises sont plus performantes en ville.

Contemporaine 06 - 02 (cours 1)

Semestre 2







Amérique du Sud (légende largement incomplète)




Introduction


Chaque semaine CM + article à lire.


L'Amérique latine s'est constituée comme une colonie de peuplement d'Europe. Là où l'Afrique et l'Asie étaient colonisé comme un marché, les Amériques furent peuplées par les créoles qui sont rapidement devenus très nombreux puis majoritaires. Ce furent ces créoles, les élites de l'Amérique au contraire des esclaves et de leurs descendants. Ces pays se sont alors construis sur l'effondrement des cultures précolombiennes. Cette Terre Vierge était pour les colons dépourvue de civilisation. Ils voulurent refonder le monde et la chrétienté. L'Europe était déchue de la chrétienté et il fallait qu'elle se reconstruise ailleurs. Les explorateurs cherchent le paradis terrestre vers l'Est et tombent sur des forêts luxuriantes, des paysages magnifiques, des populations agréables sans vices, … Ces colonies de peuplement permettaient de tout reconstruire à zéro. On a donc une pluralité de noms illustrant l'ambition de recommencer l'expérience de la civilisation (New-York, Nouvelle-Orléans, …). Cela fut aidé par des guerres décimant les peuples mais plus encore par le choc microbien des indigènes, ainsi que par l'alcoolisme amené par les Conquistadores.

Cette Amérique du Nord et du Sud entrent dans l'histoire contemporaine en même temps que l'Europe. Pour nous, c'est 1789, en Amérique du Nord c'est en 1776 avec leur déclaration, en Amérique du Sud aussi on trouve des Révolutions inspirées des deux précédentes. Cela s'explique d'autant plus que l'Espagne s'affaiblit. Toutes ces Révolutions veulent rompre avec l'Ancien Régime, réclament l'ordre, la souveraineté civile, … On a ainsi finit par parler de Révolution Atlantique par abus. Presque tout les pays deviennent des Républiques au début du XIX° en quittant la domination espagnole, sauf le Mexique, le Brésil et Cuba.
Dès cette époque, l'Amérique continue de regarder vers l'Europe d'abord du point de vue politique puisqu'au cours du siècle, elle subit les contrecoups des Révolutions, des restaurations et des Républiques. Les élites descendantes d'Européens regardent donc toujours vers le Vieux Continent. Sur le plan culturel et intellectuel, ces élites regardent non sans envie la culture urbaine par exemple, de l'Europe. Cette communauté culturelle très forte s'atténue par la suite. Mais c'est aussi une dépendance économique qui pousse ces pays à se tourner vers l'Europe avec une dépendance commerciale (ils revendent presque uniquement à l'Europe). L'Amérique latine est très européenne pendant longtemps, effet renforcé par des vagues d'immigrations européennes.
Pour autant cette européanité cohabite avec un métissage très fort de la société. Métissage entre esclave noirs et descendants, Indiens, esclaves chinois, immigrés asiatiques, européens, … Les élites détenant le pouvoir politique et économique et possédant un monopole culturel restant cependant peu métissées, les autres en revanche sont bien plus métissées. Ce métissage va réapparaître dans la vie culturelle de ces sociétés. La spécificité de l'Amérique latine va tenir à ce métissage démographique mais aussi religieux, politique et culturel. Au XIX° siècle, les Républiques d'Amérique latine sont considérées comme des Républiques ratées. Au XX° siècle, les grands mouvements intellectuels et politiques vont apparaître en même temps que ceux de l'Europe mais sans pour autant les imiter parfaitement et se démarquant ainsi de l'Europe.

L'Amérique latine dans sa définition c'est l'ensemble des pays au Sud d'un fleuve : le Rio Grande. Pourtant géographiquement, les Amériques, ce sont deux continents et un isthme dont le Mexique devrait plutôt être du Nord. Cela complexifie l'espace. L'identité linguistique est aussi à remettre en cause. On parle beaucoup espagnol, mais on, parle portugais au Brésil, français en Haïti et en Guyane, néerlandais au Surinam et anglais en Guyana et à Bélize. A cela s'ajoute beaucoup de langues amérindiennes (Quechua et Aymara pour les Andes, nahuatl et maya pour le Mexique ou encore guarami, …). Toutes ces langues cohabitent avec la langue nationale et donc certains descendants d'Européens ont appris ces langues. Si définition il y a, elle serait culturelle avec une Amérique ??? s'opposant à l'héritage des colonies anglo-saxonnes et françaises de l'Amérique du Nord. Cette définition va être reprise par un auteur colombien et développée par les élites européenne considérant que l'Amérique latine, comme l'Europe latine sont proches. On a aussi une sorte d'identité religieuse avec le catholicisme et une forme d'organisation sociale issue de l'Espagne (grandes propriétés terriennes, clientélisme, fragmentation de l'espace politique, société patriarcale, …).


  1. Faire l'histoire à l'échelle d'un continent

Au XIX° siècle, les nations s'inventent et se construisent avec leurs traditions, leurs mémoires, … Cette histoire propre est menée par des politiques à une échelle nationale. Ici on va se détacher du cadre simplement national pour la saisir dans un sens continental. Les grandes Révolutions sont souvent nationales voire nationalistes, des états militaires sont formés mais pas tous. Il y a de grandes disparités entre les pays. Les régions sont parfois elles-mêmes très différentes : Cône Sud (Sud du Brésil, Argentine, Chili) très européanisé avec peu d'indigènes, relativement riches, et culturellement proche de l'Europe / Amérique andine (du Paraguay à l'Équateur) avec une présence très largement minoritaire des Indiens, ces sociétés très pauvres sont aussi très inégalitaires / Amérique Centrale et Caraïbes (depuis le Vénézuela et la Colombie jusqu'au Mexique) tous en contact avec la mer Caraïbe et en contact avec les USA donc très marqués par ceux-ci / Brésil (Nord du pays) très différent du Sud compris dans le cône Sud.
Spécificités nationales, zonales et régionales sont doublées de sentiments d'appartenance tant nationaux que locaux (on parle de petite patrie en espagnol) qui répond bien à l'organisation fédérale de l'Espagne notamment. On a d'abord une identité régionale puis ensuite nationale en Amérique du Sud.
Cela se ressent aussi par des rapports clientélistes souvent régionaux qui bloquent aussi le sentiment national. On s'intéresse alors aux circulations sur le continent pour caractériser cette vaste et diverse zone du monde. Les Révolutions par exemple circulent et c'est en comparant qu'on prendra mieux conscience des choses.

  1. Frontières et périodisations

Les siècles dépendent aussi des grands évènements donc la définition est rarement stricte. Hobsbawm parle d'un long XIX° siècle (1789 – 1914) et d'un cours XX° siècle (1914 – 1971). Ce dernier siècle appelé le siècle des extrêmes touche aussi l'Amérique latine, mais à sa manière. Il commence en 1910 avec trois grands évènements importants : la Révolution mexicaine (1910 – 1917) portant des idées extrêmement modernes entre les hommes, les sexes, les races, … Un apport du progressisme sociale rompant avec l'attitude libéral du XIX° siècle. 1910, c'est l'apparition aussi des partis politiques modernes, structurés autour d'une idéologie, partis de masses souhaitant conquérir le pouvoir. Enfin la Première Guerre Mondiale n'est pas négligeable non plus puisque les effets en Europe vont par écho avoir des conséquences en Amérique latine. Il y a donc des causes endogènes et d'autres exogènes à l'entrée de l'Amérique latine dans ce siècle.
Sa fin est similaire à celle de l'Europe mais les raisons sont éloignées. La chute du mur de Berlin en 1991 n'a pas trop d'impacts. En revanche, les chutes des régimes dictatoriaux de l'Amérique latine tombent depuis les années 1980 jusqu'aux années 1990. Cela ferme la page d'un rapport à la démocratie, au communisme et à l'anti-communisme propre au XX° siècle.


Dans ce laps de temps, on trouve de grandes ruptures. Deux grandes césures en particulier se démarquent : 1930 et 1959. De 1910 à 1930, on a une période très différente de la période précédente puisque les Républiques oligarchiques ont un droit de vote très restreint (moins de 10% de la population) et le pouvoir économique est détenu par un très petit nombre de familles élitistes. Mais elles sont déstabilisées par de nouvelles idéologies ainsi que par des syndicats plus forts représentant l'arrivée politique des masses et des partis radicaux qui prennent appui sur un grand nombre. Autre nouveauté, les USA qui avaient délaissé le continent décident maintenant de lancer leur impérialisme sur l'Amérique latine engendrant un anti-impérialisme élevé.
En 1930, même conséquence qu'en Europe : la crise économique. Pour des pays dépendants de l'Europe, ça va mal. Il y a donc un changement de politique en Amérique latine on ne peut plus vendre aussi bien les matières premières. Cela entraîne donc un industrialisation nouvelle c'est l'Industrialisation par Substitution aux Importations (ISI). Le marché interne de ces pays va être transformé avec une société rurale qui connaît une urbanisation massive, une explosion urbaine et des classes ouvrières. Les classes les plus pauvres sont donc vite menaçantes suite aux Révolutions russes ou mexicaines. Jusqu'en 1959, cela développe de nouveaux pouvoirs : les populismes latino-américains. Ils mènent des politiques très sociales tout en restant très autoritaires (Couple Juan et Eva Perón). Cependant ces pouvoirs vont fonder l'État Providence mais restent pourtant des États totalitaires.
Enfin en 1959, les pouvoirs populistes s'essoufflent et une nouvelle spécificité politique latino-américaine émerge avec la Révolution cubaine de Fidel Castro qui au départ juste révolutionnaire devient vite communiste et prosélyte, souhaitant propager la Révolution sur tout le continent et même au-delà. On a donc une opposition entre les communistes qui veulent la Révolution partout et aussi des élites conservatrices qui résistent et répriment sévèrement ces agitations.


  1. Grands thèmes de l'histoire de l'Amérique Latine

La Révolution dans un continent révolutionnaire, pratique politique légitime dans cette contrée du monde passant au delà du vote.
Le nationalisme très fort au XX° siècle. Il est à la fois proche du notre mais aussi plus jeune et donc différent de l'Europe. Leurs nationalismes sont plus associés à la gauche que ne le furent les nôtres. Ils sont anti-impérialistes surtout face à l'Amérique du Nord et anti-colonialistes vis à vis des Européens. Enfin la dimension sociale est très forte dans leur conception des nationalismes.
L'intégration politique du peuple avec des sociétés très fragmentées, inégalitaires qui va déchirer plus qu'en Europe le continent.

Photo 06 - 02 (cours 1)

Semestre 2


Daguerréotype




Introduction


Thierry Gervais, Gaëlle Morel, La photographie : histoire, techniques, art, presse, Paris, Larousse, 2008. Panorama de l'histoire de la photo, grand public et facile.
Quentin Bajac, La photographie, du daguerréotype au numérique, Paris, Gallimard, 2010.
Adèle Gunther, Michel Poivert (dir), L'art de la photographie, Paris, Citadelles-Mazenod, 2007. Pavé très cher mais très complet, disponible à l'UPEMLV. Très bon outil.
Susan Sontag, Sur la photographie, Paris seuil, 1979. Réflexion sur les caractères, les spécifités de ce médium, écriture stimulante et pleine d'invention.

Etudes photographiques, revue spécialisée pour présentée une histoire par la photographie. Tout est en ligne et on peut accéder à l'intégralité de leurs textes sur internet via leur site. On ne trouve pas cependant les images photos en question.
Culture visuelle, groupe de blogs organisés par André Gunther et qui tourne tous autour de la photographie. Analyse tant historique qu'actuelle avec des décryptages des photos d'actualité (++).
Bibliothèque du château d'eau, spécialisée dans la photographie dans le X° arrondissement de Paris, au dernier étage de cette mairie. Ouvrages qu'on peut emprunter pour trois semaines.
Maison européenne de la photographie, CPIF (Pontault-Combault), Musée du jeu de paume (Tuileries), Fondation Henri Cartier-Bresson (FHCB) près de Montparnasse, Le Bal (lieu d'exposition avenue de Clichy), …

1839 : apparition de la photographie et du daguerréotype (de Daguerre). Ce dernier est un outil permettant un positif direct imprimé sur une plaque de métal. L'image est fine et détaillée et surprend beaucoup les contemporains. Nicéphore Niepce en 1824 reproduit un paysage en posant une chambre noire devant sa fenêtre et il pose pendant six heures sur ce paysage, Le point de vue du Gras. L'image est illisible mais pour la première fois, elle devient mécanique. C'est la première manifestation de la photographie bien que sans lendemain. En 1839, la photographie devient plus courante. Depuis cette date les photos se sont démultipliées dès le début des années 1840 où l'on parlait de daguerréomanie. Au fil des progrès techniques, cela se transforme.

Première évolution, l'apparition du négatif sous forme de plaques de verres et cela permet la reproductibilité de l'image. Ainsi cela permet de rendre le daguerréotype accessible au plus grand nombre passant des classes bourgeoises aux classes plus modestes. L'image mécanique devient reproductible et la photo se dissémine. Vient ensuite l'apparition du film souple qui permet de rendre l'appareil plus mobile. Progressivement, les protocoles de la photographie sont simplifiés, Kodak déclarant « Appuyez sur le bouton et nous nous occuperons du reste ». La photo devient encore plus accessible, les classes moyennes accèdent plus facilement à cette pratique sans être rentier et sans perdre trop de temps. Dans l'entre deux guerres, on rentre dans une nouvelle période : l'instantanée. Cela pousse aussi à la photographie journalistique et on cherche à saisir l'instantanée, Kappa illustrant bien cette pratique avec Foals and soldier. Cela permet d'illustrer les évènements de l'histoire donnant une raison d'être au photo-journalisme.
Les années 1950 sont marquées par la croissance de la couleur sur les photographies bien que celle-ci soit déjà présente bien plus tôt mais de manière marginale. En revanche, les années 1950, ce sont les années de propagation des photos. En effet, le coût de l'appareil devient moins cher et cela permet à tout les milieux d'avoir accès à la pratique photographique. Souvent des moments importants de la vie (communion, mariage, …).
Enfin plus récemment, vers 1990, la révolution du numérique secondée par le web participatif 2.0, donne un nouvel essor à la photo. La pratique argentique devenant minoritaire et réservée aux avertis. Avec le numérique, on a une démocratisation sans précédent de la pratique photographique jusqu'aux smartphones qui intègrent l'appareil photographique. A cela s'ajoute le fait qu'on peut les partager et les diffuser rapidement sur Internet. Flickr par exemple en est le plus représentatif puisqu'il permet de rendre visible par défaut les photos, c'est donc un partage. Via les tags et les discussions en ligne, Flickr assure un essor de la photo. Bien entendu, cette pratique permet de développer le journalisme-citoyen. Chacun devient photo-journaliste et diffuse par les réseaux ses informations, pouvant être repris par les médias traditionnels.

Cette production n'a cessé d'augmenter avec un nombre de photos gigantesque et toujours croissant. Pourtant malgré cela, peu d'historiens se sont permis d'étudier l'histoire autour des photographies. L'Histoire de la photographie, de ses courants et de ses techniques est connue, l'Histoire par la photographie elle reste minoritaire. Les historiens privilégient toujours les sources écrites, à la limite le cinéma est étudié par les historiens. L'image photographique en revanche, c'est encore peu le cas.
Pour comprendre cette image dans l'Histoire, il faut revenir aux sources du média parce que celle-ci pose de nombreux problèmes.


Intérieur de la Library of Congress






Les historiens et la photographie, un état des lieux


On constate une présence massive des photographies dans nos sociétés notamment via le développement d'internet et du web 2.0. La communication visuelle pourrait même prendre le pas sur l'expérience écrite. On a en tout cas une saturation d'image qui brouille les codes visuelles. D'où l'urgence de fonder cette culture visuelle qui permet d'affronter notre société avec un regard critique. De plus, c'est en vertu du recours massif de la photo comme support pédagogique donc il faut des outils d'interprétations.

  1. Des images d'enregistrement omniprésentes

Ces images d'enregistrement, donnent des productions médiées par des subjectivités venant de l'artiste. Dans le cadre de la photographie, on a un procédé technique à l'origine de l'image d'enregistrement ou mécaniques. En 1839, pour la première fois on a des images qui ne passent pas par la production humaine. D'où leur usage dans les sciences notamment.

  1. Un accès facilité, des outils renouvelés

On a de nombreuses librairies qui recensent des images comme la Library of Congress qui donne accès en ligne à un importante quantité photographique (Prints and photographs reading room). Il est possible de télécharger ces images en grand format. Lewis Hine par exemple documente le travail des enfants au début du XX° siècle, l'arrivée des immigrants à Ellis Island, … Walker Evans, pape de la photo documentaire, Dorothy Lange, …
En France, on trouve via la BNF, le réseau Gallica avec un domaine photographique est aussi assez bien organisé. On peut se référencer à l'Histoire par l'image, site qui vise à donner des clés de compréhension sur l'image. C'est une mine pour la période de 1789 à 1939, et cela permet d'agrémenter les exposés.
On trouve par l'INA, Jalons pour l'histoire qui est peut-être plus axé sur les films.
Les plateformes de partage de photographie sont aussi une source avec Flickr, grand succès du web interactif. L'internaute peut commenter les photos en ligne avec plus de 5 milliards de photos. On trouve Photo normandie qui est une expérience de crowdsourcing, initiative qui permet de mélanger des archives du débarquement mal légendées en faisant appel à des individus lambda. C'est un vrai succès puisqu'on trouve des groupes de photographes, des professionnels des jeeps de la WWII, des professionnels de tout les points, … De fil en aiguille, on parvient à redocumenter ces images au départ gênantes par leur manque de clarté, de lisibilité. On parvient alors à relier le tout à d'autres images d'autres fonds photographiques et d'autres documents (tel l'INA). On trouve aussi le projet The Commons, de grandes institutions mettent à disposition de tous des photographies du domaine public, cela fait de la pub aux grandes institutions et à Flickr.

  1. Une nécessaire culture critique des images


Etat 09 - 01

Précédemment : Etat 12 - 12





  1. Étudier les institutions

Dans la sociologie française actuelle, on trouve beaucoup de travaux sur des institutions spécifiques (maisons de retraite, école, hôpital, …) Mais peu de travaux sur les institutions analysées de manières transversales. Malgré tout on constate une tendance qui est la résistance ua changement. Dans les institutions et en particulier dans les institutions publiques, il y a des résistances au changement. Deux thèses classiques dominent : les institutions sont monolithiques et ont un caractère invariant, elles sont alors vues avant tout sous l'angle de domination et de l'autre coté on parle d'un déclin et d'une fragilisation des institutions contemporaines. Elles seraient en miettes.

Dans les institutions toutes puissantes, on trouve Bourdieu, Foucault et Goffman. Les institutions totales contrôlent de façon absolues tout les actes des administrés. Il y a donc une notion de rôle et tout les comportements de rôles des individus devraient être encadrés par l'institution. Foucault développe le cas de la prison, dans Surveiller et punir. Il constate leur multiplication au cours du XIX° siècle. La notion importante est celle de la discipline qui s'inscrit dans l'architecture des bâtiments puis dans le détail de la vie quotidienne des prisonniers. La vie quotidienne est chronométrée et régulée ce qui ne lui laisses pas de choix réel, donc une discipline imposée par l'institution. L'individu incarcéré est réduit à son statut de délinquant et devient comme l'institution l'exige. Foucault souligne aussi qu'il y a un contrôle si fort de l'État par ses institutions que cela se marque dans la discipline des corps même. En terme d'architecture cela s'impose par le Panopticon de Bentham qui est un bâtiment construit de telle manière que ses occupants sont toujours vus. Le service pénitentiaire doit d'ailleurs surveiller et rédiger des fiches de détenus pour que derrière on puisse déterminer le caractère de chaque délinquant et adapté les punitions selon la délinquance. Cela sous-entend que le personnel est complice de cette technique. Pour les gardiens aussi le rôle institutionnel est fort. Foucault montre bien le dressage (ou redressement) dans ces institutions totales tant des détenus qu'on doit remettre dans le droit chemin mais aussi dans celui des geôliers.
Goffman dans Asiles analysent les hôpitaux psychiatriques et arrivent à des conclusions analogues avec une définition similaire à Foucault des institutions totales. Par contre Goffman met en évidence la marge d'autonomie des individus, ceux-ci peuvent mettre leur rôle à distance. De même, les malades ont un rôle avec lequel ils jouent.
Pour des institutions plus communes mais toujours puissantes, il y a aussi des analyses comme celle de Bourdieu sur l'école par exemple. Selon lui, les institutions produisent un contrôle généralisé des individus. Il y a une forme de domination matérielle et symbolique qui y a cours. Les populations se voient alors imposer des positions et des trajectoires sociales spécifiques. Vers la fin de sa pensée, Bourdieu parle de « démission de l'État » ce qui est pour lui non pas tant que l'État s'affaiblit mais qu'il renonce à son rôle de lutte contre les inégalités et les ségrégations, l'État devient néolibéral. A ces yeux les notions « travaillent sur autrui » pour façonner leur public et ce de deux manières : par l'assujettissement (règles coercitives ou mécanismes de contrôle) ou par la responsabilisation (les rôles dévolus aux usagers sont d'être responsables).

A l'opposé les visions présentant un déclin des institutions se retrouvent plus chez Dubet qui analyse le rôle de l'école et du travail social. Ce qui change pour lui c'est le fait que les institutions ne peuvent plus aujourd'hui définir un bien commun. Auparavant il y avait un accord sur le bien commun qui faisait que les institutions transforment le public en sujet. Son évolution mouvante laisse des espaces aux individus qui s'en saisissent pour redéfinir plus librement leur attitude. Mais la définition du bien commun est devenue problématique et il y a des contradictions croissantes qui agissent en fonction du bien commun. Au niveau organisationnel, on observe un recul du modèle démocratique et une nouvelle façon de faire, moins traditionnelle (NMP). Au niveau sociétal enfin, les individus ont des identités plurielles, ils ont alors d'autres attentes. On a donc une montée en puissance des usagers qui conteste l'État. Il y a une remise en cause des institutions selon Dubet dans toutes les institutions (école, hôpital, …). Ces évolutions ne sont pas juste le produit du néolibéralisme mais aussi une conséquence du processus de néorationalisation prévu par Weber avec une diversification des tâches plus forte. C'est aussi le fruit d'une société individualiste et d'un processus de laïcisation car pour Dubet, les institutions en France et l'idéologie républicaine qui les soustend sont formées avec la III° république et forme une sorte de religion de l'État. Cette République croissante développe donc des contestations croissantes.

Aujourd'hui on a plutôt tendance à croiser les deux interprétations, les institutions veulent enfermer les individus dans leurs rôles mais en même temps, elles perdent de leur influence.


  1. Faire l'expérience de l'État au quotidien :relations de l'État à ses administrés

L'intérêt de ces travaux sociologiques datent des années 1990. Depuis longtemps les institutions s'intéressaient à ces aspects qui finançaient ce genre de travaux d'études.

  1. Les guichets, un bon poste d'observation

Pour Dubois c'est un petit objet qui permet d'observer de nombreux éléments. Ce qui en ressort c'est que le guichet est un espace matériel qui représente la bureaucratie avec une barrière matérielle et symbolique qui marque la différence entre l'État et l'adminsitré marquant l'autonomie de ce premier. Les guichets sont aussi l'endroit des réformes avec la modernisation des services et on peut observer leurs effets. On y voit aussi les pratiques des usagers et les représentations qu'ils se font des institutions. C'est l'ensemble des rapports sociau (de pouvoir ou de classe) qui y apparaissent. Cette sociologie est intéractionniste mais aussi des sociologie de organisations.

  1. Les rapports de domination entre administrations et usagers

Il existe deux formes de domination : impersonnelle et interpersonnelle. La première c'est la violence symbolique produite par les catégorisations, le fait que l'administration traduise en normes administratives des situations personnelles (la complexité d'une vie est réduite à certains traits : chômeurs, mère célibataire, handicapé, …). On remarque aussi que certaines catégorisations ne sont pas que de la catégorisation, elles ouvrent aussi à des droits définis collectivement qui ont été obtenus par des luttes sociales. Elles marquent la reconnaissance de ce statut social.
La domination interpersonnelle permet de montrer que la bureaucratie n'est pas juste anonyme. Ces individus qui sont dans une situation de supériorité vont se permettre d'établir des jugements moraux sur les personnes sous leur domination d'autorité. Cette asymétrie des positions au guichet rend ce jugement possible. Ca reste aussi à nuancer puisque le rapport peut être tempérer selon les écarts de pouvoir. De plus, cela ne prend pas en compte les usagers qui ne sont pas que passifs ou dominés (leur énervement ou leur engueulades peuvent faire avancer leur dossier et ils le savent).

  1. Le cas des usagers issus des milieux populaires

Yasmine Siblot qui étudie la CAAF, la Poste et l'administration d'un quartier défavorisé particulier. Les classes populaires sont hétérogènes, on est plus ou moins proches des classes moyennes et il existe de grandes variations selon qu'on habite un quartier stigmatisé ou que l'on soit d'origine immigrée. Elle se demande alors si ces classes ont un rapport spécifique aux institutions publiques.

Siblot constate que les relations aux administrations publiques sont plus fréquentes que d'autres milieux sociaux soit par nécessité économique, soit par obligations (chômeurs, immigrés devant renouveler leurs documents, …). Il y a des formes de dominations culturelle et symboliques qui peuvent être renforcée quand les usagers ne comprennent pas toujours les démarches administratives ou quand celles-ci maîtrise mal l'écrit et/ou le français. Cela effectue une distance entre les classes populaires et l'administration (nous/eux). Il y a un fort attachement à la situation sociale d'une part la nécessité ??? Il y a une grande différenciation dans les représentations entre les institutions donnant des droits, plutôt valorisée, et celle n'en donnant pas qui sont perçues comme dégradantes. Enfin elle remarque enfin que dans les relations de face à face avec les agents au guichet, il y a des proximités qui se créent car ils sont parfois eux-mêmes des gens de classes populaires, parfois du quartier et aussi par des relations d'habitudes qui se nouent entre la personne au guichet et celle qui s'y rend. Il peut y avoir des pratiques d'entraides. Pour Siblot la distance au guichet est partiellement abolie par la proximité du voisinage.

La relation est donc ambivalente entre des usagers très exigeants envers leurs institutions parce que celles-ci leur distribue de la reconnaissance sociale ou bien les en privent. Les institutions ont donc une fonction intégratrice et socialisatrice qui s'avère très importante.

  1. Les pratiques administratives domestiques, un partage des tâches genré

Au sein de la famille, il y a un partage domestique de ce qu'on appelle faire la paperasse. Les tâches administratives supposent des compétences (lecture, écriture, classification, relationnelle, sociabilité, …). Mai surtout cela demande de maîtriser les catégories administratives et de comprendre le fonctionnement des institutions. Dans les analyses classiques de Robert Hoggarts et Olivier Schwartz, on découvre que les tâches administratives sont plutôt prises en charge par les femmes dans les classes populaires. Siblot nuance cette idée entre les tâches qu'on fait et celles qu'on valorise. Elle distingue trois cas de figures :
  • Les femmes font tout le travail administratif en général quand il y a un décalage scolaire entre femme et mari. Mais elle le mette pas en avant en général.
  • Les hommes font tout le travail administratif, là encore, il y a un fort décalage scolaire au bénéfice de l'époux. Mais dans ce cas, ils le valorisent comme un savoir-faire.
  • Le partage des tâches administratives au sein du foyer est la norme la plus courante. Ainsi les hommes remplissent les déclarations d'impôt, tâche annuelle mais très importante et donc avec un prestige symbolique. Par contre les démarches couteuses en temps et quotidiennes sont plutôt le fait de femmes qui se déplacent plus facilement sauf en cas de situations conflictuelles.

Un autre point intéressant est le rôle des filles ainées en particulier dans les familles immigrées mais pas seulement. Siblot voit un cas de figure se répéter, le père gère les affaires administratives seul puis il se décharge sur la fille ainée si elle est assez grande. La fille ainée devenant la « secrétaire de la famille ». Mais ces tâches sont aussi des ressources pour les filles ainées. En premier lieu se sont des ressources symboliques dans la reconnaissance sociale, certaines à force de côtoyer les institutios forgent des liens. En second temps, les femmes identifiées comme telles se voient demandées des conseils, des coups de main par rapport à ces compétence administratives. De plus, pour certaines contrôlées par leur époux, c'est l'occasion de sortir légitimement. Enfin, quand cela va de paire avec la croissance des compétences scolaires comme compétence valorisée.
Siblot tempère tout de même cela car ce genre de compétences ne sont pas très reconnues professionnellement dans la société.