lundi 2 avril 2012

Médiévale 29 - 03 (cours 7)

Précédemment : Médiévale 22 - 03


Figurine d'un Sarrasin



On connaît l’histoire d’Othere, chef viking norvégien, fournisseur de la cour d’un roi du Wessex, Alfred le Grand. Même en pleine période d’attaques vikings, les relations commerciales entre les deux chefs ne s’interrompent pas. Un moine de la cour de ce roi a mis par écrit la vie de ce chef viking. Il se qualifie comme chef à la fois éleveur, chasseur, agriculteur, … Mais sa principale source de profit vient du commerce de fourrures, d’os (de baleine et d’ivoire de morse). Fin IX° siècle, malgré les pillages vikings, le commerce avec eux est maintenu. Même s’ils sont marchands, on sait aujourd’hui que les Vikings se déplacent toujours très armés, notamment pour le prestige que cela offre à celui qui les possède. Ces armes sont très proches de celles des Francs, voire sont d’origine franque. Il est possible qu’une partie de ces armes soient razziées aux Francs, une autre a du être vendue en dépit de la menace capitulaire de mort. De plus, une partie a fini par être produite en Scandinavie, leurs forgerons acquérant un certain prestige. De même pour les casques.
Les armées vikings sont de petites tailles, les flottes importantes en réunissaient plusieurs ensembles. Avant la seconde moitié du XI° siècle, Les armées vikings formaient de petites armées privées. Le succès viking ne tient pas à leur supériorité numérique, ni leur supériorité d’armement mais bien à leur vitesse et à l’effet de surprise lié à leurs bateaux. Ces navires allaient vite et par leurs fonds plats pouvaient remonter haut le long des fleuves. Si le mot est snekkja, on parle de drakkar à cause du petit dragon sculpté en proue du bateau, le drekki. Il devait soit effrayer les ennemis, soit effrayer les monstres marins. Lorsqu’il n’y a pas de vents, ils se servent de rames. Notons qu’ils peuvent transporter sur ses bateaux de nombreux équipements dont des chevaux qui permettaient de continuer les razzias en terre. Mais ces bateaux coutaient chers et assuraient un prestige, donc seuls une bonne assise dans la société scandinave permettait cela. On y tenait tellement, que leurs propriétaires une fois mort, on brulait leurs bateaux et on enterrait le défunt avec les cendres. Une autre pratique était d’incinérer le défunt avec son bateau. Les tombes les plus prestigieuses sont comblées par des animaux, des ustensiles pour le banquet d’Odin, des esclaves pour aider à la cuisine, … Seule l’élite des guerriers pouvait en bénéficier. Cette élite de guerriers est aussi l’élite économique et politique. Les armes dans les tombes sont souvent des armes franques et, dans ce contexte, cela est soit venu du butin, soit d’un cadeau.

L’expansion viking se fit en trois phases. Jusque vers 830, on a des raids très sporadiques et isolées. Elles sont montées contre des objectifs sur les côtes. Le plus ancien raid connu date de 793 et eut lieu contre le monastère de Lindisfarne, un des plus grands monastères du monde Anglo-Saxon, qui fut entièrement brulé. A partir de 795, ils s’en prennent beaucoup à l’Irlande. En 799, ils attaquent les côtes du royaume franc. Charlemagne inquiet demande des fortifications sur les côtes et la rénovation des phares.
Dans un second temps, entre 830 et 865, les Vikings reviennent sur le continent et profitent du désordre politique pour remonter loin dans les terres par les fleuves en remontant à Orléans pour la Loire et à Meaux pour la Seine. Ils s’établissent à demeure sur l’embouchure de la Seine tout en continuant leurs razzias dans le bassin versant de la Seine. Ils feront d’ailleurs un raid sur St-Denis enlevant l’archichancelier du royaume, cousin germain de Charles le Chauve. Le roi va devoir lever une rançon énorme pour libérer son cousin qui serait montée à 688 livres d’or et 3 250 livres d’argent. Les Grands en ont assez que Charles lève si régulièrement le Danegeld, prix demandé par les Danois. Cette pratique vient des monastères en premier lieu qui payaient les Vikings pour leur départ. Le pouvoir royal sous prétexte d’acheter le retour à la paix, fait de même ensuite. Durant cette phase, les Vikings s’enrichissent considérablement. Ainsi le trésor de Hon en Norvège semble avoir une des parties du pillage de St-Denis avec une fibule, des monnaies et des bijoux scandinaves. La plupart des trésors volés au royaume franc furent donc refondus, et ceux qui sont restés intacts sont plutôt d’origine anglo-saxonne. On pense aussi que de nombreux cadeaux circulaient entre chefs vikings qui n’étaient pas fondus.
Fin des années 865 jusqu’à 930, on entre dans une nouvelle phase, celle de la fondation de nouveaux Etats vikings. Ils fonderont le royaume de Dublin qui fut assez éphémère, mais surtout l’Est de l’Angleterre, le Danelaw, avec le royaume d’York en 876 par exemple. Enfin, ils s’installent aussi en Normandie. En 911, est signé le traité de St-Clair sur Epte. Le roi franc Charles le Simple a cédé à un chef viking nommé Hrolf ou Rollon. Le but est que Rollon qui reçoit la région dévastée doive la protéger des attaques vikings. On considère que c’est la fondation du duché de Normandie puisque les fils de Rollon prendront le titre de Duc des Normands. Ce n’est pas la première fois que cette stratégie est mise ne place, mais là elle va marcher. En effet, Rollon et ses fils vont vite s’intégrer à la vie politique du royaume par la parenté spirituelle, par des relations de fidélités aux grands francs (Rollon fut vassal de Robert de Neustrie, ancêtre d’Hugues capet), par des alliances matrimoniales, … Ces Vikings se sont acculturés en acceptant les mœurs franques. L’Eglise joue alors un rôle important, le fils de Rollon, Guillaume Longue Epée fut d’ailleurs très conseillé par l’Eglise.
La question est alors de savoir si la Normandie fut une colonie viking, les archéologues n’ont rien retrouvé comme traces typiquement viking. La trace principale est toponymique avec les noms de lieux en –tot. Alors les vikings ne devaient pas être très nombreux certes, en revanche les élites qui se sont implantées sur place se sont appropriés des terres parfois même des villes qu’ils ont nommé dans le style viking. On a aussi des mots dans le vocabulaire normand voire français (tribord, babord, …) surtout concernant le vocabulaire marin. On a aussi des traces dans les noms de famille, aujourd’hui encore avec des transformations, on a des noms de personnalités dérivées d’ancêtres vikings.

Le phénomène viking est donc complexe mais fut déterminant en Europe. Aujourd’hui on nuance le seul coté pillages et incendies. On souligne le fait que l’Eglise s’est enrichie en acquisitions foncières sur le long terme. Autre point des économistes, les Vikings en pillant les trésors ont remis du métal précieux en circulation qui fut réinvesti dans les circuits économiques en particulier dans les mers de Nord, ce qui explique que se soit la région qui par la suite deviendra le poumon économique d’Europe. Ces pillards ont redistribués les cartes économiques au profit de la mer du Nord pour le début du Moyen-Age. Enfin cela a abouti à l’intégration de la Scandinavie dans la culture européenne et à la constitution d’Etats monarchiques dans le Nord de l’Europe. De plus, les Vikings ont découvert de nombreuses terres en colonisant l’Islande, le Sud du Groenland jusqu’au XIV° siècle (ils furent décimés par une épidémie) et l’Amérique du Nord qu’ils ne colonisèrent pas longuement.

B.     La piraterie sarrasine

Ces pirates musulmans pillent le sud de l’Empire avec Nice en 813, Marseille en 834 et en 838. Ils prennent aussi la Sicile en 827 et s’y implantent pour attaquer l’Italie du Sud. On a donc aussi deux phases : de pillages puis d’installations. Il n’y a pas non plus d’Etats derrière, ce sont des pillages pour l’enrichissement et non pas au nom de Dieu. Il s’agit surtout de faire des bénéfices.
Ces pirates viennent de l’émirat de Cordoue pour une part et de la dynastie des Aghlabite au royaume éponyme, en actuelle Tunisie. Ils s’installent aussi dans des repères en Provence et dans les Alpes ce qui multiplient les embuscades entre l’Italie et la Provence et pose de nombreux problèmes. De plus, ils s’en prennent à Rome et la sécurité est renforcée de plusieurs manières. Malgré tout leurs efforts, les Sarrasins s’arrêtent durablement sur les côtes italiennes. Du coup, cela ferme le grand commerce en Méditerranée et favorise la Mer du Nord où les richesses transites.

C.     La frontière orientale

Les peuples de Moravie commencent à s’organiser en Etat avec quelques Moraves christianisés qui s’y attaquent. Les Avars que Charlemagne a massacré, laissent un vide dans leur royaume que les Bulgares viennent combler en s’attaquant à l’Empire ce qui empêche toute extension de l’Empire. Les Bulgares ne font pas des raids de pillages mais sont en conflit ouvert avec les Carolingiens et ne souhaitent pas se soumettre. On mesure donc à quel point l’Empire est menacé.

Louis le Pieux n’a fait aucune conquête et lutte surtout contre l’instabilité politique menaçante au sien de son Empire. Cela est d’autant plus difficile que les caisses de l’Empire sont vides en richesses et en terres. Même sans la naissance de Charles le Chauve, l’ordinatio imperii était menacé puisque l’aristocratie laïque ne voyait pas l’intérêt de conserver un seul Empire en danger alors qu’en s’engageant avec un de ses fils, elle pouvait lutter contre les deux autres.





2.      Les dernières années du règne de Louis

Louis le Germanique, qui a sorti son père de la prison de St-Médard, ne reçoit guère beaucoup plus de son père. Il complote donc avec Lothaire. Leur père furieux de ce rapprochement décide en juillet 838 de ne laisser à Louis le Germanique que la Bavière en lui reprenant les promesses alors faites. En septembre de la même année, Charles le Chauve reçoit de son père les armes qui font de lui un homme à 15 ans. Son père ajoute une couronne de Neustrie, sauf que personne ne sait où vont les limites de la Neustrie. En décembre, s’ajoute la disparition en décembre 838 de Pépin d’Aquitaine. Du coup, Louis le Pieux en mai 839, organise un nouveau traité lors de l’assemblée de Worms. C’est un nouveau partage qui se définit. A Louis le germanique la Bavière, à Lothaire l’Ouest de la Meuse – Saône – Rhône et à Charles, l’Est de cette limite. Lothaire trouvant ce partage toujours injuste, entre en rébellion ouverte contre son père pour réclamer son héritage, avec le soutien du fils de Pépin d’Aquitaine, Pépin II d’Aquitaine. Louis le Pieux entre de nouveau en guerre et décèdera en revenant d’une expédition contre Louis le Germanique, le 20 juin 840.


Généalogie depuis Charlemagne


Les fils de Louis le Pieux et la naissance de nouveaux royaumes


Avec le décès de Louis le Germanique, une guerre civile ouverte éclate entre les trois frères durant trois ans de 840 à 843 et s’achève par le partage de Verdun. On voit plusieurs écrits historiques soulignant qu’on a là la naissance de la France, ce qui n’est pas exactement le cas.


I.                   De la guerre civile au partage de Verdun

1.      La bataille de Fontenay en Puisaye

En 839, le décès de Louis le Pieux devait faire entériner le partage de Worms, or Lothaire renie ce partage et revendique l’application intégrale de l’ordinatio imperii pour être l’empereur de tout son territoire légitimement acquis. Il envoie des missives dans tout l’Empire pour menacer ses ennemis s’ils ne se rallient pas à lui. Du coup, Louis le Germanique et Charles le Chauve s’y opposent et jouent sur les fidélités pour s’allier des aristocrates. Lothaire semble avoir le plus de fidèles vu qu’il a un réseau dans tout l’Empire. Il comprend aussi que soutenir toute révolte contre ses frères devraient les affaiblir. Il soutient la révolte de Pépin II d’Aquitaine, revendiquant ses terres, contre Charles ; les stellinga des Saxons contre Louis le Germanique. Ces stellinga sont les hommes libres de la Saxe qui se révoltent face à leurs élites et donc contre Louis le Germanique.
La seule solution des deux frères est de s’allier contre Lothaire. Ils effectuent cette alliance et à Fontenay en Puisaye, le 25 juin 841 près d’Auxerre leurs armées sont contre celles de Lothaire. Dans ces armées on a des ecclésiastiques qui bénissent les armes et soulignent qu’on se bat au nom de Dieu. Toujours est-il que les évêques vont faire de cette bataille une ordalie, un jugement de Dieu qui favorisera celui qui est juste. Par son ampleur, cette bataille va traumatisée les contemporains et de nombreux textes décrivent cette bataille.

Curieusement Louis et Charles gagnent la bataille. Lothaire fuit alors à Aix-la-Chapelle dans laquelle il s’enferme. Tout les hésitants parmi les élites rejoignent Louis et Charles, en particulier Bernard de Septimanie qui confie son fils à Charles. C’est une garantie de la fidélité. Cela ne fait que renforcer l’alliance entre Louis et Charles qui passent aussi par les serments que passent entre eux les deux frères : les serments de Strasbourg.

Photo 29 - 03 (cours 13)

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Italian immigrants at Ellis Island, Lewis Hine




III.                   La dénonciation sociale

1.      Lewis Hine : social photographer

Le principal intérêt de Lewis Hine porte sur la vie des travailleurs américains et plus généralement les mutations de ce travail au XX° siècle. Ces photos représentent un corpus assez considérable et sont disponibles sur la New-York public library. Les images prises par Hine sont célèbres, connues des Américains, se retrouvant dans les livres d’histoire, commentées par de nombreux auteurs, … (Sadie Pfeifer, Icare, …). Son travail se veut avant tout un travail documentaire. Il ne veut pas de véritable coté esthétique et a peu de rapports avec ce monde d’esthétisme. Alfred Stieglitz par exemple est du style pictorialiste, le sujet importe peu, seul prime la forme, pas le fond. Lewis Hine reste cependant un photographe qui avec le temps saura par l’esthétisme rendre le sujet plus fort, mais absolument pas dans les canons esthétiques de l’époque. Les photographies que Hine préfère, c’est le rapport qu’elle entretient à la vie quotidienne. L’idée de Hine est que par la photographie, on peut accéder à une forme de vérité sociale.


Ce souci du social chez Hine vient de son parcours (peu d’études, plusieurs petits jobs, …). Il s’intéresse d’abord aux arrivées d’immigrants à Ellis Island, l’île principale par laquelle passe les immigrés. Il saisit alors tout les moments de cette arrivée des bagages aux attentes en passant par les contrôles médicales. La pose photographique est minimale mais présente, vu l’appareil qu’il emploie. Il possède une chambre photographique importante qu’il doit poser, le flash au magnésium éblouit et il ne peut travailler sans la coopération de la personne qu’il photographie qui doit poser.

Ancienne 28 - 03 (cours 7)

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Le marché aux esclaves, Auguste Boulanger, (dans le style grandiloquent)


Une société romaine, des sociétés romano-provinciales


La question est de savoir s’il existe des caractéristiques communes aux sociétés provinciales. On peut certes dire oui au niveau des élites avec une aristocratie impériale à quoi s’ajoute des critères généraux de classification sociale tels l’aristocratie, l’esclavage, l’aspect rural ou encore la tendance à l’urbanisation. Les provinces ont cependant des physionomies différentes. On a aussi des divisions sociales similaires sur des critères juridiques, économiques et géographiques. En haut des pyramides sociales et économiques, on trouve les chevaliers et les clarissimes (les sénateurs). Ces pyramides (dans le fascicule) varient par provinces mais le schéma est globalement toujours le même.
Les sources écrites sont peu nombreuses, les écrivains romains s’intéressant peu au petit peuple. Les sources épigraphiques sont aussi limitées puisque les maisons de bois ont disparu mais on retrouve les maisons de pierre des élites. De plus, les sources épigraphiques honorent surtout les élites non les gens de catégories modestes.


I.                   Une société très inégalitaire en droit et en fait

Les sociétés antiques ne se conçoivent pas comme des sociétés égalitaires et une part des inégalités est inscrite dans des lois. Les critères de cette inégalité sont en grande partie communs aux sociétés provinciales. En tout cas inégalités juridiques et inégalités économiques ne se correspondent pas complètement.

1.      Liberté et esclavage

Dans toute l’antiquité gréco-romaine, la population est divisée en libres et esclaves, mais cette proportion d’esclaves varie beaucoup selon les provinces de l’Empire. En revanche la donnée la moins variable se retrouve dans les villes. La variabilité des campagnes est très forte pour sa part. Autre donnée qui varie beaucoup selon les provinces : l’affranchissement.

A.     La diffusion de l’esclavage dans l’Empire

Sous la République, la réduction en esclavage se fait avec des captures des ennemis lors des guerres. Par ailleurs, il y a des marchés aux esclaves notamment sur l’île de Délos. On sait que les Romains s’y fournissaient beaucoup en esclaves d’origine orientale. On en trouve aussi en Occident puisque le Sud de la Gaule alimente Rome en esclave Gaulois et Germains. Sous l’Empire, on constate une baisse des sources d’esclavage puisqu’il y a moins de conquêtes. Les captures sont alors beaucoup plus rares. Le commerce est lui-même moins important que sous la République. Sur le plan du commerce on trouve alors plusieurs esclaves Germains venus du Nord et au Sud des esclaves Ethiopiens venus du Sud des zones africaines. On a alors une stabilisation du nombre d’esclaves.
Une source d’esclavage révélant des problèmes sociaux, consiste en l’esclavage volontaire avec des enfants vendus ou abandonnés par leurs parents, ou alors des adultes se vendant eux-mêmes. Deux régions sont connues pour ça : l’Egypte et la Phrygie (Anatolie). En théorie, c’est censé être une pratique limitée dans le temps. L’esclave est entretenu par le maître.
On trouve aussi des esclaves nés en captivité qui prennent une plus grande importance sous l’Empire, on parle des vernae. Enfin on a assiste à des « élevages d’esclaves », une politique qui favorise les naissances d’esclaves en insistant sur un meilleur traitement des esclaves mères. De plus, on a des esclaves nés sur place, que l’on connaît mieux et à qui on décharge des fonctions à responsabilités.


Le prix des esclaves est très variable, pour vivre correctement, il faut 500 sesterces par personnes et par an. Et le prix d’un esclave varie de 800 à 2 500 sesterces. Pour avoir son esclave, il faut une certaine aisance économique. Les notables provinciaux moyens avec leurs 100 000 sesterces peuvent n’avoir que quelques esclaves (moins de 10). Par contre dans la haute aristocratie, on trouve des cas de gens qui ont jusqu’à quelques dizaines d’esclaves. La diffusion est inégale puisque certaines régions ont une proportion élevée d’esclaves et d’autres non. En Italie, cela s’élève à 30% de la population, plus encore en Sicile. D’une manière générale, les provinces les plus anciennement romanisées et les régions grecques sont celles qui ont le plus d’esclaves par tradition. Ainsi à Pergame dans le monde grec, Galien médecin de gladiateurs parle de 40 000 esclaves sur une population de 200 000 citoyens. Dans les régions récentes, l’esclavage est peu développé mais des formes d’obéissance traditionnelle se sont maintenues. En Egypte, on a peu d’esclaves mais on a un mode de fonctionnement qui est maintenu par les Romains. En Gaule centrale, on ne trouve pas d’esclaves, mais il est possible de trouver des personnes sous la dépendance de grands propriétaires. En Afrique proconsulaire, on trouve d’un coté de grands systèmes esclavagistes et de l’autre avec des méthodes fonctionnant grâce aux hommes libres. La continuité se trouve dans les villes, puisque les sociétés urbaines ont de nombreux esclaves domestiques.

D’ailleurs un autre signe que cet esclavage est un problème sociétal, l’Etat central établi des lois sur l’esclavage. La tendance est de limiter les abus et d’encadrer davantage l’esclavage. La lex petronia en – 19, sous Auguste, limite les droits du maitre à condamner son esclave à mort, l’Etat peut s’y opposer, notamment dans les cas des esclaves envoyés contre les bêtes sauvages de l’amphithéâtre. Sous Claude, la mise à mort des esclaves vieux et malades est considérée comme un meurtre, et s’ils sont abandonnés, l’Etat les libère et les entretient en partie. Enfin Hadrien dans les années 120 – 130, promulgue une loi dans laquelle les maîtres ont interdiction de tuer leurs esclaves sans jugement.
Plus généralement, des courants philosophiques soulignent le caractère humain de ces hommes qui restent inférieurs. Dans le courant stoïcien, Sénèque souligne que ces hommes n’ont pas eut de chance en naissant esclaves mais il remet en cause leur traitement. Pline le jeune au début du II° siècle, se questionne sur la nature des esclaves. Mais malgré tout, l’exploitation des esclaves reste très dure dans les campagnes, en particulier dans les mines. L’avantage serait alors d’être esclave dans une ville.

2.      Des affranchis et la mobilité sociale

L’originalité romaine tient de la souplesse de cet affranchissement. Ainsi les affranchis ont parfois une place importante dans les sociétés de campagnes. On a les libres de naissances, les ingenuus ; le libertus est l’affranchi et l’esclave est le servus. L’affranchissement est un signe de mobilité sociale plutôt pratiqué dans les villes. On est affranchi en général vers 30 ans. L’affranchissement est libre, le maître le fait quand il le veut et en général c’est par testament. Les affranchis ne sont pas détachés de la famille de leurs maîtres puisqu’ils restent clients de la famille de celui-ci (dons de services, de journée de travail, …). En échange, le maître assure la survie de ses affranchis. Pline le Jeune très riches à une centaine d’affranchis à qui il fournit 500 000 à 800 000 sesterces. L’affranchissement ne brise pas tout les liens entre maîtres et esclaves.

Sur le plan juridique, un affranchi n’est pas citoyen, ils gardent une trace de leur passé servile. Ils ont une restriction des droits politiques limités avec l’impossibilité, sauf exception d’assurer une tâche de magistrat. Leurs fils gardent aussi une trace encore plus faible. C’est la troisième génération qui n’est plus affranchie. On leur garde tout de même quelques postes pour les plus riches affranchis comme les seviri augustales. Ce sont des collèges de 6 affranchis qui assurent le culte impérial. Cela rend ambigu la place des affranchis. Au bout de deux ou trois générations, il y a un renouvellement du statut, ce qui renouvelle les citoyens romains.

Les affranchis ont un rôle important dans le commerce et l’artisanat, pratiques urbaines. L’aristocratie participe à ces milieux mais se spécialise dans les grands commerces. En revanche, les petits commerces sont tenus par des affranchis. On constate alors qu’ils ont une forte mobilité géographique du fait de leurs activités commerciales. Certains ont aussi en charge l’administration d’un domaine de leur maître. On trouve même une élite d’affranchis qui peuvent avoir des esclaves. Cela reste des classes moyennes au mieux. Symbole de cette minorité d’affranchis, Trimalcion, roman de Pétrone auteur sous Néron, dont le héros éponyme donne un banquet très luxueux et raconte sa vie à ses hôtes. Cet esclave grec venu d’Asie fut acheté par un riche sénateur dont il est devenu l’homme de confiance. Par testament son maître l’affranchit et lui lègue une partie de sa fortune. Les terres données à Trimalcion sont aussitôt revendues et il se lance dans un commerce qui l’enrichit. Il devient un symbole de la bonne société et rachète des terres pour vivre comme un rentier. Mais il reste un parvenu et ancien esclave malgré sa richesse et ne s’intègre pas aux sommets de la société.

Les esclaves et affranchis impériaux forment une catégorie à part. L’empereur à énormément d’esclaves, surtout employés dans les terres et les mines. Les affranchis le furent pour servir l’Etat et ils sont nombreux dans l’administration impériale voire régionale. On parle alors de la familia Caesaris, ces dizaines de milliers de personnes au service de l’empereur. Les affranchis sont alors les Augusti libertus. Ainsi, les procurateurs peuvent être des affranchis impériaux. Au I° siècle, on est même allé à faire des affranchis des ministres. Ainsi, Pallas était un affranchi de la famille de Claude (affranchi de la mère de l’empereur), qui devint proche de l’empereur et était en charge des comptes de celui-ci. Claude finit par en faire un chevalier romain. Il joua un rôle très important dans la gestion des finances de l’empereur. Sous Claude et Néron, un nombre assez importants d’affranchis se retrouvent à la tête de hauts postes (on aura Narcisse, affranchi de Néron à la tête du courrier impérial, Calliste s’occupera du bureau des requêtes, …). Ils sont progressivement remplacés par les chevaliers romains surtout au II° siècle. Les postes qu’ils occupent alors sont moins prestigieux. Les affranchis furent utilisés pour assurer le début du fonctionnement de l’administration impériale.

3.      Liberté, inégalité

A.     Citoyens et pérégrins

Les pérégrins n’ont pas la citoyenneté romaine. Ils peuvent avoir la citoyenneté locale, mais ne peuvent pas toujours être citoyens romains. Cela a des conséquences importantes puisque si l’on est citoyen romain on a le droit romain inaccessible sans cette citoyenneté. On peut avoir le droit citoyen local et le droit romain qui parfois, par leurs contradictions, peuvent être utiles.

La citoyenneté se transmet par le père dans le cadre d’un mariage légal. S’il naît d’une relation non-légale, l’enfant prend le statut de sa mère. De même, on trouve peu de mariages entre citoyens et pérégrins. En général, on s’assure que la pérégrine acquiert la citoyenneté romaine ce qui assure le statut des enfants.
Dans le cas des concessions collectives, une cité peut devenir cité romaine, ce qui donne automatiquement le statut de citoyen à ceux qui habitent sur place. Un magistrat d’une cité de droit latin qui finit son mandat de magistrat devient automatiquement citoyen romain en fin de mandat. Dans l’armée composée à moitié de citoyens et de pérégrins,  les pérégrins qui finissent leurs carrières acquiert le statut. On trouve aussi d’autres charges du même type comme les nautes, …

Il est aussi possible pour les pérégrins d’acquérir personnellement le droit romain. En Grèce et en Asie mineure, on cherche à acquérir personnellement la citoyenneté romaine. Il n’y a pas de procédure classique, on demande au gouverneur qui examine la demande et s’il est d’accord, on la transmet à Rome et l’empereur doit approuver. On parle d’une concession viritane. Dans ce cas, la citoyenneté acquise impose qu’on prenne le nom et le prénom de l’empereur. C’est gênant historiquement, mais à l’époque, on valorisait cet aspect qui montrait qu’on était de l’élite.

En 212, le processus s’achève puisque l’empereur Caracalla donne la citoyenneté à tout les habitants de l’Empire. On parle de l’édit de Caracalla, la constitution de Caracalla, la constitution antoninienne. C’est là que s’ouvre la voie à d’autres pratiques. La raison officielle de l’empereur est une raison religieuse, faire plus de fidèles. Il donne le droit romain à tout les pérégrins avec y compris les droits locaux. Seuls les déditices, probablement des barbares insoumis, ne l’acquiert pas. Les raisons officieuses sont peut être fiscales avec des taxes aux citoyens. Peut être aussi des raisons politiques, puisque Caracalla tente de s’allier les provinciaux en restaurant son prestige après l’assassinat de son frère. Peut être aussi une simplification administrative voire sous l’influence du stoïcisme, une réflexion philosophique. C’est une étape majeure après deux siècles de diffusion progressive de la citoyenneté. Du coup, on a une quantité innombrable de Marcus Aurelius, puisqu’ils prennent le nom de l’empereur. En conséquence, comme la citoyenneté romaine n’est plus discriminante, les noms devenant plus futiles, on se sépare d’un d’entre eux.

B.     La plèbe urbaine

Par plèbe urbaine, on entend un sens différent de celui entendu sous la République. Quand on opposait patricien à plébéien, ici plèbe évoque une composition tant de citoyens que de pérégrins. Cette plèbe urbaine se développe donc dans les villes, qui elles-mêmes se développent profitant du commerce et de l’artisanat qui prennent leur essor. On a avant tout un monde de petits métiers. Le salariat existe en ville et on trouve plusieurs dizaines de salariés, dont certains qui ont du mal à vivre et vivent des dons publics. Officieusement, on a la plèbe supérieure et la plèbe inférieure, cette dernière dépendante des distributions publiques. La morale dominante est de vivre de ses rentes pour pratiquer la politique et les sciences. On ne sait rien de la mentalité de la plèbe urbaine vis-à-vis du travail.

Dans la partie la plus pauvre de la plèbe, une partie est indépendante de la production et le modèle romain se serait étendu avec la plèbe frumentaire qui atteint les autres villes. Ces distributions publiques doivent être alimentées par des notables qui le font sur des initiatives privées. Il est difficile de déterminer si les gens qui en bénéficient ne vivent que de ça ou vivent aussi d’autres travaux. C’est difficile à évaluer et cela varie selon les lieux et les temps. De plus, les dons sont faits aux catégories sociales légalement définies pas aux pauvres en général.

C.     La population des campagnes

Les ruraux libres ou esclaves forment partout la majorité de la population. Cela évolue en fonction des régions de 90 % à 70 %. En revanche les modèles sont très divers. Une tendance générale semble être celle de la grande propriété avec des paysans payant des redevances au propriétaire. Ces paysans sont libres. En Egypte, ils sont libres mais ne sont pas propriétaires puisque l’empereur détient toutes les terres sauf les terres sacrées qui appartiennent aux temples. La petite propriété agricole existe peu, uniquement chez des Grecs installés en Egypte.

Sur le plan des inégalités sociales des campagnes, il y a très peu d’épigraphie. Quant aux conditions de vie, cela est difficile à déterminer. On a donc des régions très pauvres en Egypte, tandis qu’en Gaule la petite paysannerie semble vivre de manière frugal mais suffisante.