jeudi 3 mai 2012

Urbaine 30 - 04 (cours 8)

Précédemment : Urbaine 02 - 04


Un moyen d'accès à l'emploi



Influences spatiales dans le champ de l’emploi


Le problème de l’emploi, surtout du chômage, est devenu un souci central de notre pays et de celui de quelques autres pays. En France, on ne parvient pas à descendre le seuil de chômage sous les 10%. Si on rajoute à cela les conditions d’emploi précaires, alors on augmente encore le chiffre. Le chômage devient alors une des préoccupations principales des Français. Tout le monde en a peur, mais le risque est réparti inégalement. Les plus touchés par le chômage sont les actifs sans diplôme ou avec un diplôme faiblement qualifié et peu élevé. Les ouvriers non-qualifiés sont pour 20% au chômage, les employés sans le bac sont à 15,5%, celui des cadres est à 4%.

La question des sciences sociales est de se demander d’où vient cette inégalité. L’essentiel de l’explication tient à des facteurs macroéconomique et socio-économique. C’est l’abandon de l’activité industrielle, la tertiarisation, la massification scolaire, … Mais on sait qu’il existe aussi des facteurs spatiaux non négligeables. Les deux principaux sont la question de l’accessibilité physique à l’emploi où les moins diplômés auraient un accès moindre au travail. L’autre thèse pointe de doigt qu’en habitant plus souvent que d’autres dans les quartiers pauvres, on aurait moins de chances d’avoir un réseau social de relais vers l’emploi.


 Les transports dans l'accessibilité à l'emploi


Inégalités sociales devant l’emploi et accessibilité au marché du travail


I.                   Marché de l’emploi : un marché ancré dans le territoire

Sur le marché de l’emploi, on retrouve la rencontre entre une offre et une demande. Selon l’économie orthodoxe à tendance libérale, on constate toute une tentative pour illustrer que le marché de l’emploi est un marché comme un autre. On a des employeurs en face de laquelle se trouve une demande. Si on laisse faire le marché, on devrait arriver à un niveau où tous les employeurs trouvent des employés et tous les employés trouvent un emploi. Les salaires haussent ou baissent selon l’offre ou la demande mais cela se réajuste toujours. En théorie, toute offre et toute demande se compensent et le chômage ne doit pas exister. Or en réalité, on en est loin.

En regardant la réalité, on constate que le marché de l’emploi est hautement différent des autres marchés. Le marché de l’emploi est atypique et possède trois particularités évidentes. La première particularité est que les acteurs de ce marché sont ancrés dans l’espace. La seconde particularité est qu’on a à faire à un point immobile. Enfin troisième particularité, la relation est durable dans le temps et de manière quasi-quotidienne entre l’employé et son employeur.
Dans le monde dans lequel on vit on a des caractéristiques sédentaires, la mobilité que nous connaissons n’est pas sans limites. Aux USA, pays de la mobilité, la moyenne du pays est de 9 déplacements importants sur une vie. Les entreprises sont aussi relativement sédentaires, la mobilité est utile mais guère appliquée, les délocalisations sont peu nombreuses et ont un coup élevé pour l’entreprise. La norme est pour elles aussi la sédentarisation.
Les biens ordinaires peuvent être déplacés et acheminés d’un point A à un point B. Un emploi, un poste de travail est encore majoritairement ancré dans un endroit fixe. L’emploi se déplace peu et le salarié doit se déplacer au lieu de cet emploi. Les seules exceptions sont encore les emplois mobiles ou les emplois à domicile, mais ils restent encore marginaux.
La transaction entre l’offreur et le demandeur n’est pas celui de l’instant de l’échange mais s’ancre dans une relation plus durable. L’emploi se fait sur des durées plus ou moins longues, mais en plus cela demande souvent un rapport quotidien entre employeur et employé. Là encore ça diffère du marché des biens ordinaires.

La rencontre de ses salariés fonctionne sous contrainte des mobilités quotidiennes des travailleurs. Mais ce n’est pas une rencontre exhaustive entre les travailleurs et les emplois. Par conséquent le marché de l’emploi fonctionne sous forte contrainte spatiale. Toute offre ne rencontre pas tout demandeur d’emploi. Une partie de la demande ne rencontre qu’une partie de l’offre. En général, ne se rencontrent que les offres et les demandes suffisamment proches l’une de l’autre, à l’inverse de la théorie économique dominante. La contrainte spatiale joue sur ce marché. En théorie on peut considérer que le déménagement rend possible à tout accès à n’importe quel emploi. En pratique, cette attitude particulière ne touche que les jeunes actifs, en début de carrières, sans famille fondée, peu ancrés territorialement, diplômés et qualifiés. Pour ces jeunes actifs et seulement pour eux, le marché de l’emploi est mondial.


II.                Notion d’accessibilité à l’emploi

L’accessibilité à l’emploi c’est le nombre d’offres d’emploi en adéquation avec le profil du demandeur auxquelles il peut accéder à partir de son domicile en un temps de déplacement égal ou inférieur à un seuil donné avec le mode de déplacement le plus rapide qu’il a à sa disposition.



III.             Inégalités sociales d’accès à l’emploi

En général, les actifs peu diplômés et peu qualifiés souffrent d’une sous accessibilité d’accès à l’emploi. Ainsi en Ile de France, l’accessibilité à l’emploi se fait sur une moyenne d’une heure. Pour un ouvrier d’ile de France, en une heure de trajet, il a accès à 44% de tous les emplois ouvriers de la région. Les employés sont à 51% d’accessibilité et les cadres à 65% d’accessibilité à toutes les offres d’employés.
Lorsque l’on regarde la géographie des lieux de résidence et celle des lieux d’emplois, on constate que les lieux de résidence des actifs peu qualifiés sont moins centraux, moins denses et moins susceptibles d’être accessible aux transports en commun. Ainsi, cela augmente la distance des domiciles ouvriers aux emplois ouvriers, contrairement aux distance faibles entre domicile cadre et emplois cadre.
L’autre effet vient des inégalités d’accès aux voitures en dépit de sa démocratisation. Les ouvriers utilisent moins la voiture que les cadres. En moyenne, un domicile ouvrier en ile de France est à 30 km de son lieu d’emploi. Pour les employés, la moyenne se porte à 24 km et pour les cadres on tombe à 18 km. Dans le cas des voitures, la part des actifs sans permis de conduire, ou sans voitures ou bien les deux, s’élève à 25% chez les ouvriers, 32% pour les employés et 15% des cadres.


IV.              Sous accessibilité à l’emploi : facteur de chômage

Il existe un lien entre sous accessibilité à l’emploi et chômage. Dans le cas d’un actif sans emploi et qui recherche un emploi, le temps qu’il passera au chômage sera sans doute fonction du débit avec lequel les offres d’emploi lui sont proposées. Si cela s’avère exact alors la mauvaise accessibilité à l’emploi dans le périmètre raisonnable y est pour quelque chose. Ainsi si le débit d’offre d’emplois par semaine est plus élevé pour un individu que pour un autre, alors celui qui a le débit le plus élevé aura une période de chômage moins élevée. Ainsi en situation de sous accessibilité, le taux de chômage risque d’être plus élevé.

Ce raisonnement tient dès lors qu’un actif cherche un emploi dans un périmètre raisonnable. En revanche, si l’actif accepte de quitter ce périmètre soit en l’agrandissant (temps de trajet plus long) soit en le quittant (déménagement), le raisonnement est plus douteux. Ces attitudes dépendent pour beaucoup des ressources économiques puisque déplacements longs et déménagements ont un coup qui est moins envisageable pour des actifs peu qualifiés.

Ce lien entre accessibilité à l’emploi et chômage est-il vérifié empiriquement ? Des recherches menées aux USA depuis les années 1960, furent soumises à des controverses et furent critiquées dans les années 1990 – 2000. Les hypothèses sont validées dans les enquêtes les plus sérieuses menées aux USA. Johnson en 2006 a étudié les recherches d’emploi sur un échantillon d’actifs. La bonne mesure de l’accessibilité à l’emploi tient au fait que Johnson n’a mesuré que les propositions d’emplois vacants. De plus, il a étudié la concurrence mutuelle des actifs sur le marché de l’emploi. Dans le cas des Afro-américains peu diplômés, un niveau d’accessibilité à l’emploi faible va avoir tendance à augmenter la durée de chômage avant un nouvel emploi.
Un collectif a produit des statistiques similaires en étudiant d’anciens chômeurs devenus actifs. De nouveau les analyses révèlent que l’accessibilité à l’emploi joue pour beaucoup. Dès que l’écart-type de cette accessibilité baisse d’un point, le temps de chômage est augmenté de 10%.

En France, les recherches empiriques sont plus tardives. La recherche de Sandrine Wenglenski en 2009 s’intéresse à la probabilité d’être au chômage de plus d’un an en 1999. Le champ choisi fut les ouvriers et les employés sans le bac résidant dans la même commune depuis 1990. Pour les actifs qui n’ont pas accès à la voiture dans leur ménage et ceux qui y ont accès, on a deux résultats différents. Les résultats confirment de nouveau les hypothèses émises. Les actifs avec un faible accès à l’emploi ont un risque plus élevé d’être au chômage. Ce risque se rapproche de 10% pour ceux qui souffrent d’une accessibilité à l’emploi. Soit un écart de 20% supplémentaire par rapport à ceux dont l’accessibilité à l’emploi est moyenne.

Si on souhaite lutter  contre le taux de chômage, on peut agir dans le sens d’une meilleure accessibilité à l’emploi. La première piste serait de rendre les zones centrales plus accessibles et cela pose la question des logements sociaux. La seconde hypothèse serait de favoriser la motorisation qui à défaut d’être écolo assurerait une réduction des temps de transport. Enfin la troisième solution porterait serait de stimuler les implantations d’emplois dans les zones desservies par les transports en commun. Plus l’emploi des actifs peu diplômés restera central, plus ceux-ci pourront y accéder et donc sortir du chômage.

Contemporaine 30 - 04 (cours 8)

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La fameuse photo des emplacements des missiles cubain



En 1959, Castro se rend à L’ONU pour défendre sa Révolution et il s’y présente comme un nationaliste et anti-impérialiste mais absolument pas comme un communiste. Par contre, quand il veut rencontrer son équivalent de chef d’Etat, Eisenhower, Castro est reçu par le vice-président, Nixon. La dictature menée à Cuba par contre est une justification de la non-rencontre entre Eisenhower et Castro. Cette dictature provoque un fort exil cubain aux USA avec une organisation pour renverser Castro. C’est là que se fait la rupture et le glissement socialiste de Cuba. En effet, entretemps, Kennedy est au pouvoir et il soutient ce débarquement de la baie des Cochons. Cuba est donc menacé par son voisin états-unien, donc dans un contexte de guerre froide, le seul ami possible est l’URSS. Ainsi, le fait que le régime cubain se présente comme Marxiste-communiste tient uniquement à un contexte de guerre froide. Cuba n’est sinon nullement un régime communiste, juste une dictature avec des politiques sociales.
D’ailleurs, cette faible influence communiste se verra dès 1962, avec la crise des missiles qui sera résolu par les USA et l’URSS sans Cuba, alors même que les missiles sont sur le sol cubain. Fâché, Castro se rapprochera brutalement de la Chine communiste et se détachera de l’URSS. C’est de là que Cuba devient un régime communiste exotique, incarnation d’un communisme différent et détaché de l’URSS.


Tout est dans le titre de la seconde partie du film


Les mouvements de guérillas et les guerres en Amérique Centrale


Les guérillas et les luttes armées deviennent les moyens d’action privilégiés de la gauche d’Amérique Latine. Guérillas signifient petites guerres. Ce ne sont pas des guerres intra-étatique mais infra-étatique, où les combattants sont fondus dans la population. Ils utilisent un armement et des tactiques militaires devant assurer un harcèlement permanent de l’ennemi. Il n’y a pas d’armées, pas de batailles. C’est un harcèlement avec soutien de la population très souvent. On fait de la lutte armée plutôt que de faire de la lutte politique, de la lutte de masse, de la lutte idéologique, …
Tous ces mouvements sont révolutionnaires. Ils sont en faveur d’une construction d’une société communiste, se revendiquant du modèle chinois maoïste, du trotskisme et se défiant de la politique de Moscou qui a abandonné l’idée d’une révolution mondiale pour assurer la sécurité du bloc. Enfin tous ces mouvements admirent fortement l’expérience cubaine.

Aucun mouvement n’invente la lutte armée, celle-ci existe depuis le XIX° siècle en Europe comme en Amérique Latine. Ce qui est nouveau, c’est que ces mouvements deviennent la principale solution d’expression des toutes les jeunes générations. Pourtant aucun de ces mouvements de guérilla ne prendra le pouvoir. En revanche, ces mouvements vont devenir la représentation de l’espoir de la révolution pour tout l’Occident et une bonne partie de l’Afrique. Ernesto Guevara deviendra d’ailleurs le nouveau visage de la Révolution. Ce nouvel espoir est très important car il fera peur au pouvoir en place, particulièrement aux USA, et seront une des raisons de l’instauration des dictatures. Enfin ce sont des mouvements très jeunes qui vont former toute une génération. Ainsi l’actuelle présidente du Brésil, Dilma Roussef, fut une ancienne guérillera.

Ce qui lance ces mouvements de guérillas, c’est la Révolution cubaine elle-même avec une première phase jusqu’en 1967 avec une explosion des guérillas, incarnant l’espoir d’un changement. Cela se termine avec la mort d’Ernesto Guevara le 8 octobre 1967 et la même année, Cuba se rapproche de nouveau de l’URSS et donc amoindrie son aide envers les mouvements de guérillas. Ces mouvements de 1967 au milieu des années 1970, laisse les guérillas assez seules. A partir de là, les guérillas seront uniquement situées en Amérique Centrale et sont abandonnées dans le reste de l’Amérique Latine.


I.                   L’impact de la Révolution cubaine

1.      Le terreau de la lutte armée

Les contextes de leur émergence sont divers. On peut noter les contextes sociaux très inégalitaires, renforcés par l’entrée en crise fin des années 1950 de l’ISI. Il y a donc à la fois une crise économique et une aggravation des inégalités sociales. En réponse, les solutions politiques vont s’avérer aboutir systématiquement à des impasses.

A.     L’impasse des partis communistes traditionnels

Les partis communistes existent depuis les années 1920 mais sont groupusculaires sauf au Brésil, au Chili et en Uruguay. Comme les partis communistes européens, les partis communistes sud-américains suivent la stratégie fluctuante de Moscou. Dans l’entre-deux guerres, ils alternent entre les stratégies de lutte des classes et d’alliance au sein d’un front populaire.
Après 1945, la ligne de l’Internationale pour les pays du Sud est de favoriser les Révolutions nationalistes bourgeoises comme préalable à la Révolution communiste. Malgré la guerre, Moscou fixe comme ligne la possibilité d’une alliance de classes. Or dans la culture de gauche des pays sud-américains, l’alliance de classes implique l’alliance avec des bourgeoisies nationales, c’est l’alliance avec les USA, le grand ennemi impérialiste. En conséquence, les partis communistes sont très modérés en Amérique Latine, ils sont assimilés au centre et ne sont pas perçus comme révolutionnaires. Ce réformisme jugé mou va discréditer les partis communistes et cela va s’aggraver avec les coups d’Etats militaires des années 1960 et 1970. Tout le monde s’attendait à ce que les partis communistes avec le soutien des syndicats résisteraient, mais ce ne fut jamais le cas. Tous les partis communistes vont être écrasés et les militants vont fuir pour rejoindre des mouvements armés et vraiment révolutionnaires.

B.     L’épuisement des populismes

Les grands leaders décèdent durant dans cette période. Vargas est décédé en 1954, Perón a été chassé, … Bref les populismes s’effondrent quand l’ISI s’essoufflent. On voit alors apparaître des insatisfactions vis-à-vis des populismes : l’oubli des paysans au profit des ouvriers et des urbains (d’où le fait que les guérillas sont souvent rurales) et leur autoritarisme politique qui dans les années 1960 tranche avec l’esprit de libéralisation des systèmes politiques du reste du monde.
Cet héritage n’est donc pas vraiment réinvesti par les jeunes générations. Sauf peut être en Argentine où le mouvement des Montoneros se revendique de Perón.

C.     L’échec des réformismes

Dans plusieurs pays, on a des expériences de réformisme de gauche. Le plus connu entre 1970 et 1973 est au Chili avec Salvador Allende. Il est renversé en 1973 par Augusto Pinochet alors qu’il représente pour l’époque l’espoir d’un réformisme efficace. L’espoir populaire était immense et le brutal coup d’Etat de Pinochet (renforcé par le suicide d’Allende) va véritablement marquer les esprits en Amérique Latine comme en Occident.

2.      Le projet de Cuba : exporter la Révolution

A.     Cuba : leader de la Révolution en Amérique Latine et dans les pays colonisés

Dès 1959, Cuba se présente comme la première étape de la Révolution du continent de l’Amérique Latine. Ils se placent comme les soutiens logistiques, militaires et symboliques de tout mouvement révolutionnaire qui voudrait suivre les cubains. Cette ligne n’est pas celle de Moscou qui n’appuiera jamais les guérillas d’Amérique Latine. D’ailleurs le Parti Socialiste Populaire (PSP), n’est pas intégré au gouvernement cubain, ce qui est significatif.

En 1966, lors de la conférence tricontinentale qui se projette comme nouvelle Internationale, on invite tout les mouvements de Révolution divers. Cuba s’y place comme leader mais s’achèvera en 1969 avec l’entrée de Cuba dans la ligne de Moscou. Cette logique d’exportation de la Révolution ne reste pas circonscrite en Amérique du Sud, elle touche aussi l’Afrique.

B.     Les moyens de l’exportation révolutionnaire

Deux outils principaux sont employés : l’aide militaire et l’aide financière.
L’aide militaire se fait par la création de camps d’entraînement à Cuba où sont invités des militants pour s’armer. On y forme des guérilleros qui doivent exporter la Révolution à l’étranger. Cuba fournit alors l’intégralité des armes aux mouvements de lutte armée.
L’aide financière est assez faible jusqu’au milieu des années 1970, mais en 1976, une manne venue d’Argentine passant par Cuba sera redistribué. Cette manne vient de la libération d’un grand patron qui était séquestré par les Montoneros et qui confient la rançon à la banque cubaine lorsqu’ils sentent qu’ils vont perdre face au coup d’Etat.

C.     La théorie révolutionnaire

Cuba donne l’exemple, mais Ernesto Guevara va la théoriser. Médecin argentin des classes supérieur il va se convertir à la théorie révolutionnaire en rencontrant Castro alors en exil. Il va alors théoriser le foquisme, qui vient du foco, le foyer. C’est le fait que la Révolution peut se gagner en créant de petits noyaux de guérillas, en y plaçant quelques militants révolutionnaires dans un milieu favorable (pour Guevara c’est avant tout le milieu paysan). C’est une stratégie politique et militaire concrète, la situation des paysans est si terrible dans le monde, qu’il faut leur soumettre des idées révolutionnaires par des militants, avant de grossir et de prendre le pouvoir. Cette théorie est efficace dans le cas de société rurale et va donc se propager partout en Amérique Latine.

3.      Les principes de la Révolution à mener

Ces principes théorisés sont d’Ernesto Guevara et de Régis Debray. Le premier publie en 1961 La guerre de guérilla et le second en 1967 La révolution dans la révolution. Dans ces deux ouvrages on a les six thèses fondamentales de la révolution.
Tout d’abord il n’y a pas de conditions objectives au succès de la Révolution autre que les inégalités sociales. En particulier, le Tiers-monde est prêt pour la Révolution. Second point, la Révolution sera directement socialiste. Troisième point, seule la lutte armée fera la Révolution. Quatrième point, la Révolution ne doit se faire sans alliance avec la bourgeoisie nationale, l’alliance se fera entre la paysannerie pauvre et les classes moyennes urbaines et intellectuelles. Cinquième point, la tête de la Révolution doit être prise par les classes moyennes urbaines : étudiants, intellectuels, … Enfin ultime point, les partis communistes ne sont pas fiables, il faut créer des groupes d’intervention armés. Dans un contexte d’absence d’alternative politique, ces trois point démagogiques vont être très repris et auront un fort succès.


II.                Deux phases de guérillas

Toutes ces guérillas auront toutes des points communs : la lutte armée, des leaders issus des classes urbaines intellectuelles, pas de partis communistes et une volonté d’extension mondiale.

1.      Les guérillas du cône Sud

A partir des années 1960, toute l’Amérique Latine voit pulluler des guérillas. Plus particulièrement dans les pays du cône Sud avec des guérillas plus importantes : Brésil, Argentine, Chili et Uruguay. Les origines idéologiques de ce cône ne sont pas les mêmes, le principal mouvement armée, les Montoneros liés au parti justicialiste (partie de Perón). Au Chili, c’est le Movimiento de la Izquierda Revolucionaria (MIR) créé en 1967. Enfin au Brésil, on a plein de mouvements tous équivalents dans les années 1960 tous issus de la scission du parti communiste : l’alliance Révolutionnaire internationale, le MR8 (référence à la date de décès de Guevara), …
Les membres de ces mouvements sont jeunes, issus des classes moyennes et supérieures et se retrouvent bien dans l’avant-garde de la révolution voulue par Guevara loin des classes paysannes et ouvrières. Du fait de la distance sociale entre les leaders et les cibles qui devaient être touchées, on a parfois des échecs patents (problème d’analphabétisme, …). Se revendiquant du maoïsme ou du trotskisme, certains utilisent la lutte armée pour politiser les masses, d’autres associent guérilla rurale et guérilla urbaine (très proche a un système de criminalité organisée).

Les années 1960 à 1967 sont celles de la réussite la plus stricte du foquisme. Mais passé cette époque, l’insuccès va faire dériver ces mouvements vers la guérilla urbaine et l’oubli de l’idéal révolutionnaire en cours de route.
Ces mouvements de guérilla échouèrent donc systématiquement dans le cône Sud. Même nombreux, bien armés et financés, ils échouèrent, ce qu’on ne pouvait réellement prédire. L’échec vient entre autre de l’insuccès à créer une insurrection populaire, même Guevara en Bolivie n’y parviendra pas, les paysans n’étant pas assez frontalement opposés à leurs dirigeants. De plus, les armées et les polices se sont vite adaptées à la guerre révolutionnaire et répondirent brutalement et efficacement grâce à l’aide d’un pays colonisateur qui avait déjà connu cette situation en période de décolonisation, la France. La France était alors en pleine réflexion sur la manière de faire la guerre dans ces situations de guérilla et offrit ses services aux gouvernements en place, notamment sur les techniques de torture. Les régimes qui bénéficient alors de la chute des guérillas sont des régimes militaires qui vont se construire contre ces mouvements et vont employer tout les moyens pour exterminer les guérilleros.

mercredi 2 mai 2012

Td géo sociale 30-04


Les rapports sociaux, de sexe dans l’espace

Le patriarcat est une forme de domination masculine. C’est le fait que les femmes travaillent gratuitement pour les hommes notamment par le travail domestique. C’est une base qui explique l’exploitation des femmes par les hommes dans le travail comme dans la sexualité. Il y a une double dimension de la domination : l’exploitation matérielle et l’aspect symbolique : l’aliénation par l’éducation sexiste, les identités sexuées. C’est à la fois des identités de genre et la contrainte à l’hétérosexualité. Cette exploitation des femmes par les hommes produit des classes de sexe. On classe les êtres humains et on les formate en deux catégories binaires, exclusives et hiérarchiques. Elles sont aussi complémentaires. Ce classement est naturalisé. On naturalise l’infériorité des femmes comme on naturalise l’infériorité des Noirs. Il y a une proximité entre système raciste et système patriarcal. C’est un critère arbitraire.

         I.            Rapports de sexe et organisation de la ville

1)       Habitat et travail domestique

Doc 1 et 3 : Comment peut-on faire le lien entre l’assignation des femmes au travail domestique et l’organisation de l’aménagement des villes ? Si on compare les différents types d’espaces urbains quels sont ceux qui paraissent les plus propices à l’émancipation des femmes ? Pourquoi ? Avec quelles limites ?

Les femmes sont assignées au travail domestique et la ville est organisée dans ce sens. Quand elles sont femmes au foyer, même si elles habitent en banlieue, elles ont plus le temps et peuvent aller plus loin pour accéder aux services. A partir du moment où les femmes travaillent elles aussi, le logement va être choisi en fonction de son activité et surtout de sa localisation géographique. Le centre va donc être plus souvent privilégié pour que la femme puisse continuer à s’occuper du travail domestique. Même si elles continuent d’habiter en banlieue, elles ont la nécessité de disposer d’un véhicule et elles sont victimes de se déplacer plus qu’elles ne le voudraient. C’est le phénomène d’une « sur-mobilité » d’après Jean-Pierre Sueur. Elles sont contraintes de faire plus de déplacement, des allers/retours avec le centre ville où sont les services. Les espaces urbains qui paraissent les plus propices à l’émancipation des femmes sont les centres villes par la proximité des services et une zone mieux desservie pour lui permettre de gagner du temps. Seulement les contraintes se situent au niveau du logement notamment qui en centre ville est plus cher pour moins de confort et d’espace.

Les femmes sont encore aujourd’hui assignées au travail domestique. Elles sont encore 80% à effectuer les tâches ménagères en France. Cela structure une des distinctions fondamentales de la ville du public et du privé. La sphère de l’espace public est celle des hommes et la sphère de l’espace privée est celle de la femme. Tout ce qui relève du travail professionnel est plutôt pour les hommes. Le passage de l’appartement à la maison améliore la qualité de vie des femmes car elles peuvent plus organiser leur travail domestique. Mais elle perd la densité urbaine et la sphère de vie se replie plus sur la maison. Les femmes au foyer sont plus libres car elles ont plus de temps libre. Leurs conditions de travail sont améliorées mais elles gardent la même place et sont plus isolées. Le fait que le logement soit moins cher est parfois quelque chose qui leur permet de travailler. Mais elles sont censées apporter un salaire complémentaire. C’est aussi pour cela qu’elles sont moins payées car elles doivent rester dépendantes de leur mari. Il y a une intersection entre rapport de classe et rapport de sexe.

2)       La ville fonctionnaliste : une ville pensée par et pour les hommes actifs

Le fonctionnalisme est le zonage de la ville selon la fonction que cette zone a. Les axes de transports les mieux desservis sont centrés sur le travail notamment des hommes. Le zonage fonctionnel complique la vie des femmes car elles se déplacent beaucoup. Cette complication de la vie des femmes est encore plus forte avec l’accès des femmes au monde du travail. 34% de la population active était des femmes en 1960, elles sont 46,7% en 2010. Mais la différence de salaire est de 27%. Cela vient des temps partiels majoritairement occupés par des femmes, le marché du travail sexuellement segmenté. Cela provient également des compétences attribuées. Les femmes sont peu nombreuses à avoir des postes à forte responsabilité. Le « plafond de verre » est une expression qui illustre la difficile progression de carrière des femmes. Les femmes ont une double journée entre leur travail et leur vie domestique. Le fait d’avoir deux voitures est une condition indispensable pour l’émancipation des femmes ainsi que les espaces centraux pour avoir la proximité des services. Souvent, le choix des couples se fait par rapport au travail de la femme pour qu’elle puisse continuer à s’occuper du travail domestique. Mais il y a certaines limites car le centre devient de moins en moins accessible par rapport au prix des logements. Les femmes sont plus présentes dans les espaces centraux et locatifs.

        II.            Mobilité et accès des femmes à l’espace public

1)       La mobilité des femmes est souvent plus contrainte que celle des hommes

Dans la mobilité quotidienne, les femmes sont beaucoup plus ancrées sur la sphère domestique alors que les hommes sont plus dans la sphère publique. L’espace vécu des femmes s’élargit avec l’amélioration des transports publics. Il y a donc un rattrapage de la mobilité des femmes mais la longueur des trajets est encore 25% inférieure à celle des hommes. La mobilité est souvent contrainte soit par la mauvaise desserte des transports ou par la non motorisation. La contrainte peut être une contrainte de « sous-mobilité ». Mais il y a d’autres contraintes. Les femmes sont obligées de prendre des trajets complexes liés à leur double journée de travail. Plus on vit en périphérie, plus il y a des contraintes de déplacements. C’est souvent aux femmes de conduire les enfants. Cela entraîne une « sur-mobilité » des femmes qui font souvent les « taxis ». La motorisation des femmes, et l’allongement des distances parcourues sont un progrès mais c’est toujours pour concilier la double journée mais la femme reste toujours dans le même rôle.

2)       L’espace public : le domaine des hommes progressivement investi par les femmes

La place des femmes dans l’espace public urbain est variable selon le moment de la journée ou de la semaine. Les espaces sont sexués. On en revient au système patriarcal. De nombreux signes montrent que la femme n’est pas légitime dans de nombreux espaces qui passent notamment la nuit. Elles ne sont pas considérées comme légitimes dans l’espace. Les femmes sont de plus autant exposées dans les espaces publics que dans les espaces privés. L’imaginaire provoque des peurs qui sont inculquées dès le plus jeune âge comme avec des comtes comme Le Petit Chaperon Rouge. Aujourd’hui, il y a une complexité supplémentaire. La mixité sociale provoque un certain discours féministe contre les immigrés car ce sont souvent eux qui embêtent les femmes. Mais cela provient certainement aussi du fait que ces immigrés ne peuvent pas dominer dans les rapports de race, ni dans les rapports de classe.

      III.            Comment analyser la place des sexualités minoritaires dans la ville ?

1)       Homosexuels et transgenres dans le patriarcat et dans la ville

On considère que les homosexuels ne sont pas exploités par les hétérosexuels. Il y a une domination symbolique. Si on pense que l’hétérosexualité est construite on peut comprendre que ceux qui dérogent au système peuvent être un « danger » pour le système. Elle sert in fine à l’exploitation des femmes par les hommes. Mais l’hétérosexualité n’est qu’une « norme ». Dans la ville, il n’y a pas vraiment de place pour les homosexuels. La place dans la ville est une possibilité d’exister et de se rendre visible. L’investissement de l’espace public se fait par des processus d’invasion/succession.

2)       Les rapports de genre parmi la minorité homosexuelle : l’exemple des lieux lesbiens à Paris.

Ce sont les hommes homosexuels qui se sont d’abord rendus visibles. Il y a clairement une domination des homosexuels masculins sur les homosexuels féminins. La Gay Pride est la visibilité des hommes. La rue Saint-Anne et Les Halles sont les deux quartiers gays. Les lieux lesbiens sont beaucoup moins nombreux et plus dispersés Progressivement, il y a de moins en moins de lieux et ils se concentrent à la lisière du quartier du Marais.


Moderne 30 - 04 (cours 10)

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III.                   Les négociations du bureau de la librairie

1.      Les négociations du bureau de la librairie

Au XVIII° siècle, on a une forte présence de la censure avec un contrôle des livres qui s’est beaucoup figé et concerne beaucoup de monde. On a 165 censeurs royaux entre 1750 et 1763 chacun ayant sa spécialité. Dans les Belles-lettres on a 84 censeurs. Leur milieu est assez petit mais ce sont des savants reconnus de leur domaine. Ils sont presque tous membres de l’Académie des sciences pour les censeurs de sciences. Les censeurs de médecine sont presque tous des médecins du roi. Les censeurs pour les livres de religion sont des docteurs de La Sorbonne. Ces gens là travaillent aussi pour la presse officielle, le Journal des savants ou le Mercure. Au cœur du monde des auteurs, ils mettent en place de nombreux critères entre des livres dont ils refusent la publication et d’autres dont ils donnent un accord tacite ni accepté, ni censuré.

Les critères qui comptent pour ses censeurs touchent entre autres aux relations entretenues par l’auteur avec son censeur. L’auteur bénéficie du petit monde et peu choisir son censeur. Les censeurs doivent aussi modérer leurs critiques pour éviter aux imprimeurs de faire faillite. Il ne sert à rien pour Malesherbes de censurer à tout va car dans ce cas tout serait envoyé en Hollande et reviendrait en France. Enfin, les censeurs se comportent en critique littéraire. Ils ne jugent pas selon leur conformité aux mœurs, à la politique ou à la religion. Ils recommandent l’ouvrage quand ils le trouvent bon ou pas bon. Les censeurs tiennent avant tout des critiques littéraires.

Les livres qui rentrent dans le circuit de la censure, qui sont passés de censeurs en censeurs peut parfois faire la réputation d’un auteur. Si une grande partie des auteurs dans le domaine des sciences ou de la médecine sont des gens bien établis, dans les premiers temps, ce sont souvent des petites personnes méconnues, leur activité de censeur qui les place au cœur du monde des auteurs va parfois valoriser des carrières d’auteur.

2.      Un objet de lutte politique

Au XVII° siècle, un conflit entre la Sorbonne et le pouvoir royal avait eut lieu autour de la censure des livres de religion. La Sorbonne, première institution à censurer, s’était attachée à la censure des livres ayant traits à la religion. Ce conflit avait aboutit à un compromis, la Sorbonne avait le pouvoir de décider de la censure des livres, sauf que la plupart des professeurs de la Sorbonne avait des liens ténus avec le pouvoir royal.
Au XVIII° siècle, ce conflit autour de qui possède la légitimité de censurer des ouvrages, se passe entre le pouvoir royal et le parlement de Paris. Le Parlement va affirmer son droit de censure dans le cadre d’un long conflit qui l’oppose au cadre royal du XVIII° siècle. La censure du Parlement se fait après la publication, tandis que le pouvoir royal censure les ouvrages avant qu’ils soient imprimés. Le Parlement se place donc après le pouvoir royal ce qui lui permet de critiquer les livres non censuré par ce pouvoir et qui font l’objet d’une polémique obligeant le Parlement à censurer ces ouvrages en second lieu.

Le Parlement devient le dépositaire et l’interprète des voix du royaume. Ce Parlement joue un rôle dans le processus de publication des lois et c’est de là qu’il prétend jouer un rôle politique en général. En 1760, le Parlement ne veut pas imposer de nouveaux impôts et s’attaque violemment aux jésuites, ordre religieux supposé très lié à Rome et qui s’oppose donc directement au Parlement dans le cadre du gallicanisme. Le Parlement affirme alors sa position à cette époque. Les impressions du Parlement n’ont plus le droit d’être censurées par le pouvoir royal. Les décisions prises dans les jours suivants sont imprimés dans un cadre quasi-officiel. De plus, le Parlement assure à la même époque son droit de censure. C’est un produit du contexte puisqu’en 1734, les lettres de Voltaire furent condamnées par le Parlement. Fin 1740 et début 1750, le Parlement prend un tour plus massif avec plus de 40 pamphlets à caractère religieux qui sont condamnés par le Parlement. En 1757, après l’attentat de Damien (celui qui tenta d’assassiner Louis XV), le Parlement condamne de nombreuses publications jésuites. Damien ravivant le souvenir de Ravaillac et d’Henri IV, Ravaillac était soupçonné d’être jésuite et cela retombe sur Damien, relançant l’anti-jésuitisme.
Avec De l’esprit de Helvetius qui suggère que l’Eglise est un frein au progrès et remet en cause l’immortalité de l’âme, on a un nouveau conflit. L’ouvrage a un privilège royal (et non juste une permission d’imprimer). Helvetius s’est servit d’un intermédiaire pour atteindre un censeur, cet intermédiaire est parvenu à faire analyser l’ouvrage à un censeur non-spécialisé dans les livres philosophiques. Ce censeur s’est d’ailleurs fait grugé puisque dans le procès qui suivi, il a déclaré ne pas avoir eut l’ensemble de l’ouvrage entre les mains, juste des fragments de 30 pages masquant la thèse du livre. Il a donc donné le privilège, le livre est paru et s’en suit le scandale, le procès au Parlement de Paris le limogeage du censeur (qui reçoit tout de même une forte pension), Helvetius lui n’est pas trop inquiété par l’affaire. Le livre acquiert un succès fondé sur son scandale. L’éditeur fait publier une édition clandestine tout en assurant arrêter l’impression officielle, un imprimeur de Liège s’en servira aussi. De part ce scandale, le Parlement de Paris s’active davantage contre certains ouvrages et certains individus. Il va alors condamner l’Encyclopédie qui était protégée par le pouvoir royal. Mais l’Encyclopédie parviendra sans son privilège à paraître de nouveau.

La censure c’est donc la présence d’institutions qui affirment leur position les uns face aux autres. Au final, dans certains cas, la censure permet la propagation des ouvrages et leur succès. Toujours est-il que la censure a un réel impact sur les auteurs les plus marginaux qui n’ont pas toujours de relais auprès des institutions, mais elle ne freine pas les plus connus.

3.      Des objets qui échappent à la censure : les factums ou mémoires judiciaires

Ce sont des mémoires rédigés dans le cadre de procès qui à l’époque se font à huit-clos. A cette époque, on a des écrits très nombreux puisque les avocats ne plaident pas par oral mais par écrit. Dans ce cadre, on a la rédaction de mémoires judiciaires destinés aux juges mais aussi aux entourages. Donc au XVIII° siècle, on a tendance à imprimer ces ouvrages. Or puisque ces factums sont des écrits judiciaires, ce sont les seuls imprimés non-officiels qui ne passent pas devant la censure. Du coup, au XVIII° siècle, ces factums deviennent un objet de pouvoir politique et leur fonction change. Certains factums seront publiés à 20 000 exemplaires au XVIII° siècle. Ces factums ont un grand succès dans le public. La clé du succès est que les avocats doivent défendre des causes (criminelles et financières) avec des attaques personnelles et une dimension politique. L’affaire judiciaire politisée passionne les contemporains avec certains procès dont on a plusieurs points de vue selon les partis pris des factums.

Ces factums se vendant bien, simples à imprimer, ils intéressent les imprimeurs. De plus, les avocats reçoivent revenus de ces tirages et certains parviennent même à acquérir une célébrité de l’époque. L’avocat devient une figure du débat public.
Par exemple, le procès entre l’ambassadeur de France en Angleterre, le comte de Guigne, et son secrétaire, Tort fut très populaire. L’ambassadeur aristocrate accuse son secrétaire d’avoir utilisé des informations financières pour spéculer à la bourse de Londres. Le secrétaire dira qu’il n’avait jamais spéculé que pour son patron et sur sa demande. Tort est embastillé pendant plusieurs mois avant d’en sortir et d’attaquer son ancien patron. Le tout fera une trentaine de factum publié d’un camp comme de l’autre. L’argument station des avocats de Tort est que celui-ci est « l’injuste victime d’un puissant aristocrate pervers ». L’affaire fera du bruit puisque le comte de Guigne est protégé par le comte de Choiseul, proche de Marie-Antoinette. Tort est alors soutenu par la cour opposé au duc de Choiseul. Tort était bien ce petit secrétaire soutenu par un parti de cour mais aussi par les banquiers anglais qui voyaient dans la condamnation du comte, l’occasion de faire des bénéfices. Il y aura deux procès dans l’affaire qui aboutiront à la condamnation de Tort pour diffamation. Enfin Tort n’étant plus secrétaire, il est tout de même engagé dans le milieu des finances anglaises.
Les pamphlets campent deux figures de l’époque : l’aristocrate corrompu et dégénéré et l’affronté du petit sans moyen qui osent s’attaquer aux grands puisqu’il est victime de l’injustice. Ces mémoires imprimés deviennent un des lieux de joute politique et contribuent à créer l’idée que la vérité ne se dit pas dans les tribunaux mais qu’elles s’expriment dans l’espace nouveau de l’imprimé. Pour Sarah Maza, ces mémoires judiciaires sont un des lieux d’expression publique. C’est en effet au public de se faire une opinion sur une affaire privée qui est publié dans le domaine public.


Cet espace de l’imprimé est une donnée liée au succès de l’imprimerie. Il existe puisqu’il est facile de faire un livre et d’intervenir dans l’espace de l’imprimé. Mais l’existence de cet espace n’est pas seulement une donnée liée à l’invention de l’imprimerie. La possibilité de mener une politique de cet espace s’est fait notamment sous Richelieu qui l’a manipulé, montrant ce qu’on pouvait en faire. Il a aussi installé durablement les auteurs de belles lettres, qui seront les spécialistes de la manipulation de cet espace. Les questions de censure à cette époque sont à comprendre dans la question plus large des possibilités plus larges de l’espace de l’imprimé.


 Publié à Troyes par une veuve


Lectures et cultures populaires


On peut se questionner sur ce que lit le peuple et la manière dont il le lit. Cela questionne donc le degré de pénétration de l’imprimé dans la société et donc le rapport spécifique du peuple à l’imprimé tout comme les effets que peut avoir le livre sur les faits religieux, culturels ou encore sociaux. Cela questionne aussi les intermédiaires culturels qui propagent le livre dans le peuple.
Ce champ d’étude fut très vaste et très largement balayé entre les années 1980 et 1990. Par populaire on prend un sens large, ce sont ceux qui ont un rapport de non-spécialistes au livre. Donc ni les clercs et hommes de religion, ni les hommes de droits. Cela va des catégories les plus défavorisées aux riches marchands. Le contenu du livre populaire fut inventé entre le XVII° et le XVIII° siècle par des intellectuels qui réfléchissaient au rapport du peuple au livre. Il faut donc se méfier en tant qu’historien à ne pas répéter ce que disaient les intellectuels de l’époque sur la culture populaire.

Ici on peut prendre comme référence Roger Chartier ou bien Robert Mandrou.


I.                   La bibliothèque bleue, le livre philosophique : deux corpus populaires

1.      La bibliothèque bleue

Objet célèbre chez les historiens de la culture populaire, c’est un très gros corpus qui est par excellence destiné au peuple. C’est avant tout un produit inventé et imprimé dans la ville de Troyes en Champagne par un libraire, Nicolas Oudot. Il publiera 52 livres bleus entre le début du XVII° siècle et sa mort en 1636. A ce moment les livres bleus sont des livrets de petits formats, peu épais et peu couteux. Ils sont imprimés sur du papier bleu ou blanc (mais alors avec une couverture bleue). C’est une collection pour publier des livres assez divers : 21 romans de chevaleries, 10 vies de saints, 6 tragédies et quelques textes savants. Dès cette époque, cela dut avoir un succès puisque d’autres éditeurs l’imiteront avec certains de ces parents mais aussi d’autres imprimeurs de Troyes. Troyes devient un centre important d’autant que la ville se double de la spécialisation dans les almanachs.

La Bibliothèque bleue connait son apogée entre la fin du règne de Louis XIV et la fin du XVIII° siècle. Ces objets étant très dévalués par la société, ils ont été très peu conservés en dépit de leur grand nombre.
Première caractéristique, ces textes ne sont pas des originaux mais des republications. La seconde caractéristique est que ce catalogue est pensé dans une large diffusion et doit combler des attentes massives. On trouve donc beaucoup de livres de dévotions répondant à la contre-réforme (vies de saints, romans édifiants et parfois livres de prière). On publie donc des séries particulières plutôt bien répertoriées. Troisième particularité, les libraires se réapproprient les textes. Ils les coupent, ils modifient l’organisation des textes pour les rendre plus lisibles (divisions en de multiples chapitres, paragraphes ajoutés pour rendre plus clairs, coupures dans les descriptions, …). Enfin quatrième particularité, on retire les traces eschatologiques et de blasphème avec une auto-censure des libraires. Mais les coupes ne sont pas bien faites et les textes sont fréquemment rendus incohérents par les charcutages des libraires.

On a longtemps considéré que les lecteurs de ces livres étaient avant tout des ruraux. Il semble en fait qu’au XVII° siècle, le public soit surtout citadin. Toujours est-il que ces livres arrivent dans la France rurale au XVIII° siècle en devenant les symboles de la culture villageoise. Les paysans deviennent alors ceux qui lisent des almanachs pleins d’astrologie, des livres de dévotion naïfs et des recettes de bonnes femmes. Or le corpus de la bibliothèque bleue vient systématiquement de milieux savants comme les livres de médecine, les romans de chevalerie. La coupure entre culture savante et populaire n’est guère crédible finalement. Cette découverte appuya les thèses de Norbert Elias qui voyait en fait une diffusion de la culture savante dans le corps social et vers le bas. Ces livres bleus se propagent surtout dans tous les milieux. L’invention de la culture populaire vient des libraires troyens qui par leur grande diffusion portent le stigmate du populaire. Tout le monde parmi les lecteurs avait du lire un livre bleu, mais de par sa propagation dans les milieux populaires, il a été méprisé.

2.      Les livres philosophiques

Les livres de cette section sont des livres philosophiques, des livres pornographiques classiques et nouveaux (antiques et modernes), ainsi que des libelles, des chroniques scandaleuses qui mettent en scène des puissants. Ces livres philosophiques font partis des livres clandestins imprimés sous le royaume. Ils font une partie significative des maisons d’éditions étrangères.

Lors d’une saisie chez un libraire parisien, Moureau, en 1777, on trouve 16 livres : 5 dans la pornographique (La fille de joie traduit de l’anglais, Les entretiens galants d’Aloysia, …), 5 libelles politiques (Les anecdotes sur la comtesse Du Barry, …), 3 livres de Voltaire (un livre sur Jeanne d’Arc, une bible expliquée, un livre contre le Parlement de Paris), 1 d’Holbach et 1 de Mercier (roman d’anticipation, L’an 2240, dont le héros est un philosophe des Lumières s’endormant an 1770 et se réveillant à Versailles 647 plus tard).

Le livre philosophique ce sont d’abord les éditeurs, c’est associé chez les auteurs eux-mêmes qui peuvent décliner leur production en publiant des livres philosophiques et des chroniques scandaleuses. Parmi les livres emblématiques de ce style on a aussi Thérèse philosophe de Diderot, livre pamphlet contre la religion, pour la liberté de la femme mais aussi livre pornographique. Les genres s’entrecroisent.